*Le Bon sens spirituel - unisson06
spiritualite laique - Unisson06

Nous sommes ce que nous pensons

"Tout cela n'est que projection du mental et n'a pas de réalité formelle.
Dans la vacuité sans forme se trouve la Vérité en Soi."
[Bardo Thödol]

par Michael



En diététique, on a tendance à dire que le corps est le résultat des nutriments qu'il a assimilé ; pour faire simple, si vous mangez des aliments gras vous serez gras, si vous mangez des aliments maigres vous serez maigre, et si vous mangez équilibré votre corps en sera de même. C'est du bon sens et tout un chacun peut le constater aisément ; nous pouvons dire que nous sommes ce que nous mangeons, sur le plan matériel dense.

Qu'en est-il des autres plans de l'être, au niveau des émotions, des pensées ? Et bien, au même titre celles-ci nous façonnent ; la pensée positive et les pratiques de visualisation créatrice nous ont démontré comment une idée, une image pouvait agir sur l'état global de l'être. Penser à une plage de sable fin, au soleil des tropiques active en général (mis à part ceux qui n'associent pas un bon souvenir/rêve à ces images) une relaxation psycho-somatique, alors que visualiser la grisaille d'un petit matin d'hiver en centre ville apparaît généralement comme générateur de stress et d'anxiété.

Sur le plan des croyances religieuses, c'est la même chose, chaque croyant est le résultat de son conditionnement, des idées qu'il a prisent pour la réalité et qui l'ont façonné, souvent sans qu'il en soit conscient. Ainsi, on peut constater que chaque croyant s'identifie par exemple au tempérament de la divinité envers laquelle il déverse sa dévotion, et donc par ce processus d'identification, d'introjection, il va arborer les attributs émotionnels et mentaux de son propre concept de Dieu. Si le Dieu auquel il est identifié justifie la violence et la fureur envers les infidèles, peu à peu le croyant en fera de même, se sentant légitime d'agir ainsi, puisque son concept de Dieu lui dicte cela. Les religions monothéistes sont pour cela les moins ouvertes, car dans l'ensemble la divinité monothéiste est particulariste, exclusiviste, violente et versatile. Même pour l'histoire du doux Jésus, cela n'a pas empêché de faire couler beaucoup de sang au nom d'un concept réducteur de l'amour dédié à l'égocentrisme messianique.

Je pense qu'il est urgent de sortir de cette pseudo complaisance des dialogues inter-religieux qui énoncent que chacun sa religion etc etc. Toutes les religions ne sont pas égales, certaines sont bien meilleures que d'autres ; il suffit d'analyser les écrits de chacune d'elles et ensuite d'observer le comportement des fidèles et le degré de bien-être intérieur, ainsi que leur tolérance. En cela, le monothéisme enseigne l'intolérance puisque par essence, il n'y a qu'un seul Dieu valable et donc qu'une seule voie obligatoire, les autres étant impies. L'orient quant à lui, de par ses conceptions plus vastes du divin, a permis l'émergence d'êtres différents, posant un regard sur le monde plus ouvert. Même si bien entendu cela reste des croyances au niveau des masses populaires, celles-ci étant par essence reliées à une source universelle, impersonnelle, elles offrent une largesse d'esprit qu'aucun monothéisme ne peut se permettre sans renier ses dogmes fondamentaux.

Les voies plus intérieures d'orient comme d'occident se rejoignent sur le vécu direct de la source de toutes choses. Mais les pratiquants de ces voies en occident se retrouvent souvent coincés dans les interprétations de textes dualistes et violentes et ont du mal à impulser l'universalité que l'orient promet d'entrée, dès les niveaux de conscience les moins élevés. Donc, bien entendu, il est important de privilégier aujourd'hui l'approche spirituelle de l'orient pour proposer une réelle voie occidentale universelle et libératrice.

Il est intéressant d'observer le comportement des uns et des autres, par l'attitude, les mots employés, le caractère ; on peut plus ou moins savoir qu'elles ont été les idées, les croyances qui ont façonné l'être.

Typologie des êtres :

Le matérialiste :

