*Identité - unisson06
spiritualite laique - Unisson06

L'identité
"Tu n'as rien à « prouver », ni à toi ni aux autres. Cesse de te demander qui tu es.
L'identité est un joug : on ne peut te manipuler que parce que tu as une image de toi-même.
L'identité est une prison."
[Pierre Lévy]

par Michael et Sylvain

 

Depuis quelques années, on observe une recristallisation des groupes ethniques et religieux, que l'on nomme couramment le communautarisme. Ce qui m'interpelle dans ce phénomène n'est pas seulement la vision psychosociologique mais aussi, et c'est ce qui nous interpelle dans une démarche spirituelle, les origines de l'identité :

- Qu'est-ce que la notion d'identité ?

- Pourquoi le communautarisme existe-t-il et que véhicule t-il ?

- Peut-on dépasser les clivages identitaires vers une autre intégration de notre qualité d'être humain au 21 ème siècle ?

 

Qu'est-ce que la notion d'identité ?

Je pense que les trois questionnements découlent les uns des autres, en effet si l'on comprend pourquoi l'identité existe et pourquoi l'humain tient tant à la préserver, on pourra par la suite mieux appréhender la réalité du communautarisme. Quoiqu'il en soit, les phénomènes sociaux démarrent toujours au sein des individus qui les composent. Le monde est le reflet de nos intentions personnelles misent côtes à côtes. Donc, prenons une seule personne pour commencer, et essayons de comprendre ses motivations, ses espérances et ses craintes.

On le voit, ce phénomène d'identification se retrouve un peu partout : de l'équipe de foot à la religion, en passant par le quartier et la famille, le phénomène d'identification est multiple. Sur le plan psychologique on sait que l'identification est une voie de construction du moi (ego) de l'enfant. Elle lui permet de se créer des repères, souvent par mimétisme donc sans offrir de compréhension réelle, et répond aux instincts grégaires de réassurance. Elle offre une sécurité nécessaire à la construction des premières étapes de la personne. Donc, on peut dire que jusqu'à un certain âge, l'identification peut être un tremplin, une béquille, un ciment pour le développement de l'enfant. Le problème réside dans le fait que l'humain croit jusqu'à l'âge adulte, mais qu'ensuite il stagne dans les mêmes fonctionnements internes jusqu'à sa mort.

Arnaud Desjardins disait : « Avant de n'être rien, il faut avoir été quelque chose. » En somme, avant de passer à une étape de déconstruction du moi vers un épanouissement de l'être, il convient d'avoir construit un moi –et donc une identité- solide, puis comprendre sa structure et ses limites et souhaiter aller au-delà. Il apparaît évident que ce que je vais énoncer ici ne va pas parler à tout le monde en fonction de l'étape dans laquelle il se situe. Car on ne peut dépasser le phénomène du « moi je » identitaire, si on ne l'a pas intégré et compris pleinement. Voila pourquoi je conseille à beaucoup de commencer par une introspection très psychologique de soi, voire effectuer une thérapie, afin de cerner les failles du moi, panser ses souffrances. Brûler les étapes surtout en ce qui concerne un domaine comme la spiritualité ne peut être salutaire. Je pense tout de même que vous commencerez à cerner ici le pourquoi de l'identification et les freins qu'elle impose à l'unité entre les peuples.

Arrivé à une certaine étape de son évolution on a deux choix qui s'offrent à nous, soit on reste comme l'on est, on poursuit le schéma parental, on se plie aux exigences sociétales et aux injonctions émanant de l'enfance, et on se choisit une identité, une appartenance. Soit on rentre en soi même et on choisi de dépasser les limites imposées non pas simplement par la société (il n'est pas question de faire la révolution extérieure, mais en soi) mais surtout par soi-même. Vient le moment de se poser la question fatidique :

Qui suis-je ?

