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Les religions

par Filip Bazin

 

Redevenir fonctionnel

S'il n'y a que quelques éléments à abolir dans les croyances, il y a sans doute beaucoup à transformer, à améliorer ou à corriger. Et peut-être alors, le monde aura des chances de vivre dans ce qu'il aspire à vivre sur cette terre, c'est-à-dire l'harmonie la paix et le bonheur.

Tous les peuples de la terre désirent l'harmonie, la paix et le bonheur ; c'est une aspiration universelle. Pourquoi n'arrivons-nous pas à obtenir ces trois choses si simples ? Si demain matin, l'homme veut la paix, c'est simple, il suffit, ce soir, de décider qu’il renonce à la guerre. Qui peut l'en empêcher ? Si nous n'y arrivons pas c'est qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas bien rond chez nous.

Il ne s'agit pas ici d'espérer un monde sans aucun désagrément, ni aucun souci. C'est de toute façon impossible dans notre monde relatif, les péripéties sont même nécessaires, c’est un autre débat. Mais si les guerres, et toutes les violences, qui sont du seul fait de l'homme, étaient abandonnées, ce serait déjà beaucoup de malheurs et de désolations en moins.

Or ce n'est pas le cas. On ne constate pas ou peu de progrès en ce sens. Le sens moral ne s'élève que trop peu. Cela veut dire qu'il y a quelque chose à changer dans notre fonctionnalité. Cela veut dire que le monde a besoin d'un nouvel ensemble de règles fonctionnelles. Seulement voilà, cette cohérence, dans bon nombre de domaines, a presque disparu de l'expérience humaine. Pour réaliser son projet auquel apparemment il tient, (harmonie, paix et bonheur) l'homme ne sait pas être cohérent avec lui-même. L'homme sait pourtant être généreux, et cependant, par ses comportements égoïstes il ignore l'autre partie du monde qui a faim. Il s'approprie sans scrupule les ressources et les richesses des pays qui ne peuvent se défendre. Il dit vouloir une Terre sans pollution mais refuse de signer les accords qui vont dans ce sens. Il proclame les vertus de la paix et en même temps il ne peut s'empêcher de fabriquer des armes et faire la guerre. Oui, si l'homme le veut, demain, il n'y a plus aucune guerre ni aucune famine. Ce n'est pas utopique. S'il le veut, c'est possible, encore une fois, qui pourrait l'en empêcher?

L'homme devrait faire attention à toujours orienter ses actions et tout ce qu'il fait vers ce but : la fonctionnalité, et uniquement vers celui-là.

Trop d'erreurs sur Dieu, pour ne pas dire trop de mensonges… sont jetés aux opinions par toutes sortes de « spécialistes » et surtout par des Chefs religieux et politiques. S'il y a une guerre quelque part, le chef ennemi jure à qui veut l'entendre que Dieu est dans son camp. Son adversaire et ennemi claironne lui aussi, à qui veut l'entendre, que Dieu est « avec lui. » Dieu a bon dos. « Dieu qui est assis sur le rebord du monde … » (Chanson de Francis Cabrel) regarde ce triste manège mais il laisse libre le monde… Il n'intervient pas et n'interviendra pas… parce qu’Il nous Aime. C’est difficile à comprendre… mais c’est parce qu’il nous Aime qu’il nous a donné notre capacité de libre arbitre. C’est là une marque d’Amour. Il envoie de temps à autre des éclaireurs pour nous guider. Mais l'homme doit apprendre surtout par lui-même de ses erreurs.

L'humanité aboutirait sans doute à des résultats bien différents dans ses comportements avec les autres si elle s'en tenait aux objectifs qu'elle s'est fixés elle-même. Il est impossible de se tromper beaucoup quand on parle des intérêts vrais de l'humanité, autrement dit quand on vise l'amour et seulement l'amour.

