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Réincarnation et résurrection

"C'est une triste chose de songer que la nature parle
et que le genre humain n'écoute pas."

[Victor Hugo]

par Mika


Voici encore un sujet houleux diront les uns, évident, ou tabou pour les autres. Il a été écrit des ouvrages très intéressants sur le sujet, la liste est longue, mais par delà cela, nous pouvons peut-être aborder ces principes non avec une rassurance livresque mais avec notre propre ressenti, dans l'instant.

Les livres « sacrés » du monde nous parlent de tant de choses à ces sujets, ils s'opposent, s'allient sur un point, se boudent dans un autre, quel est le problème ?

Et bien le problème c'est toujours la peur, la peur face au devenir, au non-devenir, l'ego veut trouver une continuité, veut survivre à toute remise en question. Certains me diront : « ok, ok, c'est bien beau, mais pourquoi les anciens en parlent ? »

Il est vrai que dans toutes les sagesses anciennes, la réincarnation semble être traitée de manière évidente, et que, soudainement elle n'est plus vraiment prise en compte par nos bons vieux monothéismes. Mais là encore, c'est n'observer qu'un aspect des monothéismes, à savoir leur courant exotérique, celui réservé au peuple et au croyant. Mais il a toujours existé des voies ésotériques ou gnostiques (du grec gnôsis signifiant : connaissance), réservées à des êtres dont le besoin de croyance avait été dépassé et dont le Dieu lointain ne parlait plus ; ceux là voulaient (et veulent toujours) connaître Dieu directement et ainsi vivre ses mystères les plus profonds. Sortons là aussi de ce caractère élitiste, hautin, des initiés. Un initié à un courant ésotérique l'est de part son humilité, car il sait que le chemin qui mène à la connaissance directe est semé de terreurs et d'embûches et il respecte l'être qui ne souhaite pas s'y engager, préférant la croyance rassurante.

Pourquoi existe-t-il des initiés, des personnes élevées et d'autres un peu moins ?

Dieu aurait-il créé des êtres plus en avance que d'autres, juste par plaisir de voir les uns limités et les autres grandis ? C'est une connaissance limitée de Dieu que de croire cela, il existe des niveaux d'enseignements sur le chemin, tout comme il existe une école primaire, un collège, un lycée et une faculté. Ces instituts existent et reçoivent chacun un type d'être différent et, en fonction de l'âge et de la maturité, lui enseigne des chose différentes.

Qu'un lycéen se moque de l'apprentissage de l'alphabet par un enfant au cour primaire a-t-il un sens ?

Un collégien doit-il dénigré le savoir du licencié de faculté, tout ceci parce qu'il ne le comprend pas encore ?

Les religions du livre

Voilà, en deux questionnements vous avez résumé ici des siècles et des siècles d'incompréhensions de l'évolution et du perfectionnement successif des êtres. On ne devient pas Einstein en une vie, ni un Jésus ou un Gandhi, tout comme on n'obtient pas un doctorat en un an de cour primaire. Tout ceci c'est du bon sens et pourtant il semblerait que les susceptibilités nous aient amenées à supprimer cette logique de vie.

Le Judaïsme

Pourtant, si l'on étudie la Qabbale juive, on trouve la réincarnation clairement mise en scène. Commençons par le Zohar, un livre clé de la Kabbale, je cite :

"Les âmes doivent réintégrer la substance absolue d'où elles sont sorties. Toutefois, pour cela, elles doivent développer toutes les perfections, dont le germe se trouve en elles. Si elles ne satisfont pas à cette condition durant une vie, elles doivent en commencer une deuxième, une troisième et d'autres encore, jusqu'à ce qu'elles aient rempli les conditions qui leur permettront de s'unir à nouveau avec Dieu."

"Aussi longtemps qu'une personne ne parvient pas à atteindre ses objectifs dans ce monde, le Saint, Béni soit-il, la déracine et la replante autant de fois qu'il faut." (Zohar I 186b)

"Toutes les âmes sont sujettes à la réincarnation ; nul ne connaît les voies du Saint, Béni soit-il ! Les gens ne savent pas qu'ils sont présentés devant le tribunal avant d'entrer dans ce monde et une fois qu'ils l'ont quitté ; ils ignorent qu'ils doivent subir beaucoup de réincarnations et de travaux secrets et que, complètement dépouillés, de nombreuses âmes et une infinité d'esprits errent dans l'au-delà sans pouvoir pénétrer sous le voile du Palais du Roi. Les hommes ne sont pas conscients que les âmes virevoltent comme des cailloux lancés par une fronde. Mais le temps sera proche quand on découvrira tous ces mystères." (Zohar II 99b)

