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La révélation

par Michael

 

En occident particulièrement, ont aime bien sur le plan religieux se sécuriser par une croyance commune, celle de la « révélation ».

Allons voir si, à la lumière de la science spirituelle, il nous est possible de valider ce concept où s'il apparaît qu'il est là encore un système de défense créé par l'ego pour se donner de l'importance et en retirer aux autres.

Les livres saints des grandes religions traitent d'événements extérieurs, mais de processus intérieurs de manière allégorique et symbolique pour plusieurs raisons :

Cacher la connaissance authentique à ceux qui n'ont pas accès aux clés de décodage de celui-ci, dans le but de préserver la tradition d'une dilution de l'enseignement. Le symbole et l'allégorie sont les ponts entre le non-manifesté et le manifesté, entre l'absolu et le relatif, le non être et l'être, l'inconscient et le conscient. Ils permettent une compréhension directe au-delà de l'analyse du mental dualiste. Les fondateurs des grandes religions étaient des initiés aux mystères anciens, comme de très nombreux autres initiés de part le monde, connus, moins connus ou totalement et volontairement anonymes. Les fondateurs écrivirent leurs récits initiatiques au même titre que la mythologie grecque, le Graal ou les seigneurs des anneaux. Ces récits parlaient en langages allégoriques, mettant en scène personnages, des lieux, des énergies qui indiquaient une histoire se déroulant à l'intérieure de l'être et développant un processus alchimique très précis.

La compréhension littérale de ces textes était celle d'une majorité (le peuple) qui ne pouvait accéder à un niveau d'abstraction suffisante pour la compréhension des lois subtiles en vivant l'état mystique qu'impliquait la compréhension par delà l'enseignement. Voilà pourquoi il a toujours existé des voies exotériques et ésotériques dans les religions monothéistes actuelles. Le Judaïsme partagé entre la loi exotérique et la Kabbale des profondeurs (aucun Kabbaliste sérieux viendraient à prendre la Torah comme un livre historique), l'Islam, entre la loi du prophète, la chariah et la voie intérieure du soufisme (courant mystique qui serait d'ailleurs antérieur à l'apparition de l'Islam). Le christianisme en se proclamant universel et accessible à tous a oublié l'existence réelle des niveaux de compréhension. Surtout le message essentiellement initiatique des évangiles, qui ne sont que la description minutieuse du processus initiatique, alchimique du cheminant sur la route du Golgotha ; de la naissance dans l'étable, siège des animaux et donc des forces animales du chakra racine, jusqu'au mont du crâne (le Golgotha) qui est l'illumination du chakra coronal, la crucifixion, qui est la mort à l'ego vers la résurrection à l'être spirituel libéré. Par ailleurs, les découvertes modernes des historiens et archéologues viennent appuyer très logiquement la réalité purement symbolique des livres « révélés » en énonçant leur manque de base historique. Que ce soit la torah, les évangiles ou le Coran, aucun de ces livres n'a de réalité historique. Les événements s'y étant déroulés relevant plus de l'allégorie initiatique que du fait historique. Sans le savoir, les scientifiques actuels par leur recherche redonnent la parole aux mystiques, en laissant une compréhension symbolique libre et profonde.

Concernant la révélation là aussi il y a eu mainte confusion à ce sujet, car les autorités religieuses ont au grès des vents utilisé cela pour amener les foules dans une direction particulière. Elles ont par moment réécrit, pour des raisons politiques, certains passages qui ne cadraient pas avec l'orientation du moment, ce qui n'a pas arrangé la confusion qui règne encore aujourd'hui. Chacun se revendiquant d'une révélation meilleure que celle du voisin, alors qu'il n'y a aucune révélation précise venant d'un Dieu précis. Chaque être qui atteint l'illumination reçoit sa propre révélation, ensuite, certains écrivent un livre, d'autres décident de gouverner un peuple, de tenter quand même d'éveiller les foules, les plus sages n'écrivant rien, sachant ce que les livres peuvent causer comme tort dans l'esprit de gens de peu de conscience. A ce propos, on parle souvent dans les écoles initiatiques du mythe du « livre brûlé » , certains alchimistes par exemple tenaient un livre de bord pendant tout leur cheminement, notant çà et là leur prise de conscience. Puis, après avoir réalisé l'illumination ou à la fin d'une vie de recherche, l'initié brûlait littéralement (cette fois) son ouvrage afin d'éviter que des personnes mal intentionnées ne puissent le récupérer. S'il avait un disciple sincère il lui transmettait, mais pas toujours, car il faut que chacun réapprenne seul sur cette route avec un savoir de première main, l'expérience directe. La transmission d'un savoir de seconde main n'apporte pas une compréhension claire du processus, celui-ci peut aiguiller, mais l'humain a tendance à l'utiliser comme une chose sacrée et vous connaissez la suite je pense, sinon regardez la télé au 20h.


