*L'évangile de Thomas dévoilé - Quinzième partie - unisson06
spiritualité laique - Unisson06

L'évangile de Thomas dévoilé
[Quinzième partie]

par Pierre Mestdagh


 

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a dit jésus

je dis mes mystères à ceux qui sont dignes de mes mystères

ce que ta droite fera

que ta gauche ne sache pas ce qu'elle fait

Mt 5. 3-4 Notez également la prétentieuse manipulation chez Mt 13. 10-13, Mc 4. 10-12 et Lc 8. 9-10

Une parole mystérieuse en effet, qui laissa des traces dans les évangiles canoniques. Toute action conçue dans l'harmonie de l'unité est une action juste. Elle est à la fois servante, libératrice et dépourvue de toute expectation quant aux fruits qu'elle pourrait nous apporter. Qui donne avec sa droite tout en désirant recevoir avec sa gauche n'agit pas selon Sa loi…

« Sois concerné par l'action elle-même, non par ses fruits » nous dit Krishna dans la Bhagavad Gita. « Tant que nos propres désirs déterminent le choix de nos actions, nous demeurons dans un cycle qui ne produit que souffrance » ainsi parle le Bouddha. Au chapitre 4 de l'évangile de Jean Jésus nous dit : semeur et moissonneur sont un.. .

Les conséquences de l'action sont inhérentes à l'action elle-même : ce que nous semons nous le moissonnons… Semeur et moissonneur sont en effet un . Il n'y a pas de comptes a rendre, ni de droite à gauche, ni à un Juge Suprême ! Cause et effet sont unis dans l'action elle-même. En cela réside l'essence même de la loi de karma .

La tâche du semeur est de semer… La conséquence de son geste ne le concerne plus. La tâche du serviteur est de servir. Ni ce qu'il donne, ni les conséquences de son service ne lui appartiennent. Même la bonté, que nous pouvons exprimer et que fièrement nous nous accordons à nous-mêmes, ne nous appartient pas ! Nous ne pouvons être que reconnaissants de recevoir la faculté d'exprimer la bonté… Celui ou celle, qui s'octroie quelque mérite que ce soit, s'attache, se rend dépendant. Dépendance est manque de liberté… Dans Sa loi point il y a de place pour une dépendance , seulement pour une harmonie librement consentie !

 

63

a dit jésus

il était un homme riche qui possédait une grande fortune

il dit j'utiliserai ma fortune pour semer récolter planter

afin que je remplisse mes greniers de fruits

en sorte que je ne sois privé de rien

et cette nuit là il mourut

celui qui a des oreilles qu'il entende

Lc 12. 16-20

Si besoin en était, veuillez consulter le logion 42 ou 54

 

64

a dit jésus

un homme avait des invités

et lorsqu'il eut préparé le repas il envoya son serviteur

afin qu'il convie les invités

il alla au premier et lui dit mon maître te convie

il dit j'ai de l'argent pour des marchands

ils viennent ce soir et je leur donnerai des ordres

je m'excuse pour le repas

il alla vers un autre et lui dit mon maître te convie

il dit j'ai acheté une maison et il me faut un jour

je ne serai pas disponible

il vint chez un autre et lui dit mon maître te convie

il lui dit mon ami va se marier et je ferai le repas

je ne pourrai pas venir excuse moi pour le repas

il alla vers un autre et lui dit mon maître te convie

il lui dit j'ai acheté une ferme et irai recevoir le revenu

je ne pourrai pas venir je m'excuse

le serviteur vint et dit à son maître

ceux que tu as conviés au repas se sont excusés

le maître dit à son serviteur

va au bord des chemins

ceux que tu rencontreras amène les pour prendre le repas

les acheteurs et les marchands ne rentreront pas

dans les lieux de mon père

Mt 22. 1-10 - Lc 14. 15-24

Que représente le repas auquel ces personnes sont invitées, mais qu'elles n'apprécient pas à sa juste valeur ? Est-ce une récompense céleste qui nous attend au terme de nos épreuves terrestres ? La dernière ligne du logion précise en effet qu'il s'agit bien du Père qui invite. Et qui sont les conviés, acheteurs et marchands , qui se sont excusés ? Ne s'agit-il pas de nous, qui aimons tant notre profit…? Et ceux qui, finalement, sont conviés à la fête parce qu'ils ont déjà entamé leur cheminement …? Ce festin pourrait-il faire partie de la réalité de cette vie terrestre…?

