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paradoxe de fermi


Dossier : Intuition et raison
Remarques sur l'usage du mot intuition par Freud


Le terme «  intuition  » a pour Freud une signification très semblable à celle que nous lui donnons en français. Il l'utilise, dans son acception de connaissance immédiate et non « travaillée » quand il la reconnaît chez Anna O. dont il dit : «  Elle est remarquablement intelligente, étonnamment ingénieuse et très intuitive . Etant donné ses belles qualités mentales, elle aurait pu et dû assimiler une riche nourriture intellectuelle qu'on ne lui donna pas au sortir de l'école. On remarquait en elle de grands dons poétiques, une grande imagination contrôlée par un sens critique aiguisé qui, d'ailleurs, la rendait totalement inaccessible à la suggestion.

Il décrit une forme d'intuition, au sens d'une divination appuyée sur les indices et les failles du secret à propos de la découverte par le petit garçon de deux ou trois ans des relations sexuelles dans le cadre de son vécu oedipien : « Quand un petit garçon (à deux ou trois ans) est entré dans le stade phallique, il ressent, au niveau de son organe sexuel, des sensations agréables qu' il apprend à se procurer à volonté par stimulation manuelle. Il devient amoureux de sa mère et souhaite la posséder physiquement de la manière qu'il a devinée grâce à ses observations et intuitions concernant la vie sexuelle ; il essaye de la séduire en lui montrant cet organe sexuel qu'il est fier de posséder [2] ».

L'intuition n'est pas une source de connaissance fiable pour la psychanalyse

Lorsqu'il examine le travail de Stekel, il déclare qu'il « arrivait à ses interprétations de symboles par la voie intuitive , grâce à son don personnel qui lui en donnait une compréhension directe ». Il explique pourtant qu' « on ne peut compter, de manière générale, sur un tel don car son efficacité est soustraite à toute critique et il ne peut donc se prétendre crédible [3] » On voit par là que, restant respectueux de la position de l'intuitif, il en disqualifie la pertinence scientifique et lui dénie toute universalité.

Il garde pourtant une forme d'admiration à l'égard de ceux qui sont capables d'une pénétration psychologique spontanée que la théorie psychanalytique peut éclairer : « Avant de s'intéresser à la psychanalyse, l'auteur [Mr Aichhorn] a dirigé pendant de longues années des institutions municipales pour délinquants. Son attitude dans cette charge découlait d'une chaleureuse sympathie envers le sort de ces infortunés et elle était guidée avec justesse par une perception intuitive de leurs besoins affectifs . La psychanalyse ne pouvait pas lui enseigner grand chose du point de vue de sa pratique, mais elle lui en donna l'intelligence théorique et lui permit d'en expliquer les bases et d'en rendre compte. Mais on ne doit pas croire qu'un tel don de compréhension intuitive est partagé par tout ceux qui ont en charge d'élever des enfants [4] ».

Il garde une position identique vis à vis des philosophes qui ont eu les mêmes idées que lui grâce à leur pénétrante intuition : leurs conclusions, pour être valides, n'en sont pas moins hors du champ scientifique qu'il revendique pour le travail d'observation qui constitue la psychanalyse. Ainsi, examinant les vues de Schopenhauer et de Nietzsche, tellement proches des siennes, il écrit « il me fallait être préparé – et je le suis bien heureusement – à renoncer à toute prétention de priorité par rapport aux nombreux points dont la laborieuse investigation psychanalytique doit se contenter de confirmer les vérités que le philosophe avait reconnues par intuition [5] ».

Il se défend même de se laisser embrouiller par leurs vues, préférant n'en prendre connaissance qu'après avoir balisé sa propre route ! « Etant moins soucieux des questions d'antériorité que de garder mon esprit libre et sans embarras, j'ai longtemps évité de fréquenter la pensée de Nietzsche, cet autre philosophe, dont les conjectures et les intuitions sont d'une si étonnante convergence avec les recherches laborieuses de la psychanalyse [6] ».

Interpréter les rêves ne peut être correct en dehors de l'analyse

Si la psychanalyse revendique une forme de rationalité scientifique, c'est une forme difficile, avare de lois trop générales, soucieuse de s'intéresser au sujet et constituant par là une sorte de paradoxe philosophique. Elle se doit de n'imposer, aucune loi générale pour donner sa signification symbolique au symptôme ou au rêve : « Nul ne peut exercer l'interprétation des rêves comme activité isolée ; elle reste une part du travail analytique. Au cours de celui ci, nous portons notre intérêt, suivant les besoins, tantôt sur le contenu préconscient du rêve, tantôt sur l'apport inconscient à la formation du rêve, en négligeant souvent d'ailleurs l'un des éléments au profit de l'autre. Interpréter les rêves hors de l'analyse ne serait d'aucune utilité non plus à qui se proposerait de le faire. Il n'échapperait sûrement pas aux conditions de la situation analytique, et s'il traite ses propres rêves, il entreprend son auto-analyse ».