Où religion et spiritualité se croisent

Beaucoup de croyances sont fausses à propos de tout, des guerres, de l'enfer, de la mort, de Dieu, de sa méchanceté, de sa justice, de ce qu’il veut. Mais à propos, quel Dieu est le plus grand ? Krishna ? Adonaï ? Allah ? Jéhovah ? Jésus ? Yahvé ? Bouddha ? Corriger et remodeler le monde et sa société ne veut pas dire qu'il faille rejeter l'ensemble des croyances et leurs Maîtres de Vie. Mais là aussi : quel Maître est le plus grand ? Noé, Abraham ? Moïse ? Confucius ? Jésus ? Mahomet ? Martin Luther King ?

Le plus grand des dieux est toujours celui dans lequel on croit. En aucun cas ce ne peut être l'autre. Et la religion la plus « correcte » est celle qui nous a vus naître bien souvent. En fait, il n'y a que très peu de choix dans la religion puisqu'on en hérite culturellement de par notre lieu de naissance, de par la situation géographique et culturelle des parents. Vous connaissez beaucoup de personnes de religion orthodoxe qui sont nées en Normandie et y ont grandi ? ou dans le Limousin ?

Nous voyons mieux à quoi tient le choix des croyances. On ne choisit pas sa religion, on en hérite comme on hérite de sa langue, des mythes. Comme comptent tout autant les habitudes, les traditions, la sensibilité, l’affectivité. L’histoire imprègne au moins autant que l’intelligence. La géographie, davantage que les gènes.

L'être humain est ainsi.

Heureusement, chacun peut se retrouver sur les valeurs classiques de la vie. Que l’on soit croyant, croyant humaniste, athée humaniste, les valeurs de la vie veulent dire quelque chose parce qu’elles ont un sens universel. Tout le monde a ses idées sur la vie. Nous sommes une expression de la vie. Rien n’est dépourvu de vie. Les croyants vous diront que l’on peut changer les mots « la vie » par « Dieu ». Faites cette expérience avec ces dernières phrases, cela donne : « Tout le monde a ses idées sur Dieu. Nous sommes une expression de Dieu. Rien n’est dépourvu de Dieu. »

Expliquons-nous

Ce que « Dieu » veut dire

Si l’humanité sait vraiment tout ce qu’il importe de savoir sur Dieu, (dans la mesure où il existe bien évidemment, mais dans ces lignes et en toute logique nous admettrons son existence, et ceci si possible,  sans aucun prosélytisme mais plutôt en tant que probabilité raisonnable) et si tout ce qui a été révélé, tout ce qui a été enseigné, dit et chanté au sujet de Dieu, a conduit l’humanité à ce que nous observons d’elle aujourd’hui, à quoi cela a-t-il servi ?

Se pourrait-il qu’il reste des choses à enseigner, qu’il manque des données, que certains aspects de Dieu et de la Vie ne soient pas encore compris ? Se pourrait-il que le problème ne vienne pas de ceux qui distribuent l’information, mais plutôt de l’information elle-même ?

Se pourrait-il que la compréhension de Dieu et de la vie qu’ont les humains ne soit pas tant « fausse » qu’incomplète ?

Car enfin, depuis le récit des mythes et des Textes sacrés on nous a décrit un Dieu terrifiant… et paradoxalement un Dieu capable de bonté. Que signifie cette ambivalence ? Qu’est exactement l’amour du point de vue de Dieu ? Très probablement autre chose que ce qu’y mettent les humains, car Dieu, dans sa logique d’Amour telle que nous la comprenons, ne devrait que rassembler, unifier, réconcilier. Dieu punit-il vraiment ? Et s’il ne punit pas, dans quel but nous aurait-on enseigné la crainte d’un Dieu qui punit et qui sépare ? Cela arrange quelle thèse ? Par quels glissements « idéologiques et pédagogiques » l’humanité en serait-elle venue à cette théologie de la séparation ?