Les temps seraient t-il proches ?…

"Nous savons que Moise était la réincarnation (gilgoul) d'Abel." (Tikouné Zohar 69, 99B)

"Caïn se réincarna en Essaü." (Tikouné Zohar 69, 118B)

"Quant à lui (Adam), il se réincarna en nos anciens saints, Abraham, Isaac, Jacob." (Tikouné Zohar 69, 1113A)

"Pourquoi n'advient-il à tel juste que de bonnes choses alors qu'un autre juste subit des épreuves ? C'est parce que ce dernier a fait le mal dans une vie antérieure et qu'il en paie maintenant les conséquences... C'est comme la personne qui a planté une vigne et recueille du raisin acide au lieu des fruits sucrés qu'il espérait. Voyant qu'il a planté et vendangé en vain, il arrache la vigne et, après avoir bien nettoyé, en plante une nouvelle. Et ainsi de suite." (Bahir 195)

Le maître Isaac Louria a écrit un livre sur le sujet s'intitulant le "Shaar Ha Gilgoulim" (Les portes de la réincarnation). Un autre maître Haïm Vital a écrit quand à lui un ouvrage intitulé "Sefer HaGuilgoulim" ("le Livre de la Réincarnation"). C'est pourtant clair je pense, mais là encore le principe de réincarnation n'est dévoilé qu'à celle ou celui qui est prêt à le comprendre. Tant que l'on est attaché à notre petite personne, on a envie de la garder avec nous éternellement, mais ceci part d'un matérialisme spirituel qui s'attache à la chair, au corps et s'obstine dans des pensées basses. Celui qui a dépassé son attachement au corps physique, ayant compris son impermanence, celui-ci va chercher ailleurs sont salut. Tous les sages de la terre ont tous dit à peu prêt les mêmes choses : le corps physique n'est pas une finalité. Il semblerait que durant la période des grandes écoles de Safed et du Languedoc cette compréhension ait été en rapport avec le niveau de pureté que conservait l'enseignement depuis Moise. Moise ayant été, comme le dit la Torah "instruit dans toute la science des Egyptiens" (actes 7 -22), il avait donc était initié à la Cabbale en Égypte et en Chaldée, comme cela était pratiqué à l'époque, puis il transmis ses connaissances en les adaptant au peuple dont il était responsable. Ceci nous montre, là encore, que la réincarnation remonte à la nuit des peuples. Les égyptiens, les chaldéens et la majorité des peuples antiques étaient au fait du principe des vies successives et vivaient en harmonie avec cette compréhension, car elle offrait un sens et une compréhension profonde de l'évolution de l'âme humaine vers son perfectionnement, sa remontée à la source de toute chose.


Le christianisme

Nous allons en fait retrouver la même démarche. Les premiers chrétiens, les pères du désert, mais surtout les gnostiques concevaient très bien la réincarnation, d'ailleurs l'entité Christ s'était, selon eux, incarnée dans le corps de l'homme Jésus pour accomplir sa mission, comme le cite l'évangile de Judas : "Tu les surpasseras tous, car tu sacrifieras l'homme qui me sert d'enveloppe charnelle." De nombreux passages dans les évangiles énoncent que les peuples de l'époque de Jésus avaient encore ce principe en eux :

"Et ils lui demandèrent : Quoi donc ? Es-tu Elie ? Et il dit : Je ne le suis point. Es-tu le prophète ? Et il répondit : Non."
(Jean 1-21)

 Ici, les anciens de la synagogue (du grec sunagogè , qui signifie réunion, mot à mot ce qu'on conduit ensemble, ce qui est rassemblé. Une synagogue est donc une congrégation) démontrent bien qu'ils croyaient en la réincarnation en pensant que Jésus serait peut être la réincarnation du prophète Elie.

