*Psychisme et transpersonnel - unisson06
spiritualite - unisson06
 

Psychisme et transpersonnel
(article publié dans la newsletter de l'association U N E F P E)

par Michael

L'approche transpersonnelle est une voie récente pour une réalité très ancienne, nous allons voir que ce que nous définissons scientifiquement aujourd'hui par transpersonnel (au-delà de la notion d'ego) est une aptitude qui s'est développée depuis l'apparition de la conscience chez l'homo sapiens et s'est complexifiée jusqu'à nos jours. Nous verrons par la suite les liens qui unissent corps et esprit à la lumière des recherches cliniques sur le sujet mais aussi au regard des intuitions spirituelles des mystiques du monde entier sur cette unité somato-psychique. Nous conclurons par une analyse psychosociologique du psychisme humain dans nos sociétés modernes, des nouvelles pathologies naissantes liées à la non intégration de certains plans d'existences de l'humain. Nous tenterons ainsi de comprendre le renouveau du spirituel au 21 ème siècle.
 

Historicité du transpersonnel

Depuis l'apparition de la conscience chez l'homo sapiens, celle-ci n'a eu de cesse de se complexifier, d'acquérir des subtilités. Si aujourd'hui notre psyché nous permet l'élaboration d'une technologie de pointe, de calculs scientifiques complexes, ce n'est pas grâce à son raisonnement analytique que cette dernière a enclenché son processus d'évolution. L'anthropologie nous rapporte que c'est la production artistique qui permit l'avènement des premières structures claniques grâce à l'apparition d'un langage symbolique. L'émergence de la conscience et la structuration de la psyché ont vraisemblablement créé un véritable fossé entre l'humain et l'animal. La sortie de l'animalité semble s'être réellement déroulée avec la création d'un symbolisme psychique extériorisé par ce que l'on nomme l'art préhistorique. Mais il convient d'être prudent, car sortir de l'animalité ne signifie pas que l'humain en a véritablement terminé avec ses pulsions instinctives. Mais l'humain progresse au fil de son évolution, vers une compréhension de plus en plus subtile de sa psyché. La force de l'art aura permis une forme d'abréaction archaïque par les symboles, une extériorisation de l'émotivité non maîtrisée, une voie d'expansion de la conscience vers l'illimité, l'intuition créatrice offrait une voie de mieux-être aux premiers hommes.  

Une des dernières théories établie par le préhistorien Jean Clottes et l'anthropologue David Lewis-Williams propose une origine chamanique des œuvres de l'art paléolithique. On voit donc que l'art comportait chez les premiers humains plusieurs fonctions et significations, mais celle qui nous intéresse ici concerne le signifiant de la symbolique de cet art qui permettait à l'humain de faire revivre son monde intérieur sur les murs, grâce à cette prodigieuse intuitivité créatrice qui offrait une porte vers l'imaginaire, vers la création d'un symbolisme chargé d'énergie psychique, chaque création était le reflet inconscient de son créateur. Il apparaît un personnage central des premières tribus primitives, c'est le chaman. Cet homme, nous pourrions aisément le comparer à un psychothérapeute de l'ère préhistorique, il était le sage chargé de guérir les malades, celui qui décodait les signes de la nature et des esprits et pouvait s'unir à elle pour trouver un remède à leur mal-être, les écouter, les réconforter et les guider face à leurs angoisses de vie. On pense que la fonction onirique est apparue avec la conscience et le développement de l'intuition symbolique. Nous sommes à même de penser que le Chaman offrait ses interprétations de rêves dans un but thérapeutique, articulé autour d'un mythe symbolisant le trouble.  

