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La névrose traumatique
par Michael

« A la suite de graves commotions mécaniques, de catastrophes de chemin de fer et d'autres accidents impliquant un danger pour la vie, on voit survenir un état qui a été décrit depuis longtemps sous le nom de névrose traumatique . »

Sigmund Freud .

 

Depuis la fin du 19 ème siècle la névrose traumatique était connue principalement dans les cercles des psychiatres militaires. L'explosion des conflits mondiaux et les troubles graves qu'ils générèrent imposèrent une prise de conscience d'urgence sur le phénomène au sein du corps scientifique.

L'actualité de cette fin d'année 2004 et le séisme ravageur en Asie du sud-est impose plus que jamais une connaissance pointue des troubles traumatiques. Devant l'effroi d'une telle crise humanitaire, la névrose traumatique fit et fait encore douloureusement parlé d'elle. Au-delà du trouble psychique c'est un véritable appel d'urgence où la compréhension profonde des causes et effets permettra de résorber autant que possible les effets pervers des drames humains.

Dans un premier chapitre nous effectuerons un aperçu chronologique de l'histoire de la névrose traumatique, afin de bien comprendre les évolutions conceptuelles et cliniques qui permirent d'appréhender aujourd'hui de manière plus précise la maladie.

Nous allons ensuite dans un second temps essayer de comprendre les causes principales de l'émergence de la névrose traumatique, ainsi que les effets et symptômes.

Pour terminer ce travail de recherche, fort de la compréhension corrélative entre causes et effets, nous essaierons d'exposer les principaux models thérapeutiques tentant de répondre aux névroses traumatiques.

I/ Aperçu historique :

Depuis l'apparition du langage chez l'humain et sa capacité à se représenter la mort, les troubles psychiques voir traumatiques firent leurs apparitions. Le traumatisme psychique naquit réellement avec l'apparition de l'être conscient, possédant une psyché plus complexe et soumise à des facteurs corporels émotionnels et psychosociaux.

Par la suite pendant l'antiquité on trouve des textes d'Hérodote contant les batailles ainsi que Lucrèce recevant récits des survivant après les carnages : « Les hommes dont l'esprit est occupé des grandes et violentes actions qu'ils ont accomplies, répètent et revivent leurs exploits dans leurs rêves, beaucoup affronte la mort. » Nous voyons donc clairement ici la description d'un des symptômes spécifiques de la névrose traumatique, c'est-à-dire le syndrome de répétition de la scène primordiale du trauma dans l'activité onirique. Le roi Charles IX confia à Ambroise Paré après le massacre de la St Barthélemy les mêmes récurrences traumatiques dans l'activité onirique. On remarque d'après ces récits que les véritables conditions d'observations des névroses traumatiques se sont faites en premier lieu dans des situations de guerre.

Ce fut donc dans l'histoire les chirurgiens qui tentèrent de comprendre le phénomène physiologique de la névrose traumatique. Après la guerre de Sécession ce sont les neurologues qui dénombres plus de 5000 cas de « nostalgie » et des formes aiguës de névroses traumatiques chez les soldats. C'est Oppenheim qui en 1889 détermina officiellement le terme de « névrose traumatique ». Les neuropsychiatres civils dont faisait parti Freud, constatèrent les mêmes symptômes sur des personnes ayant subie des accidents de chemin de fer,

Mais c'est à l'aube du 20 ème siècle que les courants de pensées vont commencer à approfondir le sujet. Parmi ceci, nous distinguons les partisans du trauma issu des accidents de chemin de fer (railway brain) avec H. Oppenheim, l'avènement d'une nouvelle notion, celle de la neurasthénie. Après Charcot est ses études sur les hystériques on voit s'affirmer le mouvement psychanalytique avec Freud qui donna une place importance au « traumatique ».

•  H. Oppenheim :

Il reste aujourd'hui encore comme une référence dans l'histoire des névroses traumatiques et celle de la nomenclature psychiatrique. Il fit d'importantes observations sur les conduites post-traumatiques des victimes d'accidents de trains ou de chutes brutales. La plupart de ses observations comportaient un grand nombre de cas relevant de la neurologie et de la neurochirurgie. L'apport théorico clinique d'Oppenheim réside dans la précision de ses terminologies et réflexions théoriques pointues.

