*Nagarjuna et la voie du milieu - unisson06
spiritualite laique

Nâgârjuna et la Voie du milieu

La légende le fait naître dans une famille de brahmanes ce qui expliquerait qu'il fut le premier penseur important du bouddhisme à avoir utilisé le sanscrit et non le pâli dans ses écrits. Il fut le plus grand théoricien de la doctrine mādhyamika, la voie du milieu et aurait enseigné à l'université de Nalanda.

Compte tenu de la longueur exceptionnelle que l'on prête à sa vie (plus de 600 ans), il est vraisemblable qu'il y eut plusieurs personnes portant ce nom. On peut cependant le situer vers la fin du IIe siècle par son texte « Lettre à un ami » qu'il aurait adressé au roi Shri Yajnâ de la dynastie Shatavâna. Une légende raconte qu'en offrande au Bouddha, il se serait suicidé en se coupant lui-même la tête.

Une autre tradition rapporte que Nāgārjuna serait allé dans le monde des Nāgās, des divinités serpentiformes, pour leur enseigner le dharma. De là proviendrait son nom : Nāgā - ārjuna, « celui qui subjugue les esprits Nāgās ». Il aurait été amené à demeurer dans ce monde car alors qu'il prêchait la doctrine bouddhiste, son attention fut attiré par des être humains de qui émanaient une aura surnaturelle et un parfum suave, et qui étaient en fait des esprits Nāgās ayant pris l'apparence humaine pour pouvoir suivre son enseignement. Les ayant démasqués, ceux-ci l'invitèrent à venir convertir leurs congénères. Mais le temps dans le monde de ces êtres s'écoule différement que le temps dans le royaume des être humains. Après y avoir résidé quelque temps, il revint dans le monde des humains, mais près de 600 ans c'étaient écoulés depuis son départ !


Influence

Il est compté parmi les quatre-vingt-quatre mahāsiddhas, les « grands magiciens » du bouddhisme tantrique et du lamaïsme. La tradition du bouddhisme Shingon le classe comme son premier patriarche, il aurait reçu directement l'enseignement ésotérique de vajrasattva. Le Zen le considère comme étant son quatorzième patriarche.

L'ouvrage le plus célèbre de Nāgārjuna est le Prajñānāmamūlamadhyamakakārikā, « Les stances-racine de la voie du milieu ». Un grand nombre de textes lui sont attribués.

Sa renommée s'est étendue dans tout le monde bouddhique où il est vénéré sous différents noms : chinois : Long Shu, Long Meng, Long Shen ; japonais : Ryûju, Ryûmyô bosatsu ; tibétain : Klu-sgrub ; pâli : Nāgasena ; mongol : Naganchuna Bakshi.

Histoire de la voie du milieu (Mādhyamika)

Ce concept de voie médiane fut exposé dès le premier sermon du Bouddha, comme intermédiaire entre la complaisance sensuelle et la mortification.

Théoriquement, le Mādhyamika s'inspire aussi de l'idée d'intermédiaire entre éternalisme et nihilisme. La vacuité est à rapprocher des quatorzes questions que Gautama Bouddha laissa sans réponse.

Fondation
L'école est fondée en Inde au IIe siècle ; son fondateur est Nāgārjuna, auteur des Stances du milieu, ouvrage qui s'attache à réfuter nombre d'opinions par l'emploi systématique de la logique :

Ni x
Ni non x
Ni x et non x
Ni x ni non x

Cette logique de réfutation, qui permet de contredire toute attitude intellectuelle, se comprend comme conséquence de la vacuité.

« Le Vainqueur a dit que la vacuité est l'évacuation complète de toutes les opinions. Quant à ceux qui croient en la vacuité, ceux-là, je les déclare incurables. » (Nāgārjuna)

Schismes
Se distinguent le mādhyamika svatantrika, fondé par Bhāvaviveka au VIe siècle du mādhymika prasangika, inspiré par Buddhapālita ( Ve siècle ) et fondé par Chandrakirti au VIe siècle.

Le Mādhyamika est introduit au Tibet au VIIIe siècle par Santaraksita. L'école connait de nouvelles divisions.


