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Deuxième partie - L'Antiquité

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« Le sentiment d'infériorité gouverne la vie mentale; on peut clairement le reconnaître dans le sens de l'imperfection et de l'incomplétude, et dans la lutte ininterrompue à la fois des individus et de l'humanité. »

Alfred Adler.

Après les balbutiements de l'humanité se dessine progressivement une période majeure de l'histoire. Une période fondatrice de nos sociétés : l'avènement de la civilisation. L'humain va apprendre à vivre dans un monde plus complexe, où il devra faire avec de nouvelles composantes liées à son évolution. Un pas presque aussi important que l'apparition de la conscience va se faire jour, avec une floraison technologique, philosophique et artistique sans précédents.   Dans cette seconde partie nous allons aller à l'essentiel de ce qui constitue le sujet de ce travail de recherche, et essayer de faire ressortir les différents courants qui marquèrent l'évolution de la relation d'aide holistique pendant l'antiquité, aussi bien en orient qu'en occident. Nous allons démontrer que l'approche thérapeutique a depuis toujours été une des préoccupations majeures des humains, toutes ethnies confondues. Comme le dit Stanislas Grof : " Le fait que tant de cultures différentes, à travers le monde et l'histoire de l'humanité, aient considéré comme utile et efficace 1'usage des états non-ordinaires de conscience, suggère l'existence d'une sorte d'esprit primordial, aspect fondamental de l'être humain, transcendant les races, les cultures et le temps. » L'universalité du phénomène dépasse très largement les particularismes et les idéologies.   Nous avons choisis des humains avec des approches thérapeutiques diverses dans la forme, mais qui se rejoignent aisément dans le fond commun qui les animes et anime tout thérapeute : le chemin de guérison du patient. Nous ne rentrerons pas dans une étude philosophique très poussée des œuvres des penseurs, car cela dépasserait le cadre de ce travail de recherche. En revanche, nous exposerons comment leurs intuitions ont permis l'élaboration de thérapies psycho corporelles à part entière. Dans un univers où l'humain vivait pleinement sont rapport symbolique au monde, l'efficacité symbolique était intégrée en tant qu'énergie de restauration ou de destruction, mais fut toujours au cœur d'une relation sociale. Nous montrerons aussi que l'intuition humaine engendrant le symbole pouvait avoir un rôle thérapeutique, mais aussi évolutif, permettant l'accès à des états de conscience supérieurs, hissant l'humanité vers ses valeurs les plus nobles. Cette phrase de l'anthropologue et sociologue David Le Breton va nous permettre d'inaugurer cette deuxième partie : «  Toute description du monde est une symbolisation, c'est-à-dire une interprétation, dont la valeur se mesure au degré d'adhésion qu'elle suscite dans le collectif et aux efficacités qu'elle est susceptible de produire aux regards des attentes communes qu'elle a créées. L'homme ne vit pas dans un univers purement matériel, il vit dans un univers de sens et de valeurs. »   Nous allons à présent aborder certaines approches thérapeutiques à orientation transpersonnelle qui furent développées par des hommes, qui chacun, faisaient partie d'une des grandes spirituelles occidentales. Il est important de préciser que ce travail de recherche n'a aucune vocation religieuse, il est un constat des travaux établis au fil des siècles par des hommes, au-delà de leur appartenance. Ce qui va nous intéresser ici n'est en aucun cas l'idéologie religieuse, qu'il convient de laisser à la sphère privée, dans le respect de la tolérance laïque. Nous nous attacherons plutôt à l'approche transpersonnelle que ces hommes ont développé par le biais des méthodes psycho corporelles, considérant que l'état transpersonnel, ou psycho-spirituel, est une propriété évolutive de l'ensemble de l'espèce humaine. Cette faculté s'est étendue dans le monde entier, progressivement après l'apparition de la conscience et le développement de la faculté de symbolisation créatrice. Les religions furent des outils de compréhension de cette intuition créatrice qui s'adaptaient à une époque bien définie, un milieu socioculturel précis et aussi au niveau d'élévation des peuples. Le facteur évolutif agit aussi bien sur le plan biologique que sur le plan psychologique, tout outil de compréhension se doit d'évoluer et de s'adapter. Freud l'a assez bien défini dans « l'avenir d'une illusion » d'ailleurs, lorsqu'il considérait la religion comme la névrose obsessionnelle de l'humanité, un rapport au père (Dieu le père) lié à l'oedipe projeté sur une entité symbolique.   Ce que nous essayons de démontrer dans ce travail sur l'historicité du transpersonnel, c'est aussi l'évolution de la connaissance thérapeutique transpersonnelle. Il existe bien une tension progressive vers la perfectibilité, Darwin l'a démontré en ce qui concerne le biologique. Les religions et diverses spiritualités qui se sont succédées au fil du temps prouvent qu'il existe une mise en tension évolutive du psycho-spirituel en l'humain. La science moderne nous a permis de mieux comprendre les fondements de notre propriété évolutive. Elle a permis à l'espèce humaine de passer de son enfance et de la soumission à l'autorité paternelle représentée par l'archétype du dieu, à une recherche personnelle du monde par l'expérimentation scientifique. Nous pensons que la science et la spiritualité ne sont pas opposées, chacune correspondant à une partie de la cognition du cerveau. La science répondant à l'analyse logique de l'hémisphère gauche du cerveau, la spiritualité à la créativité artistique propre à l'hémisphère droit du cerveau. Ce que tente l'approche transpersonnelle est de réconcilier ces deux aspects de la psyché humaine dans le but d'unifier l'être dans l'utilisation harmonieuse de ses capacités. C'est une science de l'être dans sa totalité, se basant sur les fondements qui unissent l'espèce autour de perceptions communes, sans prêter attention aux revendications idéologiques et aux errances des dogmes dont l'histoire a démontré les méfaits. En étudiant ainsi l'historicité du transpersonnel nous sommes à même d'appréhender le cheminement de l'évolution humaine dans son ensemble. Savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va : chaque phase de l'évolution de la matière à l'être conscient d'aujourd'hui fut indispensable à la maturation de l'espèce.   Le chapitre suivant tente d'expliquer le fonctionnement des formes principales de psychothérapies psycho corporelles développées pendant l'antiquité, en orient et en occident. L'antiquité étant une période où l'outil de compréhension du monde demeurait la religion, nous allons voir bien entendu ce que celles-ci élaborèrent. Nous mettrons l'accent sur le fait que ce qui nous intéresse n'est en aucun cas l'idéologie religieuse développée, mais plutôt ce que le contexte socioculturel et la compréhension intuitive de l'époque pouvait permettre dans le domaine de la relation d'aide. Nous pensons que la connaissance de ces voies thérapeutiques antiques permettra de comprendre l'évolution de la psychothérapie jusqu'à nos jours.

1/ L'orient antique

1.1) Patanjali  

Philosophe indien (1er siècle), il fut le premier à rénover l'ancienne tradition du Yoga hindou et tenta d'établir un corpus structuré de ces pratiques psycho corporelles.

