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Le Bon sens spirituel

"Le bon sens est la chose au monde la mieux partagée "
[René Descartes]

par Michael & Sylvain



Ce que nous apprend cette citation d'un des plus éminents psychologues du 20 ème siècle nous amène à considérer notre rapport entre la complexité mentale et le bon sens (nous verrons que nous nuançons bon sens commun et bon sens spirituel.) Albert Ellis n'explique pas ici que les patients ou les gens à qui l'on s'adresse ne disposent pas de l'intelligence nécessaire, pas du tout. Il dévoile par là que les vérités les plus profondes peuvent être dites avec un langage simple (et non simpliste), afin d'aller à l'essentiel de ce qu'elles souhaitent transmettre. Il est un dogme des plus desséchants de notre ère moderne qui se caractérise par la complexification intellectuelle, commandement qui dicte que tout ce qui n'est pas enrobé dans un savoir livresque conséquent, serti de formules verbales alambiquées ou d'équations mathématiques sophistiquées serait une vérité de bas échelon. Nous avons tendance à nous laisser subjuguer par de beaux discours, par des explications très compliquées (en apparence), nous semblons conditionnés à croire que plus l'explication est complexe, plus elle est proche de la vérité, même quand cette explication mène à un raisonnement erroné – ce qui est souvent le cas.

Voyons voir ce qu'il en est réellement. Les maîtres spirituels depuis des millénaires se lèvent contre les tergiversations du mental qui tourne en boucle en se perdant dans l'intellectualisme à outrance, se séparant de l'expérience directe intuitive qui n'a pas besoin des mots pour se manifester. Même dans ce site on emploie des termes qui peuvent paraître curieux, mais c'est parce que nous sommes dans le verbal, et que nous en avons encore besoin pour le moment, afin de transmettre nos idées (en attendant un développement du pur ressenti sous forme de télépathie) mais nous souhaitons simplifier au maximum, pour proposer l'essentiel. C'est une tache qui nous parait très importante. L'humain a inventé tant de mots, il s'est crée tant de protection mentale pour s'éviter le lâcher prise qu'implique l'expérience directe. Nous ne voulons pas ensevelir les gens sous des tonnes de mots qui sonnent bien, qui glorifient l'ego et nous éloigne de notre vraie nature, qui est simplicité, spontanéité et joie de vivre. Quel ennui que ces discussions où chacun se valorise en énonçant les plus belles théories avec les plus beaux mots et ne ressent plus l'énergie du jour qui se lève. Nous n'avons rien contre les intellectuels, nous apprécions aussi les mots et leur créativité. L'art d'écrire est un véhicule de l'esprit formidable (note du correcteur : à qui le dis-tu frérot ») . Mais ce qui m'intéresse ici est d'offrir une compréhension concernant l'approche directe du sens. Permettre à n'importe qui de s'ancrer dans des vérités toutes simples, mais essentielles à la vie humaine.

"Rendez les explications aussi simples que possible, mais sans simplification.”
[Albert Einstein]

Le bon sens, qu'est-ce que sait au juste ?

On peut le définir comme une notion objective émanant d'un constat d'évidence, expérimenté et éprouvé au quotidien par un nombre important d'individus. Bon, je vous l'accorde ce n'est que ma définition, on va essayer de faire avec pour cette fois si vous le voulez bien. Dans le "Discours de la méthode" Descartes fait du bon sens « la chose du monde la mieux partagée ». Tout le monde a du bon sens. Je me souviens étant petit avoir vu des mamies sur leur banc, ne parlant que de cela « Un peu de bon sens quand même ! » disaient t-elle. Je les aimais bien, elles étaient si mignonnes là sur leur banc, regardant la vie se dérouler devant leurs yeux fatigués. Elles avaient du bon sens, quand elles donnaient à manger aux pigeons, elles avaient du bon sens quand elles invitaient les petits enfants de l'immeuble, peu importe leur couleur de peau, à manger des gâteaux savoureux. Elles avaient du bon sens, quand elles disaient : « Bah, toutes ces différences c'est n'importe quoi, si tu me coupes la peau et que tu coupes la peau à l'autre, il y a le même sang qui en sort, donc on est pareil. » Et bien, même si elles n'avaient jamais abordé l'anthropologie structurale ou la logique tétravalente, elles possédaient l'essentiel d'une compréhension profonde de la vie. Le bon sens, celui qui parle au coeur. Je ne parle pas ici du bon sens commun conformiste, banalité du bistrot. Comme tout ce qui est humain le bon sens peut se situer sur des plans de conscience différents. Ici c'est le bon sens du cœur dont je fais mention. La simplicité qui amène à l'essentiel.

