*Le Yoga de Patanjali - unisson06
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Le yoga de Patanjali
Thérapie psycho-corporelle de l'hindouisme

 

Philosophe indien (1er siècle), il fut le premier à rénover l'ancienne tradition du Yoga hindou et tenta d'établir un corpus structuré de ces pratiques psycho corporelles.

Concepts thérapeutiques

La yogathérapie en général et précisément ici celle de Patanjali, se base en partie sur la philosophie hindouiste est spécialement sur la médecine traditionnelle de l'Inde, appelée Ayurvéda. L'Ayurvéda est un système médical holistique considéré comme le plus ancien de l'histoire humaine par les anthropologues. Cette science holistique cherche à guérir la personne en l'aidant à retrouver un équilibre psycho corporelle, la cause de la maladie étant le malade et non la maladie elle-même. En ce sens, elle rejoint les approches modernes de la psychosomatique occidentale.   La médecine ayurvédique utilise l'approche symbolique pour tenter de comprendre la maladie psychique et physique. Chaque personnalité ayant une symbolique liée à un élément primordial, l'espace et l'air, le feu, l'eau et la terre. On retrouvera en occident une branche de la psychologie fondée par René le Senne, appelée la caractérologie qui mettra en place une classification des types psychologiques de l'humain. Par la suite C. G. Jung, Henri Wallon et Wilhelm Reich étudièrent eux aussi ce sujet. Dans la médecine Ayurvédique, la typologie s'étend à l'aspect biologique, physique et psychique de l'humain. C'est une approche holistique et non mécaniste, l'humain étant un tout en adéquation avec ces parties constituantes.   La yogathérapie est basée sur un système énergétique complexe où l'énergie vitale appelée Prana circulerait dans des canaux de transmission, les nadis, et serait captée par le biais de centre énergétique, nommés chakras. Ces concepts énergétiques sont très similaires à ceux de la médecine chinoise, notamment l'acupuncture que nous verrons plus loin. Le prana, ou énergie vitale proche de l'orgone de Reich, serait une énergie bioélectrique qui circule dans les structures atomiques du vivant. En effet, la physique moderne nous prouve les rôles conducteurs des corps solides et organiques. L'humain, comme tout corps est soumis à ces influences électromagnétiques, celles-ci pénétrant son corps extrêmement conducteur. Dans notre quotidien, nous baignons dans des champs d'énergie générés par diverses sources : électrique, électromagnétique, solaire, gravitationnelle, galvanique et autres. Cette énergie permettrait la bonne régulation chimico-organique du corps humain quand celle-ci ne rencontre pas d'obstacles créés en générale par des troubles psychiques. On sait aujourd'hui l'importance de la psyché sur les causes des maladies organiques et le rôle de l'influx nerveux sur les organes qu'il influence. Des études menées à l'institut International de Biophysiques en Allemagne par le physicien Fritz Popp ont démontré expérimentalement que les cellules du corps humain communiqueraient entre elles par ondes lumineuses, comme des informations-messages. Rupert Sheldrake, éminent biologiste de l'université de Cambridge découvrit ce qu'il nomma les champs morphogénétiques, des champs énergétiques à l'origine de l'organisation de la matière. Des études en laboratoires attestent que ces champs impliqueraient une modification du comportement des végétaux, des animaux et des êtres humains. Nous allons voir que l'approche psycho-corporelle du Yoga prend en considération de manière intuitive ces découvertes très récentes de la science moderne.   Dans l'approche yoguique, les chakras sont les principaux centres énergétiques par lesquels le corps échange son énergie bioélectrique avec l'énergie électromagnétique de l'environnement. Ces centres d'entrée et de sortie de l'énergie sont symbolisés par des fleurs fermées ou ouvertes en fonction du degré d'évolution du pratiquant. Les chakras sont au nombre de sept, chacun ayant une localisation spécifique, l'énergie parcourant un réseau énergétique vertical de bas en haut. Ces zones énergétiques rappellent les travaux de Reich sur les anneaux musculo-caractériels et les sept plexus. Au sein de toutes formes de névrose, Reich découvre une répression des besoins sexuels et cela dés l'enfance. Selon le moment et l'intensité de la répression des besoins pulsionnels par l'entourage de l'enfant, se constituent les différentes structures caractérielles qu'il appellera : les « cuirasses caractérielle » . Comme il le défini lui-même : «  La cuirasse caractérielle est une stratification, une sorte d'enkystement de toutes les expériences passées, de toutes les forces de défense mises en place par le sujet, c'est la forteresse derrière laquelle chacun se retranche pour organiser ses résistances. » Proche de l'approche Reichienne, le système des chakras représente sept zones où des blocages bioénergétique peuvent survenir à cause de blocages psychiques de la circulation de l'énergie du coccyx au sommet du crâne. Ces blocages sont responsables de troubles neurovégétatifs et de maladies psychosomatiques.  


