*Jiddhu Krishnamurti - unisson06
spiritualite laique - Unisson06

Jiddhu Krishnamurti
par Jean Louis


A - LES ANNEES DE JEUNESSE

Jiddu Krishnamurti, (1895-1986) est né en Inde à Madanapalle (Entre Madras et Bangalore), dans une famille de brahmanes de haute caste. C'est un garçon plutôt chétif, rêveur au point de paraître attardé, compatissant et très observateur. Sa mère meurt alors qu'il a 10 ans. Son père faisant partie de la Société Théosophique, Jiddu est remarqué à l'âge de 14 ans par le théosophe Charles W. Leadbeater qui voit aussitôt en lui un être de grande envergure qui pourrait devenir l'incarnation de "l'Instructeur Mondial", le Seigneur Maitraya, et confirmer ainsi l'annonce faite par Helena Petrovna Blavatsky en 1889. Annie Besant, présidente de la section européenne de la Société Théosophique, se charge alors de son éducation jusqu'à ce qu'elle l'installe, en 1911, à la tête de L'Ordre de L'Etoile d'Orient , l'organisation qui doit préparer l'opinion publique à recevoir son message.

En 1910, Jiddu Krishnamurti publie son premier livre : « Aux pieds du Maître » Entre 1912 et 1921, il poursuit ses études à Paris et surtout à Londres. En 1922, à Ojaï, près de Los Angeles, il a une expérience mystique intense au cours de laquelle il a la vision de Maitreya. Il connaît, cependant, une crise spirituelle profonde. Peu à peu, il prend ses distances par rapport à la Société Théosophique. En 1925, son frère Nitya meurt de tuberculose. Jiddu Krishnamurti est profondément affecté. En 1929 à Ommen (Hollande), devant 3000 personnes, il prononce la dissolution de l'Odre de L'Etoile d'Orient et annonce :

« La Vérité est un pays sans chemins que l'on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu'elle soit, aucune religion, aucune secte. Tel est mon point de vue et je le maintiens d'une façon absolue et inconditionnelle....Je ne veux m'occuper que d'une seule chose essentielle : libérer l'homme. Le libérer de toutes les cages, de toutes les craintes, et non pas au contraire fonder une religion » Extrait du discours D'Ommen (http://manicheism.free.fr) publié par STAR PUBLISHING TRUST

B - LA MISSION DE KRISHNAMURTI

1. LA VERITE EST UN PAYS SANS CHEMINS

Ce qui signifie que le chemin vers la Vérité ne peut être tracé d'avance, que ce soit par une institution, une organisation religieuse ou un gourou. Répéter la Vérité, c'est à dire l'expression ou la traduction d'une expérience authentique au cours de laquelle quelqu'un a vu la Vérité, n'est pas la Vérité. La Vérité est toujours nouvelle, elle change d'instant en instant, c'est une expérience personnelle, globale et instantanée. N'appartenant pas au temps, elle ne peut se servir de ce qui est temporel pour être représentée ou reproduite.

« L'homme qui dit : je sais, ne sait pas. Celui qui vit la réalité d'instant en instant n'a aucun moyen de communiquer cette réalité »

« Comment savez-vous que j'ai réalisé la Vérité ? Pour le savoir, vous devriez l'avoir réalisée aussi » ...

«  Celui-ci (le gourou) devient inutile dès qu'il y a la moindre parcelle de connaissance de soi. Cette connaissance, aucun guide spirituel, aucune écriture sacrée ne peuvent vous la donner. Elle vient lorsque vous êtes exactement conscient de ce qui se passe en vous » (« La première et dernière liberté »)

(Il resterait à étudier les rapports entre cette position tranchée et son enseignement)

De surcroît, pour chercher la Vérité, on doit être totalement libre. Tout désir personnel, toute allégeance à un maître, toute obéissance à un système ou une méthode limitent ou entravent cette liberté. On aboutit à un résultat conforme au cadre de la recherche.