« Un moine demanda un jour à un vieillard :
"Quelles est la Voie ?". Le vieil homme répondit :
"Notre bon sens est l'unique Voie ". »

[Adage Zen]

Alors ce bon sens comment peut-on l'exprimer dans le domaine de la spiritualité ?

Et bien il peut s'exprimer dans la simplicité, l'innocence du cœur et de l'esprit. On a tous en tête le sage avec sa pipe au bec qui rie de tout et parle simplement, avec des mots légers qui nous vont droit au cœur. Sans employer de tournure de phrase compliquées, de concepts théoriques lourds d'intellectualisme. Avec un vocabulaire même limité il arrive à évoquer l'illimité, voila la force du bon sens spirituel (certains grands éveillés étaient même analphabètes.) Mais ce langage si criant de vérité n'est pas toujours accessible à notre mental qui se gargarise de complexité jusqu'à se prendre les pieds dedans et faire chuter le pèlerin dans sa quête. C'est un peu le serpent qui se mord la queue. Alors voila, pourquoi a t-on inventé le savoir intellectualo-spirituel que l'on rencontre aussi dans la plupart des ouvrages modernes ? Ce savoir a son utilité. Il est un pont  si je puis dire entre l'intellectualisme complexe du mental-ego et la simplicité toute nue du sage éveillé. Ce savoir utilise les codes du mental pour l'amener vers le non-mental. Donc cela a un sens lorsque l'on est à une extrémité du chemin et de la sorte il est respectable. Prenons un exemple : si une personne croit fermement aux théories du racisme, le simple bon sens spirituel qui dit « le même sens coule dans les veines de tous les hommes » ne suffira évidemment pas à la faire changer d'avis. Dans ce cas, la souffrance et les croyances sont si profondément ancrées que le travail thérapeutique doit passer par une intellectualisation et une conceptualisation préalable, mais pour en revenir au final à l'affirmation de base, celle du bon sens. On pourrait aussi prendre comme exemple un joueur compulsif : lui dire « arrête de jouer car tu perds de l'argent » est vain, voire blessant. Il faut d'abord reconnecter tous les fils qui ont fait que ce bon sens fondamental a été perdu. Notre chance, en revanche, grâce au bon sens, est de pouvoir comprendre quasi-instantanément l'illogisme dans l'absolu de certains comportements qui nous entourent

Il nous est possible de passer à autre chose ensuite, parce que le mental-ego a tendance, s'il ne passe pas à l'étape suivante, à s'approprier ce savoir intellectualo-spirituel et à l'utiliser au même titre que toute possession, l'accumuler, s'en gaver et l'utiliser pour affirmer son hégémonie, ce qui donne des chefs de sectes (je n'emploie pas le mot gourou, car à la base ce mot se traduit simplement par « maître » en sanscrit). C'est à ce stade que le roc peut être fendu, que la coupe peut être vider, pour se libérer même de ce savoir verbalo-spirituel, aller au-delà du mental. Voila pourquoi bien souvent une personne qui ne vit que de « puissance » intellectuelle se trouve désarmée, toute nue, devant le sage qui rigole comme un enfant en disant des vérités si naturelles (simpliste pour l'intello.) On dit bien que l'homme du commun a les yeux de l'adulte et la conscience de l'enfant et que le sage a les yeux de l'enfant et la conscience de l'adulte. Ce qui est tout à fait différent, car les yeux de l'adulte jugent, sont sérieux, graves, mais derrière la conscience de l'enfant reste puérile, déchirée par les frustrations, les blessures du moi. Tandis que le sage avec les yeux de l'enfant regarde la vie sans cesse émerveillé, avec des yeux rond comme des billes, lumineux de gaieté. La conscience d'adulte chez le sage est celle de l'être qui a appréhendé toutes les facettes de l'existence humaine, est ressorti de nombreuses morts psycho-spirituelles et en a percé la compréhension.