Le Chaman était un guide spirituel pour la tribu, il fut un des premiers êtres à percevoir avec une acuité supérieur aux autres membres de la tribu l'intuition transpersonnelle. Mais qu'entend t-on par intuition transpersonnelle ?   Cette définition du docteur Jean-Paul Guyonnaud me paraît intéressante : « Le transpersonnel est un niveau d'être qui transcende l'ego où le moi individuel, dépasse la notion de personne dans des états d'expansion non ordinaires de conscience. » et celle-ci du psychologue Alain Rioux : « La psychologie transpersonnelle est une orientation de la psychologie et une voie de connaissance de l'être humain qui intègre à la fois les dimensions spirituelle, émotionnelle, corporelle, cognitive et créatrice […] La psychologie transpersonnelle propose d'appliquer les dernières découvertes de la physique quantique au développement d'une explication scientifique des différents états de conscience. Ainsi, elle tente de comprendre ce qu'est l'être humain en relation avec lui-même et l'univers qui l'entoure. » Les recherches réalisées par le docteur Stanislas Grof, psychiatre, démontrent le potentiel curatif, transformateur et évolutif des états non ordinaires de conscience dans lesquels la psyché semble manifester une activité thérapeutique spontanée. L'intuition artistique fait directement partie de cette expansion de la conscience que connaissent bien certains artistes. Cette intuition est à relier avec l'intuition spirituelle résidant dans la psyché humaine, aptitude survenue avec l'apparition de la conscience chez nos ancêtres. D'ailleurs on peut mieux comprendre la structuration de cette faculté psychique chez l'humain en voyant avec quel respect les premiers hommes réalisaient les rites funéraires, le respect des défunts et l'intuition d'un au-delà.   Dès l'antiquité, l'humain organisa de manière plus prononcée l'intuition transpersonnelle, aussi bien en occident qu'en orient. Les voies philosophiques et spirituelles orientales sont celles qui s'approchèrent le plus d'une compréhension plus précise de l'intuition transpersonnelle. Leurs voies thérapeutiques et initiatiques prenaient en compte l'humain dans sa globalité, dans son unité bio-psycho-spirituelle.

Ayant compris que la psyché humaine était un tout harmonieux ou faculté de raisonnement hypothético-déductif attribué à l'hémisphère gauche du cerveau et faculté de créativité intuitive attribuées à l'hémisphère droit du cerveau devaient agir en synergie et non en opposition comme elle semble encore l'être au 21 ème siècle en occident. Aussi bien le système évolutif des chakras, que les voies de circulation de l'énergie vitale (flux bio-élecromagnétique) des taoïstes et la méditation assise du bouddhisme permis la création d'un corpus psycho spirituelle holistique offrant une compréhension profonde de la place de l'homme dans l'univers et de son interaction avec celui-ci. En occident on retrouve cette unité bio-psycho-spirituelle uniquement dans les philosophies antiques et les voies ésotériques des religions, Pythagore et la musicothérapie orphique, créateur de la gamme il pensait que certaines mélodies pouvaient provoquer des états supérieurs de conscience, aujourd'hui les études cliniques attestent les effets bénéfiques de certaines mélodies sur les ondes cérébrales du cerveau. Socrate lui aussi devint avec sa maïeutique (l'art de faire accoucher les esprits) l'un des premiers psychanalystes, Jacques Lacan lui-même s'étend longuement intéressé à ce philosophe, considérait comme l'un des plus grands de tous les temps. Dans l'Islam, le soufisme à l'opposé des dogmes intégristes, prônait l'unité spirituelle de l'humanité dans son approche psycho-corporelle de la danse-spirituelle avec les derviches tourneurs. Dans la chrétienté et le Judaïsme les voies de l'hésychasme et de la Kabbrale psycho corporelle développèrent des similitudes avec l'approche bouddhique et yoguique dans leurs voies méditatives, loin là aussi des pendants cléricaux officiels.   Par la suite de nombreux philosophes et scientifiques contribuèrent progressivement à l'avènement du courant de la psychologie transpersonnelle vers la fin années 60. Mouvement fondait par des psychologues humanistes tel que Abraham Maslow, Carl Rogers et Stannislav Grof et d'autres, inspiraient des travaux de Carl Gustav Jung mais aussi et surtout de l'histoire de la spiritualité dans le monde. Ils tentèrent de comprendre le fond commun spirituel qui unit toutes les voies spirituelles du monde pour fonder une voie psycho-spirituelle laïque pour l'occident.  