1.1.1) Concepts thérapeutiques

La yogathérapie en général et précisément ici celle de Patanjali, se base en partie sur la philosophie hindouiste est spécialement sur la médecine traditionnelle de l'Inde, spécialement sur la médecine traditionnelle de l'Inde, appelée Ayurvéda.
. L'Ayurvéda est un système médical holistique considéré comme le plus ancien de l'histoire humaine par les anthropologues. Cette science holistique cherche à guérir la personne en l'aidant à retrouver un équilibre psycho corporelle, la cause de la maladie étant le malade et non la maladie elle-même. En ce sens, elle rejoint les approches modernes de la psychosomatique occidentale.   La médecine ayurvédique utilise l'approche symbolique pour tenter de comprendre la maladie psychique et physique. Chaque personnalité ayant une symbolique liée à un élément primordial, l'espace et l'air, le feu, l'eau et la terre. On retrouvera en occident une branche de la psychologie fondée par René le Senne, appelée la caractérologie qui mettra en place une classification des types psychologiques de l'humain. Par la suite C. G. Jung, Henri Wallon et Wilhelm Reich étudièrent eux aussi ce sujet. Dans la médecine Ayurvédique, la typologie s'étend à l'aspect biologique, physique et psychique de l'humain. C'est une approche holistique et non mécaniste, l'humain étant un tout en adéquation avec ces parties constituantes.   La yogathérapie est basée sur un système énergétique complexe où l'énergie vitale appelée Prana circulerait dans des canaux de transmission, les nadis, et serait captée par le biais de centre énergétique, nommés chakras. Ces concepts énergétiques sont très similaires à ceux de la médecine chinoise, notamment l'acupuncture que nous verrons plus loin. Le prana, ou énergie vitale proche de l'orgone de Reich, serait une énergie bioélectrique qui circule dans les structures atomiques du vivant. En effet, la physique moderne nous prouve les rôles conducteurs des corps solides et organiques. L'humain, comme tout corps est soumis à ces influences électromagnétiques, celles-ci pénétrant son corps extrêmement conducteur. Dans notre quotidien, nous baignons dans des champs d'énergie générés par diverses sources : électrique, électromagnétique, solaire, gravitationnelle, galvanique et autres. Cette énergie permettrait la bonne régulation chimico-organique du corps humain quand celle-ci ne rencontre pas d'obstacles créés en générale par des troubles psychiques. On sait aujourd'hui l'importance de la psyché sur les causes des maladies organiques et le rôle de l'influx nerveux sur les organes qu'il influence. Des études menées à l'institut International de Biophysiques en Allemagne par le physicien Fritz Popp ont démontré expérimentalement que les cellules du corps humain communiqueraient entre elles par ondes lumineuses, comme des informations-messages. Rupert Sheldrake, éminent biologiste de l'université de Cambridge découvrit ce qu'il nomma les champs morphogénétiques, des champs énergétiques à l'origine de l'organisation de la matière. Des études en laboratoires attestent que ces champs impliqueraient une modification du comportement des végétaux, des animaux et des êtres humains. Nous allons voir que l'approche psycho-corporelle du Yoga prend en considération de manière intuitive ces découvertes très récentes de la science moderne.   Dans l'approche yoguique, les chakras sont les principaux centres énergétiques par lesquels le corps échange son énergie bioélectrique avec l'énergie électromagnétique de l'environnement. Ces centres d'entrée et de sortie de l'énergie sont symbolisés par des fleurs fermées ou ouvertes en fonction du degré d'évolution du pratiquant. Les chakras sont au nombre de sept, chacun ayant une localisation spécifique, l'énergie parcourant un réseau énergétique vertical de bas en haut. Ces zones énergétiques rappellent les travaux de Reich sur les anneaux musculo-caractériels et les sept plexus. Au sein de toutes formes de névrose, Reich découvre une répression des besoins sexuels et cela dés l'enfance. Selon le moment et l'intensité de la répression des besoins pulsionnels par l'entourage de l'enfant, se constituent les différentes structures caractérielles qu'il appellera : les « cuirasses caractérielle » . Comme il le défini lui-même : «  La cuirasse caractérielle est une stratification, une sorte d'enkystement de toutes les expériences passées, de toutes les forces de défense mises en place par le sujet, c'est la forteresse derrière laquelle chacun se retranche pour organiser ses résistances. » Proche de l'approche Reichienne, le système des chakras représente sept zones où des blocages bioénergétique peuvent survenir à cause de blocages psychiques de la circulation de l'énergie du coccyx au sommet du crâne. Ces blocages sont responsables de troubles neurovégétatifs et de maladies psychosomatiques.
 


1.1.2) Le Yoga

Le Yoga est avant tout une voie de développement intérieur qui utilise le corps pour développer l'esprit. L'accent est mis sur les exercices physiologiques, moins sur les exercices psychologiques. Assez proche en partie de la méthode du training autogène de Schultz, le yoga permet d'obtenir une meilleure intégration du schéma corporel et une plus grande maîtrise tonico-émotionnelle. Mais le Yoga diffère de la technique de Schultz dans le sens ou il respecte les résistances et ne substitue pas par la suggestion la volonté du praticien à celle du patient. Proche de la psychanalyse sur ce point, le Yoga tente de rétablir l'autorégulation chez l'individu dont le développement est troublé. En Yoga, la détente n'est pas un processus dynamique mais il se rapproche plus de l'eutonie que définit Gerda Alexander. Au lieu de rechercher une diminution du tonus musculaire, le but de la pratique est d'obtenir le juste degré de tension nécessaire à l'exécution d'un exercice. On met l'accent sur le ressenti de la perception précédant le ressenti de la tonicité, permettant ainsi de différencier le schéma corporel et la conscience du corps propre. On connaît l'importance majeure du vécu corporel chez le malade mental, la brusquerie et l'irrégularité des mouvements de la posture. Ces troubles de l'action étant le résultat de traumas antérieurs dont le corps se fait l'écho. Le Yoga permet d'agir dans le sens de la restructuration du champ corporel chez des sujets présentant un début de symptômes psychosomatiques. Les exercices du Yoga s'adaptent au cas par cas en fonction du problème décelé. Des exercices de décentration/centration de la posture permettent une structuration de la frontière entre la représentation de soi et le monde extérieur. Il existe des postures de renversements de la station verticale, couchées, pliées etc. toutes ces variétés ayant un sens bien précis dans la reconstruction de l'individu.  

