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Croyance et connaissance

par Michael

 

On a souvent opposé, au sein des religions occidentales et du christianisme doctrinal en particulier, la notion de croyance et de connaissance. Ce conflit remonte historiquement à l'époque de l'établissement du dogme chrétien et des conflits entre groupements, dès les premiers siècles du christianisme. On a vu apparaître d'un côté ceux qui défendaient une accession à la libération, au salut par le biais de la connaissance intérieure, à savoir principalement les chrétiens gnostiques. Et de l'autre, les fondateurs du catholicisme romain qui voulaient répandre leur doctrine dans le monde et qui ont ainsi délaissé une partie initiatique qui était moins accessible aux masses.

Nous avons vu ainsi la croyance devenir l'essentiel de la doctrine et peu à peu délaisser les aspects plus intérieurs, relégués à quelques mystiques ou à des moines et ermites au fin fond de leur retraite. En attendant, le peuple n'avait pour seule voie de salut qu'une croyance ; cette croyance a son importance sur le plan méditatif. Dans les spiritualités orientales ou dans certaines voies initiatiques occidentales, il est reconnu que la croyance a son utilité pour élever la spiritualité de l'être. Mais cette croyance est juste un outil de méditation et non une réalité, c'est un moyen et non une fin. La croyance est une idée que l'esprit utilise pour se connecter à quelque chose de supérieur, au divin. Par exemple en Inde prier une divinité, s'identifier à ses aspects symboliques est un exercice de méditation qui consiste en l'élévation du dévot vers la qualité spirituelle de l'être qu'il déifie. Si le dévot souhaite travailler en lui l'aspect compassionnel, il va faire des offrandes, prier et s'identifier à la divinité qui arbore ces attributs. Mais à un certain niveau de compréhension, on sait bien que la divinité n'est qu'une statue de pierre, qu'elle est un symbole, un archétype d'un des aspects de la source de toutes choses.

En occident chrétien on a moins clarifié cela, on a eu cette tendance à croire que la révélation christique épargnait le fidèle d'un travail plus profond. On a eu crut que croire en Jésus-Christ était en fait uniquement nécessaire au salut. Il y a ici une incompréhension du processus initiatique menant à l'éveil, le salut véritable. Toutes les spiritualités évoluées ont énoncé que la croyance était un outil pour démarrer le chemin, mais qu'ensuite il fallait délaisser son aspect illusoire pour apprendre à connaître directement par soi-même et au-dedans de soi-même. En occident, les voies exotériques et ésotériques n'ont pas toujours été en harmonie, en comparaison de l'orient qui a su conserver encore aujourd'hui une alchimie entre les différents niveaux de compréhension.


Qu'est-ce que croire ?

Concrètement, une croyance est une idée, un concept du divin, une forme culturellement adaptée pour un fond, une impulsion que l'on retrouve partout sur le globe. Tant que cette croyance est modérée et comprise comme un outil de méditation et non l'absolu même, il n'y a pas de problème. Mais dès que l'ego s'identifie à cette croyance, il y a crispation, peur, souffrance et colère.

Une croyance n'a jamais amené à l'éveil, au salut véritable car elle ne le peut pas. Une idée de Dieu, n'est pas Dieu, tout comme le doigt qui indique la lune n'est pas la lune même. Les éveillés ont toujours exhorté leur disciples au dépassement du voile des croyances, car la réalité, Dieu, se trouve précisément par delà les illusions créées par le mental/ego.

Je ne sais pas si les croyants sont très conscient de ce qu'est leur croyance, ils croient mais ne savent pas vraiment pourquoi. Ils croient aussi et surtout parce que c'est la seule chose qu'ils connaissent de Dieu, c'est un conditionnement en somme. Il suffit de leur apprendre autre chose et ils s'en libéreront réellement, tendant vers le salut véritable, celui qui transforme de l'intérieur.

La croyance ne peut pas vous épanouir, elle ne peut pas vous permettre d'arrêter d'être dépendant de la cigarette, ni d'être libéré de vos phobies ou de vos frustrations. Beaucoup de croyants sont dans un état psychologique qui n'est pas fameux, car ils croient que la croyance va arranger tout cela, mais ça ne fonctionne pas de manière constante. La croyance, poussée à l'extrême, voile totalement l'esprit, elle devient une obsession et tourne tristement au fanatisme. On peut comprendre pourquoi le fanatique n'est pas un être foncièrement mauvais. En effet, il cherche un chemin de libération, mais comme on ne lui propose que des croyances il pense que plus il va croire, plus il sera libéré. Mais, faisant cela, il n'arrive toujours pas à s'épanouir, car la vie remet sans cesse en question ses croyances. Alors, il se cristallise définitivement et se ferme à tout ce qui peut l'amener à une remise en question, à une ouverture sur le réel.