Nous avons vu dans ces premiers paragraphes qu'il existe clairement dans l'histoire de l'humanité une filiation de l'intuition transpersonnelle au coeur de la psyché humaine. Cette propriété est la même dans le monde entier, au-delà des formes d'appartenances et autres conditionnements culturels et religieux. La psychologie transpersonnelle aujourd'hui est une approche laïque des états d'expansion de conscience. Elle étudie certes les religions, mais dans un but anthropologique, en examinant le fond commun qui les relie à l'évolution de la psyché de l'espèce humaine vers une acuité psycho spirituelle. Elle tente de réconcilier science et spiritualité après tant de dissensions, elle essaye de comprendre la structure cérébrale de l'humain qui est logique et intuitive, en une unité. L'humanité a connu deux extrêmes, le tout irrationnel et aujourd'hui depuis les le siècles des lumières le tout rationnel. Par la structure même du cerveau humain nous ne sommes pas que toute analyse logique, ni toute intuition, nous sommes un équilibre entre les deux. Il est peut être temps d'en prendre conscience de stopper ce déséquilibre socioculturel qui cause quand à lui des déséquilibres psychiques à considérer de prêt.
 

L'unité somato-psychique 

Des études cliniques en psychoneuroimmunologie et en psychosomatique (sciences qui étudient les interactions entre les pensées, les émotions, le psychisme et le corps physique.) démontrent les interactions constantes entre psyché et soma (corps). On estime que plus de 60% des consultations chez les médecins généralistes le sont pour des maladies ayant des origines psychiques, appelées maladies psychosomatiques. Toutes une branche de la médecine est d'ailleurs spécialisée dans les maladies psychosomatiques, en France avec l'école de Paris et aux Etats-Unis avec l'école de Chicago. Les études faites dans ce domaine démontrent l'influence des troubles psychiques sur l'apparition de maladies organiques comme l'ulcères duodénal, la recto-colite hémorragiques, ainsi que diverses affections dermatologiques, problèmes coronarien jusqu'aux cancers. Le mécanisme qui affecte le corps à la suite d'un trauma psychique non résolu et simple, le trauma qui apparaît est refoulé dans l'inconscient car le choc est inacceptable pour la psyché. Un barrage se cristallise entre le conscient et l'inconscient, l'abréaction (Apparition dans le champ de la conscience d'un affect jusque-là refoulé.) du trauma n'est pas émergente, mais la psyché à un besoin vitale d'extérioriser le trauma pour en faire ressortir l'énergie psychique emmagasinée, afin de prévenir l'organisme du dysfonctionnement. Comme il subsiste un barrage vers le conscient, la psyché va signaler le trauma dans le corps pour prévenir du degré de gravité de l'atteinte psychique. La psyché se fait entendre par un symbolisme signifiant (l'atteinte d'un organe précis) /signifié (le symbolisme de l'organe en rapport avec le trauma psychique) elle focalise sont appel vers un organe cible en rapport avec le type du trauma, en ce sens certaines affections organiques correspondent à un certains types de personnalité ou de traumas endurés.  

Les approches psycho corporelles modernes utilise la relaxation psychosomatique, la sophrologie, le training autogène de Schultz pour reconnecter l'être à son unité somato-psychique et comprendre les liens qui unissent traumas psychique et maladie organique. Les voies spirituelles spécialement en orient ont de tous temps mis l'accent sur le lien corps/esprits et l'unité des différents plans d'existences de l'humain. La science matérialiste a considérablement affaiblie ce lien en pensant que le corps n'était qu'une machinerie possédant divers objets organiques ayant chacun un fonctionnement différencié (logique héritée de la pensée Newtonienne remit en question par la physique quantique moderne). Mais le psychisme et le corps constituent une unité indissociable, les maladies psychosomatiques nous le démontrent objectivement. Les spiritualités orientales intégrèrent dans leurs processus thérapeutiques cette unité somato-psychique ce qui leur permettaient de comprendre plus précisément les origines d'une maladie. La médecine moderne se focalise trop intensément sur l'effet, en tentant de le supprimer soit par prise de médicament soit par la chirurgie. Il est utilisé tout un arsenal d'anti-dépresseurs, de psychotropes et autres pour annihiler des effets qui reviendront six mois plus tard, ainsi on augmentera la dose ce qui accentuera une dépendance du sujet. Sur le plan chirurgical on trouve le même processus annihilateur, Yves Ranty psychiatre psychosomaticien en parle avec précision de son livre « les somatisations ». Il recense le cas d'un patient qui va consulter un généraliste pour un ulcère duodénal, puis ce fait opérer par la suite de celui-ci. Le patient développe après l'opération un infarctus du myocarde, de spécialistes en spécialistes il se fait opérer plusieurs organes et termine au final par faire de fortes poussées d'eczéma. On voit ici que le trouble psychosomatique s'est déplacer d'un organe à l'autres et tant que la prise de conscience psychique de la cause originelle du trauma n'est pas intégrée, le patient continue à ce faire opérer en croyant qu'en oubliant de traiter la racine du problème on empêchera la survenue d'une atteinte organique. C'est un des problèmes majeurs que doit régler la médecine moderne s'il elle souhaite évoluer vers un taux de guérison plus important en limitant la charge des effets secondaires des traitements.