Le Yoga, bien que méthode thérapeutique est aussi une voie de connaissance de soi et d'évolution personnelle. Jung ayant étudié le Yoga dans son processus thérapeutique et évolutif énonce ceci  : « les rapports avec l'objet s'introvertissent et, privés de leur valeur, plongent dans l'inconscient où ils peuvent contracter de nouvelles associations avec d'autres contenus inconscients et, une fois terminé l'exercice, reparaître dans l'objet. Le changement de perspective à l'égard de l'objet donne à ce dernier un nouvel aspect. Il est comme recréé ». Jung met ici l'accent sur les relations du Yoga avec l'inconscient. Redécouvert par Spinoza puis révéler par Freud pour l'occident, l'inconscient était connu de l'orient depuis de nombreux siècles. Patanjali dans son approche du Yoga décrit l'existence humaine comme une actualisation continue de l'inconscient (appelé vasanas) par le moyen d'expériences diverses. Pour lui comme pour Freud, l'inconscient est responsable de bons nombres de troubles affectant l'humain. Mais l'inconscient du Yoga à la différence de l'inconscient freudien n'est pas lié uniquement à la libido, le Yoga pense qu'il est possible de dépasser les potentialités inconscientes grâce aux exercices d'unification de différents états de conscience. Dans cette direction l'exercice du Yoga est méditatif, le pratiquant concentre son attention sur un objet afin d'obtenir l'apaisement du flux psychomental, la dispersion des volitions émanant de l'inconscient afin de comprendre l'émanation de ces automatismes mentaux. Le Yoga propose huit typologie d'exercices, ayant des objectifs différents mais articulés entre eux de manière cohérente afin de composer une voie de développement intérieur progressif. On y trouve des exercices de respiration (pranayama), de méditation assise (dhyana, dont s'est inspiré le bouddhisme), de concentration sur des notions philosophiques, de compréhension des volitions mentales inconscientes et le travail des postures. Mais aussi, - ce qui nous intéresse dans ce travail de recherche - des exercices permettant l'accès à des états supérieurs de conscience. On voit bien dans ce que nous avons mentionné plus haut l'étendue holistique du Yoga dans son approche psychothérapeutique. Il existe des exercices de Yoga physique, philosophique, psychosomatique et transpersonnel. Ce sont ces derniers types d'exercices que nous allons explorer à présent.

On a vu que le Yoga pouvait avoir des avantages thérapeutiques considérables, des études scientifiques réalisées par le département de psychiatrie de Copenhague établissent que le Yoga permet d'abaisser le métabolisme, relaxer les muscles, réguler les systèmes respiratoires et endocriniens, amenant un état d'apaisement mental favorable à la santé. Mais aussi il peut ralentir de manière significative les rythmes cérébraux, permettant de la sorte une diminution de la suragitation mentale, cause de nombres de pathologies psychiques. C'est précisément dans la transformation du rythme cérébral de veille (onde bêta) en rythme cérébral du sommeil (ondes alpha et thêta), tout en maintenant l'état de veille que le pratiquant peut accéder à un élargissement de la conscience pure (conscience consciente d'elle-même). Cet état permet au pratiquant de comprendre les mécanismes mis en place par le mental et l'ego, de voir plus clairement le jeu de l'inconscient et d'affiner la connaissance de son individualité. Une technique propre au Yoga est celle de la montée de la Kundalini, du centre énergétique (chakra) inférieur au centre supérieur.

Il existerait trois centres inférieurs et quatre centres supérieurs, comme nous les avons vu plus haut, chacun correspondant à un degré d'évolution bio, psycho et spirituel. Cette hiérarchie évolutive semble rappeler la pyramide des besoins d'Abraham Maslow, en effet, les trois premiers centres possèdent les rôles suivants :

•  Le premier situé autour de la région anale, est celui de la sécurité et de l'instinct de conservation. De la peur incontrôlable dont la première manifestation est la défécation, la crainte d'être attaqué par derrière, exprimée en psychanalyse par le caractère sadique-anal.

•  Le second centre est relié à la sexualité, à la recherche du plaisir sexuel et la conservation de l'espèce, c'est le chakra de la libido. L'individu active ce centre lorsque la peur d'être attaqué (besoin de sécurité) est désactivée.

•  Le troisième centre se situe à la hauteur du plexus solaire, ce centre est considéré comme celui du pouvoir du moi et l'alternance domination/soumission de celui-ci, son dépassement étant l'accession à un esprit de coopération au détriment de l'esprit de compétition.

D'après Jung qui étudia le système des chakras, une grande majorité d'individu concentreraient leur niveau d'activité principalement autour des centres inférieurs (agressivité, pulsion sexuelle et égocentrisme). Dans le yoga, le passage des centres inférieurs aux centres supérieurs ce nomme « le saut du cœur », en terme psychologique il est identifié par le « lâcher prise ». Une attitude mentale caractérisée par le non attachement égotiste, la détente intérieure, la lucidité vis-à-vis des événements extérieurs, l'apaisement des tensions engendrées par les frustrations et le développement du sens de la coopération et de l'entraide. Ce saut du cœur amène le pratiquant à l'ouverture du quatrième centre d'énergie.

•  Le quatrième centre est celui de l'amour non-objectal. Il se situe dans la zone du cœur et des poumons. Ce centre est le point de rencontre entre les zones instinctives représentées par les trois premiers centres et les zone supérieures des trois derniers chakras. Reich et Lowen ont exposé que des individus schizoïdes avaient tendance à respirer uniquement par le thorax et bloquer la respiration abdominale, afin d'empêcher la montée des pulsions primitives. Une respiration abdominale ample et profonde reflète une intégration des propriétés instinctives de l'être et un déplacement de l'énergie vitale dans les centres supérieurs.

•  Le cinquième chakra est celui de la créativité, il est situé au niveau de la gorge, lieu de passage des aliments, de l'eau, de l'air, et donc lieu de l'inspiration philosophique et artistique, lieu de la parole et du chant.

•  Le sixième centre est celui de la connaissance intuitive, il se situe entre les deux sourcils, il est le centre de la vision holistique de soi, la vision des illusions du mental.

•  Le septième est dernier chakra est celui de l'état transpersonnel, il se situe sur le sommet du crâne, au-dessus de la fontanelle. Le pratiquant ayant activé tous ses centres antérieurs atteint ainsi le sommet de son évolution personnelle. Ce centre est celui de la compréhension du cerveau gauche et droit et de leur union complémentaire, leur unification dans le but du développement total de l'être.

Jung remarqua qu'à travers l'éveil de la Kundalini (énergie vitale) se rassemblaient des niveaux plus profonds (par rapport à la conscience ordinaire de veille) de l'être par le mouvement du soi inconscient. Le système des chakras n'est pas une construction artificielle de l'humain en parties isolées, mais un système intégré agissant en synergie avec d'autres sous-systèmes. Chaque chakras a une influence sur les autres. Les trois premiers centres inférieurs, peuvent freiner l'évolution de l'humain, mais assurent sa survie. Les quatre centres supérieurs tendent à accélérer cette évolution. La montée de la Kundalini est réalisée progressivement par la compréhension et le détachement de la dualité propre à chaque chakra. La Kundalini passe par ces centres comportant chacun leur archétype et symbolisme, jusqu'à son somment, le septième chakra, le septième chakra. Arrivé à ce stade, le pratiquant développe une compréhension holistique de lui-même et de son action, sa conscience s'élargie à de perceptions plus subtiles. Arrivé à ce stade, le pratiquant développe une compréhension holistique de lui-même et de son action, sa conscience s'élargie à de perceptions plus subtiles. Cette acuité atteinte lui permet d'intégrer de nouveaux schèmes de comportement, axés sur la coopération et l'entraide, comprenant ainsi l'unicité du phénomène au cœur de la psyché humaine.