Le Yoga

Le Yoga est avant tout une voie de développement intérieur qui utilise le corps pour développer l'esprit. L'accent est mis sur les exercices physiologiques, moins sur les exercices psychologiques. Assez proche en partie de la méthode du training autogène de Schultz, le yoga permet d'obtenir une meilleure intégration du schéma corporel et une plus grande maîtrise tonico-émotionnelle. Mais le Yoga diffère de la technique de Schultz dans le sens ou il respecte les résistances et ne substitue pas par la suggestion la volonté du praticien à celle du patient. Proche de la psychanalyse sur ce point, le Yoga tente de rétablir l'autorégulation chez l'individu dont le développement est troublé. En Yoga, la détente n'est pas un processus dynamique mais il se rapproche plus de l'eutonie que définit Gerda Alexander. Au lieu de rechercher une diminution du tonus musculaire, le but de la pratique est d'obtenir le juste degré de tension nécessaire à l'exécution d'un exercice. On met l'accent sur le ressenti de la perception précédant le ressenti de la tonicité, permettant ainsi de différencier le schéma corporel et la conscience du corps propre. On connaît l'importance majeure du vécu corporel chez le malade mental, la brusquerie et l'irrégularité des mouvements de la posture. Ces troubles de l'action étant le résultat de traumas antérieurs dont le corps se fait l'écho. Le Yoga permet d'agir dans le sens de la restructuration du champ corporel chez des sujets présentant un début de symptômes psychosomatiques. Les exercices du Yoga s'adaptent au cas par cas en fonction du problème décelé. Des exercices de décentration/centration de la posture permettent une structuration de la frontière entre la représentation de soi et le monde extérieur. Il existe des postures de renversements de la station verticale, couchées, pliées etc. toutes ces variétés ayant un sens bien précis dans la reconstruction de l'individu.  

Le Yoga, bien que méthode thérapeutique est aussi une voie de connaissance de soi et d'évolution personnelle. Jung ayant étudié le Yoga dans son processus thérapeutique et évolutif énonce ceci  : « les rapports avec l'objet s'introvertissent et, privés de leur valeur, plongent dans l'inconscient où ils peuvent contracter de nouvelles associations avec d'autres contenus inconscients et, une fois terminé l'exercice, reparaître dans l'objet. Le changement de perspective à l'égard de l'objet donne à ce dernier un nouvel aspect. Il est comme recréé ». Jung met ici l'accent sur les relations du Yoga avec l'inconscient. Redécouvert par Freud pour l'occident, l'inconscient était connu de l'orient depuis de nombreux siècles. Patanjali dans son approche du Yoga décrit l'existence humaine comme une actualisation continue de l'inconscient (appelé vasanas) par le moyen d'expériences diverses. Pour lui comme pour Freud, l'inconscient est responsable de bons nombres de troubles affectant l'humain. Mais l'inconscient du Yoga à la différence de l'inconscient freudien n'est pas lié uniquement à la libido, le Yoga pense qu'il est possible de dépasser les potentialités inconscientes grâce aux exercices d'unification de différents états de conscience. Dans cette direction l'exercice du Yoga est méditatif, le pratiquant concentre son attention sur un objet afin d'obtenir l'apaisement du flux psychomental, la dispersion des volitions émanant de l'inconscient afin de comprendre l'émanation de ces automatismes mentaux. Le Yoga propose huit typologie d'exercices, ayant des objectifs différents mais articulés entre eux de manière cohérente afin de composer une voie de développement intérieur progressif. On y trouve des exercices de respiration (pranayama), de méditation assise (dhyana, dont s'est inspiré le bouddhisme), de concentration sur des notions philosophiques, de compréhension des volitions mentales inconscientes et le travail des postures. Mais aussi, - ce qui nous intéresse dans ce travail de recherche - des exercices permettant l'accès à des états supérieurs de conscience. On voit bien dans ce que nous avons mentionné plus haut l'étendue holistique du Yoga dans son approche psychothérapeutique. Il existe des exercices de Yoga physique, philosophique, psychosomatique et transpersonnel. Ce sont ces derniers types d'exercices que nous allons explorer à présent.

On a vu que le Yoga pouvait avoir des avantages thérapeutiques considérables, des études scientifiques réalisées par le département de psychiatrie de Copenhague établissent que le Yoga permet d'abaisser le métabolisme, relaxer les muscles, réguler les systèmes respiratoires et endocriniens, amenant un état d'apaisement mental favorable à la santé. Mais aussi il peut ralentir de manière significative les rythmes cérébraux, permettant de la sorte une diminution de la suragitation mentale, cause de nombres de pathologies psychiques. C'est précisément dans la transformation du rythme cérébral de veille (onde bêta) en rythme cérébral du sommeil (ondes alpha et thêta), tout en maintenant l'état de veille que le pratiquant peut accéder à un élargissement de la conscience pure (conscience consciente d'elle-même). Cet état permet au pratiquant de comprendre les mécanismes mis en place par le mental et l'ego, de voir plus clairement le jeu de l'inconscient et d'affiner la connaissance de son individualité. Une technique propre au Yoga est celle de la montée de la Kundalini, du centre énergétique (chakra) inférieur au centre supérieur.