La réalité biblique du paradis terrestre est considérée comme une fabulation… Que cette vie puisse être vécue comme un festin nous semble tout aussi fantaisiste ! Notre expérience quotidienne s'oppose foncièrement à une telle vision. Pourtant ce n'est pas la première fois que cet évangile nous confronte à une réalité peu crédible. Dans l'ivresse qui est la nôtre, la pauvreté des ténèbres dans lesquelles toujours nous demeurons, dans un savoir prétentieux concernant Dieu et ses commandements, les lieux aussi où Il demeure, bref, dans l'orgueil qui nous pousse à nous considérer nous-mêmes comme les détenteurs d'une connaissance véritable, voir infaillible, il nous est quasiment impossible d'imaginer une réalité différente, qui serait la conséquence d'une vie vécue selon Sa loi d'harmonie… À l'invitation de cette loi, à laquelle répondent pourtant spontanément toutes les plantes, tous les animaux, toutes les cellules de notre propre corps aussi, à cette invitation notre moi reste sourd…

Ce que vous guettez cela est venu, mais vous ne le reconnaissez pas était dit au logion 51. Comme le nirvana pour le Bouddha, la participation dans la royauté du Père fait, selon Jésus, partie de la réalité de cette vie. Chez Luc (17. 21) aussi nous lisons : car le royaume de Dieu est au-dedans de vous … Une vie vécue dans l'unité avec l'Être absolu, qui est à la fois source et loi, qui est symbolisé par Jésus dans l'image d'un père, cela serait donc le repas auquel tous et toutes nous sommes conviés ici et maintenant.

Si la réalité d'un festin, comme celle du paradis terrestre, eût à l'origine fait partie du scénario de la création, qu'elle pourrait bien être la cause de la tournure désastreuse qu'ont prise les évènements ? Ce scénario pourrait-il encore être corrigé ? La réponse à cette question nous confronte à la responsabilité de chaque être humain sur cette terre. Car à lui seul est déléguée une liberté d'action. Le prix de cette liberté s'appelle toutefois responsabilité , tant individuelle que collective. Au logion 58 nous avons tenté d'évaluer la loi de karma  : dans l'action même réside sa conséquence. Toute action juste tente à rétablir l'harmonie, toute action fautive perturbe l'harmonie. Une action, émanant d'une conscience qui méconnaît les valeurs véritables, aura toujours des conséquences néfastes !

Depuis que l'homme, l'Adam, est apparu sur terre il a méconnu l'autorité du Père, a renié Sa loi d'harmonie. Toujours nous sommes l'Adam, car toujours ce sont nos désirs égocentriques qui déterminent le choix de nos actions. Ce qui est sacro-saint dans notre vie est moi, mon et ma… Voici ma famille , ma maison, mon travail, mon droit, mon peuple, ma culture, ma foi… Il y a urgence à dé- mon -ter un certain orgueil, à dé- -ter un bateau ivre… Non pas que nous ayons à répudier nos valeurs, mais une bonne dose de relativisation pourrait bien convenir…

Un arbre est constitué de milliards de cellules, qui toutes sont à l'écoute de Sa loi. Imaginez un instant que ces cellules se comporteraient comme des êtres humains… Il n'y aurait plus d'arbre mais un amas de poussière, car toute cohérence harmonieuse aurait disparu ! Ce qui détermine notre comportement n'est pas une responsabilité collective, mais un intérêt personnel. Cet état d'esprit est, depuis la chute d'Adam, à l'origine d'une spirale de négativité dont les conséquences sont devenues maintenant incommensurables. Car impitoyablement la loi fustige toute perturbation. Comme Jésus au logion 28, nous ne pouvons que faire un constat désolant et reconnaître notre propre responsabilité.

