*Carlos Castanéda - unisson06
spiritualite laique

Carlos Castanéda

 

Biographie

Il a écrit douze livres autobiographiques qui racontent son expérience de la sorcellerie sous la conduite du sorcier toltèque Yaqui Don Juan Matus. Ses livres relatent non seulement des éléments autobiographiques, mais constituent le vecteur de l'enseignement chamanique de la tradition toltèque. À l'écoute de son maître, Carlos Castaneda prend note de la leçon initiatique de la culture Yaqui. Ses ouvrages connaissant un immense succès, furent l'occasion d'une universalisation de la pensée chamanique. Cependant, le langage éminemment symbolique du chaman toltèque reste particulièrement métaphorique, et l'ethnologue ne sut en déceler ni la structure, ni le système qui en fonde l'ontologie.
Depuis le milieu des années 1980, Carlos Castaneda a transmis un aspect de la connaissance des chamans du Mexique ancien jusque-là inconnu : les Passes Magiques.
La propre vie de Castaneda est mal connue, celui-ci l'ayant entourée, à dessein sans doute, d'une aura de mystère.

Les « mystères » Castaneda


• Mystère sur ses origines

Il a prétendu être né à Sao Paulo, au Brésil en 1931, avoir passé la plus grande partie du début de sa vie en Argentine, avant de se rendre aux États-Unis pour suivre des études d'anthropologie. En fait, les documents du bureau de l'immigration disent qu'il est né à Cajamarca, au Pérou. Sa mère meurt lorsqu'il a 22 ans et son père, César Arana Burungaray, est joaillier. Lui-même suit des cours à l'académie des Beaux-Arts de Lima, puis se lance dans les arts plastiques. Il affirme avoir quitté son pays pour la Californie afin de fuir une Chinoise qui fumait de l'opium. Il a obtenu un doctorat en anthropologie à l'université de Los Angeles en 1970.


• Mystère sur son existence

Innombrables, les personnes qui ont essayé de rencontrer Castaneda. Adresse inconnue, entourage cloisonné, photos interdites (il existe de lui quelques photos et dessins dont l'authenticité est toujours mise en doute). Comment aurait-il pu en être autrement, puisqu'un guerrier est censé être inaccessible ? Quelques très rares interviews, minutiueusement orchestrées, dont le but fut moins le projecteur sur le personnage que la clarification de la doctrine. On essaye alors de l'atteindre par son plan métaphysique (voir Véronique Skawinska, Rendez-vous Sorcier avec Carlos Castaneda). Castaneda restera toute sa vie un fantôme.


• Mystère sur sa mort

Castaneda est mort le 27 avril 1998, dira la presse. Pour préciser plus tard, 'autour du 27 avril 1998'. Une incertitude de 3 jours, un corps qui a disparu, et qu'on finit par retrouver, véritable épisode d'X-files. Le tout annoncé officiellement le 19 juin 1998, un mois et demi plus tard. Un 'fils' entre en scène et serait à l'origine du black-out pour raisons testamentaires. Entre temps, dans la plus grande discrétion et à l'étonnement général, le corps est incinéré, et ses cendres se sont dispersées au-dessus du désert mexicain. Le Los Angeles Times dira qu'il est mort comme il vivait "dans le calme, le secret et le mystère".

Œuvre

Dans ses ouvrages, Carlos Castaneda fait le récit de son initiation par don Juan Matus aux concepts des chamans du Mexique ancien. Il passa plus de dix ans en compagnie du sorcier et de son clan, constitué d'hommes et de femmes tous impliqués entièrement dans la quête d'un but abstrait défini par les « voyants » de leur lignée : la liberté absolue ou la possibilité de conserver intacte leur conscience dans l'au-delà.

Carlos Castaneda décrit son immersion dans le monde de don Juan sur une période de plus de dix ans - période qui trouva son paroxysme dramatique au moment où don Juan Matus et son clan décidèrent de quitter ce monde, laissant derrière eux une nouvelle génération d'apprentis, à leur tour entièrement impliqués dans la quête de la liberté absolue.

Le travail de Carlos Castaneda pour reconstituer la connaissance issue des chamans du Mexique ancien, lui prit plus de dix ans. Le résultat de cet effort de reconstitution et de clarification est à présent connu sous deux formes : ses ouvrages et la pratique de la Tenségrité.