•  Adam Cygielstrejch :

Il fut un des grands psychiatres russes qui étudièrent les conséquences mentales des émotions de guerre. Il classifiait ainsi les résultantes traumatiques en différents modes d'action, les émotions brusques et violentes où il y classait les tremblements de terre et les accidents de chemins de fer. Les émotions durables impulsées par les traumas liés aux chocs politiques tel que les révolutions comme celle qui ce préparé en Russie à l'époque. Et une dernière catégorie où il y plaçait les émotions de guerre, beaucoup plus complexe. D'après lui ces émotions pouvaient entraîner l'apparition de névroses hystériques et des crises d'épilepsie.

•  Charcot et Bernheim :

Bernheim n'était pas en accord avec Charcot concernant le lien entre l'hystérie et l'hypnose. Charcot en effet pensait à l'époque que l'hystérie était une pathologie proche des phénomènes hypnotiques. Berheim, considérait quant à lui l'hypnotisme comme un phénomène relié à la suggestion, considérant que Charcot avait créé par suggestion une hystérie de culture il mit l'accent sur l'importance de la relation transférentielle.

C'est de la controverse entre Charcot et Bernheim que naîtra par la suite la psychopathologie contemporaine, ou Freud en observateur en tirera ses propres conclusions.

•  Sigmund Freud :

Freud élabora une partie de sa conception de la névrose traumatique sur l'impasse dans laquelle se situé des chercheurs comme Charcot et Bernheim entre autres à propos de l'hystérie.

Freud déclara en 1893 : « La lésion hystérique doit être tout à fait indépendante de l'anatomie du système nerveux. » Ainsi un nouveau paradigme se mis en place vers une approche plus psychologique que neuropsychiatrique de la névrose traumatique. Partant de l'enseignement de Charcot sur l'hystérie, Freud élabora sur cette base clinique sa théorie sexuelle. Le traumatisme n'était donc plus la résultante direct d'un accident, mais la résurgence de la violence sexuelle des adultes envers l'enfant.

Après la première guerre mondiale qui secoua bon nombre de ses concepts théoriques, Freud émis une nouvelle problématique liée à la répétition des rêves dans les névroses traumatiques. Ces réflexions le conduisirent peu à peu à l'élaboration d'un dualisme pulsionnel : pulsion de vie / pulsion de mort. Il défini l'angoisse de mort comme un équivalent de l'angoisse de castration et reliant ainsi les névroses de guerres et les névroses civiles.

•  Sandor Ferenczi :

Ferenczi voit en la psychanalyse un moyen de sortir de ce qu'il nomme « l'ornière du monisme matérialiste » . En opposition avec le réductionnisme « neuro-scientiste » il tente d'ouvrir de nouvelles perspectives en osant pour l'époque s'affirmer à la fois psychiatre et psychanalyste.

Ferenczi avait une approche du trauma différente de celle de Freud, pour lui le trauma n'etait pas une résurgence du souvenir, mais au contraire une impossibilité de verbaliser. C'est la négation du vécu de l'enfant qui transforme la scène en traumatisme névrotique, l'analyse tente ici de réparer avec le patient, les effets de la violence dont il fut victime.

En 1916, Ferenczi est mobilisé et devient chef du service de neurologie de l'hôpital militaire Marie-Valeria. Ce fut un champ d'expérimentation très intense qui fit grandement évoluer son approche des névroses traumatiques. Il faut rappeler que Ferenczi est avec Groddeck le co-fondateur de la médecine psychosomatique et ainsi il constata un lien étroit entre les chocs psychiques et physiques, en observant les troubles de la marche dans les névroses de guerre liées d'après lui à une régression infantile. De ses constats sur les névroses de guerre, Ferenczi démontra l'incohérence de certaines conceptions purement mécanistes qui faisaient intervenir des lésions des tissus nerveux.

Par la suite certains auteurs constatent une stagnation entre 1920 et 1978 de l'histoire psychiatrique des névroses traumatiques. La seconde guerre mondiale et son cortège de traumatismes n'auraient pas permis d'élaborer une avancée des conceptions. On constate seul un changement des terminologies et non un travail de fond.