"Les disciples lui firent cette question : Pourquoi donc les scribes disent-ils qu'Elie doit venir premièrement ? Il répondit : il est vrai qu'Elie doit venir, et rétablir toutes choses. Mais je vous dis qu'Elie est déjà venu, qu'ils ne l'ont pas reconnu, et qu'ils l'ont traité comme ils ont voulu. De même, le Fils de l'homme souffrira de leur part. Les disciples comprirent alors qu'il leur parlait de Jean-Baptiste." (Matthieu 17 – 10, 11, 12, 13)

Là encore, nul besoin d'interprétation ou d'analogie symbolique, ces versets parlent d'eux-mêmes. Mais alors pour quelle raison la réincarnation a-t-elle été retirée de l'enseignement d'origine et du contexte d'où a émergé Jésus ? On sait par exemple qu'au premier concile de Nicée (325), on décida de la retirer afin de trancher avec les divers cultes païens de l'époque. Donc à des fins purement idéologiques et politiques, priverait-on des milliers de fidèles d'une compréhension essentielle ? Il paraît que l'humain est capable du meilleur comme du pire, mais pour le pire il est le meilleur aussi …,

On a proclamé pendant longtemps que le soleil tournait autour de la terre, est-ce que pendant ces périodes, le soleil ne suivait-il pas la course que l'on connaît aujourd'hui ?

Je vous laisse faire donc le rapprochement avec la réincarnation, si une loi humaine proclame qu'elle est fausse, au nom de certaines ambitions égotistes, est-il possible, au même titre que le soleil, que celle-ci s'annule d'elle-même ?

Par ailleurs, je n'oppose en rien réincarnation et résurrection, car toutes deux ont leur place à mon sens, mais une confusion a été faite et l'enseignement mal compris par les suiveurs. Jésus disait ceci :

"Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le Royaume de Dieu."
(Jean 3 -3)

On peut aussi interpréter cette phrase en faveur de la réincarnation bien entendu, mais c'est de la résurrection qu'elle parle le mieux. Dans tous les chemins initiatiques, la mort symbolique est une étape majeure, on meurt à son ancienne personnalité, la profane, pour renaître de nouveau. Dans la plupart des religions d'ailleurs, les fidèles changent de nom, cette coutume a donc été conservée sous un autre manteau. Mais renaître de nouveau implique de mourir à l'ego qui s'attache à l'ancienne personnalité pour tendre vers l'absolu, vers Dieu. Voilà la résurrection, elle est intérieure. Saint Thomas d'Aquin disait : "Nulle créature ne peut atteindre un plus haut degré de nature sans cesser d'exister." (Somme Théologique, Livre I, LXIII, 3), Maître Eckhart, un grand mystique chrétien, nous offre un message semblable : "L'homme a deux naissances : l'une au monde, l'autre hors du monde, c'est-à-dire en Dieu." (Sermon 76)

Renaître en cette vie est un acte qui demande une humilité considérable, c'est accepter le réel tel qu'il est, c'est accepter notre nature matérielle, mortelle et limitée par une fausse personnalité, faite de conditionnements, de croyances, de peurs et de limitations, pour naître de nouveau à notre nature véritable, absolue et illimitée.

L'islam

Il est assez difficile de trouver dans le Coran des preuves assez nettes de la réincarnation, mais de quel Coran parle-t-on ? La querelle infinie entre chiites et sunnites continuent de faire rage, et il semblerait qu'il puisse exister deux corans, l'un exotérique, l'autre ésotérique. Le chiisme Iranien se prévalent de la transmission du savoir ésotérique du prophète à l'Imam Ali semble avoir était un terreau plus fertile pour l'éclosion d'écoles initiatiques islamiques et aux ordres soufis. Selon des spécialistes de l'islam tel Henry Corbin, l'islam iranien serait plus intérieur que l'islam sunnite, plus penché sur la chariah (la loi islamique). La mystique islamique s'est considérablement enrichie de la mystique antique des grecques (platoniciens) et des perses (Zoroastrisme). Le soufisme, qui est la voie mystique de l'Islam, reconnaît la réincarnation avec profondeur. Je citerai donc un maître soufi prénommé Pir-o-Murshid Hazrat Inayat Khan :

«  La réincarnation existe pour la personnalité, non pas pour le rayon (l'âme). Dieu mène à bien Son plan en faisant que la personnalité se réincarne avec un nouveau rayon. Une personnalité est la réincarnation d'une autre et reprend ses problèmes là où ils ont été laissés. » (site http://www.soufi-inayat-khan.org )

Le soufisme est en général, dans son essence, très peu dogmatique et met l'accent davantage sur le fond (le coeur) plutôt que sur la forme (la loi « Sha'ria »). La loi est observée, mais avec des nuances habiles et n'est pas fondamentale dans le chemin du soufisme. Les soufis disent souvent qu'il y a autant de religions que d'êtres humains, chacun a sa façon d'adorer le créateur. De même le soufi ne met pas l'accent sur la notion d'enfer et de paradis prédominante dans l'islam. Le soufi aime Allah, ni par peur de l'enfer ou par désir du paradis. Concernant la réincarnation, le soufisme, comme certains courants de l'hindouisme ou du bouddhisme (dont-il a vécu les influences), ne se prononce pas en règle général sur ce qui est considéré d'ordre théorique et qui n'est pas une priorité pour l'union avec Dieu. Les soufis n'enseignaient pas ouvertement la réincarnation pour ne pas s'attirer les foudres (qui tombaient déjà si souvent sur eux) des Mollahs et Oulémas (membres du clergé), mais cet enseignement était réservé à des êtres qui avaient déjà cheminé et étaient aptes à comprendre ce principe.