Ses ouvrages font état d'une philosophie (voir ci-dessous) dont l'objet est la quête de la "Connaissance", déterminisme d'ordre ésotérique qui apporterait au 'sorcier' des pouvoirs inconnus au commun des mortels, dont à terme celui de l'immortalité. A la fin de son apprentissage, et conformément à une très antique tradition, consécration qui confirmait la réussite des adeptes, Casteneda doit sauter dans un ravin, selon la trame de l'enseignement du nagual: "Si tu n'as pas réussi à assembler un autre monde avant d'arriver au fond, tu es mort".

Dans le courant des années 1980, Carlos Castaneda et ses collègues, tous apprentis de don Juan Matus, décidèrent de diffuser, pour quiconque était sincèrement intéressé, un des pans de la connaissance des chamans : les « passes magiques ». Selon Carlos Castaneda, ces passes magiques sont la modernisation de « mouvements » découverts et développés par les chamans du Mexique ancien durant des milliers d'années. Ces mouvements furent regroupés par Carlos Castaneda sous le titre Tenségrité, terme issu de l'architecture qui combine les mots tension et intégrité. A sa mort, un nombre important de sociétés commerciales ont revendiqué la légitimité d'enseigner la tenségrité. Le sujet est toujours en pleine polémique.


Authenticité du récit

Une vaste polémique fait rage depuis des décennies sur l'authenticité du récit de Castaneda. Supposée être une autobiographie, et présentée comme telle, de nombreuses voix se sont élevées en criant à l’imposture. L’œuvre ne serait que le roman d’un écrivain facétieux dont la seule qualité serait une imagination illimitée.

Dans les années 1970, Castaneda, considéré comme le messie d'une nouvelle religion, est crédité, au moins en apparence, d’une œuvre naissante cautionnant l’usage des substances psychédéliques, à la manière d'Antonin Artaud, d’Aldous Huxley ou de Thimothy Leary. Des charters entiers décollent vers cette nouvelle Mecque, le Mexique central, à la recherche de Don Juan, son maître à penser et inspirateur. Rien n’y fait, le pays est ratissé pendant des années, l’homme reste introuvable.

Un témoignage de poids viendra alourdir cette présomption de farce. Une femme, se présentant comme l'ancienne compagne de Castaneda, viendra cautionner l’hypothèse de l’imposture (Castaneda, Marguaret Runyan. Voyage Magique Avec Carlos Castaneda, Millenia Press, 1977). Analysé par certains spécialistes de la biographie de Castaneda, le témoignage de cette femme sera finalement considéré comme fébrile, contradictoire, et d’intérêt personnel, laissant la polémique dans son mystère.
Il serait très long d'énumérer tous ses détracteurs, ainsi que tous ses défenseurs. Les éléments restent bel et bien invérifiables, de tous côtés. Les écoles relatives aux enseignements de Castaneda, notamment celles sur la tenségrité, ont proliféré après sa mort. Cette phase commerciale (certains tarifs pratiqués étaient astronomiques) accrédita à nouveau la thèse de l'imposture. Mais les défenseurs ont des arguments de poids ; les stages ne furent qu'une récupération étrangère, à lucrativité assurée, non conformes à l'esprit de l'œuvre car calquées sur un yoga américanisé. Le mystère sur l'authenticité du récit reste entier.


Philosophie

L'oeuvre comprend une philosophie très complexe incrustée dans le récit, et, pour une part importante, totalement inédite (argument majeur des défenseurs de l'authenticité du récit). Curieusement, elle représente une approche protéiforme du monde, qui pourrait tout aussi bien se laisser cataloguer en tant que religion, en tant que philosophie, en tant que métaphysique ou en tant qu'art de vivre. Son semblant syncrétique se désagrége à l'analyse, elle ne se réclame d'aucune religion ni philosophie existante, et pourtant, parmi les notions inédites et inconnues elle rappelle de grands principes bien connus, souvent contradictoires, qu'elle semble parvenir à conjuguer, comme par exemple un nihilisme et un élitisme très nietzschéen au semblant incompatibles avec une rédemption très chrétienne.

• Aspects nihilistes
L'univers est sans Dieu, vide, il n'est constitué que de champs d'énergie, originaire d'une unique source, métaphoriquement appelé "Aigle", dont la conscience humaine n'est qu'une infime émanation. La vie humaine n'est qu'un enrichissement de la conscience dévorée par l'aigle après la mort (voir également Saturne en mythologie grecque et les notions de théosophie "La vie est prêtée").