La vérité est un pays sans chemins mais, sans doute, pas sans lumière. Si Krishnamurti a toujours refusé qu'on le suive comme un gourou, que l'on systématise son message, il a quand même accepté d'enseigner ses contemporains. Ce n'est pas un enseignement didactique, il ne vise pas non plus à donner de la vie des interprétations, des clés pour mieux la vivre. Il veut simplement décrire l'état actuel de nos mentalités, de nos modes de penser. Il veut nous conduire à nous voir tels que nous sommes. « Voir le faux dans le faux libère du faux » (Commentaires sur la vie »)

«  Que ferons-nous, alors, au cours de toutes ces causeries, de ces discussions, de ces questions et réponses ? Je dirai simplement ce qui est et suivrai le mouvement de ce qui est  «  (« De la connaissance de soi »)

«  Vous devez donc être votre propre maître et votre propre disciple. Il n'y a pas d'Instructeur en dehors de vous, pas de Maître, pas de Sauveur; c'est vous-même qui devez vous modifier, donc apprendre à vous observer, à vous connaître » (« Aux étudiants »)

2 -  LE SOUCI DE L'HUMANITE

Depuis son discours de rupture d'Ommen et jusqu'à la fin de sa vie, Krishnamurti n'a cessé de parcourir l'Inde et l'Occident, de donner des conférences, de rencontrer des responsables de toutes sortes et des personnes de toutes origines (dont des milliers d'enfants) avec le même souci de comprendre la marche du monde et de faire prendre conscience des facteurs de division, de violence et de confusion qui le minent.

«  L 'on se rend compte, je pense, sans trop de discussions, sans trop d'expression verbale, qu'il y a partout un chaos, à la fois individuel et collectif, une confusion, de la misère »... » Pouvons-nous mettre fin tout de suite à cette infortune ? » 1948 (« De la connaissance de soi »)

Jonas Salk (éminent biologiste) : «  j'aimerais que vous me disiez ce qui fait l'objet de votre intérêt principal »

Krishnamurti : « tout individu sérieux ne peut que se sentir préoccupé par l'avenir, concerné par ce qu'il va advenir de l'humanité » 1983 (« Krishnamurti en questions »)

Orateur hors-pair, il émanait de lui une aura et une énergie qui ne pouvait que toucher et mobiliser ses auditeurs. Dans son article « Krishnamurti était-il un gourou ? » Jacques Vigne écrit : « Krishnamurti conçoit cette transmission d'énergie comme sa fonction même, comme sa raison d'être. A quatre vingt-dix anx, «  son corps est fragile mais son esprit ne se relâche jamais. Il a dit que comme il avait atteint un grand âge, une énergie sans limite opère a travers lui. L'urgence s'étant accrue, la poussée de cette énergie s'est aussi accrue. Rien ne semble le fatiguer «  (http://membres.lycos.fr/jacquesvigne/jv6.htm)

Mary Luytens écrit : « La signification derrière les mots vient à travers la présence de l'homme lui-même, il y a une émanation qui éveille votre compréhension directement, comme un flash, comme un court-circuit dans I'esprit. »


3 - LA REVOLUTION DES CONSCIENCES

Krishnamurti ne croit absolument pas que le monde puisse résoudre ses problèmes et aller vers la paix grâce à des changements de régime, de gouvernement, d'institutions, de lois. Si les hommes restent ce qu'ils sont, les mêmes causes produiront les mêmes effets et les changements dans les structures seront détournés du sens favorable qu'ils pouvaient avoir. C'est aux hommes de changer.

Il faut provoquer une révolution dans les consciences.

Dans ce but, en abordant avec ses interlocuteurs tous les thèmes de l'existence tels que le désir, la solitude, la peur, la pensée, l'amour, la mort, Dieu etc il met en évidence les pièges du mental. Au-delà des histoires particulières, des conditionnements culturels, l'homme est, pour Krishnamurti, partout le même et ce sont les mêmes processus, les mêmes facteurs qui le conduisent sur la voie de la souffrance, du mensonge et de l'égarement. «  je conteste que les propos de K. conditionnent l'esprit – l'esprit étant à la fois le cerveau, les pensées, les sentiments, tout ce qui constitue la vie psychologique de l'homme » (Krishnamurti en questions).

C'est donc à explorer le mode de fonctionnement du mental qu'il s'applique devant et, si possible, avec son public pour provoquer les prises de conscience nécessaires.