C'est n'est qu'après 1980 que l'arrivé de l'informatisation et en particulier celle de l'intelligence artificielle permet l'élaboration d'une nouvelle psychiatrie moins dogmatiques et ouvertes sur la recherche approfondies et le doute méthodique.

II/ Les causes et effets des névroses traumatiques :

Avant de décrire plus précisément les causes et effets des névroses traumatiques, il convient d'en comprendre la réalité par une définition appropriée. Claude Barrois dans son livre « Névroses traumatiques » nous en donne une assez convaincante : « Le terme de névrose traumatique désigne, depuis la fin du 19 ème siècle, un groupe de troubles psychiques qui surgissent après un temps de latence plus ou moins long, au décours d'un choc affectif très intense. » Fort de cette compréhension, nous allons à présent établir les liens de causalités qui unissent traumatologie et symptomatologie par l'étude nosologique suivante.

•  Les causes :

•  L'émergence du trauma :

C'est à la suite d'un choc soudain et très brutal que la névrose traumatique apparaît. L'événement qui fait en général émerger le traumatisme psychique et plus ou moins violent et met en danger l'intégrité physique ou psychologique de la personne. Parmi ceux-ci on peu répertorier les accidents, les incendies et autres, les catastrophes naturelles (tremblements de terre et Tsunami) ainsi que les guerres et attentats.

On remarque que le traumatisme peut se déclencher aussi en étant spectateur d'une scène traumatisante, même si celle-ci ne présente pas de danger pour la personne qui regarde.

Après la vu ou le vécu d'un événement traumatique certaines réactions progressives, allant du normal au pathologique peuvent apparaître. Ces réactions varient en fonction de la sensibilité de l'individu et du degré d'intensité de l'événement traumatisant.

On distingue en premier lieu un stress normal, nécessaire à une réaction d'adaptation du sujet à l'événement. Ensuite un état de stress dépassé avec des mouvements désordonnées et involontaires. Et pour terminer le sujet atteint un niveau pathologique lié au trop grand stress généré par le choc, il apparaît de la sorte des accidents conversifs, de l'agressivité et des délires très prononcés.

•  La période de latence :

Après le traumatisme l'individu se trouve dans ce que l'on nomme une période de « latence ». Une forme de temps d'incubation du trauma psychique, le temps que mettra la psyché à prendre réellement conscience du trouble subie. Cette période varie en fonction des individus, elle peut allé de quelques heures à quelques jours dans les cas les plus courant à plusieurs mois dans d'autres.

Pendant cette période le sujet semble normal, cet état précède ainsi l'apparition des symptômes pathologiques. Certains indices nous permettent de déchiffrer l'émergence de cette période comme le repli sur soi, le sentiment d'incompréhension.

Les causes des traumas ne demandent pas de longues explications théoriques, ce qui attire notre attention et présentement dans notre démarche thérapeutique, c'est de connaître les effets. En connaissant ces effets il nous sera possible d'établir une thérapie adaptée qui tentera d'être d'autant plus efficace que notre connaissance du trauma aura permis à faire émerger la compréhension.

3) Les effets :

•  Symptômes spécifiques :

a.1 – Symptômes spécifiques nocturnes :

Ici nous abordons les aspects descriptifs des troubles, fruits de l'observation clinique et des apports successifs des psychiatres, psychologues et psychanalystes au fil des années.

Les symptômes spécifiques regroupent principalement ce que l'on nomme comme le syndrome de répétition. Pendant le sommeil, ce syndrome se manifeste par la récurrence de la scène d'où émane le traumatisme sous forme de cauchemars très intenses. L'individu revit avec brutalité des parties ou la scène entière du traumatisme, les souvenirs oniriques peuvent apparaître d'une grande fidélité avec la scène réelle, tant celle-ci s'imprima dans la psyché. Les cauchemars peuvent être fréquent, l'individu peut répéter le même en une nuit ou plusieurs constituant chacun une étape de la scène traumatisante. Le sommeil est agité, l'individu gesticule sans cesse, transpire fortement, émet des cris, la charge émotionnelle intense explique cet état de panique.

