*Ectogenèse - unisson06
paradoxe de fermi

En ce début de siècle l'humain aborde un autre chapitre de sa compréhension du vivant, la science, forte de ses avancées continue à vouloir nous offrir toujours plus de confort, de vie saine, répondre à nos besoins, diminuer nos souffrances. Dans cette course rentre en jeu, à présent, un facteur déterminant pour la survie de l'espèce, la procréation. Car c'est bien par ses enfants qu'une espèce se perpétue, prolonge son règne sans savoir très clairement quel est le sens de tout ceci. Nous allons voir une nouvelle manière d'aborder la procréation, qui rompt assez radicalement avec une méthode plus que millénaire, celle où la femme devait, d'après certains, enfanter dans la douleur. Il sera donc question de la gestation en dehors du corps de la femme, portant le terme d'ectogenèse. Alors je ne vais pas entrer dans les détails techniques de l'acte, juste préciser que l'ectogenèse est caractérisée par une grossesse menée en dehors du ventre de la mère, au sein d'un utérus artificiel. Nous allons tenter d'appréhender ici l'ectogenèse sous l'angle philosophique et spirituel, essayer d'amener une réflexion sur ce sujet afin d'offrir une facette supplémentaire, pour que vous puissiez vous faire votre propre avis.

« Tu enfanteras dans la douleur » (Genèse, 3, 16)

Tout le monde, peu importe son conditionnement social, connaît de près ou de loin ces sentences tirées d'un best seller planétaire, la Bible. On peut aisément comprendre aujourd'hui que les hommes qui rédigèrent cet ouvrage à partir de leurs observations du réel, l'accouchement n'est pas une partie de plaisir. Et malheureusement celui-ci ne se passait pas toujours de façon heureuse, en tout cas en occident ou il semblerait que nous avons perdu une fluidité corporelle que certaines ethnies on pu conserver et qui rend l'accouchement plus aisé, plus naturel. Mais restons en occident, puisque la Bible en est un des ouvrages central. Il semblerait que cette sentence divine « tu enfanteras dans la douleur » pêché ultime pour une femme pécheresse et tentatrice commence à s'étioler peu à peu. N'en déplaise aux dogmatisant la science depuis le siècle des lumières à su nous faire sortir du fatalisme mythologique pour nous permettre une fois la tête hors de l'eau de voir ou se trouve le rivage. Mais nous ne sommes, semble t-il, pas encore arrivés sur les côtes argentées aux sillages turquoise, nous avançons, à notre niveau.

Alors, parlons de ce qui nous amène ici, l'ectogenèse, très bien, donc, concrètement çà donne quoi sur le plan humain ?

L'ectogenèse pourrait permettre un abaissement du taux de naissances prématurées en permettant la fin de la gestation du fœtus hors du ventre, pour terminer la gestation dans un utérus artificiel. Cette méthode est en effet un espoir significatif pour les femmes ayant des complications physiologiques, leur éloignant la chance de pouvoir être mères. Viens ensuite le démenti de la citation biblique où il sera donc possible de féconder de A à Z la vie au sein de matrice artificielle. Dans le but bien entendu ici pour les femmes d'échapper aux risques de grossesses problématiques mais aussi aux douleurs de l'accouchement. Voici donc une belle avancée, diminuer les douleurs, amener à plus de bien être, la science joue son rôle à merveille ici. C'est un clou de plus enfoncé à l'encontre de l'ancien paradigme biblique, mais une phrase raisonne dans mon esprit, celle de Rabelais en son temps, observateur des balbutiements des sciences : « Science sans conscience, n'est que ruine de l'âme ». Il nous faut aussi nous questionner sur l'imprégnation de la science envers notre humanitude, elle est supposée nous servir et non pas nous endormir pour nous asservir. Je ne dis pas qu'il faille retourner à l'époque de la loi du talion, oh que non par pitié, mais peut être qu'en plaçant la science sur le piédestal où se situait antérieurement la religion, on a, semble t-il, jeté le bébé avec l'eau du bain, citation à propos avec notre sujet.

«J'affirme que le sentiment religieux cosmique est le motif le plus puissant et le plus noble de la recherche scientifique."  (Albert Einstein / 1879-1955 / Idées et opinions)

Einstein semble t-il ne croyait pas aux dieux des religions, mais il se sentait profondément spirituel dans ses recherches. Il définissait le mot « Dieu » comme une entité cosmique, loin de tout anthropomorphisme, il se sentait inspiré dans ses recherches, dans une notion de quête intérieure. D'autres scientifiques de renom comme David Bohm ou Fritjof Capra par exemple on perçu que leur démarche scientifique ne pouvait se passer d'une dimension spirituelle et non spécialement religieuse, mais une compréhension harmonieuse des interactions entre l'homme et le cosmos. Car le sujet qui nous intéresse dans ce texte dépasse la simple innovation scientifique, elle pose les questions du rapport qu'entretien l'humain avec les cycles du vivant, avec son contact avec ce qui fait de lui un être vivant.

L'ectogenèse même si elle constitue un progrès sur certains plans, en reste pour autant encore problématique car n'allons nous pas perdre cette prodigieuse alchimie de la conception d'un être vivant. Le risque d'une mercantilisation de la procréation doit être pris en compte, connaissant l'état d'esprit régnant sous les diktats d'une marchandisation à outrance. Les dérives sont bien plausibles et avant de se laisser dans ce nouveau défi il conviendra d'établir une charte de bioéthique solide à ce sujet.