Le Mythe, fondement de toutes voies initiatiques :

Je pense qu'il est urgent aujourd'hui de sortir le plus possible du littéralisme concernant les textes fondateurs car ceux-ci, même s'ils contiennent certains évènements historiques, ont été créés exclusivement pour le monde intérieur qui vit au fond de chacun de nous. Ce ne sont donc pas les livres en eux-mêmes qui sont erronés, mais la compréhension qui en a été faite. Les consciences ont évolué, aujourd'hui il est temps que les mystiques de chaque religion sortent de leur silence et disent la vérité plus haut ; cela permettra réellement de tendre vers une compréhension commune du divin, au-delà des manières de l'énoncer.

Le Mythe est donc le représentant fondamental de toutes voies spirituelles traditionnelles authentiques. Il est l'axis mundis de la tradition, comme il est l'axe central, il possède des modes de compréhension périphériques. Il existe dans les religions officielles plusieurs niveaux de conscience, le premier est celui d'une lecture littéral du mythe, le croyant doit admettre les choses telles qu'elles sont tant qu'il ne ressent pas foncièrement un appel plus profond. Il existe 4 niveaux bien précis de compréhension ; un niveau littéral et moral, un niveau allégorique et psychologique, un niveau ésotérique et spirituel, et un dernier occulte. L'initié va bien entendu utiliser le dernier de ces niveaux de conscience pour approfondir sa compréhension du divin. Par la suite, il pourra accéder à une compréhension plus profonde de la signification première du mythe. Pour l'homme du peuple qui ne peut comprendre plus en avant, il sera cantonné au niveau moral. Mais si par le jeu de la vie, il en vient à développer un besoin de profondeur alors il sera amené vers des niveaux de compréhension de plus en profond, jusqu'au secret fondamental du texte.

Il pourra suivre cette initiation au sein d'une religion qui a conservé ses voies ésotériques, ou sinon il pourra aller auprès d'une école initiatique. En effet, il y a toujours eu, en parallèle des grands courants religieux, des écoles initiatiques libres de tout parti pris idéologique et qui offraient une réelle initiation à ceux qui en avait les potentialités. Jusqu'en 415 après JC à Alexandrie par exemple il existait encore de nombreuses de ces écoles, certaines descendantes des initiés d'Égypte, de Chaldée, de Perse, des gnostiques, des cabalistes, des néo-platoniciens ; toutes ces écoles se respectaient et tendaient vers la réalisation profonde de l'être. Mais un drame survint justement en 415 après JC : le meurtre barbare d'Hypatie d'Alexandrie par une foule déchaînée et précédemment galvanisée par l'évêque Cyrille (plus tard canonisé par le Vatican), qui ne voyait pas d'un bon œil qu'une femme possède toutes ces connaissances et que surtout elle tienne tête aux prédicateurs. Par la suite, la plupart des écoles initiatiques furent fermées et les survivants durent se réfugier dans d'autres contrées pour continuer à enseigner. Bon nombre partir pour les pays arabes et y développèrent l'alchimie, la gnose et le soufisme.

Ces écoles initiatiques utilisaient les mythes justement pour créer un lien de compréhension directe. Les initiés qui enseignaient savaient très bien qu'un mythe est la description allégorique d'un processus initiatique intérieur, alors ils codèrent ce savoir précieux sous la force de symboles. Moise lui-même aurait été à l'école des initiés d'Egypte et de Chaldée où il y avait apprit la Kabbale par exemple, il écrivit donc la Torah d'après un langage codé, purement allégorique décrivant là aussi ses perceptions intérieures. Au même titre que les apôtres, grands initiés gnostiques, les sages de Grèce, les Rishis de l'Inde et tant d'autres.

Alors nous pouvons comprendre pourquoi il y eu tant d'incompréhension : tout le monde n'était pas prêt à tout comprendre. Il y a des âmes jeunes et il y a de vieilles âmes comme on dit, imaginez donc à l'époque, les initiés ne couraient pas les rues et s'ils couraient les rues ils devaient se cacher pour éviter le bûcher ou la salle de torture. Le plus triste dans tout cela, c'est que c'est justement des initiés qui ont contribué à la création des religions pour le peuple et que par la suite ce peuple les a oubliés à cause du jeu des sophistes cléricaux.