             •  Lao Tseu            

Lao Tseu est né en chine entre 570 et 490 avant notre ère dans la province du Ho-nan en Chine, il fut archiviste et astronome à la cour de l'empire des Zhou. Il développa sa pensée dans un recueil de sentences appelé le Tao To King. Dans cet ouvrage tiré de son vécu expérientiel et de ses observations minutieuses du vivant, il essaye de définir la place de l'humain dans la nature. Il oeuvre à l'harmonisation des cycles de la nature avec les cycles internes de l'humain pour atteindre ce tout qu'il nomme le Tao. Il affine la compréhension de l'énergie vitale, appelé Chi, défini les relations entre ce flux circulant dans tout le vivant et ces déséquilibres dus à un trouble psycho corporel. Cela se rapproche en quelques points de la notion de magnétisme défini par Mesmer plus tard. Plus prêt de nous, le concept taoïste d'énergie vitale (Chi) nous ramène aux travaux de Wilheim Reich et sa découverte de ce qu'il nommait l'orgone, définie comme une énergie cosmique primordiale, omniprésente dans l'univers à des concentrations variables et distincte des forces électriques et magnétiques. Pour Lao Tseu, le corps, véhicule de l'esprit, n'était pas uniquement une collection d'organes et de fonctions agencées selon les lois de l'anatomie et de la physiologie, mais un tout, une structure symbolique permettant d'entrer en ressentit avec l'énergie vitale.

           

  •  Concepts thérapeutiques

           

Lao Tseu ne fonda pas véritablement le Taoïsme, ce sont ces prédécesseurs qui structurèrent le corpus en cette terminologie. Dans le Taoisme, un concept central subsiste, c'est le non agir (wu wei). Ce n'est pas l'inaction, ni la surexcitation, mais la compréhension de l'action spontanée, partant du principe que nombre de troubles psychiques découlent de la non réceptivité au cycle du vivant et d'un manque de connaissance de son être intérieur Un autre concept taoïste et le retour à l'origine (Fu). C'est le retour à la racine de toutes choses qui mène à la sérénité. D'un point de vue thérapeutique, on peut y voir que le retour aux causes d'un trouble psychique permet d'en comprendre les effets, et ainsi en agissant sur cette cause on peut espérer un retour du bien être mental et corporel.   Concept mal connu encore en occident que celui du yin et du yang, à tort perçu comme « bien est mal », alors que ce sont simplement des pôles opposés et complémentaires en interaction réciproque. Au même titre que le fonctionnement électrique, le pôle yin est négatif et le pôle yang est positif. Mais là encore il y a co-création, un équilibrage entre le pôle négatif et positif étant indispensable au maintien de la santé.   En médecine chinoise Le yin a pour caractéristiques la douceur, la passivité, la féminité, l'obscurité, la vallée, le pôle négatif, le non-être. Le yang a pour caractéristiques la dureté, la masculinité, la lumière, la montagne, l'activité, le pôle positif, l'être. La bonne santé du corps et de l'esprit dépendant étroitement de l'homéostasie entre ces deux pôles. Les maladies psycho corporelles apparaissent, d'après la médecine taoïste, à la suite d'un déséquilibre interne entre ces deux polarités. L'univers serait formé par le mouvement et la transformation de cinq éléments représentés par : le Bois, le Feu, la Terre, le Métal et l'Eau.  Les relations entre l'organisme et son milieu environnant pourraient expliquer certaines pathologies d'après cette théorie. Le symbolisme du Taoïsme est très intéressant d'un point de vue thérapeutique : on pourrait parler ici d'efficacité symbolique.   Le Chi est le flux vital circulant en toute structure moléculaire. Il peut être comparé au magnétisme et correspondrait d'après certaines études à des propriétés électromagnétiques émanant des cycles vibratoires de l'électron autour de son noyau. Les penseurs chinois, sans démonstration scientifique, eurent donc l'intuition et le ressentit de ce flux électromagnétique circulant dans le corps humain. Ce flux énergétique circulant dans la nature et à travers l'humain, ce dernier étant un canal et réceptacle de cette énergie. Le journaliste scientifique K. C. Cole nous permet de mieux comprendre ce qu'est le Chi : « Notre corps entier est une machine électrique géante : la chimie du corps (comme toute chimie) est fondée sur les liens électriques. L'énergie dont on a besoin pour voir ces mots vient de l'œuf que l'on a mangé au dernier repas ; l'œuf a tiré son énergie du maïs consommé par la poule ; le maïs a extrait cette énergie directement de la lumière électromagnétique du soleil, au moyen de la photosynthèse. »   Le Chi fait partie intégrante de la médecine chinoise et aussi des voies psycho corporelles du taoïsme constitué au fil des siècles. De cette somme considérable d'apport successif apparurent des voies de relation d'aide prenant en considération l'humain de manière globale. Les thérapies et médecines chinoises holistique considèrent les maladies comme psychosomatique, un lien permanent est conservé entre l'esprit et le corps ; C'est ce que nous allons voir à présent.  

         

•  La médecine énergétique chinoise       

•  L'acupuncture

  La médecine chinoise est une médecine de terrain, de prévention, de chronicité et d'étiologie. Elle recherche l'harmonie, l'équilibre, le juste milieu, et vise à renforcer ce qui est sain (organes, psychismes etc.) plutôt que d'aller contre ce qui apparaît comme pathologique. Le psychisme et les organes du corps y sont étroitement liés. Il existe une énergie vitale spécifique à chaque organe. Il existe aussi une énergie mentale composée de cinq topiques principales :  

- le Shen ou l'intelligence et le conscien
- le Yi ou la pensée et la mémoire, la raison
- le Po ou la vie végétative, l'inconscient
- le Zhe ou la volonté, l'esprit de décision
- le Hun ou la perception, l'imagination
    

L'acupuncture découle naturellement de cette conception où la notion de méridien est fondamentale. Les archéologues et historiens datent les débuts de l'acupuncture à près de 3000 ans avant notre ère. A cette époque, la stimulation des points, découverts empiriquement, se faisait à l'aide de poinçons de pierre. Peu à peu des instruments plus fins furent utilisés, tels que les aiguilles d'os ou de bambou. Par la suite avec le développement de la métallurgie on utilisa des aiguilles métalliques.   L'acupuncture considère le corps dans son ensemble.  C'est-à-dire, que non seulement les symptômes de la maladie sont étudiés, mais aussi tout le reste du corps avant d'y déceler les déséquilibres énergétiques. Comme le courant électrique, le Chi a besoin de deux pôles (positif et négatif) pour circuler dans les canaux. Ces canaux furent nommés des méridiens (Jing). Il existe douze méridiens principaux qui se trouvent dans l'épaisseur de la peau. A chacun de ces méridiens est associé un méridien superficiel qui circule dans la partie externe de l'épiderme, et un méridien profond qui relie le méridien principal à un organe. Chaque organe correspondrait à un élément et une couleur, le feu est la couleur rouge pour le cœur ou le métal est la couleur blanche pour les poumons. La technique thérapeutique est ainsi étroitement liée à l'efficacité symbolique décernée au corps humain et à ses organes vitaux.   La science s'intéressa de près à la médecine énergétique chinoise. Le docteur Peter Mandel réussit à établir dans les années 70 une topographie des projections énergétiques de chaque organe par l'utilisation photographique avancée de l'effet Kirlian. Les organes ayant des relations avec une émotion, un sentiment et traduisant les attitudes psychiques et les dérèglements organiques émettaient des projections lumineuses très spécifiques, variant sur le spectre solaire en fonction de leur degré d'atteinte pathologique. En France, les travaux comme ceux du Dr Jean Niboyet ont permis de démontrer que la surface de la peau est ponctuée de points qui sont plus de 50% plus conducteurs que certaines zones. Grâce à un ohmmètre, il a donc pu recenser avec exactitude l'emplacement de ces zones plus conductrices en courant bioélectrique réparti sur la surface du corps. Aujourd'hui de très nombreux patients sont traités en milieu hospitalier avec l'acupuncture, ce qui permet de penser à sa réelle efficacité thérapeutique venant épauler les soins médicaux.       

