*Lie Tseu - unisson06
spiritualite laique - Unisson06


Sage sans le savoir
Extrait : "Le vrai classique du vide parfait de Lie Tseu

 

Long Chou s'adressa à Wen Tche et dit :

« Votre art est subtil et j'ai une maladie. Pouvez-vous la guérir ? »

Wen Tche dit :

« Je suis à votre disposition, mais j'attends que vous m'indiquiez les singes de votre maladie. »

Long Chou s'expliqua :

« La louange de mes concitoyens ne me procure pas la satisfaction de l'honneur et je ne ressens pas de la honte à cause de leur blâme. Le gain ne me réjouit pas et la perte ne m'afflige pas. Je considère la vie à l'égal de la mort et la richesse à l'égal de la pauvreté. Quant aux humains, ils me paraissent valoir autant que des porcs et moi-même je me considère comme les autres. Je vis au sein de ma famille comme un voyageur à l'auberge. Ma patrie est pour moi comme un pays étranger. A l'encontre de ces défauts, dignités et récompenses sont sans effet ; blâmes et châtiments ne m'effraient pas ; grandeur et décadence, profits et pertes n'y feraient rien, non plus que les deuils et les joies. C'est pourquoi je n'ai aucune aptitude à servir le prince ni à entretenir des rapports normaux avec mes parents et mes amis, avec ma femme et mes enfants, et je gouverne mal mes domestiques. De quelle sorte de maladie suis-je affligé et comment m'en guérir ? »

Wen Tche fit tourner Long Tchou le dos à la lumière et lui-même se mit derrière son patient pour examiner sa silhouette qui se découpait dans la lumière. Il dit alors ;

« Je vois bien votre cœur ; c'est un pouce carré de vide ! Vous êtes presque comme un saint (cheng-jen). Six ouvertures de votre cœur sont parfaitement libres et une seule ouverture reste fermée. Par le temps qui court, on tient la sainte sagesse pour maladie. Sans doute, est-ce là votre maladie. A cela, je ne connais pas de remède. »