Nous savons que chaque religion (monothéiste en particulier) énonce qu'elle est la seule véridique et révélée. Le Judaïsme alimente encore le mythe du peuple élu, le christianisme celui de l'unique révélation valable par Jésus Christ, l'Islam par le biais du prophète, même le bahaïsme s'il est d'essence humaniste est lui aussi conditionné par ses aînés dans la croyance en un Dieu personnel. Mais personne n'est d'accord bien entendu avec le dogme de l'autre, ce qui est somme toute logique quelque part.

Déjà, entendons-nous sur la différenciation entre les voies exotériques, celles qui comprennent l'écorce d'un enseignement et les voies ésotériques, qui vont au cœur de celui-ci.

Pour celui qui ne peut comprendre que les reflets et est encore soumis à la temporalité, il peut paraître « normal » que temporellement il y est des évolutions, et que la dernière devrait relever les plus anciennes de leur fonction. Mais dès que l'on entre dans la compréhension intérieure, on accède au monde de l'intemporalité, de l'ici et maintenant, de ce présent intérieur en nous. Nous savons que le mental/ego a besoin du passé et du futur, donc de la contenance que lui apporte la temporalité pour se donner l'impression d'exister. Mais les êtres d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui, qui accèdent à cette source d'absolue en eux ont dépassé la notion de temporalité, puisqu'ils ne fonctionnent plus au niveau de l'ego limité.

On peut au moins accorder qu'à chaque époque le concept d'exclusivité d'une religion ait pu peut-être pousser les masses à se dépasser. L'ego fonctionnant uniquement dans la dualité du « je fais une chose, si elle me rapporte », cela fut une motivation pour amener les peuples à mieux se comporter. Mais si l'on en reste là, cette compréhension est partielle, limitative et apporte au final le chaos idéologique dans lequel sombre notre monde.

Dire qu'un Dieu révèle peu à peu les choses, c'est ne pas comprendre ce qu'est Dieu.

L'anthropomorphisation de Dieu a été le concept méditatif le plus mal compris et celui-ci cause de nombreux torts. Dire que Dieu est une personne dans le yoga, personnifier l'absolu dans une statue, un symbole, un livre a toujours été un outil. En effet, tant que le pratiquant est polarisé sur son ego, il a besoin de croire que Dieu est personnel. Cette méditation peut éventuellement l'aider à calmer son mental, en croyant qu'il est protégé par quelqu'un. Mais quand cet outil dépasse son cadre et devient un dogme que l'ego utilise pour conserver son hégémonie …

L'absolu n'est pas une personne, car s'il en était ainsi il ne serait plus absolu, mais relatif, car limité à une structure dans l'espace, donc soumit à l'espace et au temps. Mais, l'absolu est considéré dans les voies initiatiques comme impersonnel et donc libéré de l'espace et du temps, au-delà du monde manifesté, il est le non-manifesté.

La croyance de Dieu n'est pas le vécu intérieur de Dieu, croire, ne sera jamais connaître, c'est un fait.

Tant que l'être ne s'est pas dégagé de la fascination qu'exerce l'ego sur lui, il ne pourra donc pas comprendre en essence ce qu'est Dieu ou l'absolu, puisque le mental/ego ne peut y avoir accès. Vu que celui-ci n'y a pas accès, mais qu'il souhaite tout de même atteindre quelque chose d'élevé, il rabaisse la vérité à ses conceptions temporelles exiguës et s'efforce de tout faire pour s'empêcher la remise en question. Voila pourquoi nous trouvons dans le monde des hommes de religions qui scrutent les écritures, essayent de trouver des signes partout pour se donner une justification à leurs croyances illusoires. Mais ceci est fait en vain, car ils cherchent dans le limité ce qui réside dans l'illimité, ils cherchent en dehors d'eux ce qui est plus proche que leur propre souffle.

L'ego peut être une personne très religieuse, il peut pleurer pour sa foi, se battre et tuer pour elle. Ceux qui savent regardent attristés l'humain se débattre dans les illusions qu'il s'est lui-même créées par manque de lucidité. Nous en sommes encore là aujourd'hui, même si les consciences s'élèvent par moment, elles ont du mal à décoller car elles ne regardent pas la source du problème.