Il faut voir le syndrome de répétition comme une tentative d'abréaction, l'individu a un besoin urgent de décharger l'émotion emmagasinée. D'un point de vu psychanalytique on peu voir le syndrome de répétition comme lié au refus du changement et à la pulsion de mort.

a.2 – Symptômes spécifiques diurnes :

A l'état de veille l'individu peut revivre la scène du trauma, l'intensité de la réminiscence et variable en fonction de la personne, de la violence du choc et des événements du quotidien. On constate par exemple chez de jeunes enfants la répétions de jeux ayant trait à une symbolisation de la scène traumatique.

La personne peut ruminer les scènes ou évoquer ouvertement et de manière répétitive le trauma ce qui s'accompagne bien souvent d'une imagerie constituée de perceptions plus ou moins vives, comme l'impression de ressentir une sensation calorifique, d'entendre des bruits, sentir des odeurs.

Cette reviviscence peu faire apparaître le sentiment de revivre l'événement, des hallucinations et des épisodes dissociatifs comme les flash-back y sont associés.

Certains lieux, moment de la journée (météorologie) ou événement (dates d'anniversaire) du quotidien ayant une ressemblance de près ou de loin avec la scène du trauma originelle peuvent faire surgir des réactions émotionnelles et physiologiques comme des palpitations, de fortes sudations et autres.

On distingue aussi une réaction particulière de l'individu perdu dans la reviviscence du trauma, c'est le sursaut. L'individu est tellement imprégné des images, sons et hallucinations liés au trauma, l'obsession est telle que parfois il peut perdre le contact avec le réel. Une événement sonore soudain (téléphone, porte qui claque), peu le faire sortir brutalement de sa fixation et entraîne une réaction de surprise disproportionnée, comme un réflexe instinctive de vigilance.

a.3 – Conduites d'évitement :

Aaron T. Beck défini l'évitement comme : « L'action de se soustraire par anticipation à une stimulation aversive. »

Les conduites d'évitement sont mises en place par l'individu dans le but de limiter la réviviscence du trauma, c'est une tentative de refoulement du trauma. L'individu souhaite éviter au maximum les stimuli associés au traumatisme, ce qui provoque un affaiblissement de sa réactivité globale.

L'individu tentera d'éviter les pensées, les sentiments ou les conversations associés au traumatisme. Il fuira les livres, les films ou tout autres éléments pouvant établir un lien avec le trauma qui pourrait le faire resurgir par association d'idées.

Son évitement ira même jusqu'à celui de certaines personnes, des lieux ou des activités qui puissent établir ce lien direct ou indirect avec le trauma. On observe une économie des affects, la personne s'endurcit, crée une cuirasse autour de sa souffrance. L'individu s'éloigne de ses proches, ressent un isolement profond et une incompréhension, il a le sentiment de devenir étranger aux autres. Il ne se projette plus dans l'avenir, n'a plus de projet, son vécu est la névrose et tout le reste n'importe plus. De cette attitude découle une phase de rupture sociale, un repli sur soi dangereux pouvant dans des cas extrêmes amener jusqu'à l'apparition de psychoses sévères.

Le problème de l'évitement est qu'au final il ne fait que renforcer le caractère redoutable de la situation redoutée. Ces réassurances renforcent le système de croyance inadapté et laisse s'installer une imagerie anxiogène d'anticipation.

•  Symptômes non spécifiques :

On entend par symptômes non spécifiques, les troubles qui ne relèvent pas ici spécialement de la névrose traumatique, mais que l'on peut rencontrer dans d'autres troubles anxieux ou névroses.

On rencontre parmi ces symptômes certains troubles psychosomatiques propres aux troubles anxieux comme des maux de tête (céphalées). Les céphalées sont la plupart du temps bénins, mais ils peuvent parfois traduire une maladie sous-jacente. La douleur céphalique possède des intensités variables issues de la tension psychologique forte liée au trauma et sa reviviscence. L'individu a alors une sensation de resserrement, de « tête dans un étau », accompagné de fortes raideurs à la nuque et parfois une tension musculaire généralisée qui indique une très forte tension psychique.