C - LA PHILOSOPHIE DE KRISHNAMURTI

1. VOIR

Commençons par l'essentiel et ce qui constitue à la fois une forme d'approche de la réalité et un mode de vie. Voir s'oppose à penser car la pensée est limitée, conditionnée et répétitive. (Nous y reviendrons)

La vision dont il s'agit est difficile à expliquer, à traduire en mots. Elle a d'ailleurs donné lieu à un champ lexical assez étendu. Il est question de « perception directe », de « vision globale » de « vision pénétrante » de « conscience sans choix » de « vigilance » de « lucidité » d »attention non motivée » « d'observation » etc(«  Y a-t-il attention lorsqu'une motivation cachée vous agit ? » Commentaire sur la vie t3)

Voir est aussi relié à la méditation qui n'est jamais un exercice formel, défini mais un mode d'être de tous les instants. « C'est un processus qui, consciemment ou inconsciemment, continue sans arrêt et qui, par conséquent, n'est pas limité à certaines heures de la journée. C'est une action continue, du matin jusqu'à la nuit – une observation sans observateur. Il n'y a donc pas de division entre la vie quotidienne et la méditation » (« La révolution du silence » )

La question est d'autant plus importante que cette « vision » a donné lieu à des discussions, des interprétations et des applications diverses et, parfois, contestables. Si on ne comprend pas, pourtant, en quoi consiste cette vision, on risque de faire un contre-sens sur tout le message de Krishnamurti. Selon lui, sans cette vision exempte de déformation, (« Là où est l'attention est la réalité » Commentaires sur la vie t3) pas de possibilité de se comprendre et pas de chance de provoquer ce changement radical dans les consciences.

En fait, ce qui est en jeu dans cette affaire, c'est le « je » ou le « moi ». «  Lorsque ce n'est pas avec l'oreille physique que l'on écoute mais que l'écoute est intérieure et totale, dans cet état-là on est complètement silencieux. Et dans le silence absolu peut jaillir cette vision – cette perception dans laquelle il n'existe plus de division sous forme de « moi », plus de clivage entre celui qui perçoit et l'objet perçu » (« Krishnamurti en questions ») C'est la raison pour laquelle ce n'est pas ce qui est vu qui libère, car cela supposerait encore un observateur, c'est le FAIT de voir.(Différence avec la psychanalyse).

Il s'agit d'être avec « ce qui est ». (Sans résistance et sans opinion) Tant qu'il y a un centre, un observateur représentant le moi, il ne peut qu'y avoir dualité et résistance, conflit. « Lorsqu'il (l'esprit) ne résiste plus, lorsqu'il ne se dérobe plus, lorsqu'il n'écarte ni ne blâme « ce qui est » mais 

est simplement en état de perception passive, dans cette passivité de l'esprit...se produit en vous une transformation » ( « La première et dernière liberté ») Toutes les démarches qui tendent à faire intervenir, si peu que ce soit, la volonté, l'effort, la persévérance, l'intentionnalité ne correspondent pas à cette description.

Ajoutons, cependant, pour nuancer ces propos, que la moindre parcelle d'attention authentique, ou si l'on veut la moindre perception impartiale de ce qui est contient en elle-même sa propre discipline et son propre facteur de libération. Le progrès est possible. «  Quand vous commencez à être conscient sans choix de votre intérêt personnel, restez avec lui, étudiez le, apprenez des choses à son sujet... » (Être humain »)

2. LA PENSEE

Toutes les pensées ne sont pas nocives, loin de là, mais tous les problèmes viennent de la pensée.

Question d'un auditeur :

•  Pourquoi votre enseignement est-il si purement psychologique ?

•  Pour une raison très simple, monsieur. Si le penseur peut se comprendre lui-même, tout le problème est résolu. (« De la connaissance de soi » ) .

La pensée est emminamment conditionnée et limitée. Elle est matérialiste, mécanique et fragmentaire. Elle est égocentrique .

La pensée est conditionnée et limitée parce qu'elle n'est qu'un produit de la mémoire. Or cette mémoire est le résultat d'un éducation donnée dans un milieu donné. Elle est l'entrepôt de tous les conditionnements passés. Et la pensée n'est que la réaction de la mémoire face à un stimulus. La pensée ne peut donc que perpétuer ce conditionnement :

«  Si vous n'aviez pas de passé, la pensée serait absente ... Le passé et la pensée ne font qu'un « (« L'esprit et la pensée ») 

La pensée est matérialiste et mécanique. Elle a conçu toutes les inventions techniques. « elle vient en droite ligne de la source originelle que sont nos sens, de nos réactions sensorielles, de notre expérience, de nos rencontres avec des choses diverses, qui s'enregistrent sous forme de savoir, de souvenir, et c'est du souvenir, de la mémoire que naît la pensée » (« L'esprit et la pensée » )

La pensée est fragmentaire parce qu'elle suscite un penseur qui se croit distinct de la pensée et capable d'agir sur elle.