Un Dieu méchant ou un Dieu d’Amour ?

Cette ambivalence est curieuse, elle est même « névrotique » et la résultante est que beaucoup d’humains confondent la peur et l’amour et croient que les deux sentiments sont liés. La « crainte » de ce Dieu a même été érigée en vertu ! Les humains redoutent le châtiment des tourments éternels brandis par Dieu s’ils ne lui obéissent pas. Qu’est-ce donc que cet amour de Dieu s’il est assorti de tant de menaces et de frayeur ?

La plupart des religions établies pensent qu’elles détiennent toutes les clés pour pouvoir espérer aller « au Ciel ». Elles détiendraient toutes les réponses ; il ne faut rien changer à ce qui a été établi. Au contraire il faut bannir tout changement. Il ne peut plus y avoir d’idées nouvelles à adopter sur Dieu. Voilà ce qu’elles nous disent. La Paix, le Bonheur et l’Harmonie renvoient à l’Amour. Cela ne colle pas avec un Dieu dont on dit qu’il est bon mais qui punit, qui est doux mais qui fait peur, qui pardonne mais qui peut juger durement, qui récompense mais qui menace. En fait, un Dieu très anthropomorphique ! Un Dieu qui ressemble étrangement à ce qu’est l’humanité dans ce qu’elle a de pire et de meilleur. Comme si c’étaient les hommes qui avaient « fabriqué » ce Dieu à leur image ! Comme si les hommes se sentaient incapables d’imaginer l’Amour absolu et surtout inconditionnel (au sens Agapè), qui est le sens le plus élevé de l’Amour.

Évidemment, une théologie de la séparation imaginée par l’homme ne peut que donner naissance à une sociologie de la séparation. C’est aussi simple que cela. Malheureusement aussi, cette théologie ne peut que produire une sociologie génératrice de pathologies. C’est exactement ce qui s’est produit sur toute la surface du globe. C’est l’humanité qui a créé cette pathologie de la séparation. Nous vivons tous dans une humanité qui est séparée de Dieu et séparée les uns des autres.

Cela dit, il est vrai et il faut s’empresser de l’affirmer, qu’en dépit de cette fracture de la séparation, l’humanité a tout de même accompli des réalisations remarquables. Les hommes sont capables de diviser l’atome, de soigner et guérir certaines maladies très complexes, de déchiffrer le code génétique de la vie, d’aller explorer la lune ou Mars…

Et pourtant, la plupart d’entre eux sont incapables de faire la chose la plus simple qui soit :

S’entendre les uns avec les autres.

Pour comprendre : Revenir aux sources

Il est vraisemblable de penser que, depuis l’homme des cavernes, l’être humain n’a cessé de chercher à donner du sens aux terribles choses qu’il voyait et subissait. Il ne pouvait comprendre le pourquoi et le comment des tremblements de terre, des vagues gigantesques des océans, des tornades et toutes sortes de cataclysmes… Il inventa des dieux pour personnifier ce qu’il ne parvenait pas à comprendre. C’est donc au cours de ces très longues périodes qu’il inventa les dieux bons et méchants et le diable. C’est ainsi que par la suite il inventa la genèse de l’homme. Il va mettre en scène tout cela à travers des récits et des mythes. Il va immortaliser ce rapport au divin par des œuvres qui sont encore là de nos jours. Ces mythes et ces récits devinrent des croyances, c’est-à-dire des vérités. Ces récits seront alors transcrits et deviendront des Textes Sacrés. Et lorsque le mythe se mue en vérité, il prend la forme d’une religion organisée.

Bien que choquant et décevant, voilà ce qui est probable. Mais pour autant devrions-nous rejeter chacune des croyances actuelles ? Non, ce serait aussi discréditer une très grande part de ce qui a été enseigné, compris, réalisé – et qui était juste. Il n'est pas question de donner « tort » aux ancêtres et à des textes sacrés entiers. Les humains n'ont pas à avouer que tous les aspects spirituels de l'expérience humaine ont constitué jusque là que des égarements des erreurs ou des malentendus. Cela n'est pas vrai, il conviendrait « seulement », mais quel travail c'est vrai… de redonner une nouvelle connotation et un sens nouveau à la spiritualité et à l'amour entre les gens.