Psychisme et transpersonnel 

Le psychisme on l'a vu est le centre primordiale de l'être humain, renier ces interactions c'est aussi renier l'humain dans son intégralité. En occident, à l'exception de la psychosynthèse et de la psychologie jungienne, la psychologie n'a pas accepté la spiritualité en tant que dimension à part entière du psychisme. La science moderne n'a pas cru bon de prendre en considération la masse de connaissances considérables accumulée depuis des millénaires par les philosophies spirituelles antiques, pêché d'orgueil ou peur de ce qu'elle n'arrive pas à comprendre ? On a méprisé et taxé de superstitions primitives ce que notre raison raisonnante ne pouvait intégrer car ayant refouler une partie de propriétés intuitives de l'être et ne possédant pas les outils adaptés à cette compréhension. Chose importante, les sciences matérialistes ont mélangé (volontairement ou pas) spiritualité et religion, mais il y a une différence fondamentale entre les deux. La religion s'occupe du culte, du dogme et de la morale, elle organise les cérémonies, enseigne ce que les livres « saints » exposent ce que doit croire le pratiquant. La spiritualité authentique consiste en une expérimentation permanente de l'intuition transpersonnelle en l'humain, elle n'est pas une affaire de croyances, mais de ressentit, d'intuitions, elle n'impose pas, elle propose, le dogme n'existe pas, c'est une communion en soi dans une direction d'évolution de la conscience.   L'approche transpersonnelle considère le psychisme humain de l'homme moderne comme la résultante d'une lente évolution qui s'est déroulée tout d'abord dans la matière sur le plan moléculaire, puis physiologiquement, et qui progressivement s'est transposé dans l'esprit. En effet notre évolution depuis l'apparition de l'homo sapiens ne se déroule plus sur le plan physiologique, mais c'est notre psychisme qui semble avoir prit le relais des lois évolutives du vivant. Les spiritualités de tous temps on perçu cette loi évolutive de l'existence (les monothéismes l'ayant renié pour établir le dogme créationniste), les voies spirituelles étaient des supports d'évolution de la conscience humaine. L'objectif perçu intuitivement était de faire progressivement sortir l'humain de son animalité et lui permettre de développer de nouvelles aptitudes nécessaires à son élévation. La psychologie transpersonnelle continue sur cette lancée, considérant l'humain comme bien plus qu'un amas de chair et d'os, mais plutôt comme un être sensible doué d'une intuition créatrice infinie. Les voies antiques proposaient différents outils pour mener à l'expansion de la conscience, la méditation, le yoga, les pratiques énergétiques. Toutes dans un but commun, une prise en considération de l'unité de l'humain, de ses questionnements existentiels primordiaux et de sa volonté de dépasser le stade primitif égotiste (résidu de l'animalité instinctive) vers un épanouissement de l'être intérieur. Les spiritualités authentiques s'orientaient dans le sens où l'humain devait dans son évolution psycho-spirituelle dépasser le stade de l'animalité, des instincts et pulsions, de l'égoïsme, de l'esprit de compétition, vers un développement d'une compréhension globale de son être et de son environnement. L'accession à une personnalité épanouie dans le but de développer et d'ancrer en elle les aptitudes empathiques, l'altruisme et l'esprit de coopération. Passer d'un état égocentré vers une perception holistique, un dépassement de l'ego vers ce que Jung appelait le soi, l'entité psychique symbolisant l'humain réalisé, éveillé et uni avec ses différents plans d'existence.   Le psychisme humain comporte plusieurs couches successives héritaient de son évolution, des études sur les états d'expansion de conscience démontrent qu'en accédant à certains états de relaxation, le cerveau basculerait dans un état ondulatoire supérieur. La pratique de la méditation, yoga et autres permettent de ralentir de manière significative les rythmes cérébraux, offrant de la sorte une diminution de la suragitation mentale, cause de nombre de pathologies psychiques. C'est précisément dans la transformation du rythme cérébral de veille (onde bêta) en rythme cérébral du sommeil (ondes alpha et thêta) tout en maintenant l'état de veille que le pratiquant peut accéder à un élargissement de la conscience pure (conscience consciente d'elle-même). Cet état permet au pratiquant de comprendre les mécanismes mis en place par le mental et l'ego, de voir plus clairement le jeu de l'inconscient et d'affiner la connaissance de son être intérieur. Le moi ou l'ego est la structure de base qui constitue notre personnalité, elle est le support de notre construction psychique de l'enfance à l'âge adulte, il est important de construire un moi solide pendant cette période de croissance. Les thérapies ordinaires, analytiques focalisent leurs interventions dans la normalisation du moi, c'est-à-dire contenir et renormaliser un moi névrosé ou psychotique pour rendre la personne insérable en société. Ces objectifs sont très louable et demande beaucoup d'énergie, mais prenons-nous pas le problème à l'envers en tentant de contenir tous ceci ?