Il existerait trois centres inférieurs et quatre centres supérieurs, comme nous les avons vu plus haut, chacun correspondant à un degré d'évolution bio, psycho et spirituel. Cette hiérarchie évolutive semble rappeler la pyramide des besoins d'Abraham Maslow, en effet, les trois premiers centres possèdent les rôles suivants :

•  Le premier situé autour de la région anale, est celui de la sécurité et de l'instinct de conservation. De la peur incontrôlable dont la première manifestation est la défécation, la crainte d'être attaqué par derrière, exprimée en psychanalyse par le caractère sadique-anal.

•  Le second centre est relié à la sexualité, à la recherche du plaisir sexuel et la conservation de l'espèce, c'est le chakra de la libido. L'individu active ce centre lorsque la peur d'être attaqué (besoin de sécurité) est désactivée.

•  Le troisième centre se situe à la hauteur du plexus solaire, ce centre est considéré comme celui du pouvoir du moi et l'alternance domination/soumission de celui-ci, son dépassement étant l'accession à un esprit de coopération au détriment de l'esprit de compétition.

D'après Jung qui étudia le système des chakras, une grande majorité d'individu concentreraient leur niveau d'activité principalement autour des centres inférieurs (agressivité, pulsion sexuelle et égocentrisme). Dans le yoga, le passage des centres inférieurs aux centres supérieurs ce nomme « le saut du cœur », en terme psychologique il est identifié par le « lâcher prise ». Une attitude mentale caractérisée par le non attachement égotiste, la détente intérieure, la lucidité vis-à-vis des événements extérieurs, l'apaisement des tensions engendrées par les frustrations et le développement du sens de la coopération et de l'entraide. Ce saut du cœur amène le pratiquant à l'ouverture du quatrième centre d'énergie.

•  Le quatrième centre est celui de l'amour non-objectal. Il se situe dans la zone du cœur et des poumons. Ce centre est le point de rencontre entre les zones instinctives représentées par les trois premiers centres et les zone supérieures des trois derniers chakras. Reich et Lowen ont exposé que des individus schizoïdes avaient tendance à respirer uniquement par le thorax et bloquer la respiration abdominale, afin d'empêcher la montée des pulsions primitives. Une respiration abdominale ample et profonde reflète une intégration des propriétés instinctives de l'être et un déplacement de l'énergie vitale dans les centres supérieurs.

•  Le cinquième chakra est celui de la créativité, il est situé au niveau de la gorge, lieu de passage des aliments, de l'eau, de l'air, et donc lieu de l'inspiration philosophique et artistique, lieu de la parole et du chant.

•  Le sixième centre est celui de la connaissance intuitive, il se situe entre les deux sourcils, il est le centre de la vision holistique de soi, la vision des illusions du mental.

•  Le septième est dernier chakra est celui de l'état transpersonnel, il se situe sur le sommet du crâne, au-dessus de la fontanelle. Le pratiquant ayant activé tous ses centres antérieurs atteint ainsi le sommet de son évolution personnelle. Ce centre est celui de la compréhension du cerveau gauche et droit et de leur union complémentaire, leur unification dans le but du développement total de l'être.

Jung remarqua qu'à travers l'éveil de la Kundalini (énergie vitale) se rassemblaient des niveaux plus profonds (par rapport à la conscience ordinaire de veille) de l'être par le mouvement du soi inconscient. Le système des chakras n'est pas une construction artificielle de l'humain en parties isolées, mais un système intégré agissant en synergie avec d'autres sous-systèmes. Chaque chakras a une influence sur les autres. Les trois premiers centres inférieurs, peuvent freiner l'évolution de l'humain, mais assurent sa survie. Les quatre centres supérieurs tendent à accélérer cette évolution. La montée de la Kundalini est réalisée progressivement par la compréhension et le détachement de la dualité propre à chaque chakra. La Kundalini passe par ces centres comportant chacun leur archétype et symbolisme, jusqu'à son somment, le septième chakra. Arrivé à ce stade, le pratiquant développe une compréhension holistique de lui-même et de son action, sa conscience s'élargie à de perceptions plus subtiles. Cette acuité atteinte lui permet d'intégrer de nouveaux schèmes de comportement, axés sur la coopération et l'entraide, comprenant ainsi l'unicité du phénomène au cœur de la psyché humaine.

          


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