Mais le monde est-il prêt à cela ?

Ce monde à remodeler

Nul ne pense à reprocher à un tel d'observer la Torah, à tel autre les cinq piliers de l'Islam, ou à un bouddhiste de méditer des journées durant assis en tailleur ou en lotus dans le creux d'un grand arbre séculaire. Tout irait très bien s'il y avait une profonde tolérance des religions entre-elles et une grande tolérance entre les pratiquants et les non-religieux. Et inversement.

Le constat est simple à faire : l'humanité ne comprend pas encore qui elle est. Et elle ne croit pas que l'amour est la base de toute vie. Dieu, Vie et Amour sont absolument synonymes. La Vie c'est Dieu à l'état physique. Ainsi, le problème principal entre les peuples n'est donc pas Dieu en tant que tel, mais les dogmes et les idées entretenus à propos de l'Amour puisque l'Amour est le socle de la Vie. Nous voyons par là que le problème qu'affronte l'humanité est d'ordre purement spirituel. Notre incapacité à vivre en paix ne peut donc pas être résolu par des moyens politiques, économiques ou militaires.

La vraie tolérance et le respect de cette tolérance sur la Terre sont plus que jamais à cultiver pour que davantage d'humains soient capables de générosité et d'amour et pour que les clivages disparaissent entre les groupes sociaux, politiques, religieux, ethniques et même dans la vie quotidienne. Prenons par exemple le domaine du sport… Les rivalités, à cause du pouvoir et de l'argent, sont là aussi bien réelles comme dans la plupart de tout groupe constitué. C'est à qui sera le plus fort, le plus rapide, le plus performant. Le plus ceci, le plus cela. On confond compétition avec émulation. Et ceci, dès l'école où les adultes enseignent aux plus petits déjà les règles de la performance, de la suprématie, et du pouvoir. La lutte pour être le plus fort au lieu de la lutte pour aider le plus faible à se défendre.

Les occidentaux que nous sommes pensent que ce mode de vie est normal, que cette recherche constante à être le plus fort est nécessaire et vitale pour affronter le monde dans nos sociétés où la compétition est sévère. Ils pensent qu'il faut apprendre à être des « gagnants », comme si un gagnant n'était pas, par définition, un producteur de perdants. Ces attitudes néfastes ne sont absolument pas nécessaires, même si le monde des marchands, des économistes, des éducateurs et des parents nous enseigne le contraire. L'homme n'a pas toujours été enfermé dans ces logiques. Les trop rares peuples de cueilleurs et chasseurs qui subsistent encore aujourd'hui et qui ont choisi de vivre en dehors de ces règles nous apportent la preuve par leur mode de vie sans possession et sans violence que l'on peut vivre en paix, en harmonie et donc dans le bonheur.

Ce monde où tout est cloisonné, séparé, où tout est dans la culture du « toujours plus » et de la compétition sur l'autre ne donne pas le bonheur… Pourtant si recherché.

Difficile, dans ce contexte, d'apprendre aux enfants à se dépasser soi-même et d'apprendre les justes valeurs. Difficile d'enseigner de se dépasser soi-même, non pour se glorifier d'avoir gagné sur l'autre ou de l'avoir battu par des performances supérieures, mais pour faire triompher le respect et l'amour !