Approche psychosociologique du transpersonnelle

Carl Gustav Jung, éminent psychiatre, étudia de prêt les maladies mentales et les voies spirituelles, il énonce ceci : « La névrose est la souffrance d'une âme qui a perdu son sens. » On sait qu'aujourd'hui qu'il existe peu, voir pas du tout de maladies mentales dans les sociétés traditionnelles qui auraient conservé une culture prenant en considération l'humain dans son unité bio-psycho-spirituelle. Hors, dans les pays occidentaux cette unité est bafouée depuis des millénaires, depuis la somatophobie (peur du corps) du christianisme, puis par la dénégation du spirituel dans l'humain par la science matérialiste. La dépression par exemple, toucherait chaque année dans le monde plus de cent millions de personnes, la plus grande partie localisée dans les pays riches occidentaux et fortement industrialisés. On ne comprend pas la maladie car on la dissocie de l'histoire du patient, on la place comme un élément extérieur venu d'un seul coup perturber la mécanique du corps. On ne se rend pas compte des dégâts que l'on cause avec une telle attitude, la médecine allopathique cause plus de ravage qu'elle ne semble en soigner, elle demeure renfermée de son dogme mécaniste du corps humain.   On traite la dépression à grand renfort de médication, pensant de la sorte agir sur la machinerie cérébrale comme on met de l'huile dans un moteur grippé. Dans les voies spirituelles et dans la psychologie transpersonnelle, on considère la dépression comme une maladie transitionnelle, le signe d'un besoin d'évolution spirituelle de l'être, la transition d'une étape de vie. La maladie est un « mal-à-dire », une expression de son être pour signifier la perte de l'homéostasie (équilibre bio-psycho-spirituelle). Dans une société ultra rapide, ultra compétitive, l'humain apparaît déraciné de la nature, le rythme de vie ne correspond plus à ses rythmes biologiques naturels. Mais qui plus est, l'humain est contraint à une perte de sens, il est coincé entre deux extrêmes, d'un côté le dogme religieux sclérosant, de l'autre une société ultra matérialiste où il n'est qu'un consommateur de plus. Et devant ce tiraillement permanent, il voit son questionnement existentiel anéanti par une pensée unique qui dicterait sa loi du marché. La perte de repères, la peur de la vieillesse et de la mort pousse au déracinement des liens transgénérationnels, les personnes âgées sont rassemblées dans des établissements spécialisés alors qu'avant ils avaient un rôle social important dans la transmission, jamais le nombre de suicide chez les personnes âgées n'a été si important qu'au 21 ème siècle. Cette peur de la vieillesse et de la mort est le signe d'une société qui s'est déconnectée de son plan spirituel et ne voit que l'existence d'un monde de matière ou pour vivre « heureux » il faut satisfaire les désirs d'un moi traumatisé et avide de réassurance, il faut consommer et partir dans des vies d'excès pour fuir un réel insoutenable, incompréhensible car le regard ne se tourne pas au bon endroit.   