« Cette entité (le penseur) qui paraît être séparée fait partie de ma conscience....Je me trouve donc devant ce fait qui est la division entre l'observateur et la chose observée » «   C'est donc un fragment qui a pris sur lui l'autorité d'agir sur les autres. Mais il demeure que c'est un fragment et par conséquent il y a une lutte entre lui et les autres. Et n'est-il pas possible de voir qu'une telle fragmentation ne résoud pas nos problèmes «  (« L'éveil de l'intelligence »)

Mais la pensée est surtout égocentrique et participe au premier chef aux conflits et violences qui sévissent dans le monde. «  C'est la pensée qui engendre la violence en parlant de « ma » maison  « mes » biens  « ma » femme  «  mon » mari  « mon » Dieu, « mes » croyances, bref, tout ce tissu d'absurdités. Qui est à l'origine de tout cela, qui crée ce « moi » perpétuellement opposé à tout ce qui n'est pas lui ?  Qui est le responsable ? L'éducation, la société, l'ordre établi, l'Eglise – or je fais  partie de tout cela »

« Il n'y a, par conséquent, qu'une voie – qui est verticale, qui est droite – c'est que la pensée doit cesser » «  Si je cesse de penser, alors il n'y a pas de prototype » c'est à dire de conditionnement. (« De la connaissance de soi »)

3. LE TEMPS

Il s'agit du temps psychologique c'est à dire de celui que l'homme peut concevoir dans son esprit, pas de celui qui passe indépendamment de l 'homme. (Il est capital de comprendre cette distinction pour ne pas faire à Krishnamurti de mauvais procès d'intention) Ce temps psychologique prend la forme d'une projection dans le futur ou d'un retour dans le passé. Ce temps est purement mental, même s'il peut sembler, parfois, épouser le temps chronologique. (notion de l'heure par exemple)

Or, il se trouve qu'aucune révolution psychologique, aucun changement dans les consciences ne sont possibles si l'on fait intervenir le temps (psychologique). Le changement a lieu maintenant ou il n'a pas lieu. Remettre ce changement à plus tard, quelles que soient les excellentes raisons que l'on se donne, revient, précisément, à s'inscrire dans la continuité, c'est à dire à préserver l'état de fait..

Si voir ne procède pas du temps, la pensée, elle, procède du temps. « Nous sommes entraînés à changer ce qui est en ce qui devrait être...Mais l'observateur est l'observé » L'observateur est celui qui conçoit ce qui devrait être, qui s'y identifie. Mais en réalité, l'observateur est ce qui est. « et de ce fait il n'y a rien à changer. Car il y a seulement ce qui est » (« Être humain ») « Si nous contemplons le contenu de la conscience, nous y trouvons des souvenirs, des peurs, des angoisses, le « je crois », le « je ne crois pas » lesquels sont tous des produits du temps. Et la pensée se dit : «  c'est tout ce que je possède, il me faut donc le protéger, lui faire un écran contre tout danger possible. » (« Tradition et révolution ») Elle invente le temps pour différer indéfiniment ce changement.

4. LA QUÊTE DE DIEU

Beaucoup de personnes religieuses, croyantes, en quête de spiritualité, en proie au doute ou certaines d'être sur le chemin qui conduit à Dieu sont venues trouver Krishnamurti pour obtenir une réponse à leur question ou une confirmation de leur démarche. Il apparaît souvent que l'idée seule d'avoir un idéal aussi élevé suffit pour les persuader de la valeur et de la sainteté de leur entreprise. Comme si le fait d'avoir Dieu pour but rendait automatiquement leur démarche plus sainte, leur personne plus vertueuse.

