*La préhistoire - première partie - unisson06
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Première partie - La Préhistoire

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« Le sentiment du moi que possède l'adulte n'a pu être tel dès l'origine. Il a dû subir une évolution qu'on ne peut évidemment pas démontrer, mais qui, en revanche, se laisse reconstituer avec une vraisemblance suffisante. »

Sigmund Freud.

 

     

Depuis que la vie a pris place à la suite du Big Bang il y a aujourd'hui plus de 12,6 milliards d'années, elle n'a eu de cesse de se complexifier. Imperceptiblement, les espèces se sont succédées, de nouvelles plus adaptées laissant place à d'autres plus anciennes. Ainsi l'évolution impulsa la maturation de l'univers ; cette même impulsion poussa un singe arboricole à descendre de son arbre pour inaugurer une aventure aux milles dangers, mais aussi aux multiples expériences fascinantes : l'aventure humaine.  

1/ L'émergence de la conscience

1.1) L'homo sapiens  

L'humain s'inscrit dans un processus global d'évolution des espèces animales. Il partage un ancêtre commun avec les primates actuels. Notre nature animale reste profondément ancrée dans notre comportement qui, encore aujourd'hui n'est pas fondamentalement différent des autres animaux pour une majorité de nos semblables. Mais, à la différence de l'animal, l'humain possède un élément décisif, qui permit un saut vertigineux sur l'échelle de l'évolution, la conscience.   On ne sait toujours pas exactement pourquoi et comment apparut la conscience chez nos ancêtres. On distingue plusieurs facteurs qui auraient influencée son émergence. Lors du passage à la verticalité, les membres supérieurs ainsi libérés de la fonction de locomotion auraient permis à la main de devenir un merveilleux outil naturel aux fonctions multiples. La main permit l'utilisation d'outils, le maniement des armes, mais sa fonction la plus révolutionnaire fut d'être outil de communication sociale. Les chercheurs pensent que nos ancêtres auraient développé un langage gestuel et un langage vocal primitif en même temps.   Ce qui a différencié radicalement l'homo sapiens de ses cousins primates est non seulement la structure de l'organe vocal, mais aussi et surtout la capacité d'abstraction complexe que nécessite le langage articulé, pouvant créer à partir d'un nombre fini de sons élémentaires des combinaisons permettant d'obtenir une infinité de mots, eux mêmes combinables à l'infini pour former des phrases qui pourront exprimer un nombre infini de choses.   Néandertaliens et homo sapiens connurent un passé commun. Ils collaborèrent même entre eux pour la chasse et apprirent l'un de l'autre. Ils développèrent à leurs niveaux un art rupestre et un culte des morts, preuve que leur capacité de symbolisation était bien présente. Mais étant génétiquement éloignés, ils ne purent évoluer ensemble et les néandertaliens s'éteignirent brusquement il y a 30 000 ans.      

Homo sapiens sapiens, signifie en latin « l'homme qui sait qu'il sait » . Savoir est une chose, peut être une perception, mais savoir que l'on sait, est la conscience de soi, des autres, et du monde. La prise de conscience de l'isolement, de la mort et des souffrances du monde marqua profondément nos ancêtres. Le traumatisme fut profond. Dans « Totem et Tabou », Freud l'exprime quand il fait mention de la prohibition de l'inceste et du cannibalisme dans l'évolution civilisatrice de l'humain. La conscience permit ces interdits, signes majeurs d'un besoin essentiel d'évoluer, de tendre vers un « mieux vivre ».

Dans l'odyssée de ce « mieux vivre » apparut une activité qui développa chez nos ancêtres des aptitudes surprenantes, voire fascinantes. La matérialisation de la pensée symbolique de l'humain allait ainsi prendre vie sur les murs des cavernes, se tailler dans la pierre, les ossements, fut tissée, tannée, découpée, etc. Christian Vanden Berghen, kinésithérapeute formé à la médecine traditionnelle chinoise nous offre une définition judicieuse du symbolisme : « Le propre du langage symbolique est de rassembler sous un seul point de vue, d'expliquer, d'exprimer en un seul mot plusieurs propriétés d'un même objet, de telle sorte qu'elles se produisent instantanément et à la fois, et que l'être soit capable de les saisir par une intuition soudaine et d'un seul coup d'oeil. » En écoutant son intuition créatrice, l'homo sapiens sapiens accéda à ce qui allait changer totalement le cour de son existence, ce qui lui permit de sortir du quotidien limité par la matière et d'aller au fin fond de son esprit pour y faire jaillir un contenu psychique symbolisé de manière étonnante.

