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Le pont : Les pièges de la pensée

[2ème partie]
« Ce sera tout simplement une révolution, une révolution pacifique cette fois, ou les changements profonds
se situeront au fond de nos êtres avant de s'amplifier vers le reste de notre monde... »

par Michael


Mais avant que cette formidable révolution pacifique ne se love autour de notre cœur, il nous faut comprendre profondément notre confusion dans son entièreté. Reconnaître en nous-même ce qui nous empêche d'être libre de notre ego, de notre médiocrité, de nos lâchetés et de toutes ces souffrances qui gâchent nos vies et celles de ceux qui entrent en contact avec notre aveuglement.

L'apparition de la conscience chez nos ancêtres, a amené à vouloir comprendre notre environnement, à imaginer et façonner de nouvelles choses. La pensée nous a aidé à construire des armes pour nous défendre, des monuments majestueux, des technologies de pointe, mais aussi des réflexions profondes et des avancées majeures vers la civilisation. Mais devant tant de chefs d'œuvres attribués à la pensée humaine, n'a-t-on pas idolâtré à outrance cette fonction de notre psyché ?

Cette pensée qui nous sert à calculer, philosopher et bâtir n'a t-elle pas prise une place trop importante dans nos vies ? Ne lui avons nous pas donné la place d'une entité interne prépondérante sur l'épanouissement de nos vies ?

Nous avons donné à la pensée la place du cœur. Nous nous sommes coupés de nos ressentis, de nos émotions, nous avons cru pouvoir tout gérer par la pensée. Alors la pensée s'est crue reine en un Royaume qui n'est pas le sien , elle a pris le trône du cœur… A nous de faire « justice » en nous-même, et rétablir cet équilibre vital et si fragile.

Mais, me direz-vous, c'est bien beau tout cela ! Que faire à présent ? Comment arriver à dissocier tout cela en nous, à remettre à leurs places les bonnes pièces du puzzle de notre être ?

Il n'y a pas de solution miracle ou de formule magique. Le travail est réalisable, il n'est pas simple, il demande quelques efforts, mais la liberté n'a pas de prix.

Tout d'abord définissons en quoi la pensée a pris une place trop importante dans nos sociétés modernes. Je citerai un spécialiste en la matière pour appuyer mes propos :
 
« C'est la pensée qui a créé les problèmes. La pensée dit « il me faut trouver un Dieu, il me faut la sécurité, ceci est mon pays, ce n'est pas le votre, vous êtes juif, je suis musulman, ma religion est authentique et non la votre […] La pensée a partagé le monde en nationalités, en groupes religieux ; elle a donné naissance à la peur. Elle a dit « Je suis beaucoup plus important que vous ». Elle a créé toute une hiérarchie de prêtres, de sauveurs, de dieux, de concepts, de formules et maintenant elle dit : « Tout ceci est mauvais, je m'en vais créer une nouvelle série d'activités, de croyances, de structures ». Malgré quelques différences, elles resteront foncièrement les mêmes. Elles seront encore le résultat de la pensée. »

Cette citation de Jiddhu Krishnamurti nous indique les champs d'action que la pensée a perverti. La pensée s'est mise à vouloir régenter les rapports humains, à contrôler cette spontanéité de l'humain qui l'effrayait, à vouloir tout rationaliser pour se rassurer et créer d'innombrables croyances dans un but similaire. Les deux parties de la pensée, raison et croyance, furent déréglées à cause de la place hégémonique de la pensée en l'humain.

La pensée a déréglé l'humain car le moi inférieur (l'ego) y a vu un objet de pouvoir, un outil merveilleux pour pouvoir dominer les masses. Alors l'intellect a inventé les guerres, les armes meurtrières, les tortures, les génocides et autres atrocités. Aujourd'hui encore c'est ce même fonctionnement hypertrophié de la pensée qui cause tant de maladies psychiques, le stress, la dépression, les addictions (alcool, tabac, drogue), les névroses graves et autres pathologies.

Notre pensée nous ronge, elle nous permet de réfléchir mais en contrepartie nous obsède, voire nous hante, et nous pousse à commettre certains actes regrettables. Elle est tyrannique, ne s'arrête jamais ou rarement. Elle véhicule des mots, des images, des pensées qui nous embrument l'esprit, nous hypnotisent pour nous rendre encore plus malléable. Le système social dans lequel nous vivons alimente la pensée, car c'est elle qui vous pousse à l'achat d'impulsion, suscite en vous l'envie, le désir, la convoitise. Vous êtes perpétuellement soumis à une lobotomie programmée de votre esprit, réveillez-vous, c'est maintenant ou jamais… L'esprit humain est manipulé par des puissances et des lobbies dont vous ne soupçonné même pas l'étendu, des forces étatiques, militaires, financières, religieuses forment telle une pieuvre qui étouffe la liberté créatrice de l'humain, une manipulation sournoise qui s'est progressivement installé sans que personne ne s'en rende vraiment compte et ceci depuis bien plus longtemps qu'on le croit. Tout le monde pense vivre en paix, dans l'abondance que fournie notre économie de marché, sans s'en rendre compte que c'est justement ce paradis artificiel qui les rends dépendants, attise leur peur d'un côté (chômage, insécurité, perte de pouvoir d'achat) pour de l'autre les rassurer, rassurer leur ego apeuré par des consolations éphémère (sexe, argent, luxe) qu'il faudra sans cesse renouveler pour combler un manque intérieur désolant. Dans ce marasme, notre esprit est devenu une prison, les pensées obsédantes alimentées par des images à connotations sexuelles permanentes relance sans cesse leur magnéto en boucle. La peur de la perte et mélangée avec une envie de gain, de se remplir pour se préserver, notre esprit est dans le rouge. On comprend pourquoi tant de névrose et de psychose se développent de plus en plus dans un monde qui a perdu son étincelle d'humanité. L'esprit peut être aussi notre salut, dans sa compréhension, son ressentit, peu à peu il nous est possible de faire face à ces agressions perpétuelles que nous subissons chaque jour ...