Il existe des Tariqa (ordre soufi), comme celle de Inayat Khan, qui sont plus imprégnées d'hindouisme ou de gnose néo-platonicienne, et qui enseignent plus ouvertement le principe de la réincarnation, mais toujours dans la mesure, comme l'indique ce texte :

« L'âme est comme une plaque photographique qui peut recevoir la réflexion d'une personne ou d'un groupe, et peut contenir des milliers d'âmes. Cette plaque photographique est capable d'accueillir en elle-même la réflexion de tout un monde ; il en est de même pour l'âme. On demandera : « Qu'est-ce que l'au-delà ? ». L'au-delà est pour chacun ce que son âme embrasse. Si son âme contient un ciel, son au-delà sera le ciel ; si son âme contient autre chose, alors son au-delà sera cette autre chose.

Mais, dira-t-on: « Est-ce que l'âme ne revient pas comme réincarnation ? ». Oui, certainement, une âme se présente ; mais quelle âme ? Qui est cette âme ? C'est une âme qui a reçu une réflexion, et c'est le reflet qui est la réincarnation. Alors on demandera : « Est-ce que cela ne rend pas tout aussi irréel qu'un théâtre d'ombres ? ». Mais qu'est-ce d'autre ? Si ce n'est pas un jeu d'ombres, qu'est-ce ? Si l'on trouve une réalité dans ce qui n'est pas réel, cela peut être consolant, l'on peut y trouver du réconfort pour quelques jours, mais l'irréalité reste l'irréalité, et finalement s'avérera non satisfaisante, parce qu'il n'y a de satisfaction que dans la connaissance de la Vérité. Si, provisoirement, il peut être satisfaisant de prendre l'irréalité pour la réalité, on peut continuer ainsi. Cependant, il faut reconnaître que, finalement, cela s'avère ne pas être vrai. Afin d'éviter une future déception, on doit découvrir cela le plus tôt possible dans la vie, si l'on est capable de saisir, et puis d'assimiler la Vérité ultime. » (Source : http://www.soufi-inayat-khan.org)

Une voix s'élève en terre d'islam pour parler de la réincarnation, celle du peuple Druze, leur religion est une synthèse de l'ismaélisme, du néoplatonisme et du gnosticisme. Les Druzes insistent sur l'Unité de l'absolu par delà les diverses oppositions religieuses et théologiques. La religion Druze possède un ésotérisme secrêt qui est transmis aux candidats lors d'une initiation comportant divers degrés. Les druzes n'intégrent pas la charia et les obligations rituelles dans leur doctrine, ils voient par contre dans le Coran preuve de l'existence de la réincarnation, par le verset intitulé "Al-Baqara" (La Vache) :

"Comment pouvez-vous renier Dieu alors qu'il vous a donné la vie, alors que vous en étiez privé,
puis Il vous a fait mourir, puis Il vous a fait revivre et enfin vous retournerez à Lui."



Logique de la réincarnation

Bien entendu, je n'ai pas traité des religions et spiritualités orientales, pour qui la réincarnation n'est plus un questionnement, mais une logique de vie. Les religions et spiritualités antiques, telles que telles le celtisme, le néo-platonisme, l'hermétisme, le chamanisme, dans toutes les régions du monde, les grecques, les égyptiens, chaldéens, bref, tous les peuples intégraient avec bon sens la réincarnation sur le plan global et intégraient sur le plan initiatique le principe de résurrection symbolique. Que s'est t-il dont passé ? En focalisant notre esprit sur la technique, le progrès extérieur, ne nous sommes nous pas éloigné de notre vie intérieure la plus profonde ? Les religions d'aujourd'hui sont-elles réellement le reflet de la volonté de leur fondateur ? Aussi bien l'archéologie, l'historiographie, que l'étude comparative des spiritualités nous indique qu'il y a eu dilution des enseignements. Imaginons simplement, un grand initié découvre en lui des vérités très profondes, s'il a de la chance, il va trouver un autre initié qui va réussir à le comprendre et transmettre l'enseignement. Mais si cela n'est pas le cas, les suiveurs, au fil du temps, ne vont appréhender qu'une partie de l'enseignement et en occulter l'essence, et ainsi enseigner une voie biaisée. Si l'on ajoute à cela les intérêts politiques, militaires, économiques et pour faire simple : égotistes, et bien le marasme du monde s'explique très clairement ; je laisse le reste à votre méditation …

