*La Spiritualité Laïque - unisson06
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La Spiritualité Laïque

par Michael



La laïcité bien que assez malmenée durant son histoire est aujourd'hui une constituante essentielle de notre république démocratique. Ses principes de tolérance et d'universalisme ne sont plus à remettre en question. En effet, nous avons été pour la plupart à l'école laïque et nous nous sommes enrichis de ce joyeux melting pot coloré où blacks, blancs, beurs faisaient partie intégrante de notre quotidien. La laïcité offre la tolérance, car elle met en avant l'essentiel, l'état d'être foncier qui est celui d'un humain qui respecte les diversités culturelles et religieuses. La stricte séparation de l'église et de l'état permet d'établir des règles et décrets dans un souci constant d'universalisme, en évitant le plus possible un parti pris ethnique ou religieux. Je ne vais pas m'étendre davantage sur une définition de la laïcité, chacun en connaît plus ou moins sa réalité par sa culture ou son vécu personnel.

Par contre, je vais traiter ici de ce terme qui peut paraître nouveau à certains, la « Spiritualité laïque ».

Depuis trop longtemps, la spiritualité est restée prisonnière de la religion. En effet on a assimilé à tort spiritualité et religion, alors que même si cette dernière en intègre certains aspects, elle s'en éloigne sur bien d'autres. Tout d'abord il me parait intéressant de définir le mot « spiritualité », qu'est-ce que la spiritualité ?

Ceci est une définition et non LA définition, à chacun ensuite de créer en fonction de ses aspirations et son vécu ce qui lui correspond le mieux. Pour ma part, la spiritualité est premièrement une attitude, un état d'esprit, une ouverture permanente sur les autres et le monde. Un état d'être qui se ne repose pas sur des idées préconçues, des dogmes sclérosants mais qui tends toujours vers la découverte de l'inconnu, découverte de soi, des autres et de l'univers.

La spiritualité est un état d'être qui ne peut être enfermé, endoctriné ou cloîtré dans un temple. La spiritualité est comme la vérité, elle est insaisissable pour l'ego humain. Comme le dit ce proverbe chinois « La vérité demeure non manifestée. Si tu appelle cela la vérité, elle n'est déjà plus là ». La spiritualité c'est cela, aucune religion organisée autour d'un dogme, d'une hiérarchie sacerdotale qui détiendrait un secret divin, ne peut être spirituelle dans le sens où je l'entends. Mais là encore je ne veux pas édicter de dogme, alors chacun fera comme il le ressent. C'est cela aussi la spiritualité, un réservoir intuitif contenant tout et ouvert à tous.

Tout est spiritualité dans le monde, de l'artiste qui transcende son art pour en atteindre la quintessence, à l'ouvrier qui s'accomplit dans son travail, en passant par la mère qui donne le sein à son enfant ou le baiser furtif de l'adolescent à sa première compagne. La spiritualité, c'est la vie, c'est cette partie de nos vies qui nous porte, que nous vivons pleinement dans l'ici et maintenant en un éternel présent. Ces moments où on se sent complet, où nous n'avons besoin de rien d'autre, que d'être là et de vivre dans l'amour de tout et de tous.

La spiritualité c'est aussi la profonde connaissance de soi, celle du mystique et du philosophe, mais aussi celle du scientifique ou plus simplement de vous et moi qui tentons de donner un sens à nos vies. La connaissance de soi est une des quêtes, si ce n'est la quête la plus passionnante que l'on puisse entreprendre, car elle nous plonge en nous même, en un lieu que l'on ignore et où germe des traumatismes mais aussi tant d'espoir. La spiritualité c'est la connaissance de soi par la recherche personnelle de chaque instant, une attention permanente à soi, ses pensées, ses actes et surtout leur compréhension qui déclenchera en nous l'évolution vers la sagesse, la sérénité et l'amour inconditionnel.


Entretiens sur la spiritualité laique

Matthieu Ricard :

Publié dans "Nouvelles Clés" n° 19 avec Matthieu Ricard (interprêtre français du Dalaï Lama et écrivain)

Nouvelles Clés : "On entend parler beaucoup de spiritualité laïque. Cette notion a-t-elle un sens pour vous ?"

Matthieu Ricard : Bien sûr, et elle intéresse énormément le Dalaï-Lama, pour qui elle concerne au moins la moitié de l'humanité. De plus en plus de gens n'entretiennent plus le moindre rapport avec la religion de leurs ancêtres ou pratiquent encore, mais de façon tiède, sans croire à l'importance cruciale de ce qu'ils font, alors qu'ils continuent évidemment à avoir grand besoin de tendresse, de rapport compassionnel, de tolérance, d'amour… car ce sont là des dimensions vitales de la vie humaine. Les religions, elles, ne sont pas obligatoires. On peut vivre, et bien vivre, sans elles. L'amour, en revanche, on ne peut pas s'en passer. Il faut donc apprendre à le pratiquer et à transmettre cette pratique dans la vie de tous les jours. Être plus altruiste, plus en accord avec les membres de sa famille ou du lieu où l'on travaille. Voilà qui est essentiel.