Si l'on regarde autour de nous on constate que très peu de gens se posent cette question en profondeur. Quand on leur pose, ils répondent comme on les a conditionné à répondre : je suis juif, musulman, français et autres costumes identitaires. Mais la question du « qui suis-je ? » requiert de plonger au fin fond de l'être, de dépasser les identités de surface, les illusions des appartenances pour plonger au cœur du cœur de l'être. Cette réflexion sur le « qui suis-je » implique un plus grand développement qui sera traité dans un autre article, car ce sujet est majeur. Ici je m'attarderai sur les premières étapes de la compréhension de soi avant de poser les bases de la réflexion qui suivra. Voici un petit schéma qui va me permettre d'introduire le fond du problème de l'identité. Avant tout pour, celles et ceux qui ne sont pas familiarisés avec certains termes, je vais définir le Moi, l'ego, l'identité de la personne, l'individualité, que je gradue en deux parties principales nommées le Moi inférieur et le Moi supérieur. Une troisième notion vient s'ajouter, le Soi, instance de l'être en développement, ayant dépassé les notions de l'individualité pour s'unir aux autres. La dernière instance est une non-instance, une perception supramentale de l'être au-delà de toutes formes de conceptualisations. Pour résumer synthétiquement le Moi inférieur parle : « Il y a moi et les autres », le Moi supérieur parle : « il y a les autres et moi » , le Soi parle : « Il y a les autres  », la non-instance supramentale ne dit rien, elle EST, conscience pure, même la en la nommant ce n'est déjà plus elle. Je tiens à préciser que les concepts psycho spirituels employés ici le sont uniquement dans le souhait de clarifier au mieux le sujet traité et non des arcanes figées, l'apprentissage est ludique et non dogmatique. Les bouddhistes d'ailleurs ont une classification des états de la conscience assez similaire : la vigilance diurne extravertie, l'activité onirique introvertie qui éclaire les rouages de la psyché, le sommeil profond sans rêve durant lequel les mouvements du mental sont à l'arrêt ou état de « chine » (pacification mentale). A cela il faut rajouter un quatrième état qui correspond à la conscience non duelle, Turiya, qui signifie tout simplement quatrième. Il transcende toutes les notions duelles produites par le mental : l'intraversion et l'extraversion, l'intérieur et l'extérieur, l'éternel et l'éphémère, le corps et l'âme, la lumière et les ténèbres, le toi et le moi etc.


 

Nous voyons sur cette pyramide inversée la partie rouge qui contient les identités de surface, les « je suis » qui s'opposent aux « tu n'es pas », siège principal du Moi inférieur. S'y trouvent les cristallisations de l'ego autour de concepts, d'apparences pouvant lui donner une contenance, un socle pour croire à son existence divisée, retranchée d'autrui. Ses cristallisations sont mues par un besoin de sécurité pouvant être relié à des traumas, des peurs, des angoisses et injonctions diverses. Un besoin identitaire se développe ici pour se préserver du lâcher prise, le moi tente de retarder sa disparition. Les conflits identitaires se situent principalement à ce niveau là, chacun entend se donner une contenance superficielle pour se préserver, pour garder son individualité, et les identités s'affrontent comme elles sont différentes. Les différences effraient les egos, qui se trouvent plongés dans le doute et la remise en question. Et ils préfèrent utiliser la colère et la haine pour annihiler les obstacles à leur volonté de toute puissance, ce qui explique les abominations guerrières, le colonialisme, les exterminations de masse… qui caractérisent tristement notre monde.

Mais le premier des génocides est celui de l'humain envers lui-même, son autodestruction. La perte de la confiance et de l'amour de soi est l'un des grands drames de notre existence. Le doute entraîne la peur de s'être trompé (se tromper étant pourtant inévitable), la peur de n'être rien (ce qui est le cas), la peur de perdre son individualité (qui est illusoire)... On choisit ce type d'identité névrotique à un niveau de compréhension premier de notre intégrité humaine : c'est la phase de l'enfant et de l'adolescent qui, devant un monde mouvant et qui juge son intériorité, a besoin de se construire une forteresse - le moi inférieur et ses projections qui maintiennent son illusion - pour se préserver des attaques extérieures. Comment se déroule ce processus, appelé individuation par la psychologie moderne ? Schéma :

 




