*Croire, Savoir et Connaitre, Introduction - unisson06
spiritualite laique - Unisson06

Croire, Savoir et Connaitre
Religion, Science et Spiritualité

Connaitre

par Michael Abitbol

 


« Baptisez-vous, si vous le pouvez, dans le Cratère, vous qui croyez que vous retournerez à Celui qui l'a envoyé, vous qui savez pourquoi vous êtes nés. » Et ceux qui répondirent à cet appel et furent baptisés dans l'Intelligence, ceux-là possédèrent la Gnose et devinrent les Initiés de l'Intelligence, les hommes parfaits. Ceux qui ne le comprirent pas possédèrent la raison, mais non l'Intelligence, et ignorent pourquoi ils ont été formés. Leurs sensations ressemblent à celle des animaux sans raison. Composés uniquement de passions et désirs, ils n'admirent pas ce qui est digne d'être contemplé, ils se livrent aux plaisirs et aux appétits du corps et croient que c'est là le but de l'homme. Mais ceux qui ont reçu le don de Dieu, ceux-là, ô Tat, à considérer leurs œuvres, sont immortels et non plus mortels. Ils embrassent par l'Intelligence ce qui est sur la terre et dans le ciel, et ce qu'il peut y avoir au-dessus du ciel. A la hauteur où ils sont parvenus, ils contemplent le Bien, et ce spectacle leur fait considérer comme un malheur, leur séjour ici-bas. […] Tel est, ô Tat, la science de l'Intelligence : comprendre les choses divines et comprendre Dieu. Tel est le bienfait du Divin Cratère ».

Hermès Trismégiste – Livre premier
Hermès Trismégiste à son fils Tat.

 

Ce passage illustre sous un langage initiatique les différences fondamentales qui existent entre celui qui sait (l'adolescent spirituel) et celui qui connaît (l'adulte spirituel). Si la raison est un outil utile pour savoir, elle peut être un frein sur le chemin intérieur. Ce n'est pas pour rien que les spiritualités orientales ont mis l'accent de stopper le mental afin d'accéder à d'autres potentialités de l'être. Pendant l'enfance et l'adolescence il s'est aggloméré au fil du conditionnement, des peurs et des souffrances une masse informe de voiles que l'on nomme « la personnalité » Cette personnalité est à l'image de la chenille sa Chrysalide (qui est un état intermédiaire), son enveloppe protectrice. Ainsi, cette personnalité s'est forgée pour se défendre du monde extérieur, elle en a subi les blessures qui ont façonné sa forme. Mais la personnalité est limitée par son mode de fonctionnement dualiste, utilisait par la raison qui fonctionne en mode binaire, comme les systèmes de programmation informatique. Hors le Bouddha l'a énoncé, la vérité réside dans la voie du milieu, l'équilibre des forces binaires, ni 0, ni 1, mais transcender et inclure le 0 et le 1 pour accéder à une perception totale du réel et sortir de l'illusion des exclusives de chaque polarité. Les extrêmes de rejoignent et le bien et le mal se remplace l'un l'autre, montrant ainsi que ce bien binaire n'est pas l'ultime bien qui est au-delà de nos conceptions moralistes de bien et de mal.

Dans le texte d'Hermès est énoncé que sans le baptême dans le cratère, c'est-à-dire l'initiation, il ne reste à l'humain que la raison et reste ainsi toute sa vie un adolescent à rechercher la vérité dans l'accumulation de savoir. Une phrase à méditer pour celles et ceux qui croient encore au salut par le savoir :

« La somme de tous les savoirs donne pour résultat que je ne sais rien. »
 

En effet un savoir n'a de valeur que s'il s'oppose à un autre savoir, sinon à quoi servirait de savoir une chose qu'un autre sait ? Tout comme dans les possessions matérielles l'ego aime à avoir un objet mieux que celui du voisin. Dans la lutte des savoirs le théologien, le scientifique et le symboliste luttent les uns contres les autres, sans fin, à perdre tant d'énergie dans ce qui n'apportera pas la Vérité. Le mystique persan Djal Od Dîn Rûmi disait :

« La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé.
Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. »

 

C'est bien ce que l'on observe chez les gens de savoirs et même entre théologiens il y a encore des controverses et entre théologien de religions différentes encore et encore. Même chose pour le scientifique et le symboliste, le savoir crée plus de division qu'il ne relie, c'est un fait.

Seul l'adulte spirituel peut utiliser le savoir avec conscience, car il sait ce qu'est le savoir, un outil et non une finalité, il n'est que le doigt qui indique la lune, mais ne sera jamais la lune elle-même.

