*Une expérience universelle des religions - unisson06
spiritualité laique - Unisson06

Une expérience universelle des religions
"Rien ne se crée, rien ne se perd, tous se transforme."
[Lavoisier]

par Mikhael


Si j'inaugure cet article avec Lavoisier, ce n'est pas pour parler de chimie, mais pour faire entendre le sens profond de cette phrase, car celle-ci est tout à fait appropriée au sujet qui va être traité ici.

A une époque, sur le chemin, j'ai voulu vraiment essayer de comprendre la nature humaine, et principalement le phénomène religieux qui me fascinait tout particulièrement. Je suis issu d'une famille juive, donc j'avais un peu baigné là-dedans, pour m'en détacher un jour par un long travail de déconditionnement progressif. Pour cela, les voies d'orient m'offrir les méthodes cathartiques appropriées et une fois déconditionné, je me suis bien rendu compte que la méditation était un outil précieux pour la liberté. Je me suis fait la réflexion suivante : « De ta naissance à l'âge de retournement (déconditionnement de la religion), tu as vécu avec ces idées dans l'esprit, et ensuite même sans ces idées tu peux vivre, et même mieux. Etant un humain et démontrant cela, tous les humains fonctionnent donc ainsi ; si tu as pu sortir de tes idées et devenir un être libre et heureux, alors les autres peuvent aussi le faire et devenir ainsi des êtres libres et heureux. Et s'ils le font tous, alors le monde pourrait un jour devenir libre et heureux. »

De ce constat, m'est ensuite venue l'idée qu'il me fallait comprendre pourquoi les gens croient à des idées, comment ils les vivent, comment ils vibrent ; que pouvais-je proposer pour aider l'humanité à s'unifier autour d'une compréhension universelle ? Un proverbe des indiens d'Amérique dit : « Avant de juger une personne, marche pendant trois lunes dans ses mocassins ». Pour comprendre un musulman, un juif, un chrétien, un hindou, un bouddhiste il me fallait donc marcher dans leur vie profondément…

Pour cela, je me suis conditionné à penser comme eux ; pendant un mois pour chacun, j'ai absorbé de manière respective les archétypes culturels, concepts, idéations, sagesse, angoisse (etc.). Je m'étais souvenu que Ramakrishna au 19 ème siècle s'était relié aux diverses religions par la pratique méditative et avait eu des expériences mystiques dans chacune des principales . En sortant de ces expériences il énonça clairement :

"Vous réaliserez le Seigneur par toute pratique spirituelle accomplie le cœur sincère."

"Les religions ne sont pas Dieu, mais juste les chemins."

Il avait réussi cela car il avait pratiqué auparavant avec son maître Tota Pouri la méditation sur l'Absolu sans nom, sans forme, qui lui permit de faire table rase de toutes les conceptions du divin qu'il avait. Puisqu'il était remonté à la source de toute chose, à la conscience ultime non-manifestée qui permet la manifestation des formes diversifiées, il a pu vivre l'absolu dans toutes ses formes. Il était un méditant accompli, pratiquant la voie de la dévotion ; de nombreux sages de cette voie (bhakti yoga) ont une maîtrise émotionnelle telle qu'ils peuvent manifester n'importe quelle émotion à volonté, et avec une intensité étonnante. Cette émotion leur permet de les relier à l'absolue conscience universelle ; qu'il la désigne ensuite sous le nom d'Allah ou Yahvé, cela n'a pas d'importance, ce qui compte étant l'intention, l'énergie déployée pour s'unir avec l'absolu, le bien-aimé, comme disent les soufis.

J'avais donc décidé de vivre aussi cela, afin de comprendre plus précisément pourquoi tant d'humains n'arrivent pas à se mettre d'accord et comment ils peuvent accéder au vécu direct de la conscience pure pour arriver à mieux s'entendre.

Que je fasse la prière de Jésus, « le notre père », ou le « Shéma Israël », j'ai réalisé que l'intensité mystique ressentie est proportionnelle au degré d'imprégnation du concept, et que la différence émotionnelle est due à l'énergie que véhiculent les mots, les symboles.

Plus on croit à la réalité de la reliance avec le divin, plus l'intensité mystique est élevée et l'émotion est forte. Le cerveau peut se convaincre de tout, il ne fait pas la différence entre le réel et l'irréel, la preuve en est le rêve ; quand nous rêvons, nous pensons que cela est la réalité, car le cerveau ne fait qu'interpréter des images. En matière de méditation, et là dans la pratique des religions, c'est la même chose. Il faut que le pratiquant croit de manière certaine que ce qu'il fait le relie à l'absolu ; s'il doute, cela ne fonctionnera pas, il faut qu'il est la foi, une confiance totale en ce qu'il fait.

Tant que ceci est vécu comme un outil de méditation cela va, on l'utilise dans ce cas pour élever son niveau de conscience mais on ne s'y identifie pas. Mais le problème est que la majorité des croyants n'ont pas accès à cette compréhension que leur croyance est une idée, un symbole qui les relie à l'absolu. La pratique, comme le mot, ne sont pas l'absolu lui-même qui est au-delà des descriptions, il est sans nom, innommable. Voilà pourquoi symboliquement dans les religions, on interdit de se faire une image de Dieu ; non pas pour des raisons d'idolâtries ou autre (car les religions monothéistes ont aussi leur forme d'idolâtrie avec les livres, les lieux saints etc.) mais à la base, c'est pour faire comprendre que l'absolu ne peut être saisi par la pensée limitée, et donc par l'ego.