Concernant la réincarnation, nous avons vu que plus l'on remonte à la source du « fondateur » du mouvement, plus on retrouve des vérités profondes et plus on descend jusqu'à nous et plus nous nous enfonçons dans un matérialisme spirituel vide de sens. Plus on arrive à notre époque, et plus les initiés semblent devoir se replier, alors est-ce cela l'humanité ? Les splendeurs des enseignements spirituels du monde doivent-elles rester masquées, de peur que leur trop grande clarté réveille notre aveuglement ?

Le bon sens et une certaine forme de logique spirituelle peuvent venir étayer notre compréhension du principe réincarnationnel, prenons des exemples.

Dans la nature tout est réincarnation, une graine devient un arbre, cet arbre produit des graines qui vont ainsi replonger dans la terre pour créer un autre arbre et ainsi de suite, ce processus, l'énergie de vie qui anime la première graine, l'arbre et les autres graines est le même, seul la forme change. Pour le corps c'est la même chose, nous changeons de vêtement, nous ne mettons pas les mêmes vêtements à un âge ou à un autre, certains vêtements semblent trop étroits en rapport à notre croissance. Au même titre, certains enseignements semblent trop étroits pour la conscience qui s'élargie, ainsi qu'il existe un vêtement pour chaque étape de la croissance du corps, il existe un enseignement pour chaque étape de la croissance de l'âme. La réincarnation permet d'essayer à nouveau, elle n'enferme pas dans la fatalité d'une seule vie ; en une seule vie personne ne peut atteindre la perfection de corps, d'esprit et de cœur. Rejeter la réincarnation, c'est refuser aux êtres la chance de progresser ; rejeter la réincarnation, c'est refuser aux êtres toute élévation ; rejeter la réincarnation, c'est refuser aux êtres la libération absolue…

Pourquoi, en général, les sages admettent-ils la réincarnation et les gens, en général qui manque de cheminement, la refusent-ils ?

Les gens, en général les jeunes âmes, comme on peut affectueusement les nommer, n'ont pas encore intégré toutes les facettes de la manifestation du vivant. Ils sont au début de leur apprentissage de l'existence, tout comme le jeune enfant ne peut pas encore tout connaître, il lui faut, pour connaître, apprendre et expérimenter. La réincarnation lui permet justement cela, mais les jeunes âmes, de part le fait qu'elles n'ont pas encore percé les mystères les plus profonds de Dieu (ou de la vie), s'attachent aux reflets de l'existence. Voilà pourquoi elles aiment souvent les croyances, les dogmes rassurants, les appartenances identitaires et tout ce qui renforce la notion de personne ; au même titre qu'un enfant qui apprend le vélo est attaché à ses petites roulettes de sûreté, ce qui est normal, puisqu'il n'a pas encore les bases de l'équilibre. Mais pour celui qui sait faire du vélo de course, les roulettes sont des freins au plein développement de ses capacités. C'est juste du bon sens, tout le monde peut le comprendre aisément, et je le répète, seul ce qui est simple (et non simpliste) est vrai, et souvent nous possédons des intuitions (que la société technocratique nous fait refouler) qui sont de vraies perles de sagesse. Apprenons à nous faire davantage confiance, apprenons à nous connaître, et Dieu se présentera à nous. N'écoutons plus les moralistes qui se perdent en discours pompeux, en exégèse puérile, tout est là, de toute éternité, il suffit de réorienter notre regard vers l'intérieur. Aujourd'hui, les religions, pour s'adapter à la concurrence du matérialisme ont dû plutôt mettre l'accent sur une approche « rationnelle » du divin, faisant cela elle ont perdu leur essence au profit d'une morale, d'une éthique et de lois qui ne volent pas bien haut. Elles ont même chuté au stade de renier les enseignements les plus profonds qu'elles gardaient en leur sein, ainsi le Judaïsme doctrinal voit souvent d'un mauvais œil les splendeurs de La Kabbale ; les rabbins sont formés comme des instituteurs, des technocrates de Dieu. Pour le christianisme c'est la même chose, le divorce entre mystique et théologie a été tristement consommé, et toute manifestation d'une foi hors du commun paraît douteuse, voir psychiatriquement analysable. L'Islam croule sous le dogmatisme fanatique qui donne une si mauvaise image de ses merveilles à l'occident. La confusion entre le sage et le fou devient alarmante. Les soufis sont traités d'hérétiques parce qu'ils osent vivre Allah dans l'amour et l'unité. Dans quel monde vivons nous ? Toutes les valeurs semblent inversées, l'apocalypse serait-elle proche ?