Pourquoi nos sociétés occidentales ne s'autorisent-elles pas à enseigner dans leurs écoles ce respect et cet amour ? Ils sont pourtant la clé de tout ! Absolument tout. Pourtant il ne devrait pas être si difficile à l'être humain de s'aimer. S'il savait écouter sa spiritualité profonde, il verrait que l'amour demeure le fondement de son être et qu'il est naturel pour lui d'aimer. Ce qui devrait être difficile, c'est de s'arrêter d'aimer car il est simple et aisé d'aimer tout le monde et toute chose quand disparaissent la crainte et la peur des autres. Et cette peur se dissipe toujours quand l'être humain peut arriver à prendre conscience que ce qu'il cherche le plus : la sécurité et l'amour sont au fond de lui ; il n'a plus alors à les attendre des autres, et surtout de ses proches, ni d'aucune autre chose, car tout ce qu'il croit devoir obtenir à l'extérieur de lui-même est déjà disponible en lui.

Bien sûr, il faut apprendre aux enfants certaines lois, certaines règles, c'est nécessaire pour savoir se structurer dans la vie. Aucune société ne peut s'organiser sans elles, mais pas des règles pour supplanter l'autre, non, des règles qui apprennent l'art de savoir bien se comporter avec les autres. Ceci, pour que plus tard ils n'exercent plus le pouvoir sur l'autre… mais le pouvoir avec. Pour que plus tard ils ne choisissent pas la renommée ou la gloire comme une fin en soi, mais comme moyen d'atteindre un but plus élevé. Pour qu'ils ne choisissent pas le succès aux dépens des autres, mais comme moyen d'aider les autres. Pour qu'ils ne choisissent pas de gagner à tout prix, mais le gain qui ne coûte rien aux autres et même, le gain qu'ils partagent avec les autres. Et s'ils leur arrivent d'être meilleurs que d'autres, ce ne sera pas pour les supplanter mais plutôt pour être meilleurs qu'ils ne l'étaient eux-mêmes auparavant. S'il leur arrive de gagner beaucoup d'argent, ce ne sera pas pour le fait de posséder toujours davantage, mais seulement pour avoir davantage à donner . Pour qu'enfin plus tard ils choisissent la connaissance des choses et le fait de « savoir comment » et de « savoir pourquoi », afin de pouvoir partager toute cette connaissance avec les autres.

Dialoguer

Ceux qui devraient montrer l'exemple ne le font pas toujours. Trop de croyants et trop de pratiquants, dans la religion qu'ils ont héritée, campent sur leurs certitudes et leurs aprioris. Ils sont sûrs, chacun de leur côté, de détenir une vérité plénière et universelle. Cette arrogance n'est pas compatible avec les valeurs de respect et d'aide aux autres. Chaque Vérité est toujours relative et il n'y a pas qu'un seul Chemin pour aller où chacun dit vouloir aller. Ceux qui ont bien intégré cela sont humbles parce qu'ils sont dans l'esprit de la vraie spiritualité.

La religion a un devoir de prosélytisme. Elle incite chacun à adopter les préceptes des religions. Elle les exige même. Il n'y a pas de place pour ceux qui ont des pensées personnelles. La spiritualité au contraire invite à la réflexion personnelle et ainsi à trouver son chemin en harmonie avec son Soi et Dieu.

Ce clivage entre ces deux tendances opposées est des plus dévastateurs. Il atteint toutes les communautés religieuses. Si certains théologiens catholiques, par exemple, conseillent une théologie pluraliste des religions, les papes jusqu’à maintenant se sont toujours adressés au monde comme détenteurs d’une vérité dogmatique, universelle, éternelle et immuable. Les musulmans islamistes ne sont pas en reste de ce point de vue, ils ont proclamé l'infaillibilité du Coran, et celle des oulémas (dans l'islam, en effet, l'ouléma reçoit une autorité suprême sur les questions à la fois morales et temporelles de la vie des musulmans, de leur naissance à leur mort !) Cependant, certains théologiens catholiques, par exemple, prônent une théologie pluraliste des religions.