On voit ici à quel point c'est finalement le monde extérieur qui va induire chez l'enfant l'idée qu'il est quelqu'un, qu'il a une personnalité, des responsabilités, qu'il commet des fautes importantes etc. L'égo et les peurs se transmettent comme on se refile le bébé, décimant parfois des vies entières. Certains adultes – qui sont en réalité des enfants spirituels – n'arrivent pas à se débarrasser de cette forteresse égotique, malheureusement pour eux et pour le monde. Sinon nous n'écririons pas ses lignes. Le moi et l'identité sont intimement reliés : si vous cassez les barrières identitaires, les cuirasses et les armures, alors vous enlevez aux gens cette idée saugrenue qu'ils existent indépendamment du reste de la conscience. Mais vous libérez en contrepartie leur potentiel créatif, si lourdement handicapé par les carcans de la bien pensance. Voici un schéma pour tenter d'illustrer le refus de l'accueil de l'absolu en l'humain et le poids de la liberté assumée et vécue :

Il y a deux approches possibles : soit l'on reconnaît la présence de l'absolu en soi sans pouvoir le vivre pleinement…






…Soit l'on refuse de reconnaître dès le départ l'absolu et notre imagination illimitée, ce qui expose moins le sujet à la liberté et limite de ce fait les protections à employer face à la dureté de la vie et du regard d'autrui. On peut donc estimer que les religieux ont déjà ceci de positif qu'il reconnaisse, en leur for intérieur, leurs pleins pouvoirs. Mais les deux approches procèdent de la même peur fondamentale, de la même angoisse de vie, et aboutissent à une vie limitée. Une question, qui sera traitée plus complètement dans un autre dossier se pose alors : pourquoi certaines personnes se battent-elles pour se débarrasser de leur identité limitative sans finalement pouvoir y arriver ? Comment expliquer que certaines personnes en arrivent à reconnaître la propre absurdité de leurs modes de fonctionnement mais se disent « c'est comme ça » ? Une réponse simple pourrait être formulée ainsi : la plupart des hommes sont devenus trop intelligents pour ne pas reconnaître l'extrême limitation que constituent les convictions et les identités, sans pour autant être capables de se confronter au doute abyssal de l'existence. Et si la recherche se fait en vain, c'est parce qu'il n'y a rien à rechercher. Chercher à détruire l'identité revient à nier son Moi, purement et simplement. En est-on capables ? Voulons nous vraiment de ce bonheur et de cette liberté ? La seule cause, le seul nœud, est en soi. Détissez les mailles de l'égo et elles se retisseront différemment. Brouillez le mirage et il réapparaîtra sous une nouvelle forme. Le mental ne cesse de se projeter, comme l'œil qui ne peut pas se voir lui-même. Il ne peut se reconnaître que dans l'extériorité. Attelons nous alors à la véritable origine des problèmes. Ne permettons plus au mental de changer de peau. Il convient, comme le dit Douglas Harding, de « vivre sans tête » :

« Le plus beau jour de ma vie –ma nouvelle naissance en quelque sorte- fut le jour où je découvris que je n'avais pas de tête. Ceci n'est pas un jeu de mots, une boutade pour susciter l'intérêt coûte que coûte Je l'entends tout à fait sérieusement : je n'ai pas de tête. Je découvris instantanément que ce rien où aurait dû se trouver une tête, n'était pas une vacuité ordinaire, un simple néant. Au contraire, ce vide était très habité. C'était un vide énorme, rempli à profusion, un vide qui faisait place à tout –au gazon, aux arbres, aux lointaines collines ombragées et, bien au-delà d'elles, aux cimes enneigées semblables à une rangées de nuages anguleux parcourant le bleu du ciel. J'avais perdu une tête et gagné un monde.
Tout cela me coupait littéralement le souffle. Il me semblait d'ailleurs que j'avais cessé de respirer, absorbé par Ce-qui-m'était-donné : ce paysage superbe, intensément rayonnant dans la clarté de l'air, solitaire sans soutien, mystérieusement suspendu dans le vide, et (en cela résidait le vrai miracle, la merveille et le ravissement) totalement exempt de « moi », indépendant de tout observateur. Sa présence totale était mon absence totale de corps et d'esprit »

Douglas Harding "Vivre sans Tete" Edition Le Courier du Livre

 