Ce qui sur cette petite planète nous unis tous et toutes est tellement plus important que ce qui nous sépare . Porter notre attention vers ces valeurs, qui nous unissent dans une même source de vie et sa loi, nécessite toutefois un abandon de préoccupations égocentriques, qui nous rendent sourds à l'invitation la plus essentielle. Celle ou celui qui a pris conscience de cette réalité et s'est engagé dans la voie d'un juste cheminement , est convié à la fête chez le Père.

Quelque soit l'image de cette réalité terrestre, qui puisse être la nôtre, jamais elle ne pourrait constituer une excuse pour méconnaître notre responsabilité ici et maintenant. Car tous ensembles nous déterminons aujourd'hui une qualité de vie pour tous ceux qui viennent après nous sur cette planète.

 

65

il a dit

un homme fortuné avait un vignoble

il le donna à des cultivateurs pour qu'ils le travaillent

afin d'en recevoir le fruit de leurs mains

il envoya son serviteur pour que les cultivateurs lui donnent

le fruit du vignoble

ils s'emparèrent du serviteur et le frappèrent

un peu plus ils l'eussent tué

le serviteur alla et le dit à son maître

son maître se dit peut-être ne les a-t-il pas reconnus (*)

il envoya un autre serviteur

les cultivateurs le frappèrent lui aussi

alors le maître envoya son fils se disant

peut-être respecteront-ils mon fils

puisque les cultivateurs le reconnaissaient comme l'héritier du vignoble

ils le saisirent et le tuèrent

celui qui a des oreilles qu'il entende

Mt 21. 33-41 - Mc 12. 1-9 - Lc 20. 9-16

(*) Cette ligne fut traduite littéralement. Une erreur de transcription est probable. Plus logique serait en effet : peut-être ne l'ont-ils pas reconnu .

Cette vie biologique nous la recevons non pas comme un présent mais comme un prêt. Un présent nous appartient, un prêt doit être rendu ! Si nous voulons jouir pleinement du prêt qui nous est confié, il nous incombe de respecter des règles élémentaires. Avant toute chose nous devons être et rester conscients que toutes les facultés, qui nous sont déléguées et que nous considérons comme nôtres, ne nous appartiennent pas. De ce prêt les fruits non plus ne nous reviennent pas… En réclamer la possession est péché d'orgueil : s'accorder à soi ce qui ne lui appartient pas… Ceci concerne non seulement les fruits que nous récoltons mais également les droits, le savoir, le pouvoir et même la bonté dont nous nous sommes parés.

Quand les conditions de vie nous sont favorables et nous permettent une certaine aisance matérielle, nous avons le privilège de découvrir et de jouir de bien de choses agréables, comme d'un bon vin… Ceci n'a rien de réprimandable, à condition toutefois de rester conscient de la source donatrice et de sa loi d'harmonie. Car une jouissance ne peut se faire ni au détriment d'autrui, ni au détriment de la nature. Le but du prêt, qui nous est confié, est qu'il soit utilisé à bon escient. En tant que bons serviteurs il nous incombe de cultiver le vignoble et d'en récolter les fruits.

La tâche du serviteur est de servir et donc de remettre au seigneur du vignoble les fruits qu'il a récoltés. Ceci est le sens véritable de l'offrande : l'homme élève le fruit de son service vers le Père donateur. Par cette reconnaissance il s'élève lui-même à sa véritable nature : celle de fils ou fille du père le vivant . Alors seulement il jouira pleinement du vin qu'il aura produit dans l'unité avec le seigneur du vignoble. Car point de festin sans vin !

Entendue dans une perspective chrétienne cette parole est apparemment prophétique… Qui autre que le Christ crucifié pourrait-il bien être symbolisé par le fils unique assassiné…?! Cette image ne peut pourtant nous détourner de l'essence même du message de Jésus, qui est que tous et toutes nous sommes enfants du Père. Le sens de l'unique héritier appartient à l'image , qui tente de nous démontrer que l'homme est prêt à tout pour s'accorder à lui-même richesse et pouvoir, qui ne lui reviennent pas ! L'image du propriétaire du vignoble symbolise une réalité absolue. Ce qui dans l'image a un sens, ne l'a pas forcément dans la réalité symbolisée ! Dans l'absolu il ne pourrait être question d'héritage …

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