Chez les bouddhistes, la tendance est plutôt inverse. S'il existe toutefois des groupuscules qui prônent la supériorité absolue du « dharma » sur les autres courants spirituels, le Dalaï-lama affirme clairement : « Dans ce monde, il n'y a pas de vérité universelle. Une même vérité peut revêtir différents visages. Elle dépend des décryptages faits à travers nos prismes intellectuels, philosophiques, culturels et religieux » . Il est vrai que le Bouddhisme n'est pas une religion mais plutôt une philosophie. Cette conception plus souple et moins dogmatique indique qu'effectivement elle est porteuse d'une étincelle de vérité. Cela dit, encore une fois, aucune religion, aucune philosophie, ne possède cette vérité tout entière, et c'est sans doute normal parce que tout simplement Dieu a mille visages.

Tout mouvement religieux a ses fondamentalistes. Certains les qualifient de puristes car ils sont persuadés que pour avancer, il faut revenir aux paroles originelles des textes sacrés. Parmi eux, les fondamentalistes chrétiens pensent justement que la solution est dans l'application pure et dure de ces Textes anciens. C'est oublier que ces Textes ne pouvaient être que figuratifs et allégoriques ; c'était sans doute nécessaire pour frapper les esprits et amener à la réflexion des peuples souvent frustes et ignorants. Ces Textes ne pouvaient aussi qu'être parcellaires et limités pour que l'homme puisse commencer à comprendre quelque chose sur son rapport, non plus avec les dieux nombreux qu'il avait inventés, mais avec un Dieu unique.

Sans être intégristes purs et durs, les responsables des religions dans leur ensemble interprètent les textes anciens sans jamais oser en modifier la moindre virgule. Cette rigueur se veut le garant d'une continuité sacerdotale croient-ils, mais elle devient rigidité quand elle fige et fossilise pour des siècles les rituels. Cela ne peut que conduire tout compte fait, qu'à une certaine confusion.

Se transformer

Les humains ont toujours utilisé la soi-disant volonté de Dieu comme une excuse pour justifier les comportements les plus barbares et les plus injustes que l'on ait pu infliger trop souvent à des gens innocents et sans méfiance.

Il est grand temps qu'ils comprennent qu'il faut mettre fin à leurs désaccords. Il est urgent qu'ils admettent que leurs divisions peuvent les mener non seulement à de nouvelles guerres (ce qui est déjà malheureux) mais à l'extinction de la civilisation telle qu'ils la connaissent. Il est urgent qu'ils voient que ce qui les tue, ce sont leurs fausses conceptions du monde. Encore une fois, il est important de se dire que ces comportements ne sont ni « bons » ni « mauvais » en soi mais qu'ils ne fonctionnent plus. Effectivement ils ne marchent pas efficacement quand on voit ce qu'on voit, c’est-à-dire un monde qui ne bouge pas sur le plan moral et éthique, un monde qui reste toujours aussi violent… Alors compte tenu de ce que l'humanité veut, c'est à dire la paix, l'harmonie et le bonheur, le monde n’est pas fonctionnel.

Les religions établies, nous l’avons dit, pensent qu’elles détiennent toutes les réponses ; il ne faut rien changer. En dehors de nous, point de Salut ! Quant aux religions véritables, celles qui s'efforcent de n'être ni dogmatistes, ni intégristes, elles ont parfois su édifier des ponts et non des murs. C’est bien et elles doivent s'employer plus que jamais encore à œuvrer pour refermer les écarts qui se sont formés entre elles, entre les cultures, entre les races et entre les nations.