•  Il est en général peu évolué sur le plan émotionnel et spécialement focalisé sur l'intellect et la raison, ce qui peut l'amener souvent à être psycho-rigide ; à avoir du mal à exprimer ses émotions, sa sensibilité, car inconsciemment il juge cela non maîtrisable par la raison et cela lui fait peur, car il s'est exclusivement raccroché à son intellect et sa matérialité. Il a peu de créativité, et son intuition reste en germe, avec une tendance à l'emportement contre l'irrationnel qu'il dissimule sous un discours intellectualiste mécaniste et dualiste. Il mélange intuition/sentiment/émotion/créativité avec les ennemis de sa jeunesse, religion/dogme/curé/damnation/miracles. Il possède une rigueur dans son analyse, mais cette rigueur tend à se déverser dans les autres domaines de sa vie, ce qui crée parfois des impasses relationnelles. Il a une angoisse viscérale de la mort, car selon son optique il n'existe que la matière et la raison et celles-ci sont limitées à la boîte crânienne, cette dernière mourant avec lui comme on débranche un ordinateur. Il cache ainsi sa peur de la mort en rationalisant par des discours creux comme : « et bien c'est comme ça, après la mort il n'y a rien et c'est tout, c'est fini » masquant sa déception de ne vivre que pour mourir. Il arrive qu'il développe une addiction (alcool, tabac …) pour combler le vide spirituel qu'il se refuse lui-même et dont pourtant son être a besoin. La matérialité et la raison ne lui offrant aucune issue de compréhension de son être intérieur et des aspects illimités qui y sont latents. Il s'opère en général une belle ouverture quand il s'intéresse à l'art et s'ouvre peu à peu à ses émotions, en apprenant à vivre au présent puisqu'il n'a pas de demain. Il peut être amené à s'intéresser par la suite à certaines voies méditatives qui offrent une approche rationnelle comme le Zen par exemple, dénué de toute religiosité.

Le croyant :

•  A l'opposé du rationaliste, il a fait du miraculeux, du rêve fantasmagorique le centre de son existence, il est ainsi focalisé sur l'émotionalité et une notion de l'amour exclusivement dédiée à son concept de Dieu. Le fort développement de son émotionalité, par le biais de sa dévotion fait de lui une personne conviviale, qui souhaite arborer certains aspects amicaux de sa déité. Mais directement ou indirectement amène l'autre à s'intéresser à sa croyance, voir à être convainquant en matière de prosélytisme. Il est très susceptible quant à la critique de sa croyance, car l'émotionalité est versatile et délicate, et vu qu'il a misé son existence sur cet aspect unique de son être, il a l'impression que c'est sa vie même qui est menacée dès que la critique démonte sa croyance. Le rationaliste a un mode de pensée plus sûr et ancré pour la vie terrestre, alors que le croyant quant à lui gagne dans son mode de pensée pour l'après vie . Il s'est façonné des concepts plus ou moins bien structurés, qu'il a enrobés d'émotionalité pour leur donner plus d'intensité, mais étant donné que ses concepts, idées se reliaient à une émotionalité non intégrée, il aura une tendance à la colère, voir au fanatisme si les concepts sont profanés. Sa vigueur dévotionnelle pourra être rapidement transbalancée en haine dévotionnelle contre ce qui perce sa volonté de toute puissance amoureuse envers l'objet d'amour. Il vit pour l'après vie, toute son existence doit se conformer aux exigences de son concept de Dieu pour avoir droit au bonheur futur. Il a beaucoup d'intuition et de créativité, mais souvent celles-ci sont faussées par ses désirs issus d'une peur sous jacente, le doute. En réalité, le croyant est au final aussi angoissé par la mort que le rationaliste, car il ne se pense jamais assez à la hauteur de ce que demande son concept de Dieu, et pense qu'à tout moment il peut voir s'écrouler tout ce qu'il a accumulé de bonnes actions et manquer la vie éternelle.

L'être spirituel :

•  Il se veut un point d'équilibre entre le rationaliste et le croyant, une voie du milieu dépassant les extrêmes et leurs contradictions réciproques. Lui aussi ne manque pas d'être façonné par ses idées, mais il a apprit en général à ne pas s'y accrocher et à considérer celles-ci comme des outils de compréhension, mais non comme une fin en soi. Il sait être rationnel dans ce qui est du domaine de la vie matérielle et technique, mais il a apprit a intégrer son émotionalité et à la développer de manière mûre et sereine envers les êtres vivants et non envers des idées ou concepts. Pour lui le mot Dieu n'est pas la source de toute chose, car celle-ci n'est pas manipulable par les mots et ainsi ne peut être l'apanage de personnes, évitant ainsi les dogmes et les conflits d'idées. Il place l'intuition au dessus de tous les autres aspects de sa vie, car l'intuition est illimitée, englobante, alors que la raison est fragmentaire et spécifique, donc limitée. Ainsi il sait que le général prenant en compte tous les fragments peut être le superviseur serein de la raison et lui dire d'intervenir de manière spécifique quand cela est nécessaire, sans dépasser son rôle.