La source étant l'ego et toutes les illusions qu'il véhicule sur lui-même et sur le monde. La pire des choses qui a été faite par les autorités religieuses est d'avoir fait croire que la conversion à une religion, l'acceptation d'un dogme amenait à trouver Dieu sans pour autant se mettre en chemin pour le trouver (ceci rejoignant peu ou prou l'attitude de la médecine qui amène à prendre un médicament pour guérir plutôt que d'engager une véritable thérapie). Mais tout ce qui a été proposé c'est un concept de Dieu, une chimère sur laquelle l'ego s'identifie, se fossilise. Le christianisme par exemple, en énonçant que seul le fait de reconnaître Jésus comme le sauveur du monde amène le salut, a laissé la conscience spirituelle se tarir, les mœurs se disloquer et le niveau de conscience chuter tragiquement. Vu que juste une soumission au dogme suffit, nul besoin de faire un travail plus profond. Dieu n'est pas un dû, pas plus que de croire être un poète vous permettra d'écrire en alexandrin. Dieu est une quête, une révélation intérieure qui aboutit à la suite d'un long chemin intérieur. En ce sens, seule la connaissance de soi peu amener à connaître Dieu en soi comme le disait Abdallah Asahia  : «  Je cherchais Dieu et je n'ai trouvé que moi-même, je me suis cherché moi-même et j'ai trouvé Dieu. »

Il n'est pas aisé d'atteindre une telle confiance en soi-même, car cela implique de faire face à ses peurs les plus profondes, mais sans le dépassement de ces peurs la libération et la connaissance de Dieu « face à face » ne peut aboutir. Sans ce chemin, cette quête, rien ne peut fleurir dans le cœur, même ce que les gens pieux croient connaître de Dieu n'est qu'une projection de leurs propres limitations. Dire que Dieu m'apporte la joie, le réconfort, c'est avouer que ce ne sont que mes concepts, mes idées sur Dieu qui me donnent l'impression d'une joie permanente. Or, dans les faits ce n'est pas réel, puisque la joie qui se fixe sur quelque chose d'extérieur à soi, est dépendante des fluctuations des événements. Cette joie apparaît pendant la prière ou quand le croyant pense être relié à son Dieu par un rituel, mais cette joie disparaît s'il rencontre une personne qui arbore un autre concept de joie de Dieu ou si tout simplement il ne croit pas en Dieu. Car ces joies étaient liées à des objets extérieurs, elles étaient dépendantes de l'illusion du monde sensible ; l'absolu étant au-delà de ces contingences mondaines.

Il n'y pas de révélation extérieure valable pour celui ou celle qui a découvert Dieu au-dedans. Il peut en toute honnêteté renier toutes les pseudos révélations religieuses, car il sait qu'elles sont choses mortes à l'instant même où elles sont édictées. Dieu réside dans le présent éternel, il n'a pas affaire avec le temporel, ce temporel existe seulement pour pouvoir comprendre que l'intemporel existe et est la seule réalité. Sans l'illusion, comment pourrions-nous savoir ce qu'est le réel ?

Les fondateurs des religions ont bien eu des révélations, mais rien n'est apparut de l'extérieur d'eux-mêmes. C'est de l'intérieur que l'absolu s'est révélé, que le voile de l'ego s'est déchiré et qu'il a fait place à la conscience absolue par laquelle tout prend vie. Il est amusant de voir avec quel orgueil certaines personnes religieuses parlent des « religions révélées » se croyant supérieures aux spiritualitistes qui n'ont pas besoin de croire avoir l'approbation d'une chimère pour faire le bien.

Il y a derrière ce besoin d'appartenir à une « religion révélé » un besoin de reconnaissance vis-à-vis du père, Dieu le père, une approbation, et bien souvent un « tu es mon fils, je t'aime ». Il y a aussi un besoin de sécurité parfois maladif, une instabilité de l'ego face à l'incertitude et le changement perpétuel de l'existence. On veut être dans un cadre approuvé, officiel, bien douillé pour s'éviter trop de remise en cause, l'ego fonctionne ainsi …

On reconnaît un arbre à ses fruits dit l'évangile, Je pense qu'il convient de mesurer la valeur d'une religion a l'impact qu'elle a sur le mieux-être et la liberté intérieure de ses adhérents ; et aussi au degré de tolérance et de respect qu'elle offre à celles et ceux qui n'y adhèrent pas. Ce n'est pas en affirmant être révélé (sans aucune preuve valable scientifiquement d'ailleurs) qu'on devient un être meilleur, libéré des peurs et en amour avec son prochain, mais en se mettant en chemin vers son intériorité pour y démasquer les zones d'ombres.

Voila pourquoi les initiés d'hier et d'aujourd'hui ont toujours mis l'accent sur l'expérience directe ; quand le mental/ego se tait et laisse la présence de l'instant jaillir et dissoudre les illusions. Sans ce vécu à la source, l'humain tourne en rond, allant tous azimuts, mais ne voulant pas regarder là où tout commence et tout fini … en lui.


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