L'apocalypse, du grec « Apocalypsos » signifie révélation, juste, celle d'une ère ou comme le dit Jésus : "Rien, en effet, n'est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu." (Matthieu ; 10:26) . Là encore, un sens extérieur cache un sens profond intérieur, cette révélation démarre en nous, dans une prise de conscience profonde et entière de notre "agréable légèreté de l'être"…

Hypothèse et vue intérieure

Nous avons donc vu que toutes les voies spirituelles profondes de la planète prennent la réincarnation comme une doctrine qui va de soi, qui roule toute seule. Souvent, même quand on discute comme ça avec les gens, et même s'ils n'ont pas forcément emprunté un cheminement ils lancent : "On verra ça dans une autre vie…" ou "dans une autre vie, j'étais… ", ou encore quand ils échappent à un petit incident, voir ressortent d'un accident indemne, les amis disent avec amusement et étonnement : "tu as sept vies toi, comme les chats … " et encore d'autres expressions. Le bon sens, la simplicité spontanée nous révèlent tant de vérités que notre mental peureux ne veut pas percevoir, de peur que celles-ci lui révèlent son impermanence !

Et puis regardons le monde, dans une même famille, vous pouvez avoir des individus très différents, avec des niveaux de consciences variés. Certains n'arrivent pas à entrer dans un cheminement spirituel, ce n'est pas toujours qu'ils n'en veulent pas, mais bien que celui-ci ne leur parle pas et certains ajoutent avec clarté "pour le moment". Les uns naissent dans une famille pauvre, l'autre dans une famille riche, certains ont beaucoup d'embûches dans leur vie, pour d'autres cela roule tout seul, et il nous faut avoir un regard clair sur cela. Quel Dieu, bien capricieux, donnerait une seule vie à ses créatures, en attribuant les rôles au choix de manière arbitraire en disant : "bon toi, j'ai envie que tu morfles dans ta vie, toi, euh… ben tiens tu seras milliardaire, etc. ", et puis ensuite, une fois mort, revenir devant le même Dieu et se justifier. Ce Dieu versatile dirait : "alors toi et bien tu n'as pas été généreux, je ne veux pas savoir que tu étais dans la pauvreté et handicapé, j'avais dis qu'il fallait ne pas voler et tu as volé pour manger, allez hop à la fournaise !" Voyons, soyons sérieux et perspicace, une seule vie c'est bien trop court, tout le monde le dit d'ailleurs. Ca passe vite, mais surtout en une seule vie il est impossible d'atteindre les sommets de la vertu et de la réalisation de soi. Alors, au nom de l'amour et de l'encouragement à faire mieux, la réincarnation dit : "bon, ok, tu as fais ce que tu as pu, allez essayes encore une fois !"

La réincarnation, ce n'est pas une théorie pompeuse, bien que l'on puisse toujours aller très loin pour retrouver les causes des effets. Mais elle pourrait juste être comprise de la sorte : "Tu casses, tu rembourses ; tu salis, tu nettoies" ou comme le dit l'évangile "on récolte ce que l'on sème". Dans la vie n'est-ce pas ainsi aussi que cela fonctionne, certes, quand on est enfant il y a bien un papa qui va bien payer les pots casser pour son fils. Cette compréhension, on la trouve dans une perception personnelle, anthropomorphisée de Dieu, mais la réalité ne colle pas à cette projection et l'histoire humaine, aussi bien que notre quotidien, nous prouve bien que dans ce monde un papa ne veille pas. Si l'on souhaite accéder à une compréhension plus mature de Dieu, on essaye déjà de se comporter en adulte responsable de ses actes et donc d'assumer ses propres errements. Certains diront peut être que c'est un peu dur, je les comprends, mais là encore c'est une compréhension littérale des événements qui nous arrivent. Si on dépasse l'atteinte à notre petite personne, ils sont sans cesse des opportunités de grandir en sagesse, d'apprendre à vivre mieux, à être mieux. La vie n'est pas, pour ma part, un terrain de jeu ou une cour de récréation, la vie est une chose sérieuse et seuls ceux qui comprennent que c'est une chose de la plus haute importance, alors eux seuls peuvent jouer. Mais si l'on n'en comprend pas les règles et qu'on pense y échapper, tôt ou tard, cela revient comme un boomerang. Parfois on ne comprend pas pourquoi telle personne très gentille, serviable et tout et tout, soit sans cesse accablée par le malheur. Là encore notre vision est limitée, puérile, si l'on va plus profondément, même sans remonter à ses actes de vie antérieures, mais juste dans l'instant, on comprend que ces maux l'aide à dépasser les vues limitées de l'ego et à accéder à un lâcher prise total, l'éveil. Méfions nous des vies trop faciles, il n'y a rien de pire pour ne pas évoluer et revenir tourner en rond dans la matière.