Le moi supérieur

Il est important de comprendre que la vie c'est l'autre, qu'on ne peut vivre dans le dédain d'autrui, que seul le partage et l'entraide permet de construire un monde en paix. Sans totalement délaisser le Moi, la personne va commencer à le faire changer, en Moi supérieur, en une individualité évoluée, qui garde sa distinction en tant que personne, en tant qu'humain, en tant qu'âme, mais comprend que nous faisons partie d'une même famille. L'identité se crée sans trop se cristalliser autour de l'humanité unie et indivisible. Le Moi supérieur est un ego social, ouvert, épanoui dans son contact avec les autres. Il possède plus de ponts que de remparts (bien qu'il en ait encore sur d'autres plans). Même s'il subsiste encore des « moi je », ils tendent le plus souvent vers des « nous sommes ». La personne conserve une identité en tant que personne, mais aussi et surtout elle a une identité globale autour d'un concept fédérateur, universel. Cela peut être celui d'une même humanité, comme de l'unité spirituelle du monde, d'un seul Dieu d'amour et non des religions qui divisent mais des concepts qui rassemblent. C'est bien de cela qu'il est question, c'est bien de cela dont cette bonne vieille humanité a besoin, de faire un saut quantique vers le Moi supérieur en attendant mieux, vers l'émergence d'une identité commune, unificatrice autant sur le plan social que spirituel. La situation est brûlante, prenons conscience déjà en nous de nos limites, de cette faculté du mental/ego a fragmenter la vie en : « c'est ma femme, ma voiture, mon Dieu, ma bière, ma marque de capotes » ou d'autres perceptions plus sournoises, qui sous des airs civilisés, cachent une bestialité sans nom. Je fais allusion à tous les bien-pensants et moralisateurs de tout poil, qu'ils soient religieux ou politiques et qui, au nom d'idéologies, manipulent les masses parce qu'il n'ont pas finit leur adolescence ! Et oui, c'est un vrai problème, la grande majorité des autorités de ce monde ne se connaissent pas intérieurement. Ils n'ont pour la plupart jamais explorés toutes les structures de leur esprit pour y discerner les blessures passées, les frustrations et les manques. Il est très possible que nous soyons gouvernés par des enfants capricieux, voire au mieux des adolescents dans des corps d'adultes. Ils reproduisent les mêmes attitudes déguisées en bienséance diplomatique. Regardons les guerres, les conflits d'intérêt, les débats d'idées, projetons ça dans un bac à sable et on y est « donne moi mon seau sinon je te met la pelle sur la tête ». Regardez donc ces cléricaux et leur besoin d'être aimés, rassurés par leurs fidèles. Leur rapport au père, Dieu le père, est très psychanalytique. Et surtout leur croyance infantile à être sous le regard d'un papa dans le ciel qui dicte leur conduite et les récompenses de la sucette magique appelé, éternité, ou que sais-je encore les 1000 vierges qui les attendent. Y a-t-il de vrais adultes sur cette planète ? Des femmes et des hommes qui ont plongé dans toutes les structures de leur être pour se connaître eux-mêmes au lieu de vouloir connaître les livres, les dieux et la médiocrité ambiante ? On passe son temps à vouloir tout connaître pour éviter de faire face à soi-même, on fuit sans cesse dans les divertissements le silence salutaire qui nous dit : « regarde ici l'ami. » On se bourre de savoir technique, de théologie moribonde, de savoir théorique en veux tu en voila. Nombreuses sont les stratégies d'évitement pour l'ego qui ne veut pas perdre de son importance. Alors que quand l'angoisse est vécue, elle ouvre une porte.

Je pense que vous commencez un peu mieux à cerner les causes de l'identité. Elle est un leurre crée par l'ego, une enveloppe protectrice qui le coupe du monde. Le philosophe grec Sénèque disait : « le grand malheur des hommes est qu'ils vivent dans leur monde et non dans le monde. » Chacun se crée sa bulle, son Dieu, sa vie après la mort, sa conception du monde, son imagerie illusoire et forcément comme tous les autres egos ont fait de même, la rencontre est douloureuse. Si encore l'humain se contentait de vivre sa névrose sur le plan personnel. Mais non il fait pire, il la légitimise, il forme des groupes qui renforceront les individus dans leur ignorance, voire pire, il l'érige au rang de déité, et truste les pyramidions de la culture, de l'art, de la médecine etc. La peur est polymorphe. Si vous êtes croyant par exemple, faites le test : changez votre icône par, au hasard, un balais brosse. Où une pomme de terre. Peu importe. Et vouez y la même adoration, vous verrez, ça marche !