Sur le plan gastrique on constate certaines constipations aigues, voir parfois des coliques néphrétiques, Il s'agit d'une douleur brutale, de grande intensité, située dans le bas du dos. Ces douleurs sont à suivre particulièrement car il est possible que dans certains cas elles dérivent vers un cancer du rectum.

Il parait parfois une hypocondrie, qui se caractérise par une sévère anxiété vis-à-vis de la santé. L'individu perçoit de manière erroné et amplifié certaines réactions physiologiques ou psychologiques de l'organisme et l'interprète en fonction de l'intensité de son angoisse. L'anxiété causée par l'interprétation des sensations corporelles peut amener l'apparition de symptômes dus à l'activation du système nerveux autonome. L'individu peut être pris par des attaques de panique, résultat fréquent d'une hypocondrie profonde.

D'autres signes d'aspects dépressifs peuvent apparaître amenant une baisse du tonus psychique et corporel. L'individu se sent très fatigué, chaques actes de la vie quotidienne ne devient surmontable qu'au prix de grands efforts. L'individu alterne les phases d'abattement et d'irritabilité, ce qui génère un repli sur lui-même devant l'incompréhension de l'état d'être.

Il n'est pas rare de voir subvenir une symptomatologie paranoïaque, une perte de la réalité. On voit émerger un délire structuré autour du trauma, l'individu développe une méfiance, voir une hostilité. Il interprète les scènes du quotidien à partir de sa conviction de persécution. Il construit un discours organisé sur une base délirante qu'il vit avec exaltation et renforcement de la croyance en ses interprétations.

On constate une profonde modification de la personnalité, un repli sur soi généralisé, une dépendance envers l'entourage et une perte d'autonomie. Dans certains cas l'individu ayant poussé à l'extrême sa méfiance, devient agressif et peut porter atteinte à ses proches. Il est important de comprendre l'état du paranoïaque, cette psychose survient après un sévère traumatisme et est étroitement liée à lui. Cette parano est un signal d'alarme du psychisme qui informe que le mal être ronge de l'intérieur et qu'une abréaction de la charge émotionnelle du trauma devient urgente.

III/ Models thérapeutiques :

•  Les thérapies :

•  La prévention :

De toutes les thérapies la prévention reste encore et toujours la meilleure, car bien que les thérapies soient elles là pour guérir le malade, la souffrance est bien déclarée. Avec la prévention on ne prétend par empêcher les névroses de subvenir, mais par son travail, la prévention, permet de diminuer les souffrances psychiques des malades. Et en cela elle doit être considérée comme une forme thérapeutique.

Parmi les préventions il nous en apparaît une dérivée de la psychiatrie militaire qui l'on nomme le briefing.

Par ce moyen on tente de préparer psychologiquement les individus à ce qu'ils seraient susceptible de voir et de vivre pendant un conflit armé. On délivre une information et on tente surtout de lui donner un sens pour permettre aux soldats d'anticiper et de s'adapter aux événements. Ainsi on diminue l'intensité traumatique des chocs éventuels en tentant d'atténuer le plus possible leurs caractères soudain et brutal.

Dans le civil il est moins évident d'appliquer de telles méthodes, mais on peut concevoir que les informations, les exercices de simulations de catastrophes, comme les alerte à incendie et autres ont une efficacité préventive à ne pas négliger.

Un autre terme emprunté au vocabulaire militaire est le débriefing, qui est une technique de groupe réalisée dans l'objectif de favoriser la verbalisation du trauma. On tente ici de désamorcer au plus vite les sentiments douloureux et culpabilisant.

Malgré une prévention efficace, un choc brutal et soudain cause des dégâts dans la psyché, la prévention aura tenté à son niveau de diminuer la souffrance générée par celui-ci.

Mais il apparaît ainsi urgent de confier le patient à des autorités compétentes qui sauront la guider vers le thérapeute adéquat.

•  La psychanalyse :

La psychanalyse émerge à peu près à la même époque que la notion de névrose traumatique élaborée par H. Oppenheim. Elle trouva de ce fait avec le traumatisme psychique un de ses premiers models d'études et tenta grâce à son approche novatrice de renouveler l'approche psychiatrique traditionnelle.

