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La Mystique Chrétienne

par Sylvain

Parmi les religions, le christianisme officiel peut apparaître comme une doctrine d'un niveau d'élévation spirituelle relativement bas : elle n'a pas le charme esthétique de l'islam, ni la puissance spirituelle du bouddhisme – qui soi dit en passant reste la seule religion dont l'enseignement est exempt de croyances dualistes. Pourtant il n'en a pas toujours été ainsi. Non, la religion chrétienne n'a pas toujours été un instrument d'ignorance et de manipulation des masses en Europe et dans le monde, et son enseignement est allé bien au-delà des multiples retranscription des évangiles au grès des ambitions politico-religieuses des régnants.

En effet, jusqu'au 3eme siècle les chrétiens croyaient fermement en la réincarnation, en fait jusqu'à la mise en place de l'ordre ecclésiastique, on peut imaginer aisément la véritable version de l'enseignement christique sans ses déformations évangéliques qui le caractérise tristement : en effet il devait être certainement proche de celui du Bouddha ou de Krishnamurti. Imaginez un instant Jésus prôner le lâcher prise… en plus ça n'est pas du tout incompatible avec le simpliste « je tends l'autre joue ». Mais c'est sans compter que cette nouvelle profondeur aurait sûrement contrarié les projets des croisés et, osons le dire, de la noblesse. Sans compter également avec le niveau spirituel des gens de l'époque, qui nécessitait un discours adapté de toutes façons.

Mais qui sont donc alors ces mystiques chrétiens qui oeuvrèrent dans l'ombre bien après le 3eme siècle ? En reste t'il des traces aujourd'hui ? Pour quelle raison ont-ils été supprimés ?


Les Gnostiques

La raison principale de l'éradication progressive des différentes loges mystiques tient principalement au danger que représentait l'enseignement prodigué par ces gens : pas assez proche de l'église et de ses malversations, pratiques jugées ésotériques et blasphématoires, recherche de la vérité… Est-il utile de rappeler que Jésus Christ était un grand mystique ?

Mais les gnostiques n'eurent pas le pouvoir de détruire les temples après leur éradication pour les raisons susmentionnées. Les origines du mysticisme sont assez mystérieuses :

(source : www.philagora.net )

Il apparaît dès la fin du premier siècle comme interprétation des textes qui sont à l'origine du christianisme. Ces interprétations sont la conséquence de la langue grecque employée par Saint Paul et Saint Jean pour traduire la pensée sémite: ces textes insistent sur l'importance de la grâce sans laquelle la nature ne peut s'élever à Dieu: l'esprit grec, esprit de lumière (le soleil est l'analogon du Bien) et le Timée de Platon, avec son démiurge qui organise le monde malgré la matière, imprègnent la langue grecque qui exprime mal la pensée juive et se prête donc aux interprétations.

Le Gnosticisme fasciné par la lumière et ce qu'elle permet de distinguer, sépare radicalement, à la racine, Dieu et le monde puisque le monde de la matière semble s'opposer au monde l'esprit comme le devenir à l'être, comme le Mal au Bien. Cette distinction devient scission au point qu'il devient impensable que Dieu soit directement créateur du désordre et du mal. La réalité du mal implique le règne d'un prince ennemi de Dieu et lui même capable de création: c'est le prince des ténèbres.

Le Dieu de lumière ne pouvant être créateur des ténèbres, ce sont des puissances qui ne connaissent pas Dieu (tel le Yahvé de la Bible) qui ont créé le monde et le gouvernent. Il faut comprendre que, pour la gnose, le Dieu de l'Ancien Testament n'est qu'un ange déchu et que le dualisme du Gnosticisme n'est pas absolu puisque Dieu reste à l'origine de tout. Si le Dieu de l'Ancien Testament est réduit à une puissance inférieure aveugle, il n'a pas de prééminence sur les autres puissances infernales: les gnostiques ne voient aucun inconvénient à s'ouvrir à d'autres puissances inférieures issues des mystères grecs ou des religions orientales : 
c'est le syncrétisme ou mélange des systèmes, une sorte d'éclectisme, dont la gnose se glorifie. Une conséquence capitale d'une telle doctrine c'est l'abandon du monde à son triste sort puisque Dieu n'agit pas directement dans ce monde: cela lui assure d'ailleurs l'innocence. Mais, ni le bien ni le salut ne sont de ce monde. Seule la Gnose par la connaissance surnaturelle peut sauver l'homme du malheur de la matière. La mort est une issue.

(...)

De cet enseignement découlent aujourd'hui des sectes malheureusement assez dangereuses se revendiquant d'un certain Samael Aun Weor… Alors ne vous laissez pas abuser par le terme « Gnose ». On en retire surtout aujourd'hui le mot « agnostique » qui signifie littéralement « celui qui ne sait pas » en opposition à l'athéisme qui nie toute possibilité de Divin. Néanmoins, l'idéologie de ce mouvement fut renouvelée par la suite par les enseignements suivants.