On ne peut unir ce qui vit grâce et par la division, en ce sens mêmes les plus belles tentatives de dialogue interreligieux par exemple sont limitées par les egos identitaires que génèrent les religions elles-mêmes. Par définition, les religions ne sont pas faites pour se respecter mais bien pour s'opposer, ce qui donne lieu à des sommets d'hypocrisie et de bien pensance. Le dialogue ne pourra se faire que lorsque que toutes les religions ne seront plus, quand toutes les illusions seront balayées, quand tous les egos séparatistes auront volé en éclats pour construire ensemble une humanité radieuse.

La conscience d'être

Il existe une autre étape qui constitue le pyramidion en violet. Cette phase n'est pas facile d'accès à celles et ceux qui croient encore que le Moi et l'identité clivatrices sont indispensables à leur survie. Donc au religieux inflexibles, je conseillerai d'aller à la confesse, vous y entendrez ce que vous voulez entendre et votre vie suivra son court. Je dis cela vraiment par compassion, car je sais à quel point il est difficile de dépasser nos conditionnements ancrés et il convient d'être honnête envers ses capacités propres et sa volonté d'évoluer. Tout le monde ne le désire pas et là encore griller des étapes peut être dangereux. Le mental/ego résiste de toute ses forces et il convient d'y aller progressivement. Ce que je vais énoncer maintenant est destiné plus particulièrement à celles et ceux qui font déjà un travail sur eux et qui veulent continuer d'avancer. Où pour résumer par ce koan : « On ne tire pas sur un brun d'herbe pour le faire pousser. »

Alors cette troisième phase, c'est celle du Soi, qu'est-ce que c'est que cette petite bête là ? Le problème avec le Soi est que chaque auteur y est allé de son interprétation. Pour beaucoup le Moi supérieur dont nous avons parlé serait le Soi de Jung, une instance qui ne s'oppose pas au Moi inférieur mais qui l'englobe. Disons qu'ici le Soi est plus proche de ce qu'en pensait Ramana Maharshi et les écoles de la non dualité. Le Soi est l'être dans son essentiel, où l'on reconnaît que la notion de Moi, d'identité, n'était qu'une illusion voilant notre vraie nature, pure conscience d'être. A ce stade il n'y a plus de concepts limités comme le conscient ou l'inconscient, il n'y a qu'une seule conscience car il y a acceptation totale de tout ce qui est. C'est l'absorption, une aspiration de l'illusion de l'extérieur vers l'intérieur, vous prenez conscience que vous n'êtes pas le corps, pas l'identité que l'on vous a fournie à la naissance, et qu'au-delà de tous les masques réside une seule et unique « chose », que Lao Tseu a appelé Tao car il ne savait comment la qualifier, c'est la conscience d'être. Il n'est pas évident de développer par des mots une perception qui ressort du vécu immanent. Le Soi c'est être dans l'instant, constater que vous êtes juste conscient de voir ce corps, cette vie se dérouler, comme un film au cinéma dont vous êtes le spectateur attentif. Oui, l'attention c'est le cœur de la conscience d'être, le présent comme un cadeau. Ici on nomme le Soi, mais ce n'est même pas une instance psychique, ni un état, parce qu'un état n'existe que par rapport un autre état. Ici il n'y a que l'être. L'être, c'est la conscience qui observe sa vie, en totale abolition de la relation sujet/objet, et qui continue de faire des choix par jeu, sans absolument aucun attachement. Toutes les manifestations, la conscience pure les vit pleinement sans attachements dualistes de répulsion ou d'attachement immodéré. Pour reprendre une métaphore bouddhique plus parlante, si l'existence est une roue, l'état d'être en est le centre, le moyeu central. Pour la plupart, nous sommes pris dans le tournis de la roue, par nos croyances, nos peurs, nos besoins d'identité. Nous tournons sans cesse dans les parties non centrales de la roue, comme dans un manège à en donner le vertige, ce vertige qui nous fait perdre l'équilibre. Si nous pouvons être au centre de cette roue, nous devons l'élément clé de celle-ci et le vertige déséquilibré fait place au calme de l'essentiel en nous.