•  Do-In et Shiatsu     

Parmi les auto-exercices traditionnels, le Do-In est pratiqué comme un massage avec certaines postures spécifiques en vue du développement de la santé physique et de la détente psychosomatique. Dans la continuité du schéma psycho corporel de l'acupuncture, le but ici est de rétablir la circulation de l'énergie vitale dans le corps. En exerçant des pressions le long des méridiens afin de relancer le flux énergétique. C'est une technique préventive qui stimule l'énergie circulant dans les organes du corps et renforce le système immunitaire en activant le système lymphatique.   Le Shiatsu est d'origine japonaise mais il reprend la systémique des méridiens. On remplace les aiguilles de l'acupuncteur par les pouces, les doigts et les paumes, sans recours à aucun instrument mécanique. Par application d'une pression au niveau de l'épiderme, afin de corriger les dysfonctionnements internes, on améliore et on préserve la santé et on traite des maladies spécifiques.  

•  Le Kung-Fu traditionnel       

Cet art martial composé de centaines de styles différents n'est pas à considérer comme un sport de combat, mais plutôt comme une philosophie de vie. Il plonge dans les racines ancestrales de la Chine, menacée de toute part par les invasions. Devant la brutalité de l'époque, il a fallu mettre au point des méthodes de défenses efficaces. Mais eu delà de l'affrontement et de la violence, le Kung Fu est un support d'évolution intérieure profonde, où les techniques et les combats extérieurs représentent symboliquement les luttes internes de l'humain vers la réalisation et la connaissance de soi. Ici l'intuitivité créatrice prend tout son sens, car la pratique du Kung Fu est une symbolisation psycho-corporelle à elle toute seule. Chaque technique porte un nom se référant à un symbole mythique (dragon, tigre, foudre, lac, torrent, feu etc.), permettant la création d'une image du corps. Les stades d'évolution du pratiquant sont aussi marqués de symbolisme permettant une compréhension spontanée de l'état d'être. C'est une philosophie de compréhension et de maîtrise des émotions et des instincts primaires, une voie d'épanouissement et de paix intérieure dans le but de faire face à la brutalité du monde extérieur. L'ennemi véritable dans le Kung Fu authentique n'est pas l'adversaire, mais soi-même. La lutte se fait contre les tendances égoïstes de l'humain. C'est un cheminement évolutif vers la sagesse, où l'accomplissement suprême du pratiquant est l'intégration du non-combat total, du lâcher prise. Le pratiquant accompli ne se bat plus contre les autres, car il a arrêté de se battre contre lui-même. En atteignant cette sagesse, il accède à des états supérieurs de conscience que l'on appelle des états transpersonnel, très proche du soi jungien. L'accession à ces états transpersonnels offre ainsi une évolution psychique au cerveau humain tendant en permanence vers une complexification structurale. L'état transpersonnel est perçu dans ces traditions comme un aboutissement de la vie humaine. On peut y voir une prescience des tendances évolutives de l'espèce.

•  Le Taï Chi Chuan

  Le Tai Chi Chuan est considéré comme une méditation en mouvement composée de gestes lents, souples et continus, qui fortifie le corps et rend l'esprit calme et serein . Il se base sur la fluidité et la souplesse afin de favoriser la bonne circulation de l'énergie vitale dans le corps. La perception consciente du corps est favorisée par l'apprentissage progressif des techniques pratiquées lentement et en harmonie avec la respiration. La maîtrise d'une respiration ample et profonde a des effets apaisants sur le système nerveux, améliore la circulation sanguine et aide à lutter contre l'hypertension. L'organisme en son entier s'en trouve harmonisé. Le Tai Chi Chuan permet de corriger les mauvaises postures du corps dans le quotidien et contribue au lien esprit/corps, dans la prévention des troubles psychosomatiques.   Le Tai Chi Chuan apparaît donc comme une méthode de relaxation prenant aussi en considération la dimension transpersonnelle de l'humain. Efficace dans la prévention des maladies, c'est aussi une voie de réalisation personnelle au même titre que le Kung Fu et la méditation assise. Le Tai Chi Chuan permet de développer la conscience de façon à harmoniser le corps et l'esprit. Les différents niveaux de progression dans la pratique permettent au disciple de réaliser pleinement son potentiel afin d'évoluer dans son développement.            

• Le Chi Kung (Qi qong)

Le Chi Kung est un art énergétique comme le cite John Viens, professeur de Chi Kung : « Il s'appuie sur les principes de la médecine traditionnelle chinoise, est basé sur l'application et l'attention portées à la respiration consciente associées à un geste juste exécuté avec un tonus juste, conduisant à éveiller la sensation de l'énergie qui circule dans notre corps. » Les exercices permettent de développer l'énergie interne, afin de la faire circuler librement dans le corps. Chaque technique a un objectif de santé, de fortification ou d'expansion de conscience. Il existe des postures immobiles, tenues un temps donné dans le but de fortifier les muscles et ligaments. On les appelle généralement des techniques d'enracinement. On y symbolise l'homme semblable à un arbre solide et stable. Cette technique psycho-corporelle est utilisée en vue de centrer l'esprit, d'acquérir une rectitude, évitant de s'éparpiller dans un extrême ou l'autre. En Chi Kung et dans tous les arts énergétiques chinois, la rectitude de la posture serait une représentation de la rectitude de l'esprit. On trouve aussi des techniques avec des ondulations des bras, des étirements réalisés en douceur. L'attention est constamment portée sur les mouvements de la respiration ample et profonde ayant des fonctions régulatrices du système neurovégétatif et neuromusculaire. Il est aussi pratiqué des exercices de visualisations mentales visant à calmer l'esprit, dont la sophrologie caycédienne a tiré ses fondements. Le Chi Kung était utilisé de plusieurs manières. Dans les arts martiaux il est utilisé pour renforcer les muscles contre les chocs et obtenir une stabilité dans l'exécution des techniques martiales. Le Chi Kung est aussi utilisé dans la sexualité par différents exercices permettant la maîtrise orgasmique et sa transmutation en énergie psychique. L'énergie sexuelle appelé libido par Freud était considérée comme une composante de l'énergie vitale. Ces exercices réalisés seul et avec partenaires permettaient la maîtrise de l'acte sexuel et une méditation à deux, ou les énergies yin de la femme s'unifiaient avec celles yang de l'homme. Cette énergie sexuelle était ainsi transformée et circulait dans les méridiens par le biais des centres énergétiques, du sexe au sommet du crâne. Cette circulation permettait de fortifier et régénérer les fonctions vitales de l'organisme. Là encore les travaux de Reich sur le réflexe orgastique trouvent ici un point de convergence avec la pratique bioénergétique taoïste. Le réflexe orgastique est une participation globale du corps à la respiration de la tête vers le bassin, la décharge orgastique permettant d'atteindre une décharge énergétique complète de tout le corps. On ne peut que constater l'avant-gardisme des praticiens du Chi Kung sexuel, forts de leur compréhension intuitive et expérientielle, ce dont Reich amena scientifiquement la preuve plus tard. Une autre utilisation du Chi Kung consistait en une voie d'éveil spirituel, où la maîtrise des énergies vitales parmi les centres énergétiques devait suivre un cheminement vertical de la racine du corps (le sexe) au sommet du crâne (l'esprit) dans le but de vivre des états d'expansion non ordinaire de conscience. Cet état transpersonnel serait la réalisation ultime du pratiquant, l'éveil à la sagesse et l'accession au soi, à l'être réalisé. Au même titre que la sophrologie aujourd'hui, le Chi Kung possède des fonctions thérapeutiques reconnues en relaxation psychosomatique. Le symbolisme, les postures et la régulation interne du corps permettent de renforcer les capacités fonctionnelles du cerveau et les défenses immunitaires du corps, grâce à un exercice quotidien.
 