Les Templiers

L'histoire des templiers est fascinante. Leur apparition date des premiers pèlerinages vers Jérusalem, plus exactement en 1118 sous l'impulsion d'un seigneur champenois. Il faut savoir qu'à cette époque seuls des moines et des paladins de France et de Navarre osaient faire le grand pèlerinage vers Jérusalem (vinrent ensuite Rome et St Jacques de Compostelle), celui ci se révélant assez dangereux. Par la suite des pèlerins issus du Peuple s'engagèrent sur la route de Jérusalem et connurent de nombreuses attaques. C'est pour cette raison qu'un groupe composé de Hugues de Payns, Geoffroy de Saint-Omer et sept compagnons proposa au roi Baudouin II de Jérusalem la protection de la ville ainsi que du chemin qui y menait : il s'agissait de créer une caste de moines soldats dont l'idéologie tenait en ces termes : pauvreté, chasteté, obéissance et protection. Ils créèrent un grand nombre de refuges et de chapelles sur les routes du pèlerinage, et acquirent au fur et à mesure des décennies, beaucoup de richesses et de pouvoir… notamment parce qu'ils n'étaient pas tenus de payer les impôts séculiers tels que la dîme. Ils n'avaient de comptes qu'à rendre au Pape (qui à l'époque résidait encore dans le Royaume de France), sans pour autant avoir à lui obéir, et il garantissait en personne leurs privilèges.

Les templiers étaient en avance sur le temps puisqu'ils servirent rapidement de banque pour les voyageurs qui ne souhaitaient pas faire la route avec leurs biens. Ils percevaient au passage un petit pourcentage… les inventeurs du taux d'intérêt ! Bientôt ils détenèrent 15000 soldats et près de 10000 maisons en Europe. Ils devinrent plus riches que le roi lui-même, qui s'endetta en leur empruntant des sommes astronomiques. Et contre l'avis du Pape Clément V, Philipe le Bel décima l'ordre… mais le trésor ne fut jamais retrouvé, car envoyé à l'étranger par les Templiers avant les massacres de 1307.

Les Templiers étaient plus que de simples comptables. Déjà les historiens estiment qu'au niveau architectural, artistique, communication, science etc. Les templiers étaient en avance de 200 ans sur leur temps. Au niveau spirituel, ils étaient également les gardiens du véritable enseignement du Christ, puisque guidés par l'esprit de la chevalerie : fraternité, compassion et amour. Les références à la quête du graal sont également nombreuses, ainsi que certaines relations avec la mystique égyptienne (par le grand Livre de Thot) et le Soufisme (les fondateurs des templiers les rencontrèrent sur la route de Jérusalem et furent d'ailleurs accusés de trafic avec les musulmans).

Au fil des siècles les résurgences furent nombreuses mais sporadiques (décrites de façon intéressante à cette adresse http://le-gigan.org/othm/histemp3.htm ) Les héritiers du mouvement Templier sont aujourd'hui généralement admis comme étant les Francs Maçons (Ndr : qui feront l'objet d'un dossier spécial) . Mais durant ce laps de temps, trois groupes devraient assurer les plans occultes de l'Ordre. On les nomma Groupe Pouvoir, Groupe Savoir et Groupe Sagesse. De ce dernier est issue l'actuelle résurgence de l'Ordre du Temple. Le Groupe Pouvoir élut domicile à Paris. Son action précise allait permettrede promouvoir la Franc-Maçonnerie. Les idées nouvelles qu'elle lança en Europe, permirent d'aboutir à un basculement de société avec la Révolution Française. Mais n'oublions pas que la Franc-maçonnerie n'était héritière que pour le savoir "temporel" de l'ordre du Temple. Le Groupe Savoir élut domicile à Rome. L'église tendait à prendre une voie matérialiste qui s'éloignait des premiers temps du christianisme. Le Groupe Savoir, ou Fede Santa, permit d'orienter la papauté vers des idées religieuses plus empruntes de spiritualité et de tolérance.

(source www.odvt.org )


Les Cathares

Apparu en France aux alentours du X e siècle et vite considéré comme hérétique, ce mouvement a cependant connu son heure de gloire dans le sud de la France, notamment dans la région du comté de Toulouse et dans tout le pays Occitan ou l'on trouve encore de magnifiques vestiges tel que la citadelle de Montségur. Considérée comme une manifestation de Satan par l'église romaine, leur philosophie est parfois reliée au Manichéisme (enseignement de Mané au IIIeme siècle en Mésopotamie) et au Bogolisme (issus de Bulgarie), sans que l'on puisse toutefois faire des liens indiscutables. Selon Anne breton «le Catharisme fut christianisme sans chapelle, sans statue, christianisme qui refusa toujours d'enfermer dans une parcelle de matière visible la moindre image du sacré» puis «c'est le coeur de l'homme qui est la vraie église de Dieu» . Malgré les apparences le catharisme affirmait un dualisme caractéristique, mais aussi un refus clair et net du dogmatisme de l'église. Les prêtres cathares, eux, avaient choisi la voie du "Je mets en pratique les enseignements de Jésus, aussi faites comme ce que je fais." Ce qui contrastait avec les croisades entreprises à cette époque, ou le sang coula au nom de Dieu et de son fils. La compassion du Christ était alors bien lointaine…