 

1.2) La créativité et l'art

 

La paléontologie moderne semble revoir quelques peu les principes de base de la théorie darwinienne, surtout sur ses idées d'évolution graduelle de l'homme. Darwin pensait que les spécificités qui constituent l'humain, créativité, morale, entraide, était virtuellement inscrit dans le monde animal et que cette évolution de l'homme s'était déroulée graduellement comme l'évolution se réalise pour toutes espèces. Ce gradualisme apparaissait à Darwin comme un principe méthodique fondamental pour appuyer sa théorie.   L'Afrique d'il y a 6 millions d'années a vu émerger une population de primates à partir de laquelle se sont développés les primates bipèdes comme les australopithèques. La très grande majorité de ces primates fut frappée d'extinction, sauf une seule. Les descendants de cette espèce de primate ont donné naissance à la variété Homo. Il y a 10 000 ans, l'Homo Sapiens émergea brusquement avec l'apparition de la conscience. Mais le mystère de cette émergence reste encore entier, car il n'a pas fallu des millions d'années aux primates pour faire émerger la conscience, alors qu'il avait fallu des millions d'années à leurs ancêtres pour évoluer physiologiquement. Cette mutation s'est opérée progressivement en un laps de temps très court de 200 000 ans.   D'après les théoriciens de l'évolution, il semblerait que l'humain ai effectué un grand saut bio-psychologique, libérant l'espèce de la sélection naturelle animale et accélérant leur évolution. L'évolution de l'humain pendant les 200 000 dernières années ne semble pas rentrer en cohérence avec le concept darwinien de mutation lente et progressive. Cela nous amène a penser que l'humain aurait développé de nouvelles capacités d'adaptation lui permettant de passer de mutations biologiques lentes à une évolution culturelle accélérée. Même si l'ont retrouve chez les primates actuels un certain sens de l'inventivité, ces espèces ne demeure pas capable de mettre en place une pensée symbolique complexe et une diversité créatrice comme on la retrouve chez l'humain. Les singes ne présentent pas de mécanismes sociaux, ni l'aptitude mentale à transmettre les innovations à leur descendance.   Il semblerait que l'Homo sapiens soit très différents de ses cousins primates, même si sont patrimoine génétique se rapproche à 96% du chimpanzé. Le patrimoine psycho-culturel de l'humain est incomparable aux structures du règne animal. L'émergence de la conscience et la structuration de la psyché a vraisemblablement créé un véritable fossé entre l'humain et l'animal. La sortie de l'animalité semble s'être réellement déroulée avec la création d'un symbolisme psychique extériorisé par ce que l'on nomme l'art préhistorique. Mais il convient d'être prudent, car sortie de l'animalité ne signifie pas que l'humain en a véritablement terminé avec ses pulsions instinctives. Mais l'humain progresse au fil de son évolution, vers une compréhension de plus en plus subtile de sa psyché.   Bien entendu les opinons divergent vis-à-vis du pourquoi de l'art. Les premiers paléologues pensaient l'art pour l'art, mais il sembla par la suite incohérent que l'humain de l'époque cache des œuvres dans des grottes s'il souhaitait réellement les montrer. Vint ensuite l'hypothèse du totémisme, développée en partie par Freud, où les représentations symboliques d'animaux mythiques et la peur qu'ils évoquaient auraient contribué à réprimer les pulsions primales. Par la suite, la pensée structuraliste mettra en avant l'élaboration de l'art rupestre, leur logique dans la disposition des symboles en fonction du message transmis. Une des dernières théories établie par le préhistorien Jean Clottes et l'anthropologue David Lewis-Williams propose une origine chamanique des œuvres de l'art paléolithique.   On voit donc que l'art avait chez les premiers humains plusieurs significations est utilités, mais celle qui nous intéresse dans le cadre de ce travail de recherche concerne le signifiant de la symbolique de cet art qui permettait à l'humain de faire revivre son monde intérieur sur les murs, de transmettre la physiologie des animaux et certaines techniques de chasse, mais surtout l'intuitivité créatrice qui offrait une porte vers l'imaginaire, vers la création d'un symbolisme chargé d'énergie psychique. Chaque création était le reflet inconscient de son créateur. La force de l'art est qu'il permettait une forme d'abréaction archaïque par les symboles, une extériorisation de l'émotivité non maîtrisée, une voie d'expansion de la conscience vers l'illimité de la créativité. L'intuition créatrice offrait une voie de mieux-être aux premiers hommes.   Il apparaît un personnage central des premières tribus primitives, c'est le chaman. Cet homme, nous pourrions aisément le comparer à un psychothérapeute de la préhistoire, car il était le sage chargé de guérir les malades, celui qui décodait les signes de la nature et pouvait s'unir à elle pour trouver un remède au mal être de nos ancêtres et les écouter, les réconforter et les guider devant leurs angoisses de vie. On pense aussi que la fonction onirique est apparue avec la conscience et le développement de l'intuition symbolique. Nous sommes à même de penser que le Chaman offrait ses interprétations des rêves dans un but thérapeutique, articulé autour d'un mythe symbolisant le trouble.
 