• Aspects de rédemption
Sous certaines conditions, très précises et parfaitement modélisables, l'homme peut échapper à son destin de voir sa conscience dévorée. Cette unique condition s'appelle "vivre en guerrier" (voir ci-après). Elle correspond à un mode de vie très rigoureux, qui consiste à accumuler une réserve énergétique suffisante pour offrir à l'aigle un placebo, le contourner et ainsi conserver sa conscience sur une durée pouvant être illimitée. Dans ce cas, le guerrier "ne meurt pas".

• Aspects gnostiques et d'élitisme
Il existe un déterminisme supérieur, nommée "Connaissance", inaccessible au commun des mortels. Cette connaissance est cachée (ésotérisme). Un "sorcier" seul peut prétendre y accéder, mais il aura été, auparavant, prédestiné comme tel. Une conscience supérieure, appelée l'Esprit, le désigne comme tel par un ou plusieurs présages. Seul un sorcier expérimenté, appelé, Nagual, peut lire ces présages et reconnaître un futur apprenti.

• Aspects de 'charité' et du désinteressement
Seul un apprenti désigné par l'Esprit peut être formé à acquérir la Connaissance. Toute autre formation est vaine, le Nagual mettrait en danger n'importe qui d'autre que le prétendant naturel, et se mettrait en danger lui-même, les énergies en jeu étant très élevées. Le Nagual est désinteressé (la rémunération n'a aucun sens), bien que cette prise en charge lui soit profitable au sens de la perfectibilité de sa voie de guerrier. Néanmoins, et toujours paradoxalement, n'importe qui peut s'engager, seul, dans la voie de guerrier, s'il est conscient de l'inconfort extrême de cette voie.

• Aspects alchimiques et hermétiques
Bien que vide, l'Univers est pourvu d'une substance neutre, impersonnelle. Elle n'a pas de volonté par elle même, mais un "sorcier" peut la polariser avec son 'intention'. Cette substance est appelée Nagual (homonyme du précédent), et va renvoyer, comme un miroir, l'image solidifiée appelée 'tonal'. Comme en alchimie, la part mâle, sulfureuse, active, va féconder la part femelle, passive, mercurielle. C'est ainsi que les 'sorciers' accomplissent ici-bas des actes prodigieux, des actes magiques.

• Aspects phénoménologiques
La base de la 'sorcellerie' est le mouvement du point d'assemblage. La constitution énérgétique de l'univers peut se décomposer en un nombre quasi-infini de filaments, ayant chacun conscience d'eux-mêmes. Le point d'assemblage permet de se connecter sur certains d'entre eux, créant ainsi notre perception du monde. La position du point d'assemblage d'un homme commun est sensiblement la même pour toute l'humanité. Un 'sorcier' peut bouger ce point pour accéder à d'autres filaments habituellement inaccesibles. Sa perception du monde change, tout en restant parfaitement réelle (pratique nommée 'stopper-le-monde'). Cet art s'appelle "l'art de traquer" ou l'art de la folie contrôlée. A l'extrême, il peut même ne plus assembler les filaments de ce monde pour assembler celle d'un autre.

• Aspects dualistes, non-dualistes et d'unité
L'oeuvre de Castaneda se distingue par une polarité Nagual-Tonal (voir définition ci-dessus). Un homme normal ne connaît que le Tonal, étant éduqué à cette perception, qui se stabilise à l'âge adulte pour devenir sa vision courante de l'Univers. Un 'Sorcier' connaît l'existence du Nagual, structure totalement indescriptible et complémentaire (parviendrait-on à la décrire, elle deviendrait Tonal, voir aussi le Taoïsme). Même indescriptible, le Nagual est un domaine expérimentalement tangible. Un 'sorcier' ne privilégiera pas l'un au détriment de l'autre, mais s'efforcera d'unifier les deux, pour atteindre 'la totalité de soi-même'. A noter que le dualisme conventionnel Bien-Mal, tout comme la moralité, n'a aucun sens chez Castaneda. Sur cet aspect l'oeuvre s'apparente bien aux récits épiques orientaux, comme le Mahabharata, pour lesquelles la notion de bien et de mal est inconnue.

• Aspects démonologiques et de possession
L'enchevêtrement des structures énergétiques de l'Univers occasionne des transferts très pénétrants. La conscience de l'homme se trouve violée en permanence par des incursions étrangères d'énergie, ressenties comme changements humoraux plus ou moins puissants, appelées 'êtres inorganiques', la plus virulente étant "l'ombre", entité obscure capable de substituer sa conscience à la nôtre, pour exacerber le pire ennemi du 'sorcier', sa propre auto-contemplation, et se nourrir de ses effets funestes. Certains sorciers parviennent à contrôler ces énergies étrangères, et en font leur 'allié'. Même si l'alliance avec les êtres inorganiques est déconseillée, la composition avec eux est incontournable, car ce sont eux qui apportent l'énergie dont nous avons besoin. Ils agissent sur un homme normal alors qu'il croira agir de sa propre volonté. Le 'sorcier', conscient de la présence furtive de l'énergie étrangère, la capte, mais conserve sa propre volonté. Ce procédé, consécration d'un "homme de connaissance", est appelé "l'ultime art de traquer".