L'enseignement Mādhyamika

Base, voie et fruit

La réalité conventionnelle et la réalité ultime (vacuité) étaient toutes deux décrites à l'oigine du boudhdisme. Si le Mādhyamika reprend à son compte cette distinction entre conventionnel et ultime, il la réenviage totalement sous l'angle de l'illusion (voir plus bas). Le Mādhyamika considère que les deux réalités, conventionnelle et absolue :

sont opposées : l'apparence n'est pas la réalité
sont inséparables : les phénomènes sont bel et biens perçus et pourtant bel et bien vides d'existence
sont de même essence : la nature ultime des phénomènes conventionnels est leur vacuité.
Le Mādhyamika rassemble donc ces deux réalités, c'est là la vue qu'il expose, sa base.

La voie consiste

A la pratique méditative et au raisonnement afin de se résoudre à la sagesse, ainsi qu'à l'obtention de mérites (culture des six pāramitā). Le fruit recherché est donc l'obtention du parfait éveil d'un Bouddha.

Illusionisme
Contrairement aux écoles démontrant, sous une réalité conventionnelle, sous l'illsusion d'un Soi, une réalité ultime, l'enseignement Mādhyamika "refuse de dégager une strate réelle sous la strate fictive" (Stéphane Arguillère). La production des phénomènes n'est qu'apparence ; plutôt que de cacher d'autres phénomènes cachés, ces illusions s'avèrent insaisissables.

Le Mādhyamika propose une analyse critique de la production des phénomènes qui amène à relire la coproduction conditionnée. Le point de départ en est la considération du tétralemme suivant, qui pose que tous phénomènes produit l'est :

(1) Soit à partir de lui-même
(2) Soit à partir d'un ou plusieurs autres phénomènes
(3) A partir d'une combinaison de lui-même et d'autres phénomènes
(4) Spontanément, à partir de rien

Ces quatre possibilités posées, toutes les branches du bouddhisme en éliminent trois. L'auto-engendrement (1) est réfuté, car corrolaire de l'éternalisme. Si le phénomène existe déjà, il n'y a pas production. Si le phénomène n'existe pas encore, il ne peut être sa propre cause. La possibilité (3) est donc aussi réfutée, du moins selon la logique de ces écoles. La production à partir de rien (4) est réfutée puisque le monde n'est pas chaotique. C'est donc en général la possibilité (2) qui est acceptée : tout phénomène est produit à partir d'un ou de plusieurs autres phénomènes. Mais ce n'est pas là l'enseignement du Mādhyamika.

Comme la quasi totalité des branches du bouddhisme, celui-ci postule un temps "atomiste", c'est à dire un temps fait d'instants insécables. Selon le Mādhyamika, tout phénomène n'existe qu'un seul et unique instant. Mais la conséquence qui en est tirée et que la production est impossible : si la cause existe, alors la production sera contemporaine - au contraire, si la cause n'existe plus, si la cause est passée, alors elle ne saurait valoir. La production est présentée comme impossible, et la coproduction conditionnée s'avère fictive.

Nāgārjuna écrit dans le Madhyamakakārika :
"Où que ce soit, quelles quelles soient, ni de soi ni d'autrui, ni de l'un ni de l'autre, ni indépendamment de l'un et de l'autre, les choses ne sont jamais produites" (traduction L. Biton)

Sources : Wikipédia

NÂGÂRJUNA
Extraits de "La Lettre à un ami" (Dharma - 1993)


Sachant que les possessions sont éphémères et sans substance
Pratique avec respect la générosité...
Il n'est pas de meilleur ami que le don.

Développe les perfections incommensurables :
La générosité, le respect d'autrui, la patience,
La persévérance, la méditation ainsi que la sagesse,
Et deviens le Vainqueur Souverain
Ayant traversé l'océan de l'existence.

Considère comme des ennemis :
L'avarice, la dissimulation et la tromperie,
L'attachement, l'indolence, l'orgueil et la concupiscence,
L'aversion et la vanité liée au statut social,
à l'apparence physique, au savoir, à la jeunesse et au pouvoir.

Le Puissant proclama l'attention comme la source de l'immortalité
Et l'inattention comme celle de la mort.
C'est pourquoi, afin d'accroître les facteurs positifs,
Cultive sans relâche l'attention respectueuse.

Tu affirmes : "Celui-ci m'a insulté, terrassé, ligoté,
Celui-là m'a dérobé mes biens.
Une telle rancune engendre les querelles,
qui abandonne le ressentiment dormira heureux.

