*L'évangile de Thomas dévoilé - Vingt-deuxième partie - unisson06
spiritualité laique - Unisson06

L'évangile de Thomas dévoilé
[Vingt-deuxième partie]

par Pierre Mestdagh


 

98

a dit jésus

le royaume du père est comparable à un homme

qui voulait tuer un grand personnage

dans sa maison il dégaina une épée et transperça le mur

afin de tester la solidité de sa main

alors il tua le grand personnage

Ce serait faire preuve de naïveté que de voir dans cette parole une incitation à la violence. L'image n'est qu'un moyen pour aborder une réalité. Elle doit donc être reconnaissable par ceux auxquels elle s'adresse. Ni la réalité de conflits humains, ni l'usage de la violence ne sont étrangers aux disciples.

Qui autre que notre moi dominateur pourrait-on reconnaître dans l'image du personnage important, à qui il est nécessaire de lui régler son compte…? Un moi, imbu des règles du lion, enivré par des valeurs trompeuses, un moi qui, demeurant dans l'illusion de son propre pouvoir, s'est élevé soi-même sur un trône. De ce moi là il est impératif de se débarrasser. De son ivresse le vin doit être rejeté… de la poutre dans son œil il doit être libéré… L'unique combat véritable que nous devons mener est celui avec nous-mêmes. (voir le logion 16)

 

99

les disciples lui dirent

tes frères et ta mère se tiennent à l'extérieur

il leur dit

ceux qui en ces lieux font la volonté de mon père

ceux-là sont mes frères et ma mère

ce sont eux qui entreront dans le royaume de mon père

Mt 12. 45-50 - Mc 3. 31-35 - Lc 8. 19-21

Tous et toutes nous avons une mère biologique et peut-être aussi des frères et des sœurs. Mais nous avons également une Mère ou un Père spirituel. De ce Père là Jésus n'est pas le fils unique … !

Un lien spirituel dépasse les limites d'une expérience physique ou mentale. C'est la raison pour laquelle il ne peut être appréhendé que par le biais de l'image. L'expression la volonté de mon Père appartient elle aussi à l'image… Car la volonté est une qualité humaine. Elle représente une énergie qui engage à l'action et dont le contenu est défini par des désirs personnels. Parce que nous commettons l'erreur de projeter une qualité humaine et donc relative sur une réalité absolue, nous sommes perplexes devant tant d'atrocités que la volonté de Dieu puisse permettre… La sincérité nous oblige à reconnaître que l'image de Dieu, qui nous a été imposée dans notre culture, est impuissante face au «vouloir» de l'homme… Car, par le Père, fut délégué à l'homme l'accomplissement de Sa volonté : la réalisation de Sa loi d'harmonie ! Dans son intégration dans l'autorité du Père c'est l'homme qui prend les décisions, pas le Père… En cela réside le sens de notre liberté et donc de notre responsabilité !

« Inch Allah »… « que Votre volonté soit faite »… ce sont là de pieuses déférences envers un pouvoir imaginaire… ! La responsabilité de ce qui se passe sur terre ne revient pas à une insondable volonté divine, ni à quelque pouvoir d'un satan, ni à une fatalité… ! Par la liberté, qui lui fut déléguée, l'Adam porte lui-même l'entière responsabilité de ses actes. Dans cette réalité régit la loi qui fustige tout, le bien comme le mal.

Le monachos, qui demeure dans l'unité avec le Père, se laisse guider par Sa loi et accomplit ainsi «Sa volonté». Dans cette réalité nous sommes tous et toutes frères et sœurs les uns des autres, car unis dans la même paternité.

 

100

ils montraient à jésus une pièce d'or en disant

les agents de césar exigent de nous des tributs

il leur dit

donnez à césar ce qui est à césar

donnez à dieu ce qui est à dieu

et ce qui est mien donnez-le moi

Mt 22. 15-22 - Mc 12. 13-17 - Lc 20. 20-26

Exceptionnellement dans cet évangile Jésus ne parle pas du Père mais de Dieu. Ceux, qui lui adressent la parole, vénèrent un Dieu. Jaweh est son nom. Il s'agit donc de Jaweh et non du Père… En plus, par rapport à ce Dieu, Jésus prend délibérément ses distances, car : et ce qui est mien donnez-le moi … Pas étonnant que cette phrase se soit égarée dans les évangiles canoniques…

Jésus nous présente ici trois exemples d'autorité. Il y a César, qui symbolise l'autorité politique et militaire. Une autorité avide de pouvoir ! Les juifs vivaient alors sous une occupation romaine. De cette situation déplaisante et inacceptable pour un homme libre ils doivent donc assumer les conséquences. Par leur question à Jésus ils veulent de toute évidence mettre à l'épreuve son engagement politique. Mais sa tâche est élevée au-dessus de la réalité politique. Son engagement libérateur surpasse le monde phénoménal. Il n'est pas un combattant contre le mal ou l'injustice. Il ne lui incombe donc pas de créer quelque agitation contre l'occupant. La loi du plus fort appartient au lion. Ceux qui s'engagent dans un combat avec le lion ont à en subir les conséquences. La situation étant ce qu'elle est, il convient donc de donner à César ce qui lui revient, selon la loi du plus fort.