Le symbole de l'infini à la pointe de la pyramide désigne un état d'être au-delà du Soi, car même dénommer le Soi le limite, l'encercle dans un concept mental, donc au-delà du Soi. Je ne vais pas développer davantage sur ce sujet qui n'est pas évident à appréhender car inconceptuel. Nous avons parcouru ici un sacré (c'est le mot) chemin du Moi inférieur, à l'infini. Donc maintenant partant de ces éclaircissements, nous allons voir où en est restée notre société, et ce qu'elle fait de la notion d'identité.

 

Pourquoi le communautarisme existe-t-il et que véhicule t-il ?

Les sociologues disent que les communautés se resserrent car l'état ne joue plus son rôle de ciment social. L'état a sûrement une responsabilité dans tout cela, mais on ne va pas faire ici de politique. Ce sont trop souvent des questions superficielles dans des débats pathétiques qui ne mènent qu'à renforcer les uns et les autres dans leurs positions et on ne s'en sort plus. Bien que je respecte les hommes et les femmes qui agissent en conscience et avec cœur en politique (bien qu'ils soient de plus en plus rare), je n'ai pas choisi cette voie, je ne m'y sens pas à l'aise. J'apprécie par contre cette phrase de Spinoza : « Si l'homme était sage, l'état serait superflu » Donc tentons d'aller vers la sagesse puisque tout le monde fait de la politique, les places restent à prendre !!

Sur le plan social, si le communautarisme refait surface c'est par une démission de l'état sur le plan éducationnel (heureusement que nous ne faisons pas de politique) en terme d'intégration et de volonté harmoniser les inégalités entre les différentes couches de notre société. Sur un plan plus psychologique, voire spirituel, le communautarisme est un phénomène réactionnel de repli sur soi devant une réalité instable, au même titre que la tortue dans sa carapace. Car devant l'angoisse du lendemain, la peur et l'insécurité, le mental/ego a tendance à se tourner vers le connu, à se raccrocher à ce qui est sécurisant pour lui. Ce n'est pas tant la peur de l'inconnu en soi qui l'effraie, mais plutôt de perdre ses attachements au connu, perdre son socle, perdre son identité, perdre l'ego …

On a vu plus haut pour quelles raisons l'ego a besoin d'une identité, c'est qu'il ne peut accepter de ne pas exister en tant qu'individu. Il veut être différent, supérieur, et se crée une identité qui affirmera sa main mise sur la vie et comblera (illusoirement et provisoirement) son besoin obsessionnel de maîtrise. La communauté est une forme d'ego social, une grande illusion de groupe, qui agit selon les mêmes principes. C'est la somme de tous les égos réunis, et le nombre les rassure dans leurs convictions. Elle s'est créée de manière distincte à la vie elle-même, pour vivre selon ses concepts, ses croyances, son mode de fonctionnement. La misère de la fragmentation apparaît. Comme chacun en fonction de son conditionnement possède un concept de la vie différent de celui du voisin, chacun préfère rester dans son coin pour s'éviter la remise en question exposant au lâcher prise. C'est toujours l'ego qui veut avoir des concepts, qui veut avoir des vérités immuables, qui veut avoir de l'importance pour se préserver de la réalité de n'être rien en tant qu'entité séparée de la globalité. Voyez toutes ces communautés qui vivent chacun de leur côté… leurs membres travaillent ensemble, se marient ensemble et toute incursion d'un étranger est formellement interdite, où au mieux il devra se plier aux règles coercitives du groupe. C'est toujours le même mouvement intérieur, la même valse depuis des millénaires : la peur et la recherche de réassurance, la création d'un pôle matriciel sécurisant et l'exclusion de l'inconnu par peur de la remise en question, qui ferait retourner à l'état de départ qui est … la peur.

