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Le Jaïnisme
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Le jaïnisme, ou jinisme, du sanskrit jina « victorieux », est une religion, un chemin spirituel qui insiste sur les concepts d'ahimsa (non-violence) et de karma et qui met l'accent sur l'ascétisme. Il commence, à l'image du bouddhisme, comme un mouvement de réforme à l'intérieur de l'hindouisme, puis devient une religion indépendante au cours du VIe siècle av. J.-C.. Avec seulement 6 millions de croyants, le jainisme est la plus petite des 10 religions principales du monde, mais en Inde, les jaïns sont surreprésentés dans les secteurs économique et politique. Les jaïns sont une force significative dans la culture de l'Inde, contribuant à la philosophie, à l'art, à l'architecture, aux sciences et mais aussi à la politique au travers de Gandhi et donc à l'indépendance de l'Inde.


La philosophie jaïne

Le jaïnisme partage de nombreux concepts avec l'hindouisme et le bouddhisme, mais doit en être cependant différencié. Par respect du principe de non-violence, le jaïnisme va au-delà du simple végétarisme car le régime alimentaire jaïn exclut également la plupart des racines ; car on pourrait causer du mal à un animal en les déterrant - et certains autres aliments considérés comme inutilement nuisibles ; l'ail et l'oignon supposés être des excitants. Les jaïns pratiquants ne mangent pas, ne boivent pas ou ne voyagent pas après le coucher du soleil et ne se lèvent pas avant le lever de soleil, toujours pour éviter de blesser un être vivant par manque de lumière.

Selon le jaïnisme, l'univers n'a pas été créé, et ne cessera jamais d'exister. Il est éternel mais non inchangé, car il traverse une série sans fin d'alternances ou d'oscillations. Chacune de ces périodes est divisée en quatre âges du monde ou yuga. Le monde est actuellement dans le quatrième âge, celui du déclin (à rapprocher de la Kali-Yuga des hindouistes).

Quand il aura atteint son niveau le plus bas, le jaïnisme lui-même disparaîtra complètement. Puis, au cours de la prochaine oscillation, la religion des jaïns sera redécouverte et réintroduite par de nouveaux chefs spirituels appelés Tîrthankaras (« saints professeurs »), puis sera à nouveau perdue à la fin de la prochaine période, et ainsi de suite.

Dans chacune de ces très longues périodes - qui font penser au jour de Brahma des hindouistes - il y a toujours vingt-quatre Tîrthankaras. Dans l'âge actuel du monde, le vingt-troisième Tîrthankara fut Parshva, un ascète et professeur, qui aurait vécu vers 850 - 800 av. J.-C.. Les jaïns le considèrent comme un réformateur qui réclama un retour à la croyance et aux pratiques de leur tradition religieuse originale. Le vingt-quatrième et dernier Tirthankara de cet âge est connu par son titre, Mahâvîra, le grand héros (599 - 527 av. J.-C.). Il fut aussi un ascète, un professeur errant qui tenta de rappeler les Jains à la pratique rigoureuse de leur foi antique.

Le jaïns croient que la réalité est composée de deux principes éternels, jiva et ajiva. Le jiva est constitué d'un nombre infini d'unités spirituelles identiques ; l'ajiva (c'est-à-dire, « non-jiva ») ou pudgala est la matière dans toutes ses formes et les conditions sous lesquelles cette matière existe : temps, espace et mouvement.

Le jiva et le pudgala sont éternels ; ils ne sont pas venus à l'existence et ne cesseront jamais d'exister. Le monde entier est constitué des jivas emprisonnés dans de l'ajiva ; il y a des jivas dans les roches, les plantes, les insectes, les animaux, les êtres humains, les esprits, etc.

Tout contact quelconque du jiva avec le pudgala engendre la souffrance. Ainsi les jaïns croient que l'existence en ce monde signifie inévitablement la souffrance. Ni la réforme sociale, ni la réforme des individus eux-mêmes ne peut jamais faire cesser la souffrance. Dans chaque être humain, un jiva est emprisonné, et ce jiva souffre en raison de son contact avec l'ajiva. La seule manière d'échapper à la douleur est pour le jiva de se libérer complètement de la condition humaine, de l'existence humaine.

Le karma et la transmigration maintiennent le jiva emprisonné dans l'ajiva. La libération de l'état humain est difficile. Les jaïns croient que le jiva continue à souffrir pendant toutes ses vies ou réincarnations, qui sont d'un nombre indéfini. Ils croient que chaque action effectuée par une personne, qu'elle soit bonne ou mauvaise, ouvre les canaux des sens (vue, ouïe, toucher, goût et odorat), par lesquels une substance invisible, karma, s'infiltre à l'intérieur et adhère au jiva, déterminant les conditions de la prochaine réincarnation.

La conséquence des actions mauvaises est un karma lourd, qui tire le jiva vers le bas, l'entraînant vers une nouvelle vie à un bas niveau sur l'échelle de l'existence. La conséquence des bonnes actions, d'autre part, est un karma léger, qui permet au jiva de monter dans sa vie prochaine à un niveau plus élevé dans l'échelle de l'existence, là où il y a moins de souffrances à supporter. Cependant, les seules bonnes actions ne peuvent jamais mener à la libération.

La libération - ou moksha - obtient par le retrait du monde. Le karma est le mécanisme de cause à effet en vertu duquel toutes les actions ont des conséquences auxquelles on ne peut se soustraire. Le karma a pour résultat de maintenir le jiva enchaîné dans une suite ininterrompue d'existences durant lesquelles ce jiva va souffrir jusqu'à un certain degré. Ainsi la libération du cycle des renaissances implique une évasion du karma, la destruction de tout le karma et l'évitement de la constitution d'un nouveau karma.