Le sage, le libéré vivant, ne vit que de bon sens spirituel, d'une simplicité qui ferait fondre tous les icebergs de l'intellect. Ici, on est très loin de tous les débats d'idées, politique ou religieux. Il faut vraiment voir à quel point les théologiens (toutes religions confondues) se perdent dans leur savoir livresque, dans des théories sans fin et souvent soporifiques sur la nature de leurs dieux. C'est un exemple d'une utilisation surfaite et piégeuse du mental, qui perd de son intérêt purement « technique » pour s'imposer comme autorité. Personne ne peut déstabiliser par les mots la simplicité d'un être qui ne vit plus par les mots, mais par sa vie toute entière. Citation du Yi-King : « Le sage ne ressent pas le besoin d'influencer les êtres, il pratique l'enseignement sans paroles, c'est par ses actes qu'il transmet, et ainsi les êtres viennent à lui naturellement. » Que dire de plus …

"Les hommes sont devant les idées simples
comme des chauves-souris devant la lumière,
ils sont aveugles."

[Aristote]

Ce bon sens est accessible à tous, sans avoir un bagage culturel immense ou des diplômes en veux-tu, en voila. Justement, ici, ces savoirs sont même un frein à l'expérience directe de la sagesse toute simple. Les maîtres du Dzogchen (enseignement bouddhique ésotérique) estiment que le mental ne devrait servir qu'à la compréhension et à la transmission du savoir spirituel. Le mental accumule tant d'éléments inutiles à la compréhension profonde… Il est perdu sous l'amoncellement de connaissances théoriques et oublie de parler aux arbres, car d'après lui ce n'est pas logique, ou bien ce n'est pas ce que son Dieu lui demande de faire. Si la logique est de se couper de l'essentiel, de l'amour de la vie, de la reconnaissance de tout et de tous comme intrinsèquement liés à son être, alors autant être illogique et irrationnel. Ce n'est pas ce qui est apprécié dans cette société d'aujourd'hui et pour cause. Spontanéité et innocence ne sont pas des attributs qui permettent de s'imposer à l'autre. Bien au contraire, ceci est vu comme une marque de faiblesse pour les egos ampoulés qui ne vivent que de pouvoir. Le sage est vu comme un mou, un faible, qui n'a pas réussi dans la vie, qui est marginale et donc qui effraie les esprits normatifs. Ces bien pensant ont t-ils lus et compris le sens profond de cette stance du Tao To King :

« Dans l'univers, le plus faible vient à bout du plus fort.
Seul ce qui est sans substance peut pénétrer un espace plein.
Par là le Sage reconnaît la vertu du non-agir.
Enseigner sans la parole, entreprendre sans agir. Voilà la vertu.
Cela est difficile à comprendre pour la plupart des hommes.
Là pourtant se trouve la vérité.
Car le plus souple gagnera le plus fort
et rien ne saurait égaler
la puissance du non-dire et du non-faire. »

[Lao Tseu]

De tous temps les sages furent considérés comme des empêcheurs de dominer en rond. Comment atteindre un être qui est comme l'eau, insaisissable, fluide et sans accroches ?

Le bon sens spirituel se résume simplement, en adoptant l'attitude de l'enfant : spontané, joueur, émerveillé et innocent avec la capacité de profondeur et de discernement de l'adulte accompli. Par ce bon sens nous pouvons aller au bout de tous les raisonnements, de toutes les logiques, de toutes les théologies, car il est au-delà du mental et de l'ego. Il vibre à la source et s'abreuve de son élixir de vie. Chose dont le mental-ego est totalement incapable, puisqu'il ne vit que morcelé, dans des normes, des concepts rigides, des dogmes stériles. Cependant il est intéressant de noter que bon sens et intelligence intellectuelle ne sont pas opposés, mais au contraire peuvent être complémentaires quand le mental sert l'intuition et le bon sens et non l'inverse. Einstein par exemple a toujours dit de sa théorie de la relativité (que seulement quelques personnes dans le monde sont capables de comprendre) était le fruit de son intuition sans que les calculs et concepts ne viennent prendre la place principale dans son œuvre, bon nombre de découverte qui firent couler de l'encre pour le mental ont eux une origine non-mentale. Autrement dit, le mental doit rester, au même titre que les religions d'ailleurs, ce qu'il aurait toujours du être : un outil au service de l'âme. Et comme le site Shri Aurobindo : "L'insuffisance de la religion vient de ce qu'elle a confondu l'essentiel (l‘intuition et le bon sens) et l'accessoire (le mental et l'intellectualisme théologique). La vraie religion est la religion spirituelle; c'est une recherche de Dieu, une ouverture de la vie la plus profonde de l'âme au Divin immanent, à l'Omniprésence éternelle. Dogme, culte, code moral sont des aides et des soutiens qu'on peut offrir à l'homme, mais qu'on ne doit pas lui imposer."