L'ego utilise l'intellect dans le seul but d'accumuler parce que l'ego ne sait pas être. Il ne sait pas être car il n'existe pas réellement, il n'est qu'un voile constitué des brumes de l'ignorance de ce que nous sommes. Et ainsi il utilise le savoir pour se donner de l'importance, le « moi je sais » opposé au « tu ne sais pas » qui par extension peut donner le funeste : « ce qui n'est pas avec moi est contre moi ». Le scientifique qui est révulsé par le manque de rationalisme du théologien et le théologien horrifié du manque d'essentialisme du scientifique. Et au milieu, le symboliste qui voulant unifié les deux se crée au final, s'il y reste, une autre prison fait de symboles en tout genre mais qui sont inopérant, car mentalisés uniquement. Pas évident d'y voir clair dans toute cette confusion et le sage les regarde de tout son amour en attendant qu'ils cessent leur dispute pour se tourner vers la lumière intérieure, celle qui purifie le coeur et libère la conscience.

Concernant les trois gunas que nous avons sommairement aperçu, ici c'est le guna nommé « Sattva » qui est en majorité à ce stade de croissance. Sattva est un mot qui a pour racine le terme sanscrit « Satt » qui signifie « ce qui est » c'est-à-dire la conscience d'être ici et maintenant libérée de l'illusion des croyances et du savoir. Sattva représente le désir absolu de se connaître et donc de connaître la Vérité, cette aspect participe à l'existence indestructible de l'univers, c'est le centre de la roue du monde. A ce stade l'être est pratiquement entièrement tourné vers l'absolu et la recherche de l'essence cachée de ce qu'il est et de l'univers tout entier. Les individus arrivés ici ne recherchent plus leur salut à l'extérieur de soi, mais tout comme les pneumatiques de la gnose, ils ont compris que le salut provient de la connaissance du divin en soi et que rien d'extérieur n'apporte la liberté. Etre libre, être adulte, c'est être autonome, non-dépendant, spirituellement c'est la même chose. Le connaissant ne dépend plus d'autorités extérieures à lui, car il a tout trouvé en lui, pourtant l'évangile le disait déjà, qu'en a-t-on compris ? :

« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? »
(Epître aux corinthiens 3 -16).

« L'arrivée du règne de Dieu ne saurait être observée, comme si l'on pouvait dire :
« Voici qu'il est ici » ou bien « il est là »,
car voici que le règne de Dieu est au-dedans de vous. »

(Luc, 17 ; 20 – 21)

Regardons de plus près maintenant le mot connaître qui nous donne en latin « cognoscere » une phrase célèbre du poète romain Virgile énonce : «  Felix qui potuit rerum cognoscere causas » qui se traduis par «  heureux celui qui a pu pénétrer les causes secrètes des choses. » Nul doute que Virgile a dû s'intéresser par là à l'initiation, le verbe « cognoscere » est traduit ici par « pénétrer ». Connaître, c'est pénétrer le voile des illusions de la croyance et du savoir pour accéder à la réalité qui demeure enfouie sous eux. Dans « cognoscere » on y distingue une racine grecque qui est «  gnôsis » la Gnose, c'est-à-dire la connaissance intérieure de toutes choses . L'essence de la Gnose résidant dans ce même axiome que Socrate observa sur le fronton du temple de Delphes : « O homme, connais-toi, toi-même, et tu connaîtras l'univers et les dieux. » Signifiant que tout réside en l'humain, car l'humain est le fils de l'univers et des dieux, c'est-à-dire les forces de constructions de notre monde manifesté. L'humain est un univers en miniature, un microcosme « nous sommes des poussières d'étoiles » dit l'astrophysicien Hubert Reeves. Ainsi, s'il se connaît lui-même, grâce au principe d'analogie, il finira par connaître l'univers, le Tout et sera unifié à lui.

« Le premier pas vers l'unification est la totale suppression du tafrid
(premier état spirituel dans la typologie spirituelle). »

Al Hujwiri
("Kashf al mahjub ", trad. Nicholson, p 281)

Le soufi Al Hujwiri nous indique ici que pour atteindre le stade de « Connaissant » il faut avoir purifié en nous les aspects tamasiques, l'inertie et la crédulité assistée de l'enfant pour pouvoir accéder à l'état d'adulte. J'ajouterai qu'il faut au passage bien entendu avoir purifié les aspects rajasiques de l'activisme compulsif et de l'avidité de savoir propre au stade d'adolescence. Comme nous l'avons énoncé plus haut, dans l'adulte sont contenu (comme dans des poupées russes) les états de l'enfant et de l'adolescent. Ainsi pour maintenir un état d'adulte spirituel il faut avoir transcendé et inclus l'enfant et l'adolescent, c'est-à-dire extrait l'essence de leur stade respectif et nettoyer les résistances qui leur sont propres.