Visiteur : « Mais l'adoration de Dieu occupe ma vie entière. Je n'ai conscience de rien d'autre que de Dieu. Il emplit mon coeur » Krishnamurti : « Et l'homme qui adore son travail, son leader, son idéologie est également consumé par ce qui l'occupe »  (Commentaires sur la vie Tome 2) « On peut trouver le bonheur dans le pouvoir, la position, le prestige, dans la richesse ou le savoir, ou en Dieu, ou dans la société idéale, l'utopie parfaite et ainsi de suite » (Commentaires sur la vie Tome 3) Pour ne pas s'illusionner et poursuivre une quête en tout point conforme à son conditionnement, il faut comprendre le chercheur lui-même.

Dieu ne peut être l'objet d'une recherche, d'une quête. Comment chercher ce que l'on ignore complètement ? C'est impossible. La recherche doit commencer avec des indices, des critères. Elle a besoin de repères, de perspectives, autant d'éléments fournis par des cultures, des traditions, des institutions particulières. «  vos visions n'étaient rien d'autre que la projection de l'arrière-plan de votre passé, de votre conditionnement » (« Commentaires sur la vie » tome 3)

Dieu ne peut pas être recherché. Toute recherche implique un chercheur. « Aussi longtemps qu'il y aura un chercheur et un cherché, il y aura également un expérimentateur, celui qui reconnaît, et c'est là le centre du mouvement égocentrique de l'esprit. C'est à partir de ce centre que s'organisent toutes les activités, qu'elles soient nobles ou triviales » (« Commentaires sur la vie » tome 3) .

D - DUALIME OU MONISME

L'approche du réel par Krishnamurti est non-duel. L'observateur est l'observé, le penseur, la pensée. Il n'y a qu'une seule conscience et seule la vision globale, non-divisée, est exempte de déformation. Mais la philosophie profonde qui sous-tend tout cela n'est-elle pas dualiste. ? Il n'y a rien à attendre du mental qui est radicalement et définitivement séparé de l'Inconnu, de l'Incommensurable. L'immobilité de l'esprit (c'est à dire l'ordre total qui est semblable à l'ordre qui règne dans la mort) peut permettre à cet Incommensurable d'advenir. Mais l'Incommensurable peut venir ou ne pas venir.

Chez les maîtres de la non-dualité au contraire, même si la pensée est l'obstacle à la Réalisation, elle n'est cependant pas séparée du Soi. Rien n'existe sans le Soi. (ou l'Atman) Il faut remonter le fil pour atteindre la source.

L'Inconnu est-il étranger à l'homme et vient-il l'habiter ou l'homme en fait-il partie ? Bien sûr, tout est emporté par « l »otherness » dont il est question dans « Carnets », mais la façon dont Krishnamurti en parle peut donner l'impression que c'est la première alternative qui se révèle la bonne : « Ce matin, juste avant le petit déjeuner, telle un couteau lancé sur une terre molle, cette bénédiction avec sa puissance, sa force. Venue comme l'éclair, elle est repartie aussi vite » « et à nouveau l'après-midi, entrant dans la chambre à la vitesse de l'éclair pour repartir bientôt » « et lorsque cet otherness vint, il se manifesta avec une telle beauté, une telle intensité que tout s'immobilisa; il emplissait la chambre et bien au-delà »

D'autre part, pour Krishnamurti, il n'existe absolument pas de soi ou d'entité permanents chez l'homme. Inutile de partir à sa recherche : «  L'approche traditionnelle consiste à aller de la périphérie vers l'intérieur, avec l'idée que le temps, les dévotions, le renoncement permettront d'atteindre graduellement cette fleur intérieure, cette beauté intérieure, cet amour....et lorsque, enfin, on arrive au centre, on s'aperçoit qu'il n'y a rien, parce qu'on s'est rendu amorphe, incapable, insensible » (« Se libérer du connu »)

«  Donc, si vous êtes une entité spirituelle....C'est fini, il y a immortalité. Mais vous n'êtes pas cela »

«  Si c'est (l'entité spirituelle) au delà des temps, c'est immortel. Et si c'est immortel, si c'est au-delà de moi, alors je n'ai aucun contrôle sur cela; ce n'est pas dans le champ de ma conscience » (De la connaissance de soi »)

Si l'hypothèse est juste, notre responsabilité est lourde. Et dans ce cas, comment expliquer, d'où vient cette vision pénétrante qui n'est pas conditionnée et qui est intemporelle ?