Mais au-delà de cela, ce qui me préoccupe concerne la dénaturation de la naissance d'un être vivant. Un des derniers cycles naturel que nous avons pu conserver se voit alors réduit à un acte médical de plus, froid et déshumanisé. Mais concevoir en enfant se fait dans la chaleur de l'amour qui unit deux êtres, la grossesse est un état particulier pour les femmes ou elle sentent en elle une vie qui émerge. Un contact intime se tisse peu à peu avec l'enfant, on apprend à se connaître peu à peu, à se découvrir derrière le doux voile de chair. La mère ressent, infuse, vit son enfant et l'enfant vit sa mère de l'intérieur, ce qui crée un rapport privilégié d'amour et de tendresse. Les mois de grossesse sont un cycle progressif, où la vie s'exprime, s'épanouit, on ne tire pas sur un brun d'herbe pour le faire pousser, et tout comme le brun d'herbe, l'enfant à besoin de sa terre mère pour pouvoir émerger dans ce monde. Nous ne vivons plus au rythme de la nature, il semblerait que notre science et notre esprit civilisateur nous aient coupé de nos racines primordiales. Les peuples premiers gardent encore un lien très fort avec les cycles de la nature, dans le plus grand respect, les accouchements se font de manière très naturelle, presque sans douleurs accouchent les femmes en Afrique. Regardons nous en face, la vie que nous menons s'accélère de plus en plus, entre le stress du boulot, des transports, de la pollution, la grossesse demeure un havre de « prendre le temps » dans une tempête de « pas le temps ». Elle permet de faire le point, de rentrer en soi-même, de se préparer à une autre étape de la vie, de s'axer sur les battements de vie de notre planète. Un être vivant arrive, ce n'est pas la même chose que d'attendre une nouvelle voiture tout de même. Faire un enfant est une douce responsabilité, qu'il convient de ne pas laisser aller au même rythme que les achats d'impulsions au supermarché. Mais voilà, dans quelle société vivons-nous ? Dans ce monde où tout le monde communique avec le monde entier par le biais d'outils de communication électronique, l'humain ne s'est jamais senti aussi seul avec lui-même. Pour pallier l'angoisse qui devient névrotique, on a inventé tout un tas de divertissements, de bouche-trous affectifs, tout est disponible oui, mais à quel prix ? Nous ne prenons plus le temps pour les choses qui comptent vraiment dans la vie d'un être, cultiver son intériorité, apprendre à se connaître pour tenter de vivre une vie harmonieuse par exemple. Le temps, cette archonte illusoire que nous avons créé pour donner de l'importance à notre activisme obsessionnel est en train de nous saper de l'intérieur. Les maladies de civilisation comme l'anxiété chronique et les divers cancers sont un signe manifeste du dérèglement biologique de nos corps et de nos esprits.

Nos esprits oui, qu'en faisons nous ? Sommes nous programmés à vivre le temps de prendre ou à prendre le temps de vivre ?

Porter en soi un enfant est un acte symbolique très fort, la mère devient notre mère à tous, la terre, une matrice, un réceptacle protecteur d'où jaillira une énergie de vie infinie. C'est équilibrer son souffle, ses flux avec ceux du cosmos, en vivant l'alchimie du cycle la femme s'insère harmonieusement dans le ressac des vagues de l'océan de conscience pure dans lequel nous vivons. Faire un enfant, c'est aussi matérialiser en soit un rayon de cette conscience cosmique universelle dans la ronde de la vie. Ressentir ce rayon lumineux, numineux même, investir une matière inerte en la gorgeant de lumière. Car nous savons aujourd'hui grâce à la physique quantique, que la matière est lumière, particule et onde à la fois, transmettant et interagissant avec toutes les structures de l'infiniment petit à l'infiniment grand, nous sommes tous reliés en ce sens.

Je pense aux enfants qui naîtrons peut être par le biais d'un utérus artificiel, question : Ils n'auront donc pas de nombril ?

Le nombril est un signe de nos origines matricielles, au-delà du ventre maternel, il connote le lien avec la création dans son sens large. Ces enfants marqueront réellement une scission avec l'ancienne espèce humaine, quels repères auront-ils, comment se situeront-ils dans cette société, ne seront-ils pas montrés du doigt, comme des curiosités effrayantes ? Oui, bien entendu, il faudra un temps d'adaptation aux mentalités pour accepter cela, mais ce ne sera pas faciliter leur insertion.

Ce qui m'a préoccupé dans cet article est principalement de comprendre les motivations des hommes. Comprendre pourquoi ils s'obstinent tant à déstabiliser l'équilibre que la nature pourrait réaliser avec eux, comme si nous n'étions pas sur cette planète, comme si nous étions désolidarisés du ventre qui nous a créé. En voila un symbole, l'humain a lui aussi coupé le cordon avec sa mère, la terre, celle sans qui aucune vie n'aurait pu émerger, il a cru que la terre lui était hostile et qu'ainsi il lui fallait la dompter. Mais en ignorant complètement que de nombreuses ethnies vivent en harmonie avec la terre, respectant les cycles, les animaux et l'impermanence des phénomènes, combien de drames naturels auraient pu être évités ou minimisés si l'humain avait su garder une oreille tendue vers sa mère, la Terre.

Avec l'ectogenèse pouvons nous nous permettre une analogie avec ce déracinement ? N'allons nous pas couper un second cordon, une deuxième scission avec nos racines humaines ? Si la technologie nous apporte un confort et une certaine sécurité, ne nous retire-t-elle pas par ce principe, ce qui fait de nous des êtres sensibles, doués d'émotions, de sentiments profonds, des êtres reliés à la globalité de l'univers en interaction.

Benjamin Franklin disait ceci : "Qui préfère la sécurité à la liberté aura vite fait de perdre les deux."

Quel prix sommes-nous prêts à payer pour ce besoin de sécurité ?