Pour les psychanalystes l'accident ou l'événement traumatique est considéré comme une « scène inaugurale » un moment « propulsif » qui va faire jaillir de l'inconscient des événements traumatisants antérieurs au choc. Le choc prend son caractère traumatisant pour des raisons qui ne sont ni généralisables et ni observables mais intérieurs, liés au vécu du patient.

Après le choc de l'événement l'individu se retrouve dans une phase d'effroi où il réalise qu'il n'est rien face à la puissance du trauma, une dépression du Moi se dessine alors. Freud parlait de dualité des sources de danger : « danger : - interne avec le conflit névrotique. – externe, reproduisant une situation réelle de danger. » L'angoisse générée par le trauma serait pour Freud une réaction au danger traumatique et aussi un espoir de comblement sur le plan sexuel.

La psychanalyse décrit un des symptômes de la névrose traumatique lié à la perte d'objet.

•  La perte de l'autre en tant « qu'objet total », renvoyant au deuil et la culpabilité du survivant.

•  La perte de l'objet partiel, où apparaît l'angoisse de castration et le complexe d'œdipe.

•  La perte de soi-même en totalité, composition de deux types de perte précédente, il y a une pleine relation avec le danger de mort. L'individu ne pouvant en aucun cas représenter la perte de lui-même, par la perte de l'autre, le soi-même semble menacé. Cette menace de perte de soi-même entraîne l'effroi traumatique. A ce stade il apparaît souvent des pertes de connaissances, que l'on assimilent à une auto-amputation de la pense permettant de fuir l'inconcevable.

Lors de la cure psychanalytique on va tenter avec le patient de favoriser la restitution du traumatisme. C'est l'abréaction qui va permettre d'extérioriser avec un contenu émotionnel la reviviscence la plus complète de l'événement, avec le plus de détail possible. C'est principalement l'intensité émotionnelle contenue dans cette reviviscence qui permettra la catharsis ou « purification » nécessaire à la guérison.

Le psychanalyste prendra soin de noter les corrélations entre l'événement lui-même et certains traumatismes vécus dans l'enfance ayant pu intensifier la réalité traumatique de l'événement.

•  L'Hypno thérapie :

Dans certain cas la reviviscence du traumatisme est très difficile tant celui-ci bouleversa la structure psychique du patient.

Il ainsi utilisé l'hypnose dans le but de provoquer l'abréaction, dans l'hypnose Ericksonienne par exemple, le thérapeute utilise un langage symbolique, pour guider l'inconscient du sujet et l'amener à la reviviscence du trauma.

Une étude recense par exemple que 88% des adultes ayant été victimes d'abus sexuels dans l'enfance développent par la suite des signes de dissociation psychique. C'est-à-dire un véritable clivage de la personnalité servant de mécanisme de défense psychique contre les agressions et violences vécues.

Le clivage dissociatif et certains symptômes comme l'évitement et l'amnésie partielle peuvent être traités par l'hypnose. Les patients souffrant de troubles dissociatifs sont plus facilement hypnotisables.

L'essentiel du travail de l'hypno thérapeute sera de raviver les souvenirs refoulés, l'hypnose permettra au patient d'acquérir des techniques de contrôle de l'intensité du souvenir traumatique ainsi que du stress qui lui est associé.


•  Les thérapies cognitivo-comportementales :

Dans les thérapies comportementales on s'intéresse principalement au problème directement qui perturbe le patient. Le problème est mis en perspective en accord entre le patient et le thérapeute, on tente de comprendre la réponse (la névrose) engendrée par le patient en réaction au stimulus (le choc événementiel) excessif qu'il a subit. Une fois le problème identifié, commence une analyse de celui-ci sur trois plans, le comportement, les pensées et les émotions.

Avec l'aide du thérapeute le patient essaye d'observer et d'objectiver le problème, ses conditions d'apparitions, les conséquences etc. L'analyste complète ainsi par ce biais sur une grille d'observation des comportements ou des échelles d'anxiété qui permettront de mieux cerner l'intensité du trauma et suivre l'évolution et les effets du traitement.

