*Croire, Savoir et Connaitre, Introduction - unisson06
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Croire, Savoir et Connaitre
Religion, Science et Spiritualité

Croire

par Michael Abitbol

 


Croire du latin « credere » qui signifie : « Avoir une opinion » et opinion du latin « opinio » signifie « croyance » . Credere nous ramène aussi au mot « credulus » qui signifie « crédule ».

Dans un premier temps nous observons que le verbe avoir introduit la croyance, nous ne disons pas : « Je suis une croyance », mais plutôt « j'ai une croyance ». Croyance ou opinion c'est un peu la même chose, une croyance est une idée que nous développons sur quelque chose. Idée développée sur la trame de notre esprit, cette idée sera donc le fruit de la qualité de notre esprit. Un esprit confus aura des croyances confuses, un esprit plus clair aura des croyances plus claires.

Concernant les trois gunas que nous avons sommairement aperçu, ici c'est le guna nommé « Tamas » qui est en majorité à ce stade de croissance. Tamas représente l'inertie, l'absence de goût pour la connaissance par soi-même, l'ignorance et la lourdeur d'esprit, englué dans la peur de ne pas appliquer le dogme, la peur du pêché et son châtiment. Attitude que l'on retrouve chez l'enfant éduqué selon le mode « une carotte pour avancer », ou alterne dans l'esprit le dualisme récompense/punition.

La croyance est donc une formation mentale que l'on se façonne (où que l'on façonne pour nous) dans le but de nous connecter avec le monde spirituel. C'est un outil de méditation au début, par exemple en Inde, dans la voie de la Bhakti yoga (la voie de la dévotion) il est important que le disciple débutant croit que la statue envers laquelle il dirige sa dévotion est un dieu réel. Il lui faut se convaincre qu'en priant la statue il prit aussi le dieu en question. C'est un exercice de visualisation et d'identification, par exemple en priant la divinité de la joie, il va prendre en lui l'idée de la joie et être ainsi plus joyeux. Voila le sens des statues, l'idolâtrie c'est l'absence de connaissance du sens méditatif de ces statues. Et il est vrai que parmi les peuples beaucoup n'en ont pas connaissance où ne pourraient le comprendre clairement. Mais plus le dévot évolue dans sa compréhension intérieure et plus il comprendra que la statue est un des aspects de la divinité absolue dont il est une étincelle. Et vers la fin de son chemin il cessera la dévotion vers un objet extérieur pour vivre en lui le divin, pour co-naître réellement l'absolu au-dedans de lui.

En occident il semblerait que les religions aient moins développé l'utilité de la croyance, mis à part dans les voies ésotériques des religions comme la Kabbale juive, la gnose et le mysticisme chrétien ou le soufisme musulman. Ces voies dégagent trois niveaux de conscience, (allant de la périphérie au centre) au sein du premier niveau se situe la perception populaire de la religion, où la notion de croyance est centrale. Le second niveau est le plan où l'on accumule du savoir sur le symbolisme des récits sacrés et le fonctionnement théorique du processus initiatique. Et un troisième niveau qui est celui de l'initiation menant à la connaissance directe et le vécu profond du processus de libération intérieure.

Nous verrons plus en détail le développement des niveaux deux et trois par la suite. Une analogie intéressante avec la croissance physique d'un humain et les niveaux de conscience peut être réalisée. L'enfant né à la vie, même s'il porte en lui l'essence de ses expériences réalisées dans ses vies passées il devra réapprendre, réactualiser ses données, cette réactualisation se fera plus ou moins rapidement en fonction du niveau d'être de la conscience incarnée dans son véhicule physique.

Il commence donc au stade de nourrisson, période allant de la naissance à trois ans environ. Pendant cette période l'enfant vit un état de fusion avec la mère, il est encore fortement lié au monde spirituel. A ses trois ans il subit un second choc (le premier est la naissance au monde physique, la rupture avec l'état de pureté du monde spirituel) à ce stade il commence à subir le poids du conditionnement et des basses vibrations du monde terrestre. La conscience passe par les mêmes stades évolutifs que ceux du corps physique pendant son incarnation. On parle souvent de jeunes âmes où d'âmes plus anciennes devant la différence de maturité intérieure des uns et des autres. L'état de nourrisson est certes un état de fusion et d'unité avec la mère (que l'on peut symboliser par la nostalgie du monde spirituel) mais il vit dans un état de dépendance totale, où est absente l'autonomie intérieure et donc la liberté de choix (appelé dans les religions du livres, « le libre arbitre » ). Pour que l'être puisse conquérir son indépendance il faut qu'il passe par une crise, une rupture avec l'état de fusion, afin d'entamer une nouvelle phase de son développement, l'enfance.