1.3) Siddharta Gautama

Siddhârta Gautama naquit près du Népal vers le 6 ème siècle avant notre ère, dans une famille d'aristocratie militaire. Orphelin de mère il est élevé comme un prince par un père autoritaire qui l'empêche de sortir de la demeure royale de peur que la souffrance du monde traumatise son existence. Malgré cela, au cour d'une sortie inopinée, il est confronté au principe de réalité qui s‘oppose violemment au principe de plaisir dans lequel son père l'avait forcé à vivre. Il affronte de plein fouet toute la misère des pauvres de l'Inde, la souffrance et la mort. Cette expérience le marqua profondément et il décida de fuir le palais princier dans le but de rechercher un remède à la souffrance humaine. Après des années d'errance et d'expérimentation de diverses techniques psycho corporelles, il met en place une méditation assise bien spécifique, appelé Dhyâna en sanscrit et Zazen dans le Zen qui sera l'axe principal de son approche de la relation d'aide.   Inspiré en grande partie par certaines méthodes psycho corporelles hindouistes, le bouddhisme enrichit sa pratique grâce à son cheminement dans une grande partie de l'asie. En Chine, l'approche s'inspira fortement des pratiques taoïstes cités plus haut et le bouddhisme fusionna en grande partie avec le taoïsme local. Puis par la suite, le bouddhisme se rendit au Japon ou il devint le Zen, inspiré de la tradition shintoïste majoritaire dans ce pays à l'époque.

1.3.1) Concepts thérapeutiques  

L'approche psycho-corporelle de Siddhârta Gautama s'appuie sur les principes énergétiques découvert par les taoïstes et les techniques de respirations du yoga. Le bouddhisme étudie aussi les changements de la conscience humaine et ses différents états. L'approche bouddhiste au même titre que la sophrologie, qui s'en inspira, prend en compte l'homme dans sa totalité physique, psychique et spirituelle. Ses techniques visent à favoriser un niveau de conscience sophronique situé ente la veille et le sommeil ; à détourner le sujet des sentiments négatifs pour stimuler ses sentiments positifs.   Le bouddhisme est une approche de la pleine conscience, ses méthodes mettent l'accent sur un état d'esprit vigilant conscient de son corps et de ses actes. La plupart de nos actes et pensées sont réalisés machinalement, inconsciemment. En pratiquant cette technique, il est possible de comprendre plus profondément notre psychisme en reliant la pensée à l'action. La méditation aiderait à sortir de cet d'automatisme inconscient, offrant la possibilité de réaliser toutes les capacités conscientes et inconscientes de l'humain. La respiration est le modèle sur lequel se base l'approche bouddhique de la thérapie psycho-corporelle transpersonnelle. La respiration fluide et ample rendue consciente pendant la pratique permet d'oxygéner le sang et d'activer la circulation de la lymphe. Une bonne circulation de la lymphe, qui contient des globules blancs, permet d'améliorer le système immunitaire. Ce sentiment de relaxation psycho-corporelle né de la fluidité de la respiration permet au pratiquant de se construire un schéma corporel positif, agissant ainsi sur le système neurovégétatif.   Le bien être corporel permet une détente psychique adéquate au pratiquant pour plonger plus profondément en lui-même et y faire émerger ses potentialités latentes. Le but de la pratique est principalement l'absence de but, la conscience portée vers le lâcher prise, un état d'absence de tensions qui mène à une compréhension plus affinée, dégagée des tensions psychiques, par le biais de l'acceptation de leur existence, amenant progressivement à une compréhension des mécanismes internes de la psyché.

- Le Zazen  

Les méthodes psycho corporelles de la philosophie bouddhiste sont en grande majorité basées sur la méditation assise, que l'on nomme Zazen (Za : s'asseoir et Zen : comprendre). Cette technique fut héritée de la méditation assise pratiquée dans le yoga et adaptée à l'optique du bouddhisme. Par la suite, dans les années 60, Alfonso Caycedo étudiera de près le Zazen pour développer la sophrologie en Europe. L'objectif de la sophrologie est de développer l'expansion de la conscience dans le but d'optimiser les ressources personnelles latentes de l'humain, et elle rejoint fortement le bouddhisme et principalement le Zen.

Le Zazen comme la sophrologie vise à favoriser la perception d'un niveau de conscience situé entre la veille et le sommeil (conscience sophronique), permettant la construction progressive chez le pratiquant d'un schéma corporel positif. Le Zazen se base sur la respiration consciente du rythme corporel, la position est stable, le dos vertical et l'attention est portée sur la sensation physique de tout le chemin de l'air, de l'inspiration à l'expiration (inspiration, remplissage des poumons, temps d'arrêt, contraction des poumons et expiration progressive). En focalisant l'attention sur le souffle et la rectitude de la posture l'esprit devient plus tranquille, la respiration permet l'accès à une conscience sensible à la vie interne du corps (pulsations, tensions, douleurs). Plus encore que la proprioception du corps, le Zazen permet de clarifier les pensées, d'apaiser les émotions négatives, de laisser passer les images, pensées et formations mentales surgissant de l'inconscient sans s'y opposer, ni s'y accrocher. Pendant la méditation profonde, le cortex (siège de la pensée consciente) est au repos, ainsi le sang peut affluer en direction des couches profondes du cerveau. Ces zones, mieux irriguées déclenchent l'activation des ondes cérébrales du sommeil profond alpha  et  thêta  (ondes très lentes qui permettent d'accéder à des informations stockées dans le sub-conscient et qui sont les ondes liées aux états de super créativité) pendant l'état de veille, ce qui procure une impression de sérénité et de calme mental.