On ne pourrait, pour saisir le subjectif se servir de sa propre subjectivité, ainsi : « Cette remarque ne vaut pas pour celui qui renonce à la collaboration du rêveur et veut découvrir l'interprétation des rêves par une saisie intuitive . Mais une telle interprétation des rêves qui fait fi des associations du rêveur, reste, même dans le meilleur des cas, un morceau de bravoure qui n'a rien de scientifique et dont la valeur est fort douteuse. Si l'on pratique l'interprétation des rêves suivant le seul procédé technique qui se justifie, on ne tarde pas à remarquer que le succès dépend entièrement de la tension de résistance qui existe entre le moi éveillé et l'inconscient refoulé. Le travail ‘sous pression de résistance élevée' exige même du psychanalyste, comme j'en ai débattu ailleurs, un autre comportement que pour une pression faible. Dans l'analyse, on a affaire sur de longues périodes à de fortes résistances qui ne sont pas encore connues et qui, en tous cas, sont insurmontables tant qu'elles restent inconnues. Il n'est donc pas étonnant que l'on ne puisse traduire et exploiter qu'une certaine part des productions oniriques du patient, et ce, la plupart du temps, bien incomplètement [7] ».

L'intuition ne peut fonder la religion ou la philosophie

Que dire de l'intuition dans le domaine de la religion ou de la philosophie, concernant la démarche et l'objet de ces disciplines ?

« Les mystères de l'Univers ne se dévoilent que lentement à notre investigation ; il reste beaucoup de questions auxquelles la science ne peut encore aujourd'hui donner de réponse. Mais le travail scientifique est la seule voie qui puisse nous conduire à la connaissance de la réalité objective. C'est encore une fois pure illusion que d'attendre quoique ce soit de l'intuition et de l'introspection ; elles ne peuvent rien nous dire si ce n'est les particularités de notre propre vie mentale, lesquelles sont difficiles à interpréter, jamais quelque information que ce soit sur les questions auxquelles la doctrine religieuse trouve si facilement des réponses. Il serait bien arrogant de permettre à la volonté arbitraire de quelqu'un de s'engouffrer dans cette brèche, et suivant une appréciation personnelle de déclarer tel ou tel élément d'un système religieux plus ou moins recevable. De telles questions sont trop élevées ; on pourrait les qualifier de trop sacrées [8] ».

« La philosophie n'est pas en opposition avec la science, elle se comporte comme une science et travaille au moins partiellement avec les mêmes méthodes ; elle s'en sépare pourtant, en s'accrochant à l'illusion d'être capable de proposer une description de l'univers parfaitement cohérente et sans aucun manque, même si elle ne peut que s'effondrer à chaque avancée de la connaissance. Elle s'égare en surestimant la valeur épistémologique de nos opérations logiques et en acceptant d'autres sources de connaissance comme l'intuition [9] . »

On voit que Freud s'en prend assez directement à Bergson dont l'appel à l'introspection se confond avec la notion d'intuition.

Plus tard, il insistera : « la vision du monde scientifique assure qu'il n'y a d'autre source de connaissance de l'univers que le travail intellectuel sur des observations soigneusement scrutées, en d'autres mots, ce que nous appelons recherche – et à coté de cela, nulle connaissance qui soit dérivée de la révélation, l'intuition ou la divination [10] . »

« Si malgré tout, l'investigation des fonctions émotionnelles et intellectuelles des hommes (et des animaux) est inclue dans la science, alors on apercevra que rien n'est altéré dans l'attitude de la science prise comme un tout, qu'aucune nouvelle source de connaissance ou méthode de recherche ne sont advenues. Ce serait le cas de l'intuition et de la divination, si elles existaient ; mais on peut sans risque les mettre au rang des illusions, accomplissement d'impulsions désirantes [11] »

Mais Freud a beau décrire un mécanisme qui rendrait compte de la source de nos intuitions, on ne saurait en répudier toute valeur à partir de ce mécanisme ; pas plus qu'on ne devrait rejeter la psychanalyse alors même que nous découvririons en elle l'accomplissement de quelque secret désir chez son inventeur ! Cela ne suffirait pas à en faire une illusion.