Après cela le thérapeute propose au patient des tâches spécifiques et progressives, comme la confrontation progressive par le biais de l'imaginaire à l'événement traumatique, puis par la suite à des situations réelles ayant des points communs avec le trauma (conduire une voiture par exemple pour l'accidenté) tout en ayant assimiler une technique de relaxation. Le thérapeute organisera des évaluations pendant tout le long du traitement afin de permettre d'évaluer les progrès et de réajuster les exercices proposés.

On associe bien souvent des les traitements actuels des techniques cognitivo-comportementales associées à l'hypnose. Au constate donc ici qu'à l'inverse du traitement psychanalytique et de l'abréaction nécessaire, le but recherché des thérapies cognitives et comportementales est de séparer le récit traumatique et les affects négatifs qu'il génère.


•  La pharmacologie :

La neurobiologie nous informe sur l'état de certaines zones du cerveau chez des personnes ayant subies de graves traumatismes psychiques. Certaines de ces zones apparaissent moins activent que chez des personnes « normales ». Certaines régions du cerveau vont avoir une activité anormalement basse mais d'autres peuvent aussi être hyperactives.

On constate alors de manière générale une baisse de l'activité corticale et en particulier de celle du cortex préfrontal (zone du cerveau qui aide à choisir un comportement en nous permettant d'évaluer mentalement différentes alternatives) avec une augmentation de l'activité de leurs structures limbiques. Comme l'indique Bruno Dubuc, neurobiologiste : «  On pense que le cortex préfrontal agirait un peu comme un frein qui contrôlerait nos réponses émotionnelles. La baisse d'efficacité de ce frein pourrait donc laisser libre cours aux émotions négatives en provenance de structures limbiques généralement hyperactives durant la dépression et les troubles bipolaires. » Il convient donc de diminuer l'hyperactivité limbique et d'augmenter l'activité corticale, ce en effet ce que ce propose de réaliser certains traitements aux antidépresseurs.

Ainsi on utilisera des médicaments antidépresseurs augmentant le taux de messagers chimiques et plus particulièrement la sérotonine, qui est un messager chimique du système nerveux central impliqué dans plusieurs fonctions physiologiques comme le sommeil, l'agressivité, les comportements alimentaires et sexuels, ainsi que dans la dépression. En augmentant le taux de sérotonine cela favoriserai la croissance de nouveaux neurones dans une région particulière du cerveau, l'hippocampe. Cette zone subissant une perte en neurone lors de chocs traumatiques sévères.

Généralement les anti-dépresseurs commencent à agir trois à six semaines après le début de la prise. Mais il convient de mettre un bémol aux rôles parfois « magiques » assigné aux antidépresseurs, car il peut survenir de fortes dépendances et le risque d'une consommation à risque (avec alcool, tabac, drogues …) est non négligeable. De plus depuis ces dernières années bons nombres d'études ont émergé démontrant certains des effets secondaires de ces médicaments sur l'organisme à moyen et long terme.

 

Conclusion :

Devant tous ces symptômes des thérapeutes ont développé différentes méthodes tout au long de l'histoire dans le but d'aider les victimes de névroses traumatiques. Chacun ayant sa spécificité, chacun en fonction de son approche, de son vécu et sensibilité, tentant d'appréhender le trauma d'un angle ou de l'autre. Au-delà des querelles de chapelles qui opposent tristement les thérapeutes, le point central sur lequel il convient de se focaliser est la diminution voir la suppression de la souffrance du malade. Chaque thérapies devra plutôt essayer d'agir en synergie l'une avec l'autre et avancer ensemble vers la guérison du patient. Reprenant cette phrase de Sénèque : « Tous ce qui est humain ne m'est pas étranger », l'ouverture l'un à l'autre entre les thérapeutes permettra peut être l'émergence de modèles thérapeutiques convergents, en l'accord que chacun a sa place et agit à son niveau sur une des étapes de la guérison du patient.

Bibliographie :

- « Au-delà du principe de plaisir  » Sigmund Freud, Edition électronique
- « Cinq leçons sur la psychanalyse  » Sigmund Freud, Ed. Petite bibliothèque Payot.
- « Les névroses traumatiques  » Claude Barrois, Edition Dunod – 1988
- « Dictionnaire de psychothérapie cognitive et comportementale  »
Daniel Nollet et Jacques Thomas, Ed. Ellipses – 2001