•  Il est avec toutes choses, il a équilibré ses polarités pour trouver le centre de la vie en lui-même. Il sait que Dieu n'existe pas en tant qu'entité extérieure à lui, mais la vie même dans tous ces aspects est créateur et création en même temps, unifiée. Il sait, par l'expérience méditative, que la conscience qui l'anime est en toutes choses et que rien n'est séparé, tout est UN. Cette perception intérieure profonde le transforme bien plus que des idées ou des concepts, car ce qu'il a vécu est ce qui est au-delà des idées et concepts. Il a vécu l'union avec la conscience une, ce non état qui permet justement l'apparition des états transitoires. Car pour qu'il existe l'impermanent, le relatif il faut qu'au-delà existe le permanent, l'absolu au même titre que l'ombre a besoin de la lumière pour exister et que la périphérie a besoin d'un centre pour justifier son existence. Par contre, il sait que la lumière, le centre et l'absolu se suffisent à eux même, qu'ils peuvent se passer de l'ombre, de la périphérie et du relatif. Alors, ancré dans cette compréhension de l'UN, il vit ainsi le relatif, l'ombre et la périphérie de manière détachée, joyeuse et libre, créant sa réalité selon les impulsions créatrices de la source vive dont il est un canal terrestre.

On parle souvent de déformation professionnelle quand le métier déteint sur notre personnalité au quotidien. On peut aussi parler de déformation idéologique, car en nous identifiant à nos idées nous devenons elles ou plutôt se sont elles qui nous possèdent. Il n'y a qu'à voir le monde, chacun veut défendre ce mot sans saveur que l'on nomme « conviction ». Chacun veut avoir ses convictions, il veut se convaincre qu'une idée est réelle, il s'y accroche et veut détruire tout ce qui touche à cette conviction sur laquelle l'ego a prit racine. Les gens collent tellement à leurs convictions qu'ils finissent par croire qu'ils ne peuvent plus vivre sans elles. Comme si ne plus avoir une idée sur la vie empêcherait la vie d'être ce qu'elle est. C'est absurde, et pourtant des millions, voir des milliards d'être croient encore cela …

Voici un exemple intéressant qui démontre comment en réalité aucune croyance ne vaut que l'on s'y attache en tant que vérité absolue. On peut conditionner son esprit à croire à ce que l'on veut, dès que l'on acquiert une certaine maîtrise de celui-ci. A une époque j'ai voulu ressentir les croyances de chacun, je me suis conditionné tour à tour à croire ce qu'un musulman, un juif, un chrétien, un hindou, un matérialiste croyaient sur la vie. Et ce qui est fascinant c'est que le mental peu à peu se prend au jeu et absorbe la croyance comme un carburant à sa raison d'exister. Il développe des nombreuses attitudes de réassurances, d'associations d'idées quotidiennes lui permettant de raviver son idée qui, par nature, à tendance tous les jours après le sommeil profond à devenir moins puissante. D'où l'angoisse matinale, car le mental veut vite reprendre ses croyances, après une phase de la nuit ou il n'y avait que la pure conscience du réel.

Autre preuve qu'une croyance est versatile, sans réalité propre, c'est qu'à un moment d'une vie l'individu possède une certaine croyance, puis à un autre il en change, puis ensuite revient à l'ancienne et encore et encore. Pourtant, même si l'idée a changé, l'être, la conscience qui observait cela reste inchangée, elle laisse tranquillement le jeu de la vie se dérouler. On peut comprendre ainsi que l'on peut librement croire à ce que l'on veut, en tant qu'outils de méditation. C'est l'idée même de la visualisation créatrice, où l'on essaye de convaincre l'esprit que nous sommes en condition pour générer un état de méditation et de détente corporelle particulier.

Si les croyants du monde entier percevaient cela directement par la mise en condition, ils abandonneraient naturellement leurs croyances dualistes et violentes pour des croyances plus douces et libératrices. Cela fonctionne, je l'ai expérimenté, donc, ci cela marche c'est que la vie a soit prévu cela, soit que c'est un juste retour à l'originel. La croyance, l'idée est une sorte de programme informatique, on peut changer la disquette, cela n'altère en rien le processeur qui lui joue sa fonction de lecture du programme. La conscience fait la même chose, peu importe l'idée qu'on lui présente elle l'observera.

A nous donc de créer des idées élevées et de s'entraîner à méditer sur certains aspects. Comme on le voit dans le bouddhisme tibétain par exemple où si l'on veut travailler la compassion en soi, on va prier et donc s'identifier à la déité de la compassion. Nous, en tant qu'occidentaux ne sommes pas obligés de prier le bouddha, mais nous pouvons par exemple nous exercer à la visualisation créatrice. J'ai expérimenté ainsi plusieurs croyances, idées et concepts afin de voir comment mon esprit réagissait et les influences différentes sur mon état de bien être.