1.3) Les premiers rites funéraires

La conscience permit une évolution considérable à notre espèce mais en contrepartie, cette prise de conscience amena avec elle son lot d'angoisses et de peurs liés à la dureté de l'existence. L'angoisse de mort pris toute son ampleur déjà chez les premiers néandertaliens ( il y a environ 80 000 ans), où l'on a retrouvé des tombes rudimentaires avec des colliers et armes ayant appartenus au défunt. Mais c'est l'homo sapiens qui développa le plus fortement les rites funéraires, grâce en grande partie à ses facultés intuitives et créatrices très développées. Les Homo Sapiens perfectionnèrent les rites funéraires (squelettes alignés dans le sens est-ouest, visages tournés vers le soleil levant…). Au fil de l'évolution de la conscience, les tombes s'enrichirent d'objets d'art, silex taillés, figurines, bijoux etc.

On peut donc constater le profond respect que les humains de l'époque témoignaient envers le corps et le souvenir de leurs défunts. Respect, mais aussi sentiments de tristesse, de compassion et de désespoir. Face au traumatisme qu'engendrait la mort aux membres de la tribu, le chaman mettait en place des outils thérapeutiques archaïques chargés de guérir la tristesse causée par le deuil. Les Chamans étaient des initiés, ils pratiquaient de nombreuses techniques artistiques et en particulier le dessin. Ils étaient les seuls habilités à pénétrer au cœur des grottes, où ils rentraient en transe pour communier avec le monde des esprits. En transe, ils dessinaient sur les parois ce que leur intuition évoquait en eux. Les études récentes de la grotte de Chauvet prouvent aujourd'hui que les dessins n'étaient donc pas uniquement à but esthétique ou informatif. Ces dessins étaient des représentations intuitives du ressenti du chaman, orientées sur la relation d'aide à effectuer aux membres de la tribu. Car vers -25 000 ans avant J.C., les dessins d'animaux retrouvés dans les grottes étaient pour la grande majorité des bêtes sauvages, que l'humain ne chassait pas et qui représentaient des symboles forts et distinctifs. Claude Levi-Strauss, en étudiant certaines tribus Indiennes, émit une réflexion sur l'efficacité symbolique de la cure chamanique, reposant sur une vision holistique de l'individu faisant corps avec la tribu. L'élaboration d'un mythe autour de la souffrance physique, permet l'élaboration de l'image du corps. Il l'exprime lui-même dans son ouvrage « Anthropologie structurale », lors de la cure d'un Chaman avec une femme ayant des difficultés à accoucher : « Les esprits protecteurs et les esprits malfaisants, les monstres surnaturels et les animaux magiques font partie d'un système cohérent qui fonde la conception indigène de l'univers. La malade les accepte, ou, plus exactement, elle ne les a jamais mis en doute. Ce qu'elle n'accepte pas, ce sont des douleurs incohérentes et arbitraires, qui, elles, constituent un élément étranger à son système , mais que, par l'appel au mythe, le chaman va replacer dans un ensemble où tout se tient ». Le mythe agit ici comme formule de compréhension d'une situation douloureuse.