• Aspects d'immanence et de déterminisme
Bien que l'objectif du 'sorcier' soit la liberté absolue, il n'en demeure pas moins que le travail visant à l'acquérir s'effectuera dans un ensemble de règles très précises, formant un tout homogène et cohérent appelé 'Voie du guerrier' (voir ci-après). En outre, cette voie présuppose la détermination d'un objectif, prenant impérativement en compte la Nature du guerrier, c'est-à-dire l'ensemble de ses prédispositions (on notera la forte similitude avec toute la littérature orientale antique, notamment le mahabharata, où le Dharma, la Nature d'un individu, constitue le principe fondateur). Castaneda nomme ce déterminisme "La voie du cœur".

• Aspects divinatoires
Ayant acquis la capacité à bouger son point d'assemblage, un 'sorcier' peut avoir le pouvoir de percevoir son environnement sous sa forme énérgétique. Cette perception ne se fait pas avec les yeux, mais avec le corps, qui doit être, comme condition nécessaire, sans être suffisante, en excellente santé. Cet acte s'appelle 'voir'. Par ce procédé, Don Juan arrive tout au long de la formation, à connaître l'état émotionnel de Castaneda, mais aussi les traces de son passé. 'Voir' est utilisé par les 'sorciers', par simple focalisation, pour connaître des personnes ou groupes de personnes déterminés, des étapes d'histoire, reconnaître des lieux bénéfiques ou maléfiques, ressentir le danger ou l'aspect favorable d'une situation. A la fin de son apprentissage, Castaneda va 'voir' les sorciers anciens, race totalement disparue, et va finir par les rejoindre malgré les avertissements répétés de Don Juan.


Pragmatisme et voie du guerrier

• La détermination de l'objectif
Il existe une phase très ingrate de l'apprentissage où l'élève n'est plus un homme commun, mais pas encore un sorcier. Il a dépassé les valeurs conventionnelles du monde, qui n'ont plus de sens pour lui, mais n'a pas encore atteint les prémisses de la connaissance. Cette phase est pour lui particulièrement dangeureuse et déroutante.
"Un guerrier sélectionne les éléments qui constituent son monde, car chacun des éléments constitue un bouclier [...] Les gens sont affairés à faire ce que les gens font, voilà leurs boucliers [...] Maintenant, pour la première fois, tu n'est plus à l'abri dans ton ancien mode de vie" (Cf 'a separate reality'). Il y a donc nécessité vitale d'assembler un nouvel ordre de valeurs. Ce processus, le guerrier va le trouver au sein de sa propre nature.

Le processus des 'sorciers' est donc de reboucher la trouée (dans laquelle s'engageait la mort dès son ouverture), par une réorganisation basée sur 'la-voie-qui-a-du-cœur', afin d'éviter cette ouverture au néant: « Un simple coup d’œil sur l’éternité qui se trouve à l’extérieur du cocon suffit à perturber le confort que nous procure notre inventaire. La mélancolie qui en résulte peut engendrer la mort ». L'objectif premier, en tant que réorganisation du bouclier, n'est que la protection indispensable lorsque le 'sorcier' considère le tonal, et désire le transcender.

Il existe cependant, au-delà de cette réorganisation, un objectif ultime et irrationnel, inconcevable par représentation, mais dont l'acquisition est pourtant indispensable pour l'accession à la connaissance. Cet objectif, appelé 'noyau abstrait', est partie d'un patrimoine mythique; Expérimenter ce patrimoine est la seule façon de parvenir au but ultime des 'sorciers', le maniement de "l'intention", domaine pour lequel la transmition orale était totalement inadaptée. On dit alors que le guerrier possède un 'objectif abstrait'