La position de Freud à cet égard mérite quelque discussion : en effet, même s'il a pris soin de partir de l'observation et/ou de techniques connues (l'hypnose) sa découverte de la psychanalyse doit beaucoup à son génie personnel, à l'interprétation qu'il fait de ses observations, à la technique qu'il a construite pour traiter ses patients et pour tout dire… à son intuition !

« (…) au vu de l'étroite relation entre les hallucinations et des formes particulières de psychose, notre ligne de pensée peut être menée plus loin encore. Il peut se faire que les délires dans lesquels ces hallucinations sont si constamment incorporées puissent eux-mêmes être moins indépendants de la pulsion qui cherche à émerger de l'inconscient (le retour du refoulé) que nous ne le pensons. Dans le mécanisme du délire, en règle générale, nous devons prendre en compte deux facteurs : d'une part, l'éloignement du monde réel et les motivations qui lui sont liées, d'autre part, l'accomplissement de désir qui s'inclut dans le contenu du délire. Ne peut-on envisager que le processus dynamique soit en quelque sorte un refus de la réalité exploité par la poussée pulsionnelle vers la prise de conscience du refoulé associé au fait que les résistances perturbées par ce processus et par la tendance à l'accomplissement de désir partagent la responsabilité de déformer et de déplacer ce qui est mémorisé ? Après tout, c'est le mécanisme habituel des rêves, que l'intuition a rapproché de la folie depuis des temps immémoriaux » [12]

L'intuition des pouvoirs magiques chez l'autre

Dans son excellent travail sur l' inquiétante étrangeté, Freud résume ainsi son propos : « Il n'est plus besoin maintenant que de quelques compléments, car avec l'animisme, la magie et la sorcellerie, la toute puissance des pensées, la relation à la mort, la répétition non intentionnelle et le complexe de castration, nous avons à peu près fait le tour des facteurs qui transforment l'angoissant en étrangement inquiétant [13] .

Il nous arrive aussi de dire d'un homme vivant qu'il est étrangement inquiétant, et ce quand nous lui prêtons des intentions mauvaises. Mais cela ne suffit pas, nous devons encore ajouter que les intentions malveillantes que nous lui prêtons s'accompliront avec l'aide de forces particulières. Le ‘gettatore' (jeteur de sort) en est un bon exemple, ce personnage étrangement inquiétant de la superstition latine, qu'Albert Schaeffer, dans son livre, Josef Montfort, a transformé, avec beaucoup d'intuition poétique et une profonde intelligence analytique , en une figure sympathique. Mais avec ces forces occultes [geheim], nous nous trouvons à nouveau sur le terrain de l'animisme. C'est l'intuition de telles forces occultes [geheim-kräfte] qui rend Méphisto si étrangement inquiétant aux yeux de la pieuse Gretchen :

Elle pressent que je suis à coup sûr un génie,

Et qui sait, peut-être le diable [14] »

L'intuition du futur ?

Dans son livre sur les rêves, il remarque :

« La notion que le rêve a trait surtout à l'avenir et permet de le prédire - un résidu de l'ancienne signification prophétique des rêves - donne une raison d'opérer une transposition dans le futur du sens du rêve, au moyen d'une interprétation symbolique. On ne saurait enseigner la manière de trouver ce sens symbolique . Le succès dépend de l'ingéniosité, de l'intuition immédiate , c'est pourquoi l'interprétation symbolique des songes a pu s'élever à la dignité d'un art qui exigeait des dons particuliers [15] »

Ailleurs il écrit :

« Convaincre le patient de l'erreur de son délire et de sa contradiction avec la réalité serait un effort bien vain ; et au contraire, la reconnaissance de son noyau de vérité nous offrirait un terrain commun sur lequel pourrait se développer le travail thérapeutique. Ce travail consisterait à libérer le fragment de vérité historique de ses distorsions et ses adhérences au jour présent réel pour le ramener au point du passé auquel il appartient. La transposition de matériaux prenant leur source dans un passé oublié sur le présent ou sur une expectation d'événements à venir est un phénomène habituel aussi bien chez les névrosés que chez les psychotiques. Assez souvent, quand un névrosé mu par l'anxiété, s'attend à quelque catastrophe, il est tout simplement sous l'influence d'un souvenir refoulé (qui cherche à pénétrer dans la conscience sans y parvenir), influence qui le conduit à attendre que cette chose terrifiante d'autrefois s'inscrive dans le réel. Ce type de travail, même s'il ne devait pas amener un succès thérapeutique, nous apprendrait beaucoup [16] . »