« Une première source de confusion tient au fait que les critiques de la gnose ne disposent que de ces deux catégories : le croire et le savoir, et ils identifient la gnose avec le savoir tout court. On perd ainsi complètement de vue qu'entre le croire et le savoir, il y a un troisième terme médiateur, tout ce que connote le terme de vision intérieure, ordonné lui-même à ce monde intermédiaire et médiateur oublié de la philosophie et de la théologie officielles de nos jours, le mundus imaginalis , le monde imaginaire. La gnose islamique dispose ici du schéma triadique nécessaire : il y a la connaissance intellective (aql), il y a la connaissance des données traditionnelles qui sont objet de foi (naql), et il y a la connaissance qui est vision intérieure, révélation intuitive (kashf). La gnose est vision intérieure. »
Henry Corbin (Extrait d'allocution sur le thème : La science et la gnose)


L'évangile selon Marc (10, 13 -16) énonce : « Laissez les enfants venir à moi. Ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas. »

Un extrait qui a été mal interprété, car sans les clés initiatiques nous ne pouvons ouvrir les portes de la perception. Ici il est bien question de l'enfant qui seul a droit au royaume de Dieu, c'est-à-dire la libération intérieure. Avec une vue littéraliste (comme souvent) il y aurait manifestement contradiction avec ce qui a été développé. Voila pourquoi il était question d'extraire l'essence du stade de l'enfant, Lao Tseu disait :

« L'homme vulgaire a les yeux de l'adulte (qui juge selon ses critères) et la conscience (immature) de l'enfant, le sage a les yeux de l'enfant (ouvert, spontané et plein de vie) et la conscience de l'adulte (mure et responsable). »

Nous y venons, le sage intègre les aspects les plus élevés du stade de l'enfant, c'est-à-dire la joie de vivre, la spontanéité, l'innocence et l'émerveillement quotidien devant la vie. Mais il a délaissé l'immaturité, les caprices et les dépendances matérielles, affectives et mentales qui soumettent l'enfant aux autorités parentales et autres. Certes au stade physique de l'enfant l'encadrement est nécessaire, mais il peut se faire avec plus de souplesse si les parents intègrent les connaissances du chemin spirituel. L'être spontané, innocent, joyeux vit dans le royaume de Dieu ici bas, sa conscience est purifiée, neuve et pleine de gaieté.

Le même processus intervient dans l'intégration de l'essence du stade de l'adolescence. L'adolescence c'est l'insoumission de l'esprit, le besoin d'indépendance, la remise en question du monde fixiste des adultes non spirituels. Le sage va donc intégrer ces aspects, il ne se soumettra pas aux dogmes et aux totalitarismes idéologiques, il est libre de toute éternité car il vit dans l'éternité, l'éternel présent d'une conscience claire et d'un cœur pur. Il ne fonctionne plus sur le plan physiologique uniquement à partir d'un des cerveaux primitifs. Il a transcendé et inclus le stade instinctif, émotionnel et intellectuel, car il vit dans la conscience/énergie qui donne vit à la matière. La physique quantique nous a démontré qu'il existe des champs informatifs électromagnétiques qui donnent leur forment à la matière, ces champs font partie de la conscience de l'être éveillé. Ainsi, l'on voit souvent qu'un être qui se nourrit de la conscience change sa structure physiologique et morphologique.

L'éveil n'est pas une simple évolution, c'est-à-dire une simple amélioration de l'ancien. C'est une transmutation totale de toutes les cellules du corps humain qui se trouvent ainsi gorgées de conscience/énergie, comme si elles recevaient une décharge fréquentielle très élevée. On sait que la matière est aussi onde, c'est-à-dire vibration et que chaque couleur porte une fréquence mesurable appropriée. Plus l'on monte dans la pureté de conscience, plus la fréquence des atomes constituant le corps augmente elle aussi. D'où certaines sensations de vibration ou d'être aspiré lorsque l'on côtoie certains sages éveillés. Il se crée en eux une sorte de vortex à haute fréquence qui diffuse par leur aura dans les alentours qui élèvent le champ vibratoire de la terre.

