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Humanitarisme : l'impasse

"Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson."
[Confucius]

par Michael


Tous les ans nous observons, aux époques de fin d'année plus précisément, une recrudescence des organismes de charité de tous horizons. Je ne parlerai pas ici de l'aspect financier ou politique qui sous tend ces organismes, n'étant pas expert dans ce domaine et ne voulant pas l'être. Par contre, je souhaiterai proposer un questionnement au regard de la sagesse spirituelle : comment voit-elle tout ceci ?

Comme l'énonce Confucius, nous savons intuitivement qu'il est plus sage d'apprendre un métier à une personne que de l'assister en lui donnant de l'argent et ainsi le rendre dépendant et inactif.

Nous est-il possible de transposer ce bon sens vis-à-vis des organismes humanitaires ?

Peut-être nous est-il intéressant de commencer dans l'histoire vers ce qui a engagé une course à l'humanitarisme à tout prix, à savoir l'église catholique romaine.

Dès ses débuts, l'église a mis spécialement l'accent sur une doctrine populiste, une religion pour les pauvres d'esprit et de bourse. Vu qu'à l'époque de son émergence, les masses souvent illettrées étaient majoritaires, elle a su voir dans ce réservoir un potentiel d'expansion idéal. Rien de tel que des personnes en détresse pour être manipulées par des idées et des promesses d'un avenir meilleur, si il y a soumission au dogme et aux autorités sensées le représenter. Peu à peu, la nouvelle église a pourchassé les initiés aux mystères christiques, les gnostiques et les autres, car elle savait pertinemment (les premiers évêques gardaient encore une saveur gnostique dans leur approche du christianisme) qu'ils possédaient une connaissance libératrice qui empêchaient tout monopole. La fermeture des écoles initiatiques à Alexandrie au 4 ème siècle par l'empereur Théodose, le meurtre d'Hypatia d'Alexandrie commandité par Cyrille, (qui devint st Cyrille par la suite, un saint assassin). Le massacre des manichéens puis des cathares, l'inquisition, toutes ces stratégies pour censurer les prises de conscience créatrices et libératrices.

Il fallait à l'église des êtres soumis, et culpabiliser pour asseoir sa domination, l'humanitarisme s'est organisé sur ce fond. Car ce n'est pas l'or et les diamants qui ornent le Vatican qui ont su démontrer l'humilité des papes et la chasteté des prêtres, Il fallait aussi un décorum pour impressionner les foules. Des faire-valoirs, l'église en trouvera chez le petit peuple et utilisera aussi de vrais saints et saintes au cœur purs qui sentaient l'impulsion de l'amour vers l'autre. La plupart des mystiques de la chrétienté ne furent pas bien vus de leur vivant par le Vatican (mais souvent canonisé après leur mort), qui y voyait des concurrents sérieux, encore davantage envers les gnostiques, représentants du véritable message christique, menaçant l'imposture cléricale.

La logique de l'humanitarisme cléricale était : donne leur du poisson, comme cela ils oublieront qu'ils peuvent apprendre à pêcher et resteront dans nos filets. Maintenant, oui, cela aide tout de même les plus démunis, il vaut mieux cela plutôt qu'ils meurent de faim et de froid.

Je dis OUI, mais …

Le problème de cette attitude c'est qu'en voulant nourrir les uns on affame les autres.

En mettant l'accent sur l'aspect négatif de l'humain, le considérant comme un assisté spirituel et dépendant de croyances, on affame de nourriture spirituelle élevée les êtres prêts à emprunter le chemin de l'initiation. C'est particulier au christianisme, alors que dans la plupart des autres traditions il y a toujours eu une voie exotérique pour le peuple, et une voie ésotérique pour les êtres murs et ces derniers permettaient d'aider davantage le peuple par leur conscience accrue.

En effet, si nous sommes dans une catastrophe humanitaire sur cette terre c'est que les êtres qui ont façonnés ce monde, manquent cruellement de conscience intérieure. Et cette conscience intérieure ne s'acquiert que par un chemin initiatique au cœur de soi-même. L'église, puis la science matérialiste ayant retiré à l'humain son potentiel de croissance spirituelle, il s'en trouve que la seule chose que l'on voit c'est la surface.

Mais qui ose aller au fond du problème ?