Il insiste sur une intuition prémonitoire – qui ne l'est que dans l'après-coup - dans ses études sur l'hystérie : « Nous examinâmes les impressions qu'elle eut lors de ses premières relations avec son beau-frère, le début de ses sentiments envers lui qu'elle avait gardés dans l'inconscient. Ici nous rencontrâmes tous ces petits signes prémonitoires et ces intuitions qu'une passion développée peut tellement enrichir rétrospectivement [17] ».

Il généralise ailleurs son propos : « Toute activité intuitive est commandée par des idées en grande partie subconscientes . Seules les pensées les plus claires, les plus fortes, sont saisies par la conscience propre, tandis que la grande masse des représentations actuelles mais plus faibles reste inconsciente.

Tout ce qu'on allègue contre l'existence et le rôle des ‘idées inconscientes‘ semble, la plupart du temps, dû à une façon de jouer avec les mots. Il est évident que le terme ‘idée' appartient au registre de la pensée consciente ce qui rend l'expression ‘idée inconsciente' contradictoire. Mais que l'idée soit au dessus ou au dessous du seuil de la conscience, le processus physique sous jacent à cette représentation reste le même (par son contenu et sa forme, non sa valeur quantitative). Il suffirait de créer un terme comme ‘substratum idéationnel' pour éviter la contradiction et échapper à la critique [18] ».

Pour Freud – et alors même qu'il accorde du crédit à la télépathie – l'intuition , de quelque nature qu'elle soit, « ne peut nous montrer rien d'autre que des motions et des attitudes primitives, proches de la pulsion, très précieuses pour une embryologie de l'âme si elles sont bien comprises, mais inutilisables pour nous orienter dans le monde extérieur qui nous est étranger [19].

suite du dossier : Le type intuitif de Jung



Références

[1] S.Freud et J.Breuer, Etudes sur l’hystérie, PUF, traduction Anne Berman, p.14. Voici le texte en anglais : « She was markedly intelligent, with an astonishingly quick grasp of things and penetrating intuition. She possessed a powerful intellect which would have been capable of digesting solid mental pabulum and which stood in need of it - though without receiving it after she had left school. She had great poetic and imaginative gifts » (On the psychical mechanism of hysterical phenomena: preliminary communication - Breuer and Freud – 1893 / Freud, Complete Works p.14)

[2] “When a boy (from the age of two or three) has entered the phallic phase of his libidinal development, is feeling pleasurable sensations in his sexual organ and has learnt to procure these at will by manual stimulation, he becomes his mother’s lover. He wishes to possess her physically in such ways as he has divined from his observations and intuitions about sexual life, and he tries to seduce her by showing her the male organ which he is proud to own”. (New introductory lectures on psycho-analysis, Lecture XXXV, 1933 / Freud, Complete Works p.3674-3675)

[3] “ Stekel arrived at his interpretations of symbols by way of intuition, thanks to a peculiar gift for the direct understanding of them. But the existence of such a gift cannot be counted upon generally, its effectiveness is exempt from all criticism and consequently its findings have no claim to credibility”. (The interpretation of dreams, chapter VI the dream-work (E) representation by symbols in dreams - some further typical dreams, 1900/ Freud, Complete Works p.657)

[4] “The author had worked for many years in an official capacity as a director of municipal institutions for delinquents before he became acquainted with psycho-analysis. His attitude to his charges sprang from a warm sympathy with the fate of those unfortunates and was correctly guided by an intuitive perception of their mental needs. Psycho-analysis could teach him little that was new of a practical kind, but it brought him a clear theoretical insight into the justification of his way of acting and put him in a position to explain its basis to other people. It must not be assumed that this gift of intuitive understanding will be found in everyone concerned with the bringing-up of children”. (Preface to Aichhorn’s wayward youth, 1925 / Freud, Complete Works p.3247)

[5] « I had therefore to be prepared - and I am so, gladly - to forgo all claims to priority in the many instances in which laborious psycho-analytic investigation can merely confirm the truths which the philosopher recognized by intuition ». (On the history of the psycho-analytic movement - 1914 / Freud, Complete Works p.2271).