Ce qu'il important de comprendre c'est cette chronologie graduelle qu'il existe au sein de la conscience humaine. Comme à chaque époque de son évolution l'espèce humaine a vu apparaître des prototypes d'humains d'un autre genre qui aidèrent ainsi l'humanité à évoluer. Aujourd'hui, la de l'évolution est toujours à l'œuvre et les éveillés sont les prototypes de l'humain de demain. Ils montrent le chemin pour l'humanité toute entière afin qu'elles réussissent à sortir de l'impasse dans lequel elle semble bloquée aujourd'hui.

En effet, il reste encore de trop nombreux noyaux archaïques qui freinent l'émergence d'un nouveau paradigme. Il y a la religion qui refuse de lâcher ses dogmes pour n'utiliser que l'essentiel de leur message respectif, c'est-à-dire ce qui transforme l'humain pour l'élever. Il y a la science qui garde encore les traumas de l'opposition contre l'église et qui refuse de sortir de ses dogmes matérialistes, au lieu d'utiliser l'esprit de liberté que possédait la science à ses débuts. Puis, il y a la société de consommation qui utilise les deux travers de la religion et de la science pour maintenir l'humain dans la dépendance. La religion lui faisant croire que l'humain doit consommer des prières et des messes pour trouver Dieu et la science faisant croire à l'humain qu'il doit consommer des médicaments, de la technologie et des théories scientifiques pour trouver le Bonheur. Sans compter les enjeux économico financiers qui enserrent tout ceci, la vie humain est un réel défit. Mais l'humain aime les défis, sinon il ne dépenserait pas autant d'énergie pour monter une entreprise, convertir les masses, se faire élire, ou gagner une médaille. Et s'il nous était possible de canaliser cette énergie non pas uniquement vers le monde extérieur, mais sur notre monde intérieur, si cette énergie était utilisée dans le but de se connaître et de se transformer alors le changement est possible. Le monde étant le reflet de nous-même, l'histoire nous montre que changer le monde, le système politique ou religieux n'amènent rien de plus sur du long terme. Il nous faut changer les êtres qui donnent vie aux systèmes, si nous nous changeons, le monde sera le reflet de ce changement et il nous sera possible de mettre en place la politique adaptée à notre niveau de conscience.

Nous avons vu que tout comme le corps physique, l'essence d'un être humain (que les religions nomment « âme », mais l'âme n'est pas le reflet spirituel du corps physique qui est périssable, l'âme est une énergie consciente possédant divers reflets) passe quand à elle aussi par des stades de croissance. Le chemin intérieur n'est pas de l'à peu prêt, c'est une Science de l'être, un processus expérimenté et détaillé par des millénaires de filiation initiatique. Ce chemin ne repose pas sur des croyances, bien au contraire, la première étape consiste à libérer l'esprit du mécanisme de la croyance. La seconde étape, consiste à libérer l'esprit du besoin de posséder du s-avoir livresque, certes on lit des livres, ont étudie théoriquement le processus. Mais il faut le faire avec détachement, comme une étape de démarrage avant le grand saut intérieur où l'être est libéré de la recherche extérieure car il vit l'essentiel en lui. La véritable recherche est avant tout, Intérieure, elle consiste à soulever les voiles de l'ignorance et de la peur et comprendre le monde à partir de soi-même. Par analogie le microcosme est le reflet miniature du macrocosme, le corps humain est un univers, il est le reflet de l'univers. Si l'on comprend l'humain on comprend l'univers, mais comprendre l'univers ne peut ce faire par des croyances ou des théories spéculatives. La compréhension ce fait de l'intérieure, en interrelation constante avec l'extérieur, tous part du centre pour aller vers la périphérie. Le centre peut exister sans la périphérie, mais la périphérie a besoin du centre pour fonctionner. Ainsi, c'est d'abord « connais-toi, toi-même » connais ton centre intérieur. Et ensuite « tu connaîtras l'Univers » c'est-à-dire le monde dans lequel nous vivons, qui suit les mêmes principes que la croissance de l'essence.

Cette cartographie des niveaux de croissance n'a pas pour but d'établir un élitisme dégradant, mais au contraire faire comprendre aux croyants comme aux savants qu'ils ont l'opportunité d'évoluer. Que rien n'est figé dans l'univers, Bouddha énonçait : « il n'y a rien de plus constant que le changement » , tout change, tout est en mouvement dans l'univers. Et comme l'être humain est le reflet de l'univers, tout changement commence au creux de soi.

 

 

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