Croire uniquement amène aussi à une certaine déliquescence de l'être, en particulier le dogme chrétien qui a établit, pour pouvoir se propager, que juste croire que Jésus et le sauveur suffit au salut. De la sorte, regardons notre société occidentale : chacun peut mener une vie dénuée de bonté, de profondeur intérieure, être un exploiteur, un égoïste dominateur et juste avant sa mort faire venir le prêtre et s'en est terminé. Ce mode de pensée a été la source de la décadence des mœurs en occident. Ceci n'a pas favorisé le travail intérieur ; à quoi bon, puisque si je crois que Jésus est mon sauveur cela suffira. Cette perception infantile ne peut mener qu'à plus de confusion ; seul l'ego fonctionne de manière si puérile. Un être mur spirituellement refuse un tel aveuglement, car il sait que la libération n'est pas extérieure à lui en voilant son être d'un concept, mais qu'il possède en lui un potentiel de libération latent.

Croire ne sera donc jamais connaître ; la connaissance de soi s'acquiert par un véritable travail intérieur et non par une simple petite prière par-ci par-là tout en ne se changeant pas intérieurement. On fond, la plupart des croyants vont à l'église ou autre comme ils vont chez le médecin, c'est-à-dire seulement quand il y a une maladie. Alors qu'il existe tout un travail de prévention qui est le plus important, aussi bien pour éviter de tomber malade en ce qui concerne le corps physique, mais aussi concernant l'âme. Le chemin spirituel est un chemin préventif, qui prépare et fait évoluer l'être afin de le rendre libre et autonome.

Il y a une différence considérable entre un être qui s'observe, médite, apprend à s'élever sans cesse chaque jour et un autre qui ne fait rien ou peu de chose et attend sa rédemption dans la paresse et la léthargie intérieure. N'y a-t-il pas une incohérence à vouloir maintenir les masses dans l'ignorance, les infantiliser en leur disant de se soumettre à une idée pour être libéré ?

Dans notre société moderne où le travail intérieur n'est pas valorisé, rien d'étonnant que les religions soient devenues des prêt à croire que l'on utilise comme un médicament pour une dépression. Alors que, comme une dépression psychique, les troubles de l'âme peuvent être compris et dépassés par un chemin profond et non par une béquille chimique ou idéologique.

On parle de charité, on se gargarise de nos belles œuvres au nom de notre concept de Dieu, mais nous faisons toujours cela par intérêt. Nous voulons que notre foi soit reconnue la meilleure, nous voulons donner du pain en échange d'une conversion. Nous voulons nous répandre pour nous rassurer d'être les seuls à mourir dignement. Est-ce cela la vraie religion ; relier les êtres est-ce les lier, les enchaîner et les priver de leur liberté de conscience fondamentale ?

Pourquoi tant d'hypocrisie ?

Comment en sommes-nous arrivé là ?

Je vous laisse le soin de méditer à ces questions …

Il existe, certes, des croyants sincères oui, mais eux-mêmes sont restreints à ce qu'ils connaissent du chemin spirituel. Si ces croyants pouvaient être mis en présence d'un véritable enseignement libérateur, nul doute qu'ils l'arpenteraient avec enthousiasme. D'ailleurs, la majeure partie des êtres, pour ne pas dire tous, ont en eux cette impulsion vers la connaissance de soi, mais ont leur a tellement fait peur qu'ils n'osent pas. Il suffit donc de les en libérer et ce texte est destiné aussi à cela, afin d'ouvrir les portes de la perception.

Toutes les croyances ne cristallisent pas de la même manière, cela en fonction du degré d'ouverture de chacune. Dire que seul mon peuple est divin est bien entendu une croyance plus restrictive que de croire que la réincarnation est universelle et libre. Donc, même dans le domaine des croyances il y a des niveaux de conscience, l'essentiel étant de comprendre la nature de la conscience. Car seule la connaissance de soi peut amener à un salut, une libération stable et effective. On reconnaît un arbre à ses fruits, et tous les êtres qui ont suivi un chemin de connaissance intérieure sont devenus plus libres, plus heureux et en paix avec les autres, car en paix avec eux-mêmes.

Qu'est-ce que la connaissance ?

Tout d'abord, une distinction qui paraît importante : différencier le savoir et la connaissance. Le savoir est relié à l'intellect, c'est une accumulation de données, d'images, de pensées, de concepts qui ne sont pas les nôtres ; ils n'ont pas été vécus expérimentalement de manière directe, c'est un savoir de seconde main. Ce savoir livresque n'est pas fiable à 100%, car un livre peut être réécrit, manipulé. Un savoir intellectuel que l'on accumule est au fond proche de la croyance dans son fonctionnement. Nous acceptons le développement d'un autre, en tout cas ce que l'on en comprend ou bien ce que l'auteur veut nous en faire comprendre, mais qu'avons expérimenté par nous-même, que connaissons nous réellement ?

La connaissance dont nous parlons est une perception directe par l'expérimentation. On peut vous décrire merveilleusement un coucher de soleil, cela ne vaudra jamais le fait de le vivre réellement. Pour toutes choses, ceci est valable ; tout ce qui se rapporte à l'être est indépendant des choses extérieures à lui.