[6] « Nietzsche, another philosopher whose guesses and intuitions often agree in the most astonishing way with the laborious findings of psycho-analysis, was for a long time avoided by me on that very account; I was less concerned with the question of priority than with keeping my mind unembarrassed ». (An autobiographical study / Freud, Complete Works p.3290).

[7] No one can practise the interpretation of dreams as an isolated activity: it remains a part of the work of analysis. In analysis we direct our interest according to necessity, now to the preconscious content of the dream and now to the unconscious contribution to its formation; and we often neglect the one element in favour of the other. Nor would it be of any avail for anyone to endeavour to interpret dreams outside analysis. He would not succeed in escaping the conditions of the analytic situation; and if he worked at his own dreams, he would be undertaking a self-analysis. This comment would not apply to someone who did without the dreamer’s collaboration and sought to interpret dreams by intuitive insight. But dream-interpretation of such a kind, without reference to the dreamer’s associations, would in the most favourable case remain a piece of unscientific virtuosity of very doubtful value. If one practises dream-interpretation according to the sole justifiable technical procedure, one soon notices that success depends entirely upon the tension of resistance between the awakened ego and the repressed unconscious. Work under a ‘high pressure of resistance’ demands (as I have explained elsewhere) a different attitude on the part of the analyst from work under a low pressure. In analysis one has for long periods at a time to deal with strong resistances which are still unknown to one and which it will in any case be impossible to overcome so long as they remain unknown. It is therefore not to he wondered at that only a certain portion of a patient’s dream-products can be translated and made use of, and, even at that, most often incompletely . (Some additional notes on dream-interpretation as a whole, 1925 / Freud, Complete Works p.3176. Traduction française : Résultats, Idées, Problèmes, II, 1921-1938, PUF, pp.142-143)

[8] « The riddles of the universe reveal themselves only slowly to our investigation; there are many questions to which science to-day can give no answer. But scientific work is the only road which can lead us to a knowledge of reality outside ourselves. It is once again merely an illusion to expect anything from intuition and introspection; they can give us nothing but particulars about our own mental life, which are hard to interpret, never any information about the questions which religious doctrine finds it so easy to answer. It would be insolent to let one’s own arbitrary will step into the breach and, according to one’s personal estimate, declare this or that part of the religious system to be less or more acceptable. Such questions are too momentous for that; they might be called too sacred ». (The future of an illusion, VI / Freud, Complete Works p.3441) On trouvera une traduction différente mais très voisine quuant au sens dans l’édition française de “L’avenir d’une illusion”, Quadrige / PUF, 4°éd. 1999, pp.32 sq.

[9] “Philosophy is not opposed to science, it behaves like a science and works in part by the same methods; it departs from it, however, by clinging to the illusion of being able to present a picture of the universe which is without gaps and is coherent, though one which is bound to collapse with every fresh advance in our knowledge. It goes astray in its method by over-estimating the epistemological value of our logical operations and by accepting other sources of knowledge such as intuition”. (New introductory lectures on psycho-analysis, Lecture XXXV, 1933 / Freud, Complete Works p.3675)

[10] “(…) the Weltanschauung of science (…) asserts that there are no sources of knowledge of the universe other than the intellectual working over of carefully scrutinized observations - in other words, what we call research - and alongside of it no knowledge derived from revelation, intuition or divination”. (New introductory lectures on psycho-analysis, Lecture XXXV, 1933 / Freud, Complete Works p. 3673)

[11] “If, however, the investigation of the intellectual and emotional functions of men (and of animals) is included in science, then it will be seen that nothing is altered in the attitude of science as a whole, that no new sources of knowledge or methods of research have come into being. Intuition and divination would be such, if they existed; but they may safely be reckoned as illusions, the fulfilments of wishful impulses”. (New introductory lectures on psycho-analysis, Lecture XXXV, 1933 / Freud, Complete Works p.3674).

[12] “And, in view of the close relation between hallucinations and particular forms of psychosis, our line of thought may be carried still further. It may be that the delusions into which these hallucinations are so constantly incorporated may themselves be less independent of the upward drive of the unconscious and the return of the repressed than we usually assume. In the mechanism of a delusion we stress as a rule only two factors: the turning away from the real world and its motive forces on the one hand, and the influence exercised by wish-fulfilment on the content of the delusion on the other. But may it not be that the dynamic process is rather that the turning away from reality is exploited by the upward drive of the repressed in order to force its content into consciousness, while the resistances stirred up by this process and the trend to wish-fulfilment share the responsibility for the distortion and displacement of what is recollected ? This is after all the familiar mechanism of dreams, which intuition has equated with madness from time immemorial”. (Constructions in analysis III, 1937 / Freud, Complete Works p.3896)