Cela dit, il est évident que les religions sont destinées à élever l'amour et la compassion à un niveau plus haut, et à approfondir la connaissance de soi […]. Mais il ne faut pas en conclure pour autant qu'une spiritualité non religieuse, une ' spiritualité laïque ' comme vous dites, n'aurait pas de valeur : une bonne moitié de l'humanité en a même grand besoin et il faut l'aider à l'acquérir. […] Ce serait une erreur, je pense, de confondre laïcité et esprit anti-religieux. En réalité, les religions recherchent en partie le même but que l'humanisme laïc : ce sont les mêmes qualités en plus vaste. L'important est d'apprendre à vivre avec d'autres, à tolérer les différences, à porter secours à celui qui est dans le besoin. Bref, se mettre d'accord sur une éthique, une morale.

Nouvelles Clés : "Cependant, de plus en plus gens se présentant comme athées ou agnostiques disent éprouver le besoin d'aller au-delà de la morale, celle-ci leur apparaissant comme un horizon limité. Comme s'il y avait un besoin de transcendance – même sans religion ni Dieu."

Matthieu Ricard : La morale, est un aspect essentiel de la connaissance de la nature humaine, de la souffrance et des moyens de l'atténuer, voire de l'arrêter. Si, dans ma pratique de vie quotidienne, je parviens à comprendre que tout ce que je fais à autrui, je me le fais à moi-même, j'opère déjà un grand progrès dans la voie de l'action. Par la seule morale, je peux apprendre à exercer mon sens du jugement, pour distinguer ce qui me tourmente et ce qui m'apporte la paix, et donc mieux me connaître. "

[...] Comment un bouddhiste ne comprendrait-il pas ça ? Le dharma est entièrement basé sur l'expérience intérieure, qui est une recherche éminemment profonde et difficile, et ne fait jamais appel à un démiurge, à un Dieu personnel. Sur ce plan, ce n'est pas très étonnant que beaucoup de nos contemporains éprouvent de la sympathie pour le bouddhisme.

On sent une certaine prise de conscience. L'immense soif de confort matériel qui habite les Occidentaux a atteint une limite. On se rend compte que ce n'est pas ça le bonheur – d'où un certain désarroi, car l'essentiel des vies occidentales est bien tourné vers le confort, qui fait négliger aux gens beaucoup d'autres aspects de la vie. Les Occidentaux redécouvrent aujourd'hui que le bonheur, seule une recherche intérieure peut vous l'apporter. Cette quête intérieure peut s'inscrire dans une religion, mais pas nécessairement.

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André Comte-Sponville :

Extrait du dossier "une spiritualité sans Dieu est t-elle pensable" sur le site Nouvelles clés

Nouvelles Clés : Vous publiez L'esprit de l'athéisme , son sous-titre : introduction à une spiritualité sans Dieu, pose évidemment bien des questions puisque le mot de spiritualité peut se référer non seulement à la religion, mais surtout à la quête de transcendance. Pourquoi avoir choisi cette formule ?

André Comte-Sponville : C'est vrai qu'en Occident cette expression semble paradoxale. On a été habitué, pendant vingt siècles d'Occident chrétien, à ce que la seule spiritualité socialement disponible soit une religion, au sens occidental du terme, c'est-à-dire une croyance un Dieu, un théisme. On a donc fini par croire que les mots “religion” et “spiritualité” étaient synonymes. Il n'en est rien. Il suffit pour s'en rendre compte de prendre un peu de recul, aussi bien dans le temps, du côté des sagesses antiques, que dans l'espace, du côté des sagesses orientales, spécialement bouddhistes ou taoïstes. On découvre vite qu'il existe d'immenses spiritualités sans croyance en un Dieu ou en une transcendance. C'est ce que j'appelle des spiritualités de l'immanence. Mon sous-titre n'aurait pas du tout choqué un épicurien ou un stoïcien de l'Antiquité. Il ne choquerait pas un bouddhiste d'aujourd'hui. Il n'est paradoxal que dans un univers monothéiste, et judéo-chrétien en particulier. Comme je suis athée, j'ai dû m'appuyer sur des traditions différentes, à savoir les sagesses grecques, d'une part, et les spiritualités orientales, d'autre part. Sans mépriser pour autant la tradition judéo-chrétienne, qui m'intéresse surtout par sa morale, celle des Évangiles. Mais bouddhisme ou taoïsme sont plus proches de ma conception de la spiritualité, pour la simple raison qu'elles ne font aucune référence à quelque Dieu que ce soit. Pour un athée, c'est quand même plus commode !

 

La suite de l'entretien et tout un dossier passionnant ici >> Nouvelle Clés

 

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