Une des preuves que le chemin de connaissance est bien supérieur au chemin de croyance réside dans cette citation des évangiles : « On reconnaît un arbre à ses fruits ».

Aujourd'hui la science réductionniste se veut la gardienne de la connaissance et la religion la gardienne de la croyance. Chacun ayant fait un compromis avec l'autre ce qui nous a ainsi tous plongé dans une sorte de schizophrénie existentielle. Ainsi on peut voir des scientifiques ultra cartésiens la semaine, qui vont à l'église le dimanche matin et qui disent que leur activité professionnelle n'a rien à voir avec leur croyance. Je veux bien qu'un boulanger puisse dire cela, car faire des pains au lait n'a pas autorité sur la manière dont les gens doivent voir le monde. Mais un scientifique, de par son statut de leader d'opinion, d'autorité respectée par les citoyens, se doit d'être plus cohérent dans sa démarche. Un scientifique n'a pas un job comme un autre, il influence la perception des gens par l'autorité qu'il représente.

Tout comme le prêtre, il ne peut honnêtement avoir ses croyances d'un côté et s'intéresser à la science qui forcément, de part son fondement rationnel, met en doute ses croyances infondées. Mais pourtant, il semblerait que chacun se soit habitué à cette schizophrénie de l'être, au maintien de la dualité nécessaire à l'ego, vu qu'il s'en nourrit pour se donner l'impression d'être important. A une époque l'église, pour se protéger de la remise en question, avait dit que la science était garante du « Comment  » et la religion du « Pourquoi » . Mais personne ne s'est vraiment poser la question si à tout hasard la vie est un tout, et que le pourquoi et le comment sont indissociables. Quand on se questionne sur soi on utilise le « Comment » et le « Pourquoi » .» afin que le cheminement soit complet. Mais si on restreint le « Pourquoi » à une idéologie sectaire ou à une perception réductionniste le « Comment  », et bien, nul doute que notre compréhension de nous-même et du monde soit incomplète et mène à l'insatisfaction …

Les voies initiatiques ont toujours existé dans le but d'amener l'humain à l'unité. Le « Pourquoi » et « Comment  » sont toutes les deux étudiées et unifiées ; c'est pour cela que la spiritualité devient une science et que la science devient une spiritualité. C'est-à-dire qu'esprit et matière ne sont plus dissociés ; ainsi la schizophrénie cesse et apparaît l'unification, la libération de la dualité créée par le mental/ego.

Un être sur le chemin d'une voie initiatique, de connaissance directe ne porte pas attention aux excès provenant de la dualité, il les observe, en apprend et tente de trouver une voie de reliance au-dedans de lui. S'il a besoin de croyances au début de son chemin, il sait qu'il les utilise comme des outils pour l'aider à s'élever vers une dimension supérieure. Et il sait qu'une fois ancré dans la présence intérieure, ses croyances ne sont plus nécessaires, car il sait. Il n'appréhende pas non plus le monde en tant qu'objet d'analyse à disséquer, il comprend le monde tel qu'il est, de manière globale. Savoir comment l'organe physique du cœur est fait l'intéresse, mais il sait que ce savoir intellectuel ne lui permettra pas de vivre l'amour, qui est en essence au-delà du mental et de l'ego.

En ce sens il voit dans ce monde dualiste un piège pour l'humain qui est leurré par les créations du menteur, le mental. Il sait que la spiritualité n'est pas une illusion, une croyance dogmatique grossière qu'on tente d'imposer car l'on sait qu'elle n'a pas de réalité. Le chemin vers l'absolu est structuré, les étapes détaillées, éprouvées par des milliers de chercheurs depuis des siècles. Il refuse donc de croire sans connaître, il refuse aussi de savoir sans connaître. En ce sens, il ne perçoit que ce qu'il peut expérimenter directement et non un savoir de seconde main qui est extérieur à lui, et ainsi il est libre de la malveillance des hommes de pouvoir qui falsifie au grès de leurs intérêts …

Pour le moment, la science dualiste ne l'aime pas, car il la pousse à remettre en cause une perception réductionniste et mécaniste de l'humain et du monde, l'amenant à plus d'implication humaine dans ses recherches, à déverser la sagesse de l'esprit dans le laboratoire.

Pour le moment, la religion dualiste ne l'aime pas, car il la pousse à remettre en cause une perception fantasmagorique et fixiste de l'humain et du monde, l'amenant à plus de cohérence, de raison dans sa démarche, à permettre au réel d'être ce qu'il est : la réalité du présent et non les projections dans l'illusion passée ou future.

Mais la science et la religion peuvent apprendre à l'aimer si elles comprennent qu'il n'est pas la pour s'imposer, mais juste être et partager son chemin. Il souhaite libérer l'humain de sa prison mentale et unifier, dans la paix , le monde. Il souhaite réconcilier science et religion, et les faire avancer main dans la main, quand celles-ci auront délaissé leur prétention au pouvoir et qu'elles avanceront sous un même ciel. Les temps arrivent peut être, qui sait …

 


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