Mais la peur de qui ? Qui a peur ? Toujours l'ego, même si la vie du corps n'est aucunement en danger. La notion d'individualité qui refuse le réel, qui fuit dans les concepts au lieu d'assumer dignement sa médiocrité, son égoïsme et son manque de compassion. La peur de l'autre, parce que l'autre est pour le mental un concept différent, et ce concept remettrait en question l'idée qu'il s'est fait de la vie au lieu de vivre la vie. D'où l'importance du non conceptuel, du vide mental, afin d'intégrer la vie telle qu'elle est. Le FAIT est toujours fédérateur. Et ce FAIT sur le plan social est que tous les humains veulent vivre les mêmes joies mais que leur mental et sa faculté à créer des concepts chimériques qui les opposent. Le concept d'identité ici est des plus illusoires, comment croire rationnellement qu'un humain puisse être différent d'un autre, le bon sens ne le permet pas, reconnaissons le une bonne fois. Mais le mental/ego fait fi du bon sens, car celui-ci n'alimente pas sa dominance. L'ego a horreur de la simplicité, de l'évidence du réel. Il la fuit comme la peste et préfère se cristalliser dans son monde à lui et se gargariser de préjugés sclérosants.

"Le grand malheur des hommes est qu'ils vivent dans leur monde et non dans le monde."
[Sénèque]

Bien entendu l'humain est un animal social, rien ne peut se faire dans l'isolement, la spiritualité c'est justement être relié à tout et à tous. La communauté devrait être une fenêtre ouverte vers l'autre et non une porte fermée sur soi, ce qu'elle est malheureusement encore trop souvent. On peut créer des groupes de recherche, d'entraide et de partage, mais il est primordial de toujours garder l'esprit ouvert à la vie, de ne rien avoir à protéger, de ne pas avoir peur de perdre quoique ce soit. Et cela ne peut être ainsi qu'uniquement si ce qui régit le groupe n'est pas figé, dogmatique, sectaire, mais en constant changement en harmonie avec les lois qui régissent l'univers. Nous n'allons pas faire dans le grandiloquent des discours creux qui portent à l'unité des religions, qui prônent une filiation divine entre les croyances et qui dans les faits s'éloignent du réel qui lui n'est que division. Reconnaître que l'identité qu'elle soit juive, musulmane, chrétienne ou communiste est une réalité c'est renier violement la source de vie qui constitue notre humanitude. Car s'est principalement à cause de ces déguisements superficiels qui se surajoute à notre valeur intrinsèque que le mental/ego continue de perdurer et ainsi créer la fragmentation et le chaos dans les esprits et dans le monde. Mais qui se soucie de faire vraiment un pas ? Qui a vraiment le courage devant la multitude de s'élever et de dire, STOP ! Nous ne reconnaissons pas les juifs, les musulmans, les chrétiens, les communistes, les tennisman, nous ne reconnaissons rien de toutes ces chimères élaborées par le mental/ego pour se préserver de l'impermanence de l'existence. Il est temps d'établir une véritable scission avec l'ancien schéma de pensée, l'archaïque, rouillé, usé et re-usé jusqu'à la trame, on ne peut construire sur des fondations qui s'effritent et menacent d'ensevelissement.

Pouvons nous mesurer dans notre quotidien le nombre de fois où notre mental nous fait agir de manière fragmentaire et archaïque. Pouvons nous nous regarder dans le miroir et voir que tout ceci est illusoire et masque l'essentiel, un FAIT tout simple : nous sommes déjà l'absolu. Nous n'avons rien à inventer, à conceptualiser, si ce n'est de vivre ce fait en pleine conscience. Nous sommes comme un mendiant à qui un milliardaire aurait mis un gros chèque dans la poche, mais qui continuerait à demander l'aumône. Nous avons tout en nous. Peu importe l'épaisseur de la couche de nuage, le soleil de notre être brille toujours, mais nous ne le voyons pas encore en permanence. Il suffit de dissiper les nuages de l'ego, de l'identité, de l'appartenance, des normes, des dogmes, des dieux pour effectuer une percée lumineuse à la découverte de ce que nous n'aurions jamais du cesser d'être : nous-mêmes.

 

Réagir à cet article >> cliquez-ici