Le Zazen est un moyen d'étudier la conscience en établissant une différence entre les concepts de niveaux de conscience, qui sont des modifications qualitatives et des états de l'être humain. Ici, nous aborderons l'aspect transpersonnel du Zazen, c'est-à-dire l'expansion. On est proche de ce que Carl Gustav Jung décrivait par processus d'individuation, aboutissant à la réalisation de la totalité psychique de l'être qu'il nommait le soi. Le zazen s'insérant dans la philosophie de la non-violence bouddhiste permettrait de développer les capacités de coopération et d'entraide au détriment d'ancien comportements (hérités de l'animalité) comme la compétition et l'agressivité. Le Zazen peut être considéré comme une technique visant et tendant vers l'évolution psycho spirituelle de l'humain, qui perçoit intuitivement les lois évolutives mises en place dans l'univers. L'humain ayant évolué de l'animalité à l'humanité tendrait vers un autre stade de son évolution, vers une compréhension plus holistique de lui-même et du monde qui l'entoure.

 

2/ L'occident antique

L'occident antique est lui aussi un réservoir inépuisable de sources philosophiques qui contribuèrent à forger au fil des siècles ce qui deviendra plus récemment la psychothérapie occidentale. L'apport considérable de centaines de théoriciens, philosophes, penseurs et médecins de l'antiquité véhiculèrent les bases de notre compréhension actuelle de la conscience humaine. Il ne faut pas oublier qu'avant de se définir comme science à part entière, la psychologie était partie intégrante de la philosophie. Ces hommes étaient à la fois médecin, mathématicien, psychothérapeute, artiste et philosophe. Ils intégraient en eux tous les aspects de l'humain, n'effectuant pas de divisions majeures entre leur raisonnement logique et leurs intuitions créatrices. Dans ce chapitre sur l'occident antique, nous allons voir les personnages majeurs qui influencèrent une approche holistique de l'humain et développèrent des philosophies et des approches psycho corporelles transpersonnelles. Prenant en considération toutes les facettes de la psyché humaine, aussi bien ses capacités d'analyse logique et déductives que ces capacités intuitives et sensitives.  

2.1) Pythagore  

Pythagore (580 av. notre ère) fait parties des philosophes de la Grèce antique que l'on appelle « les présocratiques », car se situant avant la pensée philosophique de Socrate. Même si la philosophie n'est pas née avec Socrate, ce dernier lui aura conféré un sens particulier de prise de conscience grâce à sa maïeutique, nous verrons plus loin les rapports étroits qui lient maïeutique et psychanalyse. Les présocratiques ont tenté à leur niveau d'expliquer le monde par le biais de leurs expérimentations du réel. Il en ressort les prémices de la pensée scientifique occidentale, avec le théorème de Thalès, l'atomisme de Démocrite ou encore la géométrie d'Euclide. Ces physiciens de l'antiquité n'opposaient pas dans leurs recherches la matière et l'esprit. Bien qu'en contradiction avec les conceptions mythologiques et superstitieuses de l'époque, ils concevaient la recherche scientifique comme une unité de sens prenant en considération tout les plans de réalité, interne et externe.   Dans cette lignée profonde de la connaissance de l'être et du monde, Pythagore apparaît comme un digne successeur, un des philosophes les plus marquant de l'histoire antique. Non seulement pour son fameux « théorème du carré de l'hypoténuse du triangle rectangle », mais aussi et c'est ce qui nous intéresse ici, pour ses recherches philosophiques concernant la psyché humaine et le développement d'une approche psycho-corporelle transpersonnelle qu'il nomma l'Orphisme.

2.1.1) Concepts thérapeutiques  

Pythagore voyagea dans une grande partie du bassin méditerranéen pour parfaire ses connaissances en mathématique, en art et philosophie. Ses voyages en Egypte et en Crête en particulier marquèrent l'évolution de sa philosophie vers une approche globale de l'être humain et l'élaboration d'une thérapeutique transpersonnelle.   Il fonda ainsi l'orphisme, d'après le mythe grec d'Orphée, comprenant l'importance du mythe, (comme le fera Freud plus tard) pour symboliser les acteurs de l'inconscient et mieux comprendre leurs actions dans la psyché. Bien entendu, dans l'univers mythologique de l'époque Orphée demeurait lui aussi comme une personne ayant existée, mais ce n'est pas cet aspect qui nous intéresse. Pythagore et l'orphisme se démarquent radicalement à l'époque des cultes païens de la Grèce, les membres vivent à l'écart de la société. Ils comprennent l'importance de la nutrition sur le corps et l'esprit, ils sont végétariens, pratiquent des ascèses méditatives et aussi et surtout la musique. Dans le mythe, Orphée était un joueur de lyre, dans l'orphisme la musique avait un rôle primordial dans l'approche psycho-corporelle transpersonnelle. On peut dire que Pythagore est un des précurseurs de la musicothérapie. Pythagore fut le premier à expliquer les lois proportionnelles de la musique, il a établi la base de la théorie musicale, la gamme.

2.1.2) La musicothérapie orphique 

Pythagore considérait la musique comme un agent thérapeutique de premier ordre, il pensait que si la musique était utilisée d'une certaine manière elle pourrait faciliter le recouvrement de la santé physique et psychique. Aujourd'hui les recherches dans le domaine de la musicothérapie démontrent l'influence des sons sur le psychisme. Sans se substituer à une psychothérapie verbale, la musicothérapie permet de travailler sur l'histoire de l'individu et son rapport avec les éléments constitutifs de la musique ou d'un son. Le musicothérapeute tente de décoder les impulsions du patient et ce qui met en acte sa mise à l'écoute et ses réactions internes. Ici la musique n'est pas spécialement une « œuvre esthétique » mais un référant du langage intérieur. Mais alors pourquoi attribuer la notion de transpersonnelle à l'œuvre de Pythagore ?   La musicothérapie conçue par Pythagore est à considérer non seulement sur un plan thérapeutique psyché-soma, mais aussi dans une compréhension plénière de l'humain. Pythagore ne faisait pas de clivage entre sa science logique et mathématique et sa philosophie de vie, il concevait ceci en un tout harmonieux correspondant à des facultés essentielles de l'humain. En ce sens, sa logique mathématique lui a permis d'élaborer un système précis de structuration de l'élaboration musicale. Sa logique mathématique pu ensuite être utilisée dans un but d'expansion de conscience, d'épanouissement spirituel de l'être. Ainsi, il faisait le pont entre cerveau gauche (logique, analytique) et cerveau droit (intuition créatrice). C'est précisément ce que souhaite établir le transpersonnel, une unité dans la psyché humaine entre toutes les facultés de l'être et non une dichotomie du tout logique ou du tout intuitif, juste un équilibre. Cet équilibre permet d'offrir au patient une compréhension globale du corps et de l'esprit, ainsi qu'une perception plus sensible des capacités évolutives de l'être.  