Quand je méditais sur la peinture du Christ avec le cœur ouvert, en visualisant ce cœur en moi, j'ai vécu des expériences de béatitudes, une joie transfigurée, a tel point que je me mettais à pleurer d'amour. Après cela, j'ai essayé de faire la même chose avec le symbole de l'œil du cœur que l'on retrouve dans le bouddhisme et le soufisme par exemple, et bien j'ai ressenti une conscience claire et aimante, une vision juste des êtres, un apaisement complet dans l'amour universel. Même chose pour la dévotion envers krishna ou avec la joie de danser avec Dieu dans les danses Hassid ou soufies. Je ne vais pas entrer dans tous les détails dans cet article, j'espère pouvoir le faire un jour dans un ouvrage spécialement consacré à cela. Mais l'essentiel est que ce ne sont pas les religions, les livres sacrés, les prières, les pratiques qui rendent l'humain divin, mais que ce sont ceux-ci qui révèlent le divin qui vit en l'humain. C'est le sens de LA « révélation », ce n'est pas réellement une religion qui est révélée, mais le divin qui se révèle en soi par la religion, par le chemin d'accès qui est symbolique et intérieur.

Les sensations, émotions, présences, extases ressenties varient en fonction de la symbolique et de la force d'imprégnation en soi du rituel, puis selon la sensibilité personnelle et les aptitudes méditatives de chacun. Un méditant accompli pourra avoir même des apparitions des saints qu'il vénère, comme cela s'est fait pour Ramakrishna avec Jésus. Mais il saura que c'est son esprit qui appelle ces manifestations, et qu'à la source de celles-ci il y a la même conscience UNE et IN-DI-VI-SIBLE.

Si nous pouvons vivre dans les chaussures de celui qui ne nous ressemble pas, ressentir ce pourquoi il vit, alors le cœur s'apaise et l'amour peut naître entre les êtres. Voila pourquoi je pense sincèrement que cette expérience peut amener à mieux comprendre la nature de la conscience humaine et l'importance relative des formes dont elle permet la manifestation pour se connaître elle-même. L'autre en face utilise un symbole, une couleur différente liée à sa culture, mais tous ces chemins qui démarrent par des endroits différents nous amènent à la même conscience, au même sommet. Je pense aussi qu'il est important de passer par une phase de méditation sur le sans forme, pour pouvoir ensuite vivre dans le non-attachement les formes qui se manifestent.

Tant que l'être n'est pas ancré dans son centre conscient d'observation, dans cette conscience d'arrière-plan qui englobe le tout, il ne peut comprendre que sa religion, son rituel n'est pas une finalité, mais juste un moyen. Tant qu'il est collé au monde manifesté, il croira que si l'autre fait les choses différemment et est heureux, lui est dans l'erreur ou l'hérésie. L'hérésie n'existe que pour l'ego qui a peur de remettre en question ses prétentions à la toute puissance. La conscience ne connaissant pas l'ego et ses travers, elle ne connaît pas non plus de religions ou de dieux, puisqu'elle est sans forme, sans nom, elle n'est rien et tout à la fois, divin paradoxe.

On se demande d'où vient parfois la sagesse de ceux qui ne sont pas liés à une religion, le mental/ego aime à trouver toujours une bonne excuse pour ne pas se remettre en question… Est-ce que la sagesse que j'expose est la grâce de Moïse, Jésus Christ, de Mohamed, de Krishna ou Bouddha ? J'ai pratiqué toutes ces religions, philosophies et spiritualités, pourtant cette sagesse les précède, les inclus et les dépassent toutes autant qu'elles sont. Et n'allons pas non plus dire que cette sagesse spirituelle laïque est un nouveau message pour l'humanité envoyé par un Dieu on ne sait où. Cette sagesse est la conscience universelle qui s'exprime par un véhicule de chair, tout comme les anciens prophètes disaient être des instruments de leur dieu ou être mandatés par lui. S'ils avaient vécu aujourd'hui, je leur aurait exprimé que leur perception est le résultat d'un travail intérieur d'écoute de la conscience une qui vibre en eux, cela aurait éviter peut-être des coups d'épées et des flots de sang. Je citais Lavoisier au début, nous pouvons comprendre que nos émotions, nos pensées sont de l'énergie qui peut se transformer en créativité. Nous pouvons, par l'esprit, transcender la négativité, transcender les barrières de l'ego et vivre pleinement. Ce que l'un crée à une époque, l'autre le recrée à une autre, les religions et pratiquent s'inspirent mutuellement, se transforment, se transcodifient au grès des siècles, mais le fond reste inchangé, intouché par les déformations, les falsifications de l'ego qui veut être le seul à tout avoir.

Au final, tout est possible, nous sommes les créateurs de notre propre réalité, nous nous créons nous-même par nos pensées, nos émotions, nos idées et nous créons ensuite le monde sur ce modèle. Mais que comprenons-nous de cette conscience qui observe le cinéma de nos vies ?

Nous n'y comprenons rien tant que nous ne remontons pas à la source du « je suis » ; une fois remonté à la source, nous savons directement qui nous sommes et nos actes se posent en pleine conscience. Puisque nous sommes cette totalité consciente, nos paroles, nos actes prennent en considération tous les êtres, tout ce qui est, nous sommes nous tous …


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