*L'évangile de Thomas dévoilé - Onzième partie - unisson06
spiritualité laique - Unisson06

L'évangile de Thomas dévoilé
[Onzième partie]

par Pierre Mestdagh


 

39

a dit jésus

les pharisiens et les scribes ont pris les clefs de la gnose

et ils les ont cachées

ni ils sont entrés eux-mêmes

ni ils ont laissé entrer ceux qui le voulaient

vous par contre soyez prudents comme les serpents

et purs comme les colombes

 

102

a dit jésus

malheur à eux les pharisiens

parce qu'ils ressemblent à un chien qui dort dans la mangeoire des bœufs

car ni il ne mange ni ne laisse les bœufs manger

Mt 10. 16 et 23. 13 - Lc 11. 52-54

Les vérités religieuses, que d'autres nous proposent, n'ont qu'une valeur relative… La critique de Jésus concerne ces gens là, qui s'imaginent être investies d'une connaissance de l'Inconnaissable et empêchent ainsi d'autres à s'engager dans la voie d'une recherche véritable : celle de la gnose. Le procès qu'il intente ici concerne la distinction entre une croyance , comme un ensemble de vérités conçues par l'homme concernant Dieu, d'une part, et la gnose ou la conscience religieuse, en tant que l'expérience propre à la conscience individuelle du lien qui nous unit à l'Être absolu, d'autre part.

Par delà le monde et suivant la diversité des cultures, les croyances les plus diverses se sont développées. La fascination pour un pouvoir absolu, qui transcende les limites terrestres, est universelle. Depuis que l'homme existe il s'est octroyé une connaissance d'une réalité absolue et l'a transmise à d'autres. Tant le judaïsme que le christianisme et l'islam ont leur source au Moyen Orient et leurs racines dans la bible hébraïque. Leur ancêtre commun est Abraham. Tous ils partagent une croyance en un Dieu unique, mais ils ont chacun leur vérité concernant la relation séparant l'homme de Dieu. Pour ces vérités tous invoquent une révélation divine que certains auraient reçue. Seulement voilà, cette révélation n'a pas été perçue de manière égale… Chacun d'eux reste pourtant convaincu de sa propre prédilection divine. Des confrontations fratricides, au nom de Dieu, Allah ou Jaweh, ont laissé et laissent toujours de sanglants sillons dans notre histoire. L'orgueil humain nécessite-t-il des preuves plus évidentes…?

Il y a connaissance et ignorance, réalité et fiction… Jamais un homme ne pourra en empêcher un autre de dissimuler son ignorance par une fabulation. Tout savoir humain porte la marque de ses restrictions. Reconnaître cela en nous-mêmes est un premier pas sur la voie de la connaissance de soi. Dans ce que nous croyons savoir, ce que nous reconnaissons comme une vérité, nous sommes initialement totalement dépendants d'autres. Si nous voulons atteindre une maturité adulte religieuse, nous devons mettre un terme à cette dépendance ! La voie de la gnose est une voie libératrice. Jamais ce cheminement là ne pourrait entraver la liberté d'autrui, ni être la cause de confrontations.

Quiconque impose à autrui sa propre vision religieuse comme une vérité absolue, commet une faute d'orgueil et porte en cela une grande responsabilité ! À toute connaissance il convient de servir, d'être libératrice , non d'asservir. Jamais, par sa gnose, Jésus usa-t-il de pouvoir…

La recommandation de Jésus à la fin du logion 39 concerne d'une part les autres et d'autre part nous-mêmes : soyez prudents comme les serpents et purs comme les colombes. La prudence nous rappelle la vigilance du pêcheur avisé au logion 8. Une pureté intérieure, semblable à celle de l'enfant de sept jours, est la condition pour ne plus tomber dans le piège, dont nous avons été les victimes.