Au final, il en ressort que plus une croyance, idée, concept est inclusif, universel et libre, plus l'état de bien être est élevé. Par exemple, la réincarnation, le fait qu'il existe un monde divin, une conscience pure, un amour inconditionnel, une fraternité avec les autres, une harmonie avec la nature, tout ce qui amène à l'unité donne des résultats très positifs. Alors que l'inverse, la croyance en un Dieu personnel, le désir du paradis, la peur de l'enfer, la division au nom de l'idéologie, tout ceci est générateur de stress. On voit nettement que l'esprit se conditionne lui-même, si l'esprit réagit positivement avec certaines croyances plutôt que d'autres, cela démontre qu'il y a des croyances bien meilleures que d'autres. Donc, tant qu'à avoir des croyances, autant choisir celles qui rendent plus heureux et sont les plus tolérantes. Rien d'étonnant que des livres violents tels que la bible ou le coran amènent à des conflits violents alors que les écrits de l'orient amènent au contraire à l'introspection et la libération.

Partant de cela, sachant que l'on est ce que l'on pense, à nous maintenant de façonner l'être que l'on veut être. Si l'on souhaite être courageux, méditons sur tous les aspects du courage, identifions-nous un temps à des héros célèbres. Si nous souhaitons être compassionnel, abreuvons-nous des enseignements de compassion. C'est tout simple, il suffit de s'y mettre et d'apprendre peu à peu à décider ce que l'on veut penser ou croire, si le besoin est là. Cela ne change rien , puisque dans l'absolu il n'existe de toute manière que la conscience absolue.

Pareil pour l'après vie, pour ceux à qui cela semble cohérent, sachant que après l'éjection de la conscience hors du corps ; l'être va manifester les croyances qui se sont constituées dans ses corps émotionnel et mental. Si il a peur, il va donc faire venir une imagerie monstrueuse, ou des conditionnements liés à l'enfer de sa culture d'origine. Tout comme en rêve nous visualisons principalement des images relatives à notre contenu psychique, et bien là cela fonctionne pareil. Par contre, si nous avons appris à vivre en conscience, nous pouvons nous extraire consciemment, et comme l'esprit ne sera pas agité, soit nous visualiserons un magnifique paradis soit, si nous sommes vraiment ancré dans le réel, nous irons directement en état de pure conscience, celle qui nous permet de choisir réellement.

Faire le vide dans la méditation est une phase nécessaire pour purifier le mental de toutes les imageries, concepts, que nos peurs et les peurs des autres nous ont collés. Une fois l'esprit clair on a le choix de créer ce que l'on veut croire, d'être vraiment des êtres créateurs ou de baigner directement dans la conscience pure. Je pense qu'on peut faire les deux, qu'en réalité, une fois la conscience pure dévoilée, tout est possible en conscience. Tout est possible pour celui ou celle qui est libéré de l'ego et ainsi il est uni au reste pour le bien de tous, puisqu'il sait qu'il est aussi ce tout.

Je propose :

•  Une phase de purification de l'esprit, vider la coupe totalement

•  Ne plus avoir de croyances, aucunes.

•  Ne vivre que le réel, sans aucun accès à la visualisation.

•  Mettre fin à l'imaginaire ancien, conditionné par le masque de peur.

•  Etre totalement vide d'idées et de concepts.

•  Devenir un verre vide, propre, prêt à être rempli de choses élevées.

 

•  Une phase où l'on se programme, au choix, de bonnes idées et concepts

•  Etant détaché des idées on peut les utiliser clairement.

•  Ne plus alimenter les anciennes croyances.

•  Tout de suite dissoudre un parasitage dans la conscience pure.

•  Utiliser idées et concepts supérieurs pour façonner l'être créateur.

•  Créer sa réalité par la pensée.

•  Utiliser symboles, analogies et abstractions comme outils créatifs.

•  Etre conscient d'être au-delà de ces outils.

 

•  Une dernière phase où l'on est ancré dans la pleine conscience :

•  Etre au centre, dans le présent éternel.

•  Visualiser le monde manifesté comme étant différent de soi.

•  Etre comme un artiste devant sa toile face à sa propre vie.

•  Mourir consciemment et créer son au-delà.

•  Choisir de revenir ou pas dans la matière (possible en fonction du niveau de conscience atteint).

 

L'idéal bien entendu est d'apprendre avec un instructeur, voir un maître avancé dans la méditation, afin d'éviter les faux pas et déséquilibres psychiques dus à la remise en cause totale de la structure psychique. Un tiers est aussi nécessaire car nous sommes rarement objectif vis-à-vis de nous même, l'autre peut être plus strict et nous aider à vider davantage de l'ancien contenu psychique brumeux.

Vider la coupe, se libérer de l'ancien, et remplir si besoin est d'un contenu psychique créatif et libérateur, puis vivre constamment en pleine conscience de soi. Se créer un être sur mesure par notre idéation, puis en être libre et s'élever sans cesse vers la perfection … rien que ça.