Dès l'âge de trois ans il passe à l'état d'enfant, période située entre trois et sept ans. En latin « enfant » nous donne « infans » qui se traduis par « qui ne parle pas » , bien entendu entre trois et sept ans un enfant articule des mots, apprends à lire et à compter. Mais sur un plan spirituel il n'a pas la parole dans le sens où il n'est pas totalement conscient de ce qu'il est, de ce qu'il dit, des actes qu'ils posent. La parole où la projection du Verbe Créateur ne lui sera accessible qu'après une profonde initiation qui débutera à l'âge adulte. Par analogie le stade de l'enfant ressemble à l'étape de la croyance (ce n'est qu'une étape et chacun a le droit en conscience d'évoluer vers les autres stades, tout est ouvert aux cœurs sincères). L'enfant et le croyant n'ont pas encore accès au savoir, c'est-à-dire à la compréhension intellectuelle des symboles de leur religion. Dans cet état d'enfance et donc de dépendance vis-à-vis des parents (et ici en l'occurrence de Dieu le père) il ne peut se produire de transformation intérieure. Car croire n'est que l'adoption d'une idée aussi provisoire que le sont les roulettes de maintiens que l'on place sur la roue arrière du vélo d'un enfant avant qu'il n'apprenne à rouler seul. La croyance ou l'idée de Dieu est un outil nécessaire pour maintenir un lien avec le monde spirituel, mais il ne peut être une fin. S'il est considéré comme une fin, la conscience stop nette sa croissance et y reste. Cet arrêt est la source des guerres de religions, au même titre que les enfants se disputent dans un bac à sable. Ceci n'est pas digne de la grandeur qui réside dans le cœur des humains et qui ne demande qu'à être cultivé pour croître. L'enfant est dépendant des parents car il n'a pas d'autres ressources et c'est normal à ce stade. Un croyant continue à croire, car il n'a pas d'autres ressources, puisque dans sa religion on ne lui propose pas souvent d'accéder à d'autres stades. Ce qui est le cas principalement du christianisme, qui n'ayant pas réellement comprit la portée du message christique et l'a rabaissé à une simple croyance en un dogme provisoire. Le judaïsme et l'islam quant à eux ont conservé, même voilé, l'existence des autres stades, bien que généralement ils soient peu mis en avant. En orient les stades d'élévations ont toujours été admis, ce qui démontre que ces religiosités ont moins subit de dégradation.

On peut aussi dire que l'incroyant est un croyant qui demandait à évoluer vers l'adolescence (le savoir) mais qui n'ayant pas trouvé de nourriture adéquate a tout rejeté en bloc. Cet incroyant a été heurté par le manque de saveur que le niveau de croyant lui proposait, ainsi que l'intolérance religieuse de ceux qui avaient perdu l'existence des niveaux d'évolution de l'être. Si à l'incroyant était offert une nourriture supérieure que celle du niveau de croyance, alors, il s'ouvrirait à nouveau au monde spirituel pour le vivre et être heureux.