 

40

a dit jésus

un cep de vigne fut planté en dehors du père

et n'étant pas fort il sera extirpé par sa racine

et il périra

Mt 15. 13 - Jn 15. 5-6

Tout investissement en ce bas monde ne peut être que temporel et donc éphémère. Notre savoir y sera toujours relatif et donc limité. Le monde phénoménal, dont nous pouvons acquérir une connaissance, est lui aussi tributaire de «la loi des changements». Chaque expérience humaine est dépendante de l'état de la conscience individuelle et celle-ci aussi est continuellement en évolution. De cette évolution nous sommes nous-mêmes responsables…

Détacher l'attention de notre esprit du monde phénoménal pour la diriger vers l'intérieure, vers le repos du vide à l'intérieur de nous-mêmes, engendre une évolution purificatrice dans les structures physiologiques de notre conscience. (voir le logion 53) Toute connaissance, qui émane d'une conscience pure, est inspirée par l'Esprit. Elle a une valeur absolue, car : sa racine dans le Père . «  Les hommes manquent de racines… ça les gène beaucoup. » (Le petit Prince XVIII)

41

a dit jésus

celui qui a dans sa main à lui sera donné

celui qui n'a pas

le peu qu'il a lui sera pris de sa paume

Mt 13. 12 et 25. 29 - Lc 8. 18 et 19. 26 - Mc 4. 25

Ce que nous avons dans notre main n'a de valeur que s'il s'agit du fruit de ce qui fut planté à l'intérieur du Père. (voir le logion précédent) Tout engagement dans une voie de recherche intérieure sera reconnu, car il aura des conséquences positives pour nous-mêmes comme pour d'autres. Ceci aussi est un aspect non négligeable de la loi de karma , reconnu par Krishna dans la Bhagavad Gita. Ce qui, par contre, nous est acquit selon des lois inférieures, nous sera irrémédiablement repris. Ceci est une suite logique du logion précédent et trouve sa conclusion naturelle au logion 42.

42

a dit jésus

vous soyez passant

Voici le logion le plus court de cet évangile. Être passant ni signifie nullement être indifférent ! Cette vie est un passage que nous avons à accomplir dans un engagement harmonieux avec la nature et les hommes. Par rapport aux biens de ce monde nous nous devons toutefois d'être passant .

Dans cette vie il nous est donné de jouir et de bénéficier de bien de richesses que nous offre la nature, de découvrir et d'apprécier d'autres personnes et d'autres cultures, d'accéder à une connaissance dans bien de domaines. Mais avant toute chose il nous est donné de vivre et donc d'agir en harmonie avec la nature et tous les êtres vivants. Agir en harmonie implique une action sans dépendance aucune de ses fruits , dénuée de toute attente d'un bénéfice personnel quelconque. Être détaché et rester libre, voilà l'état naturel de l'homme, l'état du monachos

Au début du siècle fut découvert cette inscription sur le porche d'une porte de l'ancienne ville de Fateh pur Sikri, au sud de Delhi, construite par le Mogol Akbar le Juste :

Jésus - la paix soit sur lui - a dit

le monde est un pont

passe dessus

mais n'y établis pas ta demeure

Cette parole de Jésus était déjà connue dans le monde arabe au XI° siècle.

43

ont dit à lui ses disciples

tu es qui pour nous dire ces choses

par ce que je vous dis ne savez-vous pas qui je suis

mais vous êtes comme les juifs

car ils aiment l'arbre et détestent son fruit

et ils aiment le fruit et détestent l'arbre

Jn 8. 25 : Ils lui dirent : qui es-tu ? Jésus leur dit : d'abord ce que je vous dis. (Cette traduction est celle de l'École biblique de Jérusalem)

La question « qui es-tu ?» était pour les disciples - comme elle est toujours pour nous - une question intrigante… Qui est cet homme qui, comme en témoignent d'autres sources, guérit des malades, réalise des choses invraisemblables et surtout parle un langage imagé qui les perturbe ? Sa réponse est précise : ce que je vous dis … Plus important que ses actes est le contenu de sa parole. Avant toute chose sa tâche consiste à enseigner une connaissance qui témoigne du lien intérieur et spirituel qui est le sien. Son désir est d'instruire ses proches quant à la voie qui mène à cette expérience. Mais l'image de Dieu, qui leur a été imposée par la croyance juive, ne correspond pas à celle du père que Jésus leur présente pour visualiser son lien spirituel intérieur et le rendre accessible à leur conscience. C'est la raison pour laquelle il fustige ici l'erreur des juifs. Mais que signifie l'arbre qu'ils aiment et dont ils détestent le fruit, et quels sont les fruits qu'ils apprécient, mais dont ils détestent l'arbre…?