Unifier ce qui a été disjoint, voilà ce qu'il convient de faire pour arriver, peut-être un jour, à une religion « universelle ». Aujourd'hui, une laïcité bien comprise respecte toutes les religions. C'est certainement actuellement la moins mauvaise manière pour faire cohabiter l'État et les Églises. Mais avant cela il faut prendre conscience que les religions organisées doivent arrêter de faire croire aux gens qu'elles sont incontournables. Nous devons prendre conscience que nous pouvons arriver là où nous devons aller d'autant plus facilement que nous garderons la foi en nous-mêmes. Nous devons nous autoriser à chercher les vraies réponses en nous seuls. A condition que ce soit sans arrogance et sans orgueil, simplement par la pensée que Dieu est en Soi. Par l’intériorité. Nous pouvons en effet, nous reconnecter à notre Source intérieure. Si l’homme change, il change son intériorité, et comme une tache d’huile, ce sera le monde dans son ensemble qui peut se transformer. Ce processus est, je le sais, difficile à comprendre et pourtant c’est comme cela que ça marche. La spiritualité est donc cette incroyable énergie d’amour qui est logée à l’intérieur de chaque être humain mais qu’on ne sait plus aller chercher, et qui permet de transcender toutes les croyances religieuses. Transcender c’est compléter ce qui manque comme information pour avoir une vue d’ensemble sur ce que peut être l’homme et ce que peut être Dieu. La spiritualité est un chemin où l’on s’engage seul, sans connaître les termes du voyage. La religion demande de suivre les leçons de l’expérience des autres. La spiritualité par contre, nous invite à vivre et à tirer les leçons de nos propres expériences. C’est ce qui édifie un pont entre le corps, l’esprit et l’âme. Certaines religions n'aiment pas du tout cela, elles ne le tolèrent absolument pas car nous pourrions arriver à des réponses différentes des leurs. Elles exigent d’être crues sur parole. Certains rejettent même systématiquement toute religion, car disent-t-ils, elles ne peuvent que constituer un refuge et finalement un obstacle à la recherche personnelle de la Vérité. Ils partent de la constatation que, quels que soient ses progrès matériels, l’humanité n’en est pas moins restée violente et barbare, divisée contre elle-même et devenue capable de se détruire. Les religions n’ont pas toujours montré l’exemple en ce domaine. Loin s’en faut. Les grands Maîtres et Sages n'ont jamais emprunté totalement les sentiers trop bien balisés des religions établies. Beaucoup ont été pourchassés, combattus, condamnés et tués pour cela. Regardez Socrate, Mahatma Gandhi, Martin Luther King, Jésus… pour ne citer que les plus connus.

Mais un jour viendra peut-être où toutes les doctrines en cours se seront rapprochées et ne seront plus antagonistes, même s'il subsistera encore quelques particularités. Ce jour-là, la spiritualité « laïque » sera si élevée en chacun des êtres humains que la loi et la foi seront complémentaires et iront de soi, car l'être humain ne peut véritablement être équilibré s'il n'a pas compris la nécessité d'une vie spirituelle intégrée à une vie matérielle et citoyenne. L'une ne va pas sans l'autre.

Si la paix extérieure de toutes les sociétés et religions du monde est aujourd'hui si fragile, c'est parce que la paix intérieure de ces sociétés mondiales et de ces religions est pratiquement inexistante. Le monde s'évertue à amener les hommes à changer ses comportements plutôt que ses croyances. Faute de paix intérieure , la paix extérieure est impossible. Et cette paix intérieure s'atteint par la compréhension de la nature de l'homme.

L'humanité a besoin d'un monde dans lequel plus personne ne juge les autres. Où l'amour ne s'accompagne jamais de conditions et où la peur n'est plus jamais considérée comme un moyen d'obtenir le respect. Un monde où les différences ne produisent aucune division, où l'expression individuelle n'engendre aucune séparation, où la grandeur du Tout se reflète dans celle de ses parties.

Elle a besoin d'un monde en effet, où plus personne n'ignore la souffrance, n'exprime l'intolérance et ne ressent la haine. Où l'ego et l'intellect sont abandonnés, la supériorité abolie et l'ignorance éliminée de la réalité de tous. Où les égarements ne mènent pas à la honte, ni les erreurs à la culpabilité, ni le jugement à la condamnation.

 


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