Le croyant vit dans la certitude que l'idée qu'il a de Dieu est vraie car c'est que l'on lui a dit, il croit ce qu'on lui dit au nom du fait que cela est écrit dans un livre dicté par des autorités rassurantes. C'est tout à fait le cas de l'enfant qui croit que son papa ou sa maman est la meilleure du monde par exemple. Cette perception est partielle et aveugle, car elle ferme à toutes potentialités d'évolution. Sa croyance lui apporte un certain confort intérieur lui évitant les efforts de la remise en question et donc de sa croissance. Car toutes croissances impliquent une crise, une remise en cause des certitudes acquises pour tendre vers un autre stade. Les adultes disent parfois aux enfants « tu comprendras quand tu seras plus grand. » par analogie on retrouve le même discours chez les autorités religieuses devant certaines questions par « les voies du seigneur sont impénétrables » Dans les deux cas ceci est dit pour ne pas confronté prématurément l'enfant physique ou l'enfant spirituel à une vérité qu'il n'est pas prêt à vivre. Mais si l'on maintient le croyant dans cette perception il développera une personnalité naïve et servile, manquant de discernement et de subtilité. Acquiescent à chaque dogme énoncé par peur de la crise que générerait une remise en question. Alors que c'est justement cette crise qui est recherchée dans les voies adultes de l'initiation afin de libérer l'esprit de l'illusion provisoire des croyances qui lui furent inculquées. Le croyant vit sans se poser vraiment de questions, mais le doute subsiste en lui et tous les jours il lui faut renforcer sa croyance par des rituels ou des prières. Lorsqu'il rencontre un non-croyant le croyant est dérouté, car l'existence de ce non-croyant lui impose la remise en question et la peur s'élève. Cette peur le pousse à inventer des boucliers psychiques, des phrases protectrices qui disent : « cet incroyant est dans l'erreur, il sera puni pour son impiété. » Inversement quand le non-croyant rencontre un croyant il est gêné et cela le met mal à l'aise. Car d'un côté cela lui renvois à ce qu'il a rejeté et ses peurs du passé vis-à-vis de son éducation. Et de l'autre s'élève en lui l'impression de manquer de passer à côté de quelque chose et ce vide déclenche une angoisse. Cette angoisse peu lui amené aussi à créer des boucliers psychiques tels que « c'est un naïf, ce qu'il croit n'existe pas, car ce n'est pas démontrable rationnellement, etc. » Nous voyons que les deux extrêmes le croyant et le non-croyant se rapproche finalement dans leur peur de l'inconnu. Cela nous démontre qu'en eux subsiste une conscience qui souhaite tendre vers autre chose mais qui ne trouve pas de nourriture appropriée.

S'il est énoncé que la croyance est le stade de l'enfance ce n'est pas pour déprécier le vécu du croyant, bien au contraire. Mais pour lui offrir une possibilité d'évolution intérieure. Comme pour l'enfant physique, le croyant a la possibilité de grandir en conscience, il convient de lui apporter progressivement une nourriture supérieure à son stade initial. Un croyant peut se sentir menacé par l'existence de niveaux supérieurs, mais uniquement s'il reste figé dans sa croyance et se ferme à toute évolution. Un peu comme un enfant qui a peur d'apprendre autre chose que ce qu'il connaît. Pour grandir il faut aller vers l'inconnu, le nouveau et avoir bien intégré le connu pour le transcender. Le problème est la stagnation dans un état d'être, alors que la vie implique le mouvement constant. Ce qui se fige dans la nature se meurt peu à peu, la feuille d'un arbre est souple quand elle est vivante, mais raide et cassante quand elle est séparé de sa source de vie. D'où la responsabilité des autorités religieuses à percevoir les besoins d'évolution de chacun. Mais si ces autorités religieuses elles-mêmes ne sont plus initiées, comme pouvaient l'être dans le christianisme les pères du désert et les premiers prêtres orthodoxes. Où pire encore si sachant la vérité des niveaux d'élévations elles les voilent au peuple pour les maintenir sous sa coupe, l'évangile pourtant parlait déjà des gardiens du temple en ces mots :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux; vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous n'y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer. »
Matthieu : 23 – 13


L'histoire se répète donc inlassablement, l'homme apprend t-il vraiment ?

Il ne peut pas apprendre tant qu'il reste dans la croyance, tant qu'il reste dans la dépendance et la confusion démontre que l'humanité doit évoluer vers un autre stade, celui de l'adolescence. Se rebeller symboliquement et intérieurement contre l'autorité intérieure pour pouvoir se construire elle-même. Cette autorité intérieure n'est en réalité que les voiles de l'illusion créée par son conditionnement et ses propres peurs. En vouloir aux autorités extérieures n'est pas une belle idée, cela ne résout que temporairement une situation d'asservissement. Le conflit réel est en soi et il ne peut être résolu quand plongeant dans les entrailles de l'être pour y affronter notre part d'ombre.

 

Deuxième partie : Savoir
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