La deuxième autorité est Dieu, le Dieu des juifs, le produit de leur imagination. De ce Dieu tout puissant, dont ils s'imaginent être complètement séparés , l'autorité est bien plus contraignante encore que celle de César. Car leur croyance leur impose une implication permanente dans la volonté et les commandements de leur Dieu. Les juifs doivent donc s'astreindre à de nombreux devoirs : faire l'offrande, prier, donner l'aumône, jeûner, respecter le sabbat, se laisser circoncire, des rituels pour lesquels Jésus dans cet évangile témoigne de peu de mansuétude... Mais l'accès au royaume de leur Dieu se mérite… Pour leur conception religieuse Jésus fait preuve d'indulgence, car : donnez à Dieu ce qui est à Dieu … si cela est votre conviction.

Jésus lui-même est la troisième autorité. Une autorité qui n'ambitionne ni contrainte, ni pouvoir, mais qui est servante . Une autorité qui ne témoigne pas de soi-même mais d'une source intérieure à laquelle il est uni. Pour préciser ce lien intérieur et donc spirituel Jésus nous propose l'image du lien intime unissant le fils à son père. Il invite les hommes à modifier leur état d'esprit, à s'engager dans une voie de recherche intérieure, à découvrir leur unité avec l'Être absolu et, comme d'un père, d'en recevoir l'inspiration. Son souci n'est pas de s'octroyer un pouvoir, ni de rétablir un pouvoir divin sur terre . Car l'autorité du Père est établie ! Elle est au service de chaque être qui s'ouvre à Son Esprit. Ce qui revient à Jésus est notre attention, notre écoute. Son enseignement est une invitation personnelle : changez votre mentalité, prenez conscience de qui vous êtes vraiment, de votre responsabilité dans l'autorité du Père, et servez comme moi-même je sers.

Le Dieu de l'ancien et le Père du nouveau n'ont en effet rien de commun… Le vêtement neuf, dont témoigne Jésus, n'a pas besoin de retouche à l'aide d'un vieux tissu, le vin nouveau n'a que faire de vielles outres…

 

101 voir le logion 55

102 voir le logion 37

103

a dit jésus

heureux est l'homme qui connaît l'endroit par où entrent les pillards

en sorte qu'il se dressera et rassemblera ses forces

et ceinturera ses reins avant qu'ils ne rentrent

Ce logion est à associer à la seconde partie du logion 21, au logion 98 aussi. Les pillards, les acolytes du lion, qui tout compte fait pourraient bien représenter nos propres désirs égocentriques, constituent toujours un réel danger. La connaissance de nos faiblesses, des endroits où notre moi est vulnérable, est importante car elle peut nous protéger contre nous-mêmes et préserver ainsi une relation harmonieuse avec autrui. Lutter contre n'est jamais le bon choix… Se fortifier soi-même, afin de résister à des tentations malveillantes, est par contre une attitude recommandable. Car, finalement, nous sommes nous-mêmes responsables de ce que nous pouvons acquérir, mais ce qui peut aussi nous être repris.

 

104

ils lui dirent

viens prions aujourd'hui et jeûnons

a dit jésus

quelle est donc la faute que j'ai commise

ou en quoi ai-je failli

mais quand le marié aura quitté la chambre nuptiale

alors qu'on jeûne et qu'on prie

Mt 9. 14-15 - Mc 2. 18-20 - Lc 5. 33-35

Après l'image de l'enfant de sept jours et celle de la graine, l'image aussi de la levure et du joug, l'image surtout de l'union du fils et de son père, voici la dernière métaphore par laquelle l'idée centrale de cet évangile - l'unité - est visualisée.

La spécificité de la chambre nuptiale ne dure qu'une nuit… la nuit où se réalise entre l'homme et la femme l'unité qui engendre la vie nouvelle . C'est également le lieu où demeure l'enfant de sept jours, où la graine retrouve la bonne terre, où est la source elle-même… L'ovule fécondé, le fruit de l'unité du masculin et du féminin, de l'époux et de l'épouse, est le germe de la vie nouvelle, qui s'est défait de l'ancien. L'ancien est séparation , isolement, mort … Combien est vaine l'ovule qui ne fut pas fécondé… vaine la semence qui ne féconda point…

Le nouveau ne peut être jugé par des valeurs de l'ancien ! La vérité nouvelle est absence de vérités, la voie nouvelle absence de voie, que cheminement… Dans le nouveau point de voile pour cacher notre nudité… point de mérites personnels pour nous enorgueillir… Mais la vie nouvelle ne peut révéler sa richesse que si elle est fondée non dans la séparation mais dans l'unité en sa source, qui est Être absolu. Celle ou celui dont la conscience est établie dans cette unité n'a que faire du jeun, de la prière ou de la méditation… Seulement, quand l'unité est rompue, quand le marié a quitté la chambre nuptiale et que séparation est devenue réalité, alors peut être fait appel au jeun et à la prière, afin de rétablir le un là où est venu le deux , la séparation…

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