Pour les cathares, tout ce qui découle du matérialisme est relié aux ténèbres et le reste à la lumière. Dès l'origine il y a deux Églises cathare séparées. Ce qui les distingue c'est l'importance donnée au dualisme: les MODERES accordent prééminence à Dieu, les RADICAUX conçoivent les deux principes créateurs comme éternels, sans prééminence de l'un sur l'autre, selon un dualisme radical. Il faut comprendre que pour les Cathares l'enfer n'est pas une punition qui sera donnée aux méchants après le jugement dernier, mais que le jugement a déjà eu lieu: l'enfer c'est le monde.

Le nihilisme cathare ne porte pas sur l'être, qu'il multiplie en donnant une réalité au mal, mais sur les valeurs dont il proclame l'absence pour le monde terrestre. Le catharisme témoigne d'une immense déception des âmes qui attendaient une réforme et peut être le recul du mal par cette réforme. L'incapacité de Rome, l'Église du Christ, à se réformer fait pourrir l'espérance d'améliorer le monde et jaillir l'espoir d'un autre monde. Mais l'espoir est la malédiction du présent et du corps. (source www.philagora.net )

La religion et la philosophie cathare, sont avant tout proches d'un Christianisme primitif et non une déviation du Catholicisme. Un Christianisme spirituel, libre et novateur, non dogmatique. Un Christianisme dissident, composé de pureté, amour, partage, tolérance et de non-violence. L'amour et le respect de toute vie étaient essentiels pour eux. L'homicide, le péché le plus grave, leur était interdit, ainsi que le meurtre des animaux. L'interdiction de tuer et de consommer de la viande, était vue comme une forme de respect envers des êtres sensibles, assez proches de nous ou "des frères mineurs", comme on les appelait chez les Cathares.

Le Clergé Cathare était composé des "parfaits" et des "parfaites"; ils suivaient pour se purifier, une véritable ascèse, avec la prière, le jeûne et la chasteté, et, une alimentation végétalienne stricte. Les simples croyants, par contre, n'étaient pas obligés de mener une vie ascétique ou mystique. Ils devaient simplement participer, au moins, à la vie spirituelle de leur Eglise et méditer les leçons données par les "Bons-hommes" (parfaits), afin de se perfectionner, pour que leur prochaine réincarnationsoit moins mauvaise que l'actuelle. (source www.alianceveg.org )

Les cathares furent décimés sur ordre du Pape Innocent III lors de la terrible croisade Albigeoise du XII e siècle.


Les Rosicruciens

Le mouvement Rose-croix apparaît au XVII e siècle (plus ancien donc que la Franc Maçonnerie). Dans son enseignement, les références directes au christianisme se font de plus en plus diffuses - et quasiment inexistantes chez les Maçonniques, que nous ne considérerons donc pas comme des résurgents directs de la pensée christique. Chez les Rosicruciens, la Connaissance est le principal leitmotiv, autrement dit un retour à la Gnose la plus pure. (en fait ce sont eux qui sont à l'origine de la Franc-maçonnerie comme nous le verrons)

Un lien évident peut-être fait néanmoins avec les Templiers et donc le christianisme quand on voit l'imagerie utilisée : on retrouve la célèbre croix pattée rouge et l'imagerie chevaleresque.

La Philosophie des Rose-croix, suit une voie parallèle à celle des doctrines de l'Eglise. Mais comme elle s'appuie sur la connaissance directe, elle donne des éclaircissements dont la réalité a pu être vérifiée. Elle traite aussi des plans super physiques de la Nature, invisibles aux sens ordinaires, et elle décrit les conditions qui attendent l'homme après la mort, d'après les lois reconnus comme gouvernant les mondes de l'au-delà. Sa devise est : Un intellect équilibré, un coeur compatissant, un corps sain. Le mot d'ordre de la Fraternité est "SERVIR" ; elle enseigne que l'homme possède à l'état latent un sixième sens qui est déjà développé chez quelques uns et qui pourra se manifester chez tous. L'usage de ce sens permettra de percevoir et d'explorer les royaumes super physiques où continuent de vivre ceux que nous appelons les morts se manifester chez tous. (source http://rose-croix.ifrance.com )

 
CONCLUSION

La mystique chrétienne a toujours eu à cœur de se faire gardienne du véritable enseignement christique, bien loin des turpitudes romaines. Cependant certaines sectes modernes prétendent aujourd'hui trouver racines dans ce mysticisme : pour preuve, la profusion des loges se revendiquant du mouvement Rose-croix. Nous verrons dans un prochain dossier la forme moderne de la Gnose occidentale : la Franc Maçonnerie et ses ramifications.


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