Tous les êtres humains ont une vie intérieure et des questionnements existentiels, de l'athée au religieux, tous possède un idéal de réalisation personnelle. Mais les gens semblent s'ennuyer dans leurs vie de matière, ils ne semblent jamais comblé, complet, ils court sans cesse d'un plaisir à l'autre, accumulant les possessions, les divertissements, les aventures, favorisant l'avoir (mode de vie du Moi) ou détriment de l'être (mode de vie du Soi). Ils souffrent de ne pas avoir les réponses à leurs angoisses existentielles et comme on les a conditionné à ce méfier de ce qui n'est pas matériel, ils se résignent et se soumettent au nouveau dogme. Mais c'est que l'on ne leur pas enseigner les valeurs essentielles qui font une humanité accomplie, on ne leur a pas appris qu'il existait des voies d'épanouissements qui leur propose de faire eux-mêmes leurs expériences et de répondre à leurs propres besoins existentielles. Qu'il existait un autre mode d'existance que l'avoir, que leurs souffrances psychiques ne sont pas une fatalité, mais la résultante du déni d'une partie essentielle de leur être. Qu'il est possible au 21 ème siècle de vivre une spiritualité en dehors des cadres religieux rigides, que l'on peut vivre une spiritualité en harmonie avec les découvertes et avancées de la science quand celle-ci ne devient pas elle aussi dogmatique.   Car au-delà des idéologies, croyances et superstitions, qui constituèrent les différentes voies spirituelles, il ressort un tronc commun qui les relie toutes. Un besoin intrinsèquement lié à la nature évolutive de l'humain, le besoin de connaissance de soi, d'approfondissement de l'être. Le besoin de comprendre la nature humaine et une volonté affirmée de trouver des remèdes à la souffrance. On ressent bien dans ces voies antiques l'approche transpersonnelle, où la logique et l'intuition cohabitent harmonieusement pour libérer tout le potentiel humain. Là encore, au-delà des concepts et des mots souvent mal compris ou dénaturés, la même intuition créatrice animait ces penseurs dans leurs recherches insatiables. Une perception intuitive de l'infinité, de l'expansion de la conscience humaine, au-delà des perceptions sensorielles. Une prescience de l'évolution perpétuelle de l'humain dans sa lente perfectibilité. Le thérapeute transpersonnel de tout temps a privilégié l'expérience directe, l'intuition transpersonnelle étant pour lui universelle et laïque, sans rapport avec une tradition spécifique, c'est une faculté liée à l'espèce humaine dans sa totalité, une réalité transculturelle, transreligieuse, transpersonnelle.   Mais si en nos sociétés « modernes » dites matérialistes, l'humain n'est plus considéré comme une unité de corps et d'esprit, il convient de s'interroger sur la compréhension des anciens. En occident principalement, l'intuition créatrice fut douloureusement manipulée pour servir certaines ambitions politico-religieuses. La science des lumières permit de mettre un terme à l'hégémonie du dogme, mais n'a-t-on pas aussi « jeté le bébé avec l'eau du bain ? » En occultant une partie des propriétés de l'humain (l'intuition) en faveur d'une autre (la logique rationnelle), n'a-t-on pas causé un déséquilibre au sein même de la psyché ? Ne faut t-il pas comprendre ici qu'une partie des maladies mentales pourraient provenir justement de ce déni d'une part de soi-même ? Ce qui faisait dire à Albert Einstein que : « Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don ». L'intuition créatrice semble avoir été mise au rang de subalterne, presque de dangereuse aptitude, taxée d'irrationnel, immesurable, immaîtrisable et donc douteuse. Dans une société qui prône l'efficacité de la machine à des êtres sensibles, doués d'émotions, de sentiments, d'un langage articulé et symbolique, de créativité artistique, ne nous sommes-nous pas inconsciemment enfoncé dans une attitude dénégatrice, un déni de l'intuition créatrice en faveur d'un mécanisme de rationalisation excessif ?