Mais alors que faire ?

Justement, ne rien faire. Rester silencieux et observer le va-et-vient de nos pensées, constater leur aspect éphémère, puéril parfois. Redevenez le roi en votre royaume, asseyez vous sur votre trône de lumière et rentrez en vous-même, l'aventure commence.

Avant tout il faut arriver à comprendre que la pensée à son utilité, il ne faut pas la rejeter, « penser » fait partie de vos aptitudes. Mais c'est le rapport à la pensée qu'il faut modifier. Concevoir tout d'abord que la pensée ne peut qu'agir dans un champ limité par le temps. La pensée est toujours limitée par notre condition terrestre. Elle agit dans le cadre des actes du quotidien, comme calculer un tarif, prévoir un itinéraire, apprendre par cœur ses cours, penser un projet ou créer des autoroutes (voir le dossier « une définition de l'intelligence »). La pensée doit se limiter aux actes de l'intellect, du raisonnement mental, de l'apprentissage théorique et conceptuel.

Il faudra veiller à ne pas faire pénétrer la pensée dans le ressenti émotionnel et la perception des sentiments profonds. Car c'est parce qu'on a cru qu'elle pouvait gérer tout cela que nous avons projeté le chaos. Je m'explique : le cerveau humain est constitué d'une superposition de trois cerveaux qui se sont greffés l'un en l'autre au fil de l'évolution de l'espèce. Parmi ceux-ci nous avons le cortex reptilien , cerveau animal qui gère les relations instinctives comme la reproduction de l'espèce, la défense du territoire, manger, dormir… Ensuite nous avons le cerveau limbique , qui est le siège des émotions… Puis le dernier arrivé et non des moindres, se nomme le Cortex Cérébral , le plus imposant des trois cerveaux, siège de l'intellect, du raisonnement, mais aussi de la créativité et de l'abstraction.

Il semblerait qu'il y ait eu un « court-circuit » entre les cerveaux, un parasitage réciproque. La machine s'est emballée et les émotions ont suscité des pensées, les pensées ont poussé à agir, et les actes de l'humain issus de l'impulsivité des émotions on causé des guerres.

Le cheminement est assez facile à comprendre :

•  L'émotion crée une sensation en nous (agréable ou désagréable en fonction des hormones sécrétées).

•  Cette sensation est interférée par le cortex cérébral qui la mémorise et tente de faire disparaître la sensation désagréable (ou prolonger la sensation agréable) par une action.

•  Dans le cas ou le mental (la pensée) tente de faire disparaître une sensation désagréable, il en résulte une action imposée par la pensée soumise aux sensations émises par le cerveau limbique.

Dans le cas d'un conflit entre deux personnes, il y a par exemple l'autre qui vous manque de respect. Ce manque de respect est vu comme une agression par votre cerveau reptilien (un résidu de votre animalité). Le cerveau reptilien impulse une émotion à votre cerveau limbique. Cette émotion génère une sensation désagréable et votre pensée vous pousse à une action soit subitement irréfléchie, soit, plus pervers encore, la pensée va enregistrer cette agression, et par le jeu de l'intellect mettre en place une stratégie sournoise en vue de se venger, de nuire à l'opposant par la finesse de la réflexion. Les guerres en sont un triste exemple.

Comprenez-vous un peu mieux l'importance de comprendre toute la structure de notre esprit, tout le cheminement émotion > pensée > action. Il faut opérer une compréhension globale de notre psyché pour pouvoir arriver à révolutionner notre être. Quand vous aurez compris toutes les facettes de la pensée, tous ses pièges, ses errances, vous pourrez être libre de l'utiliser à sa juste valeur, comme l'un des outils de compréhension du monde que vous avez à votre disposition.

Comprendre sa pensée implique de faire le vide dans son esprit. Ne pas agir directement après l'impulsion sensitive d'une émotion. Toujours laisser un laps de temps où vous regardez l'émotion se dérouler devant vous et exprimer ce qu'elle a à vous dire. Les émotions sont des indicateurs, elles sont des alertes qui nous informent de ce qui se passe autour de nous et de notre rapport avec l'extérieur. Tant que vous n'êtes pas libéré des émotions, elles agiront en vous. Mais plus vous les comprendrez et plus elles vous aideront à vous libérer de cette emprise. Vous les laisserez venir à vous par le biais des sensations internes et vous ne les laisserez plus prendre place en votre esprit et dicter vos actes. J'apprécie la métaphore bouddhiste du verre d'eau et de la boue. Votre corps est le verre, votre esprit est l'eau, et vos émotions sont la boue au fond du verre. Si vous agitez le verre par des actes immodérés, ou par des pensées incontrôlées, la boue des émotions va circuler dans tout votre corps (le verre). Par contre, si dès que la boue entre dans le verre et se mélange à l'eau, vous demeurez immobile, centrez sur votre respiration, alors le dépôt de boue va rester au fond du verre et, à terme, se décomposer.

La vigilance est de rigueur lorsque l'on chemine vers la libération , soyez toujours prêts, attentifs, réceptifs à tous les événements, toutes les émotions. Tout à un sens dans votre apprentissage, la vie est votre plus grand maître.