Puis, au moment de la mort, sans karma pour la tirer vers le bas, le jiva flottera, exempt de tout pudgala, libéré de la condition humaine, exempt de toutes futures réincarnations. Il s'élèvera jusqu'au dessus de l'univers dans un endroit ou un état appelé Siddhashila, où le jiva, identique à tous autres jivas purs, éprouvera sa propre nature vraie dans un calme éternel, dans l'isolement et la non implication. Il sera alors totalement libre. La manière de consumer le vieux karma est donc de se retirer de toute participation au monde autant que faire se peut, et de fermer le canal des sens et de l'esprit pour empêcher la matière karmique d'entrer et d'adhérer au jiva.

La société des jaïns est aussi duale que leur univers. D'une part, il y a les moines, qui pratiquent l'ascétisme et tâchent de faire de cette vie leur dernière. D'autre part, il y a les laïcs qui poursuivent des pratiques moins rigoureuses, s'efforçant de faire de bonnes actions et espérant une meilleure incarnation dans la vie suivante. En raison de l'éthique stricte consubstantielle au jaïnisme, ces derniers doivent choisir une profession et un mode de vie compatible avec leur foi, les métiers du commerce étant ceux majoritairement choisis.

Dans leur effort d'atteindre leur but plus élevé, le retrait permanent du jiva de toute participation à l'existence matérielle, les jaïns croient qu'aucun esprit ou être divin ne peut les aider de quelque façon que ce soit. Par conséquent, le jaïnisme est une religion agnostique. Les jaïns considèrent que les dieux et les esprits peuvent seulement influencer les événements de ce monde. Ils ne peuvent pas aider le jiva à obtenir la libération. Celle-ci ne peut être réalisée que par les propres efforts de chaque individu. En fait, les dieux ne peuvent eux-mêmes obtenir leur propre libération qu'à la condition d'avoir été réincarnés comme des personnes humaines et d'avoir subi la vie difficile d'un moine jaïn.

Le code moral du jaïnisme est considéré avec beaucoup de sérieux. Il est exprimé dans les cinq vœux suivants, qui sont suivis par les laïcs et les moines.

Refus de la violence (ahimsa)
Refus du mensonge (satya)
Refus du vol (asteya)
Refus de la possession (aparigrah)
Refus de la sexualité (brahmcharya)
Pour les laïcs, la chasteté signifie une sexualité restreinte au couple formé par le mariage. Pour les moines, elle signifie le célibat absolu. La non-violence implique habituellement le végétarisme, mais certains jaïns sont connus pour s'être laissé mourir de faim afin d'éviter de nuire à quelque créature vivante que ce soit. Certains d'entre eux portent même des masques par-dessus leur bouche et leur nez afin d'éviter le risque de tuer, en les respirant, des insectes minuscules. Gandhi a été profondément influencé par la façon de vivre jaïn, paisible et respectueuse de la vie, et il en a fait une partie intégrante de sa propre philosophie.

Les jaïns ont adopté les rituels védiques pour le mariage et les autres rites familiaux car leur religion ne connaît ni prêtres, ni liturgie. Ils ont également adopté plusieurs déités hindoues en tant que moyens pour expliquer certains évènements se produisant dans le monde ; cependant, ils ne considèrent pas ces dieux comme des éléments ultimes, dans aucun des sens importants de ce mot. Comme les êtres humains, les dieux sont emprisonnés dans le cycle de la transmigration.

Les jaïns ont construit de nombreux superbes temples où des images de leurs Tîrthankaras sont vénérées, d'une façon plus ou moins semblable à celle des hindous. Les rituels jaïns sont raffinés, ils incluent des offrandes de fleurs, fruits et autres objets symboliques, tandis que les Tîrthankaras sont vénérés par des chants utilisant des passages des saintes écritures jaïns.

Le schisme

Les deux sectes principales du jaïnisme trouvent leur origine dans des évènements qui se sont produits environ 200 ans après la mort de Mahâvîra. À cette époque, Bhadrabahu, le chef spirituel des moines jaïns, avait prévu une période de famine et, afin de l'éviter, il avait conduit tous ceux qui avaient accepté de le suivre, aussi bien des moines et que des laïcs, dans le sud de l'Inde. Quelques années après que la famine ait disparu, Bhadrabahu retourna au nord pour constater que, durant son absence, la vie monastique était devenue corrompue. Les moines portaient de longues robes blanches au lieu d'aller « habillés de ciel », ou « d'espace », autrement dit nus. La pratique de la nudité était, et reste toujours actuellement, un refus d'accéder au désir de protection et de confort du corps, une pratique suivie seulement par les moines jaïns et non pas par les laïcs.

Bhadrabahu s'opposa avec force à la faiblesse qui avait conduit les moines à porter des habits. Les moines qui continuèrent à porter les robes blanches prirent le nom de Svetambaras (« vêtus de blanc ») tandis que ceux qui continuèrent à ne rien porter se nommèrent Digambaras (« vêtus de ciel » ou « vêtus d'espace »). Les deux groupes sont demeurés séparés à ce jour.

Les Svetambaras croient à l'égalité des sexes, tandis que les Digambaras prétendent que les femmes ne peuvent pas atteindre la moksha. Elles doivent renaître en tant qu'homme afin d'être en position d'y prétendre. Les Digambaras excluent ainsi les femmes de leurs ordres monastiques, alors que les Svetambaras ont des couvents pour les femmes qui choisissent une haute vie spirituelle.

Les moines Digambaras sont probablement les gymnosophes dont parlent les Grecs après l'expédition d'Alexandre le Grand en Inde.


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