Pour Pythagore certaines mélodies pouvaient provoquer des états supérieurs de conscience. Les effets de la musique ont récemment été mesurés par électroencéphalographie à Moscou (Russie) dans l'Institut d'activité nerveuse supérieure & de Neurophysiologie par Dimitri Valouev, psychothérapeute, psychologue, psychiatre et narcologue à l'hôpital de narcologie, membre de l'Académie des Sciences de Russie. Les mesures ont été effectuées avec un électroencéphalographe à 22 canaux de 0 à 30 KHz qui donne une image précise de la distribution de l'information dans le cerveau (zones réagissant aux fréquences musicales), la synchronisation des hémisphères cérébraux. L'étude a comparé les effets de certaines compositions mélodiques pendant la méditation. Un type particulier de musique active la synchronisation des hémisphères cérébraux. La synchronisation des hémisphères cérébraux déclenche certaines expériences de conscience supérieure. La musique augmente le niveau des ondes alpha ainsi que des ondes Thêta. Cette même musique réduit le niveau des "mauvaises" ondes Bêta correspondant à des états de trouble et d'hyper activité et amplifie le niveau des " bonnes" ondes Bêta ces ondes à haute fréquence qui correspondent aux états hautement intuitifs de grande clarté intérieure.   De part son approche holistique de l'être, Pythagore favorisa l'établissement des bases de la compréhension transpersonnelle de la psychothérapie en occident. Non seulement la musicothérapie moderne et scientifique peut aujourd'hui s'en réclamer, mais aussi toute une lignée de penseurs, thérapeutes et scientifiques qui tentèrent d'établir une liaison entre les différents plans de l'être, bio-psycho-spirituel.    

2.3) Socrate  

Socrate est né en 469 av J.C. à Athènes. Il était le fils d'un ouvrier sculpteur et d'une sage-femme. Socrate ne laissa pas d'écrit de son vivant. On connaît sa vie par le biais de ses disciples et en particulier de Platon qui le mit en scène dans de nombreux textes. En -399, il fut condamné à boire la ciguë (poison mortel) par un tribunal populaire athénien, au sein d'une ville qu'il avait toujours aimé et qu'il n'avait quitté que pour la défendre. Socrate en questionneur fervent s'était attiré les foudres des puissants dont la notion de libre expression avait atteint ses limites. Athènes perdit le plus illustre de ses philosophes. Bien qu'il n'ait pas inventé la philosophie, il donna un souffle neuf au raisonnement, à l'analyse critique, à la logique de l'esprit sans pour autant délaisser son inspiration intuitive. Ils poseront conjointement les bases de la métaphysique platonicienne.   Socrate vivait très modestement et bien qu'étant marié, il passait la majorité de son temps dehors, dans la cité d'Athènes florissante, sommet de la démocratie du monde occidental de l'époque. Il circulait dans les rues de la cité afin de questionner les habitants, solliciter leur raisonnement, déloger leurs certitudes et tenter à son niveau de les faire évoluer vers la sagesse et la connaissance de soi. Ce qu'il vit sur le temple de Delphes le marqua profondément et l'influença toute son existence : « Connais-toi toi-même, nul ne fait le mal volontairement. » Cette phrase si précise, heurte sincèrement puisqu'elle pose les bases d'une compréhension plus accentuée de la psyché humaine, au-delà des actions apparentes du conscient. Elle induit le fait que sous les actes répréhensibles, violents et égocentriques se cache une nature humaine qu'il faut questionner pour y faire accoucher la vérité de l'être, l'humain guéri de ses névroses qui le font agir involontairement, inconsciemment.    

2.3.1) La Maïeutique  

Il s'inspira du métier de sage femme que sa mère exerçait pour établir sa méthode thérapeutique. Il décida de faire accoucher les esprits comme sa mère faisait accoucher les enfants, il fonda de la sorte la maïeutique ( du grec maieutikê, signifiant : art de l'accouchement) et se défini ainsi comme l'accoucheur de l'esprit humain. Car contrairement à d'autres méthodes, la maïeutique indique que les réponses proviennent de l'intérieur, la personne porte en elle les problèmes et leurs solutions. Faire accoucher l'esprit, signifie faire découvrir à l'autre des vérités qu'il porte en lui mais auxquelles il n'a pas encore accès  : « L'accoucheur n'apporte, ne transmet rien à l'âme qu'il éveille. Il la laisse nue en face d'elle même. » Pour Socrate la prise de conscience ne pouvait venir qu'avec la parole, la verbalisation, en ce sens on peut y établir une filiation intéressante avec la psychanalyse.   De Socrate à Freud, les hommes n'ont cessés de s'interroger sur la souffrance humaine et sur les chaînes qui emprisonnent l'humain et l'empêchent d'accéder à la liberté essentielle. De l'ironie socratique, de la maïeutiques et sa manière à elle de démasquer les faux-semblants, de démasquer l'illusion comme tentera de le faire la psychanalyse et sa méthode de compréhension des phénomènes inconscient du psychisme, il existe bel et bien une liaison. La psychanalyse atteste la vérité du discours socratique et de sa recherche non directive des causes du mal être psychique. Jacques Lacan s'intéressa particulièrement à la maïeutique de Socrate, il salua en Socrate le premier des analystes en occident. Lors d'un de ses séminaires sur « le transfert » il cite Socrate dans le banquet de Platon : « qu'il doit offrir au désir du patient pour qu'il se réalise comme désir de l'Autre ». Entendons par là que pour Lacan, Socrate aurait le premier défini le rôle et la place de l'analyste lors de la cure psychanalytique.   Si Socrate est considéré comme le pilier de la philosophie occidentale par la place qu'il donna au « logos », au raisonnement logique et à l'analyse déductive, on oublie qu'il était aussi un être inspiré, intuitif. En replaçant le contexte historique, on comprend pourquoi Socrate mit l'accent sur le raisonnement devant la place que tenait les superstitions mythiques de son temps et de leurs poids écrasants sur la cité, comme le constate le philosophe Henri Bergson : « Certes, Socrate met au-dessus de tout l'activité raisonnable, et plus spécialement la fonction logique de l'esprit. L'ironie qu'il promène avec lui est destinée à écarter les opinions qui n'ont pas subi l'épreuve de la réflexion et à leur faire honte, pour ainsi dire, en les mettant en contradiction avec elles-mêmes. […] Socrate enseigne parce que l'oracle de Delphes a parlé. […] il faut qu'il se mêle au peuple, qu'il se fasse peuple, que son langage rejoigne le parler populaire. […] Un "daïmio" l'accompagne, qui fait entendre sa voix quand un avertissement est nécessaire. […] Son enseignement, si parfaitement rationnel, est suspendu à quelque chose qui semble dépasser la pure raison. »   Par daïmio, Socrate entendait par là son intuition, sa source d'inspiration qui ne relevait pas de la raison. Son raisonnement analytique lui était là pour structurer ses intuitions, leur donner forme afin qu'elles puissent être enseignées. Son raisonnement logique avait comme but la recherche du vrai, démasquer les croyances archaïques de son temps et faire surgir une unité en l'humain entre intuition et raisonnement logique. Voila pour quelle raison il a été placé au sein de cet exposé non exhaustif de l'historicité du transpersonnel. En tentant d'offrir une facette peu étudiée de l'homme, Socrate fut un philosophe de génie, mais aussi un thérapeute de talent, qui a su plonger au cœur de la psyché humaine pour y semer les graines de leur évolution.



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