O connaisseur du monde, gains et pertes, plaisirs et douleurs,
Paroles plaisantes et déplaisantes, louanges et blâmes,
Telles sont les huit attaches mondaines.
Sans valeur pour ton esprit, regarde-les sereinement.

Le Puissant a dit que la confiance, la non-nuisance, le don,
L'étude, le respect de soi-même, le respect d'autrui,
Et la sagesse constituent les sept pures richesses.
Reconnais les autres possessions comme insignifiantes.

Le Maître des hommes et des dieux a déclaré
Que de toutes les possessions le contentement est la meilleure
Sois toujours satisfait car celui qui connaît la satisfaction
Même s'il ne possède rien est véritablement riche.

O gracieux roi l'abondance des biens est douloureuse
Mais ceux de faibles désirs n'en sont pas affectés.
C'est pourquoi les souffrances des suprêmes nagas
Sont proportionnelles au nombre de leurs têtes.

Une once de sel modifie la saveur d'un peu d'eau
Mais pas celle du Gange.
De même, de faibles actions nuisibles
ne détruiront pas de vastes racines de bien.

Je ne suis pas au-delà de la maladie, de la vieillesse, de la mort
De la séparation d'avec l'agréable et pas davantage
Du résultat des actes accomplis.
L'antidote constitué par la répétition de cette évidence
Mettra fin à la vanité.

L'existence soumise à de nombreux maux
Est encore plus éphémère qu'une bulle ballottée par le vent.
Quelle notable merveille que d'inspirer après avoir expiré
Et de se réveiller du sommeil !
Ainsi tout est impermanent et dépourvu de substance.
Sans refuge ni protecteur, ni lieu d'attache.

O grand homme, développe le détachement du cycle sans essence
Pareil au bananier sans moelle.
Tu possèdes les quatre grandes roues,
Résider dans un lieu favorable,
S'appuyer sur des êtres saints, être d'une nature religieuse
Et avoir un passé qui pèse en ta faveur.

Le Puissant a déclaré que s'appuyer sur un ami spirituel vertueux
permets l'accomplissement de la vie spirituelle.
Tout comme beaucoup ont obtenu la paix en faisant confiance au Vainqueur.
Remets t'en aux sages.

Même si un feu prenait soudain dans tes vêtements ou sur ta tête
Plutôt que de te préoccuper de l'éteindre
Efforce-toi de mettre fin au devenir.
Il n'y a pas de dessein plus excellent.

Au moyen de l'éthique, de la sagesse et de la méditation réalise
L'au-delà de la souffrance, l'état immaculé de contrôle et de paix
Éternel, immortel, inépuisable, indépendant
De la terre, de l'eau, du feu, de l'air, de la lune et du soleil.

L'attention, la discrimination entre les phénomènes, la persévérance,
la joie, l'adaptabilité, l'absorption et l'équanimité
sont les sept branches de l'Éveil,
La collection de vertus, cause de l'obtention du nirvana.

Il n'y a pas de méditation sans sagesse
Ni de sagesse sans concentration.
Pour qui possède les deux, l'océan du devenir
Devient semblable à l'empreinte d'un bœuf dans l'eau.

La vue juste, le mode de vie juste, l'effort juste,
L'attention juste, la concentration juste, la parole juste, l'activité juste,
Et la juste contemplation sont les huit membre de la voie,
médite les afin d'accéder à la paix.

Le Vainqueur transcendant déclara l'esprit comme la racine de la vertu
Telle est l'instruction bénéfique fondamentale.
O intrépide, quel besoin d'en dire plus ?
Maîtrise-le !

Réjouis-toi des vertus de tous les êtres vivants
Et dédie-toi entièrement à l'obtention de la bouddhéité ...
Puis secours de nombreux êtres affligés
Au moyen de l'activité du puissant et miséricordieux Avalokiteshvara.

Ayant répandu sur terre, dans l'espace et dans les régions célestes
La gloire immaculée de la sagesse, de l'éthique et de la générosité,
Pacifie entièrement les délices des hommes et des dieux ...
Consume la peur, la naissance et la mort
De la multitude des êtres soumis aux perturbations
Et parachève l'état du Puissant Vainqueur, état sans faille,
sans nature propre, transcendant, immortel et paisible.



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