La croyance juive concerne un Dieu unique, mais les fruits de leur croyance ont un goût amer… Jaweh est en effet un Dieu tout-puissant et angoissant, car un jour Il sera le Grand Juge de chacun d'eux. Pour obtenir son indulgence il est donc nécessaire d'observer scrupuleusement Sa loi, de sacrifier consciencieusement à de nombreux rites… La relation qu'ils vivent avec leur Dieu est contraignante, pas agréable à vivre. Les fruits de leur croyance ont en effet un goût amer…

Les fruits qu'ils apprécient sont ceux qui sont appréciés par tous les hommes : une vie en harmonie avec soi-même et les autres. Ce fruit là appartient à l'arbre que Jésus appelle Père, mais que les juifs ne reconnaissent pas. Parmi les fruits de cet arbre point de lois ou de rites contraignants. L'homme qui a reconnu en lui-même son alliance avec le Père, reçoit spontanément Ses fruits - Son inspiration - comme un don. Pas à pas Il lui révèle la vie en une plénitude toujours croissante. C'est Lui l'arbre, que les juifs renient, mais dont ils aiment le fruit

Ceci précise une fois de plus que la reconnaissance d'une concordance entre la croyance juive et l'enseignement de Jésus ne pourrait être que la conséquence d'un malentendu de sa parole ou, comme ce fut le cas chez Paul, d'une méconnaissance de celle-ci.

44 voir le logion 29

45

a dit jésus

des raisins ne sont pas récoltés sur des buissons épineux

ni sont cueillies des figues sur des chardons

car ils ne donnent pas de fruits

un homme bon produit le bien de son trésor

un homme mauvais produit des choses mauvaises

du trésor pervers qui est dans son cœur

et il dit des choses mauvaises

en effet de l'abondance du cœur il exprime le mal

Mt 7.15-20 et 12.33-37 - Lc 6. 43-45

Notre conscience, là où prennent naissance nos pensées et nos sentiments, détermine également le choix de nos actions. La cause de nos erreurs, de nos visions erronées, d'un mauvais état d'esprit, n'a pas son origine dans une influence ou le pouvoir d'un satan ou de quelqu'autre source du mal, mais en nous-mêmes, dans les perturbations dont est victime notre conscience. Toute action émanant de l'obscurité, d'un état disharmonieux, ne peut que produire des perturbations. La lumière ne jaillit pas des ténèbres, mais d'une source de lumière… L'obscurité-elle n'a pas de source. Elle n'est qu'absence, manque de lumière. C'est la raison pour laquelle les ténèbres n'ont pas de pouvoir sur la lumière et qu'il est donc insensé de lutter contre le manque , l'absence d'harmonie . Celle ou celui qui illumine dissipe spontanément les ténèbres…!

La représentation du monde comme le théâtre d'une lutte entre les forces du bien et du mal est une vision dualiste certes attrayante et inspirante pour l'imaginaire, mais qui fait partie du monde de l'imaginaire… L'imputation de l'origine du mal à un satan équivaut à la dénégation de notre propre responsabilité. Cette responsabilité est la conséquence naturelle de notre participation, consciente ou inconsciente, dans la royauté du Père.

La source de notre conscience est également la source d'où jaillit la lumière intérieure. Celui ou celle qui renie cette source intérieure et préfère se confondre dans les ténèbres extérieures, est soi-même responsable des troubles qui perturbent son cœur… Les fruits de ses actes sont en conséquence…

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