La vie est mouvement perpétuel, le bon sens spirituel aussi. Il est flexible, il coule de « sens » , c'est le cas de le dire, le sens, le vrai, celui qui nourrit l'être. Il ne prend pas partie, ne juge pas, il EST, vérité par delà les vérités. Il est non vérité, dans le sens ou il jailli dans l'instant, comme l'eau qui n'est ni salé ni sucré, mais qui a un bon goût et qui surtout est indispensable à la vie. En regardant la vie avec simplicité et innocence, en gardant le discernement de l'adulte conscient de soi et des réalités qui l'entoure, vous trouverez votre chemin naturellement. Ensuite, une fois ce travail bien intégré, vous pourrez accumuler certaines connaissances livresques sur le monde qui sont intéressantes pour votre cheminement, si tant est que vous en ayez besoin. Tout en sachant que celles-ci bien qu'enrichissantes ne sont pas l'essentiel à l'épanouissement de l'être. Krishnamurti disait « on apprend aux gens quoi penser avant de leur apprendre comment penser ». Les pièges du savoir sont nombreux. Le mental-ego a vite fait de s'en goinfrer pour se donner une contenance en s'évitant ainsi de vivre la simplicité du rire aux éclats d'un enfant qui a fait une bonne blague. Dans ce cas, le mental est comme la religion, la drogue, l'alcool, le sexe, les sports extrêmes : un moyen de combler pour éviter l'angoisse de vie et sentir vivace son ego. Il y a tant de grands personnages, avec plein de titres, de connaissances et autres qui ont perdu cette lueur dans le regard. Ils ont fuit dans les livres au lieu de regarder dans le plus beau, eux-mêmes, et dès que l'ont devient spontané avec eux, naturel, ils semblent tout déstabilisés malgré leur grand savoir. Le mental-ego n'aime pas trop la spontanéité, il veut paraître, se protéger de la vie, empêcher les émotions et les pulsions enfouies profondément de remonter. Alors il entasse des livres dans sa tête, il veut tout connaître obsessionnellement pour s'éviter le doute perpétuel du non-savoir. Regardez à quel point les gens de savoir ont horreur de ne pas savoir une chose. Ils semblent comme leur manquer une contenance, comme s'il y avait une fuite dans l'enveloppe de leur ego, leur moi-peau. Voila le problème de l'accumulation du savoir : l'ego a toujours besoin d'accumuler encore et encore, compulsivement, pour combler ses angoisses. Que ce soit de l'argent, des voitures de luxe ou des femmes c'est toujours le même mouvement intérieur, l'accumulation et la possession. Vous, en face avec votre bon sens spirituel, vous n'avez pas besoin d'accumuler pour être, le : « J'ai, donc je suis » n'est pas pour vous, vous jetez un œil dans votre cœur et vous savez intuitivement ce qui est juste, sans équivoque. Votre mental ne sert qu'à traduire cette intention d'Amour dans un monde de matière.

Pour terminer nous dirons que les vérités les plus profondes résident dans les choses les plus simples. Tout ce que le mental-ego considère trop simple, il va vouloir le complexifier, le gonfler, l'étirer pour en faire un bouclier toujours plus large et plus épais. Comme le dit Anne Givaudan : «  ne sortons aucune arme ni même un bouclier, car celui-ci pour protecteur qu'il soit appelle inconsciemment une arme. » C'est dans les petites choses que se trouvent les plus belles émanations de l'âme humaine. L'être qui a su se dépouiller de l'accessoire, de l'artifice, pourra entrevoir ces secrets. L'être qui sait rire avec le cœur, peut vivre la pensée sans en faire un faire valoir. Ainsi il devient impeccable, irréprochable. Comme l'eau qui coule jusqu'à la mer, sa direction est insaisissable.

 

« En s'adonnant à l'étude, on s'accroît chaque jour.
En se consacrant à la voie, on diminue chaque jour.
Et l'on continue de diminuer jusqu'au jour où l'on cesse d'agir.
N'agissant plus, il n'est rien, désormais, qu'on ne puisse accomplir.
La conduite du royaume revient à qui demeure au-dessus de l'action.
Celui qui lutte pour gagner le royaume ne l'obtient jamais. »

[Lao Tseu]

 

 

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