Aujourd'hui les préhistoriens commencent à penser de plus en plus à la fonction spirituelle des grottes, la caverne étant considérée comme une sorte de sanctuaire dans lequel les images avaient un sens précis. Vers l'an -10 000 avant notre ère, on note une diminution de la symbolique des animaux sauvages, ce qui nous permet de prendre en considération l'évolution de la conscience vers une forme plus aboutie de structure sociale.

1.4) Les pré civilisations

Aux alentours de -12 000 ans avant notre ère, l'humain a connu la fin d'une des grandes périodes de glaciation. La glace des pôles se mit à fondre progressivement, causant la remontée brutale des océans. La géographie de la terre que l'on connaît aujourd'hui se dessina lentement, l'eau irrigua les terres, la température augmenta. Ce qui a favorisé l'apparition de nouvelles terres riches et fertiles, composées de variétés grandissantes de flore et de faune. Ce changement soudain dans l'évolution climatologique de la terre a permis à l'humain de passer du mode de vie nomade à celui de sédentaire.

En se sédentarisant, l'humain commence à construire des habitations avec des matériaux plus solides. Il utilise des ossements de mammouths, des peaux et des pierres, la vie sociale commence à s'organiser autour d'un village. Cette stabilité offre à l'humain du temps pour créer et développer de nouvelles techniques de chasses et de constructions. La population augmente et les villages doivent s'agrandir. La gestion du lieu de vie se complexifie, certains spécialistes datent l'apparition de la cellule familiale à cette époque. Tout se structure pour offrir un rendement plus productif aux nouveaux formats de société et la cellule familiale devient un système efficace. Car elle permet la bonne répartition des tâches entre hommes et femmes dans le but d'offrir à la descendance les meilleures chances de survie. L'humain se rend compte qu'en se focalisant sur une seule femme, il évite les querelles intestines propres à la polygamie. Mais ce qui est le plus important et qu'il ne perçoit qu'intuitivement, c'est que ce système père-mère-enfants offre à la descendance des repères structurés pour leur maturation.

L'humain commence aussi à prendre en compte le rôle des animaux domestiques. Le chien, domestiqué à partir du loup, servira à la chasse mais sera également un compagnon de vie, aussi bien pour les parents que pour les enfants. L'animal domestique, en tant que substitut d'affectivité pour l'enfant, jouera un rôle important dans la conservation du lien transitionnel entre l'animalité et l'humanité. Après des siècles de chasse grâce au chien, l'humain domestiquera les moutons et les bœufs. Cela marquera le passage du stade de chasseurs-cueilleurs à celui de l'éleveur. Ce n'est que bien plus tard (3 ème millénaire avant notre ère) que le cheval sera domestiqué par les peuplades d'Asie et d'Europe de l'est.

L'agriculture succède à l'élevage en tant que découverte technique majeure de la préhistoire. De simples graines semées anarchiquement vont développer, avec le temps et les croisements, de nouvelles variétés. L'agriculture permet de nourrir une population plus grande et offre une certaine sécurité, qui permet à l'humain de prendre plus de temps pour penser, créer, voire philosopher. Il est intéressant de constater que l'art évolua en harmonie avec la découverte de nouvelles techniques. L'humain a ressenti le besoin d'exprimer sa joie de la découverte dans l'abstraction symbolique. L'art s'ancre encore davantage dans les consciences, il évolue de passe-temps à métier à part entière. Les sculpteurs et tailleurs de bois commencent à vendre leurs arts contre des bêtes, des vivres et autres. L'art se professionnalise, des humains passent plus de temps à créer, imaginer et les œuvres découvertes jouissent de finesses visuelles mais aussi d'une infinie richesse symbolique.

Grâce à l'apport de l'élevage et de l'agriculture, les villages se multiplient, les échanges commerciaux se pérennisent. Les styles artistiques se déplacent de contrées en contrées. L'art offre un moyen de communiquer, un lien entre les humains qui dépasse la barrière de la langue. Ces innovations techniques mais aussi sociales vont prendre tout leur sens à la fin de la période de la préhistoire, pour faire place à l'avènement des grandes civilisations.



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