Il existe des principes cosmiques qui sont immuables, et qui n'ont rien à voir avec les lois impermanentes et ponctuelles de telle ou telle religion. Les religions sont impermanentes, elles se succèdent les unes aux autres, suivant des cycles d'évolution, d'involution, bref, suivant la marée. Mais les principes dont je parle sont aussi immuables que ceux de la gravitation, de l'inertie ou de l'action réciproque des mouvements. Ce sont des principes plus subtils que ceux que l'on trouve sur le plan matériel, donc messieurs les matérialistes vous ne pourrez pas plus palper ou observer votre esprit, ou votre conscience, que les ondes qui circulent d'un portable à un autre. Premier pré requis, ce n'est pas parce que l'on ne voit pas une chose qu'elle n'existe pas. Je souhaite prendre quelque modèle analogique pour clarifier l'hypothèse.

Par exemple, dans une maison alimentée par un circuit électrique, cette maison comporte plusieurs lampes et ampoules. Si une ampoule ne fonctionne plus dans une pièce, est-ce que pour autant l'électricité qui lui confére sa lumière a cessé d'être ?

Si je remplace l'ampoule, le courant ranime un nouvel objet matériel, avec le même type d'énergie électrique. Le corps, c'est l'ampoule et l'énergie électrique peut être la conscience cosmique. Il y a eu de nombreux modèles théoriques en physique quantique qui nous amène à penser que ce même processus agissent au niveau macrocosmique. La théorie des champs morphogénétiques de Karl Pribam nous indique qu'il existerait des champs d'information sous formes d'ondes électromagnétiques qui circuleraient partout dans l'univers. Au même titre que la communication allant d'un téléphone à l'autre représente une information, les sonorités sont converties en données informatiques avec l'aide d'un émetteur/récepteur. Si vous changez de téléphone portable et que vous mettez votre puce téléphonique habituelle, et que vous composiez vos mêmes numéros, et bien les mêmes informations sous formes d'ondes seraient présentes, comme avec l'ancien. Partant de cette compréhension vous pouvez transposer cela à l'infini, sur d'autres modèles de compréhension. Les champs informationnels de Pribam nous permettent de penser que ce qui se passe pour un téléphone portable, avec un matériel simple, se déroule de la même manière avec un autre matériel bien plus sophistiqué, notre cerveau. Le cerveau ne porterait en lui aucune données, mais serait plutôt un émetteur/récepteur des champs informationnels existants dans l'univers. Pour mieux comprendre cela en détail, je vous conseille vivement de lire cet article :