• Les déterminants de la voie du guerrier
La pierre angulaire de tout le "système Castaneda" consiste en une gestion draconnienne de sa propre énergie. "L'ombre", le pire prédateur de l'univers, nous prête, à notre insu, sa conscience pour nous faire faire des actes destinés à exacerber notre auto-contemplation, qui va générer nos sursauts énergétiques dont se nourrira l'entité. La vie d'un individu normal consiste tristement à se vider de son énergie toute sa vie dans des combats fallacieux (qui, comble de tout, pourront être faussement interprétés comme "actes guerriers") par le biais de son auto-contemplation qui sera le canal de cette fuite énergétique (on notera à ce sujet la similitude flagrante avec le logion 101 de l'évangile de Saint Thomas: " Le Royaume du Père est pareil a une femme qui porte un vase plein de farine et qui s'en va par un long chemin. L'anse du vase s'est brisée: la farine s'est répandue derrière elle sur le chemin sans qu'elle le sache et sans qu'elle sache y remédier. Lorsqu'elle est arrivée à sa maison, elle a posé le vase et elle a trouvé qu'il était vide")

L'acte guerrier consiste en premier lieu à endiguer cette fuite énergétique, en considérant l'auto-contemplation comme le pire ennemi (Les religions orientales stipulent que si un acte doit être parfait, il ne faut pas s'attacher aux fruits de l'acte - l'originalité de Castaneda est d'en évoquer les raisons: elles ne sont pas morales, mais pragmatiques). Castaneda raconte comment un adepte, même mourrant quand son Nagual l'a découvert, ayant gaspillé à outrance toute son énergie dans une vie dissolue, a pu in-extremis en sauver la part résiduelle.

Le monde ambiant étant source de dispersion, le guerrier doit aborder ce monde en suivant des déterminants très précis:

1/ Le processus de validation du consensus particulier
Le processus mis en place par Don Juan consistait à isoler des perceptions de la vie ordinaire pour établir des corrélations avec les états de conscience modifiés. La perception de la réalité ordinaire migre vers une perception spécifique et personnelle. Cette vision est nommée pour la circonstance "stopper-le-monde". Ce mouvement vers le consensus particulier qui, à terme, permet l'abandon de la perception habituelle pour accéder aux fibres lumineuses habituellement hors du champ couvert par le point d'assemblage.

• Les rapports à la drogue
Le premier livre de Castaneda (l'herbe du diable et la petite fumée) fait état d'une voie de connaissance nécessitant la consommation d'un certain nombre de drogues. L'idée était d'acquérir la maîtrise d'un stade donné de la voie en créant des rapports privilégiés avec l'allié le mieux à même d'enseigner sur ledit stade. L'allié, contenu dans la drogue (par exemple datura inoxia ou psilocybe mexicana), devenait momentanément professeur particulier.

Les défenseurs de la consommation, modérée ou non, de substances psychédéliques, y ont immédiatement vu le nouveau messie de leur pratique, cautionnant par une doctrine extrêmement cohérente leur idée originale, l'absorbsion de drogues en vue d'une voie de libération. Timothy Leary avait eu raison, et Woodstock avait bien été pressentie comme une voie prometteuse.

L'analyse appronfondie de l'oeuvre montre qu'il n'en est rien. Si la pierre angulaire de l'enseignement est le mouvement du point d'assemblage, il est aussi fait état de la prédisposition personnelle à cette fin. Certains 'sorciers', et notamment la plupart des 'sorcières', possèdent les capacités naturelles a effectuer ce mouvement.
Castaneda a toujours été vu par son maître, Don Juan, comme étant 'bouché'. La prise de drogues fut l'ultime recours pour lui faire bouger son point d'assemblage, quasi-indélogeable, c'est-à-dire qu'il lui était impossible de sortir de la petite vision de son petit monde. Les substances psychédéliques ne lui furent administrées qu'en début de formation, et à titre exceptionnel, de façon à lui faire percevoir des potentialités qu'il ne pouvait imaginer, et encore moins accepter. Don Juan expliquait qu'elles étaient dangereuses pour le corps, et qu'une excellente santé du corps était indispensable, notamment pour "voir".
L'essentiel de la formation s'est passée sans utilisation de drogue. La nécessité d'une parfaite lucidité est d'ailleurs soulignée tout au long de l'oeuvre. Après cette phase psychotrope, l'accès à la 'conscience du côté gauche' (nom donné à l'état de conscience accrue, atteint précédemment par la drogue) se fait par un 'coup' dans le dos, donné par Don Juan (pris comme tel; on apprendra par la suite que ledit coup ne l'aura jamais touché physiquement et qu'il s'agissait en fait d'une secousse au corps énergétique). A un stade plus avancé de la formation, Castaneda finira par 'basculer du côté gauche' sans aucune intervention extérieure.

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