La science matérialiste, en s'opposant à l'extrême à la religion, est elle aussi restée en surface, l'humain n'est pour elle qu'un amas de chaire et d'os errant sur un cailloux perdu dans un univers soumis aux lois du hasard et de la nécessité. Celui qui hier devait être dépendant de béquilles idéologiques, comme les croyances, est dans le même état d'esprit aujourd'hui, dépendant de béquilles chimiques, comme les vaccins et médicaments. On tourne au tour du pot, car personne ne souhaite voir le réel tel qu'il est, plonger au cœur de soi-même pour éclairer les zones obscures qui causent les malheurs de l'humanité.

C'est bien beau d'alarmer le monde avec la faim dans le monde, partir faire de l'humanitaire en Afrique ou en Asie, mais cela ne résoudra rien. Un fait intéressant est qu'aujourd'hui, il y a de plus en plus de personnes (souvent sincères) qui s'engagent dans l'humanitaire, mais l'on constate paradoxalement une augmentation croissante de la précarité partout dans le monde. Soigner un enfant qui souffre de gangrène au soudan c'est beau, mais il y aura encore des millions d'enfants qui en mourront tant que l'humanité n'accédera pas à une conscience plus vaste.

Et entre temps, combien de bénévoles meurent aussi d'épuisement et d'impuissance devant le vide sans fond de la misère humaine ?

La sagesse profonde énonce : « Connais-toi, toi-même »

C'est trop simple n'est-ce pas ?

Et pourtant …

Si nous ne connaissons rien de nos peurs, frustrations, désirs qui tirent les ficelles de nos actes quotidiens, comment pourrons-nous nous ouvrir aux autres ?

Ce n'est ni en croyant être sauvé par une soumission à un dogme, ni en se bourrant de médicaments que nous pourrons élargir notre perception de nous-même et du monde ; mais en prenant le chemin qui mène à la réalisation intérieure, l'éveil à notre nature véritable, la seule qui puisse nous sauver de notre misère intérieure et extérieure. Et cela ne s'achète ni en donnant l'aumône, ni en payant l'ordonnance, mais en travaillant sur soi, jours après jours.

Les êtres qui se prennent en main, qui peaufinent jour après jours leur être, observant leur obscurités afin d'y faire pénétrer la lumière, et ces êtres accèdent à une vie plus détendue. Cette détente amène la paix intérieure, la paix intérieure amène la paix extérieure, la paix intérieure et extérieure amène l'amour, l'amour est ce dont le monde a besoin pour se relever, je n'invente pourtant rien, tous les sages de la terre n'ont cessé de le crier.

Imaginons, si demain tous les êtres sur cette terre empruntaient un véritable chemin intérieur. Tous les déséquilibrent se rétabliraient, on arrêterait de consommer à tout prix, de polluer, de dominer par la politique, la religion ou la guerre. Et nous pourrions, ensemble, trouver des solutions nouvelles pour créer une société plus juste car plus consciente de son intériorité.

Ainsi, l'humanitarisme ne serait plus nécessaire puisque les ressources mondiales seraient bien mieux réparties. Les solutions d'urgences actuelles sont là car elles montrent notre manque de préventions. Tout comme sur le plan médical où il faut d'urgence opérer (avec risques et séquelles) une situation qui aurait pu ne jamais arriver s'il y avait eu une vie consciente en amont. Sur le plan religieux on n'appellerait jamais un prêtre en urgence à la mort d'un proche pour opérer sur l'âme qui ne s'est pas préparée à cet instant toute sa vie, alors que le chemin nous amène directement à vivre notre mort en pleine conscience, sans peur..

Partout où nous agissons en urgence, cela démontre qu'il n'y a pas eu prévention, c'est-à-dire que nous n'avons pas vécu en pleine conscience tous les aspects de nous-même. Embrumés dans nos émotions négatives, nos croyances limitantes, nos pensées obsédantes, nous ne pouvons prendre conscience de nos potentialités et ainsi s'installe de nombreuses pathologies sur les plans physique, émotionnel et mental. Et un jour survient l'urgence de donner à l'humanitaire, d'enlever un morceau de rein, de se soumettre à la rédemption. Voila tout le malheur de l'humanité : qu'on l'ait coupé depuis longtemps des chemins qui mènent réellement à la liberté absolue.

Mais, un long voyage peu débuter par un petit pas …