http://www.unisson06.org/dossiers/science/sheldrake_champs-morphiques.htm

Après cette lecture, vous commencez peut être à saisir comment la réincarnation et la résurrection peuvent être comprises de manière très cohérente. La réincarnation c'est un même champ d'information (la conscience ou l'âme) qui va mettre en mouvement un nouveau corps, tout comme on change l'ampoule. Mais à ce niveau les spécificités sont infinies, plus subtiles et intelligentes, c'est-à-dire que ce champ de l'être va intégrer le bagage émotionnel et mental, les informations qui furent accumulées par le biais de l'expérience matérielle du corps physique. Comme si ce corps et donc le monde matériel étaient le laboratoire d'expérimentation d'une seule et unique conscience cosmique. Tout ceci rejoint harmonieusement toutes les spiritualités non dualistes, panthéistes et monistes de la planète. A mon sens, le monothéisme a été mal interprété, et les critiques imprécises venant du monde "païen" sont plus sujettes à un besoin de s'affirmer au détriment de l'autre qu'à une volonté de compréhension profonde. Les religions antiques étaient essentiellement monothéistes elles aussi, les divinités étaient comprises comme des dieux uniquement pour le peuple, donc comme nous l'avons vu plus haut, pour les voies exotériques. Mais les courants ésotériques, dans le sens d'intérieur, comprenaient et enseignaient très clairement qu'il n'y avait qu'une source ineffable, les divinités étaient, comme l'a démontré Carl Gustav Jung des archétypes, des symboles représentant un des aspects manifestés de cette source. Le monothéisme des voies exotériques, personnelles, et donc égotiques, ne pouvait pas comprendre les nuances, puisqu'il n'était pas le moment dans la croissance des peuples ; les initiés ont toujours été en nombre plus restreint. Il est logique que tant que l'on s'attache à sa personne, à son identité et donc à l'ego et bien le monde autour de nous sera compris en fonction de ce niveau de compréhension. Ainsi pour un ego, la source de toute chose a un ego, forcément, puisqu'elle est censée l'avoir créer à son image. Mais l'initié qui a dépassé, par la connaissance de soi la notion d'ego, perçoit ainsi la source comme non-personnelle, dénuée d'ego limité, puisque par essence Dieu est infini. Je déborde un peu sur le thème mais je pense qu'il est sage d'offrir cette compréhension libératrice à tous ; en ajoutant que Dieu, l'absolu, la source se préserve d'elle-même de toute possessivité égocentriste, de toute tentative d'appropriation et de personnification.

Comment ?

Apprenez à vous connaître et vous saurez … (sourire :-)

Ok, je vais pas la faire à la Ramana Maharshi, même si pourtant c'est la seule voie pour vivre la vérité, n'oublions que ce que j'écris ne sert strictement à rien pour vivre l'absolu si vous n'expérimentez pas par vous-même, le doigt qui indique la lune, n'est pas la lune, don't forget.

Je peux peut-être mieux vous indiquer la position de la lune, c'est déjà cool non ? Bien, Dieu est libre de toute éternité pour la simple et bonne raison qu'il est nous mais nous ne sommes pas lui. Oui, beaucoup disent, nous sommes tous dieux etc. Mais il n'y a rien de vrai ici, nous ne pouvons pas être Dieu, ce nous est limité dans le temps et il périra pour faire place à un autre nous. Dieu, en tant que TOUT, contient ses parties, mais les parties ne peuvent contenir le TOUT, elles sont les TOUT quand elles s'unissent. En ce sens les conflits entre les parties comme nous le reflète ce monde nous amène à comprendre comment l'humanité s'est séparée de l'unité spirituelle. Tous les humains réunis, sont aussi une partie du TOUT, l'humanité n'est pas une finalité, mais une expérience, n'oublions pas qu'il existe aussi les animaux, les plantes, les oiseaux et la supernova là bas. Cette force cosmique qui fait tourner les planètes et nous donne vie est Dieu, mais cette force agit de manière holistique et non spécifique. Une belle métaphore dans le Védanta parle de l'océan où l'on met des bouteilles avec de l'océan à l'intérieur : tant que ces bouteilles sont illusionnées par leur contenant, elles pensent chacune détenir tout l'océan, jusqu'au jour ou la bouteille explose contre le rocher de l'incertitude et vlan, l'océan retourne à l'océan. L'océan contient toutes les bouteilles, mais les bouteilles ne peuvent pas contenir tout l'océan. Ainsi, cette suprême compréhension rend vaines toutes les prétentions dogmatisantes du monde provenant d'une bouteille qui ne sait pas encore qu'elle est éphémère. Comprenant cela, la rancœur fait place à la compassion, car comme le dit Victor Malka, "on voit Dieu dans le regard de l'autre". Pour résumer, admettons que vous deviez aller d'un point A à un point B, en utilisant un véhicule. Celui-ci tombe en panne ; alors vous cherchez un autre véhicule pour continuer la route. La conscience cosmique, Dieu, fait de même, il souhaite faire vibrer son œuvre, apprendre à se connaître par nous, nos corps. Il joue à composer des événements, des catastrophes, des bonheurs, il compose les confrontations, les harmonies, comme un artiste ou un scientifique de génie, il expérimente, il est nous, nous faisons cela tous les jours …

Un brun d'humour pour terminer. Lorsqu'on posait la question à Nhamkaï Norbu (un maître du Dzogschen) :

« Qu'est-ce qui se réincarne ? »

Il répondait avec son sourire bon enfant :

« Vos mauvaises habitudes ! »

Bonne méditation …


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