[13] “We have now only a few remarks to add - for animism, magic and sorcery, the omnipotence of thoughts, man’s attitude to death, involuntary repetition and the castration complex comprise practically all the factors which turn something frightening into something uncanny. We can also speak of a living person as uncanny, and we do so when we ascribe evil intentions to him. But that is not all; in addition to this we must feel that his intentions to harm us are going to be carried out with the help of special powers. A good instance of this is the ‘Gettatore’, that uncanny figure of Romanic superstition which Schaeffer, with intuitive poetic feeling and profound psycho-analytic understanding, has transformed into a sympathetic character in his Josef Montfort. But the question of these secret powers brings us back again to the realm of animism. It was the pious Gretchen’s intuition that Mephistopheles possessed secret powers of this kind that made him so uncanny to her.

Sie fühlt dass ich ganz sicher ein Genie,

Vielleicht sogar der Teufel bin.”

(The ‘uncanny’, II, 1919 / Freud, Complete Works p.2912 / traduction française issue pour l’essentiel de “S. Freud, L’inquiétante étrangeté et autres essays, nrf Gallimard, 1985, pp.248-249

[14] « Sie fühlt dass ich ganz sicher ein Genie,

Vielleicht sogar der Teufel bin ».

”Goethe, Faust, I, vv.3540-3541

[15] “The idea of dreams being chiefly concerned with the future and being able to foretell it - a remnant of the old prophetic significance of dreams - provides a reason for transposing the meaning of the dream, when it has been arrived at by symbolic interpretation, into the future tense. It is of course impossible to give instructions upon the method of arriving at a symbolic interpretation. Success must be a question of hitting on a clever idea, of direct intuition, and for that reason it was possible for dream-interpretation by means of symbolism to be exalted into an artistic activity dependent on the possession of peculiar gifts”. (The interpretation of dreams - chapter II. The method of interpreting dreams: an analysis of a specimen dream – 1900 / Freud, Complete Works p. 470 ; Cf. Freud, L’Interprétation des Rêves, PUF, 1926 – 1967)

[16] “The vain effort would be abandoned of convincing the patient of the error of his delusion and of its contradiction of reality; and, on the contrary, the recognition of its kernel of truth would afford common ground upon which the therapeutic work could develop. That work would consist in liberating the fragment of historical truth from its distortions and its attachments to the actual present day and in leading it back to the point in the past to which it belongs. The transposing of material from a forgotten past on to the present or on to an expectation of the future is indeed a habitual occurrence in neurotics no less than in psychotics. Often enough, when a neurotic is led by an anxiety-state to expect the occurrence of some terrible event, he is in fact merely under the influence of a repressed memory (which is seeking to enter consciousness but cannot become conscious) that something which was at that time terrifying did really happen. I believe that we should gain a great deal of valuable knowledge from work of this kind upon psychotics even if it led to no therapeutic success.“ (Constructions in analysis III, 1937/ Freud, Complete Works p.3897)”

[17] « We probed into the first impressions made on her in her relations with her brother-in-law, the beginning of the feelings for him which she had kept unconscious. Here we came across all the little premonitory signs and intuitions of which a fully-grown passion can make so much in retrospect ». (Studies on hysteria, 1893-1895, Complete Works p.119)

[18] “All intuitive activity is directed by ideas which are to a large extent subconscious. For only the clearest and most intense ideas are perceived by self-consciousness, whilst the great mass of current but weaker ideas remains unconscious. The objections that are raised against ‘unconscious ideas’ existing and being operative seem for the most part to be juggling with words. No doubt ‘idea’ is a word belonging to the terminology of conscious thinking, and ‘unconscious idea’ is therefore a self-contradictory expression. But the physical process which underlies an idea is the same in content and form (though not in quantity) whether the idea rises above the threshold of consciousness or remains beneath it. It would only be necessary to construct some such term as ‘ideational substratum’ in order to avoid the contradiction and to counter the objection.” In S.Freud – J.Breuer, Studies on hysteria, III Theoretical – Breuer - V - Unconscious ideas and ideas inadmissible to consciousness - splitting of the mind, 1893-1895 / Freud, Complete Works p.167 Cf. aussi Etudes sur l’Hystérie, PUF, 7° éd. 1981, pp.180-181.

[19] S. Freud : Lettre du 19-1-1930 publiée dans Correspondance [1873-1939] Gallimard – 1991